De vides et de pleins, la bibliothèque de Yogananda

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En Inde, dans une vallée verdoyante de 1600 mètres d’altitude, à l’intérieur de l’enceinte de l’université de Shoolini, les architectes de Studio Archom ont réalisé une gigantesque bibliothèque (la Yogananda Library) en béton qui constitue une incontournable icône. Découverte d’un monolithe qui marque le paysage de Solan.

Solan est une ville indienne connue surtout par ses champignons et ses tomates. Construite par les anglais,  la cité se trouve entre Chandigarh et Shimla. Pour le campus de la biotechnologie enfoui dans un environnement privilégié, les architectes de Studio Archom ont conçu une impressionnante bibliothèque de plusieurs étages.

La structure présente un volume interconnecté de vides et de pleins qui comme une grande plate-forme fonctionnelle relie les diverses parties du bâtiment. Les deux premiers étages abritent les espaces de recherches ainsi que celles de réunions et de discussion étudiants-professeurs ; ils sont plus ombragés que les autres niveaux au-dessus. Des colonnes en béton s’enchevêtrent sur l’une des façades et offrent un peu d’ombre aux pièces se trouvant derrière.

Une grande agora centrale illumine comme un puits de lumière l’intérieur du monolithe. Les autres parties se lient entre elles savamment comme un maillage qui s’étend doucement et habite le paysage. La terrasse qui domine la vallée offre une merveilleuse vue sur les environs, elle constitue une extension naturelle à l’édifice où les élèves peuvent sortir pour lire tranquillement.

La bibliothèque de Yogananda est une superstructure en béton qui a su merveilleusement se glisser dans son écrin de verdure tout en offrant le privilège de la culture.

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Le site de Studio Archom : ici.
Les photos : Mridu

« The screen » le projet qui met l’architecture et le paysage en symbiose

© Martijn de Geus

En Chine, à Ningbo, l’architecte Li Xiadong a conçu un remarquable ouvrage qui étudie la relation entre l’architecture et le paysage environnant. Il s’agit de la mise en œuvre d’une réflexion qui pousse au-delà d’un simple geste architectural à l’appréhension des espaces naturels qui nous entourent. Un projet où se partagent la subtilité de l’intervention et finesse de la réalisation.

La ville de Ningbo est devenue ces derniers temps le théâtre d’expérimentations architecturales marquantes dont le musée de l’histoire de Ningbo conçu et réalisé par Wang Shu. Cette ville dense de plus de sept millions d’habitants fait de nouveau parler d’elle via un projet beaucoup plus modeste « The screen ».

Il s’agit d’une construction qui se dresse au cœur même de la forêt et interroge à sa manière les limites de l’architecture. Pour apprécier le site vierge où se trouve la bâtisse, l’architecte a proposé une série d’interventions architecturales soigneusement choisies d’une manière à créer un itinéraire riche en expériences paysagers. Le bâtiment qui se trouve sur le flanc d’une montagne, est en plein pied. La façade qui en première vue semble en béton s’avère être en brique. Les diverses parpaings qui la composent ont été édifiées grâce à une méthode qui combine la technicité artisanale et l’ingénierie nouvelle.

« The screen » accueille des bureaux et des résidences destinés aux employés. Plongé au cœur de la forêt, le projet possède le moindre impact sur le paysage, avec son plan rectangulaire, sa structure en béton, elle contient deux cours intérieures qui intègrent la végétation. Une manière exceptionnelle de se fondre dans le paysage.

A Ningbo, avec le projet de « The screen » l’architecture n’est qu’un moyen d’expression parmi d’autres pour mettre en avant le lien fragile entre construction et paysage environnant.

© Martijn de Geus

© Martijn de Geus

Le site de Li Xiaodong Atelier: ici.

Les photos : © Martijn de Geus.

C / Z House, un extraordinaire trait d’union entre deux générations

© Paulo Catrica

Sur l’une des îles paradisiaques du nord de l’océan Atlantique, l’agence d’architecture SAMI Arquitectos (Inês Vieira da Silva and Miguel Vieira) a réalisé une exceptionnelle maison de vacances. Un projet qui garde intact la ruine d’un ancien mur et s’y accole pour n’en faire qu’une.

C’est sur l’île de Pico connue surtout par son volcan que les architectes de l’agence SAMI Arquitectos installe leur projet dont le point de départ était un ancien mur existant.

Selon les architectes : « Le projet est venue de la volonté de maintenir une ruine et y créer une maison qui le valorise, une résidence qui pourrait s’inspirer de ce contexte et en profiter offrant les possibilités les plus diverses que l’ancien typologie ».

Construite en béton armé, la maison possède de grandes baies vitrées pour que la lumière du jour puisse pénétrer à son intérieur d’une part et que les habitants puissent profiter du paysage environnant d’autre part. Les ouvertures qui suivent parfois celles de l’ancienne demeure donnent d’atypiques perspectives sur l’ensemble. Le rez-de-chaussée qui autrefois accueillait le bétail, s’est transformé aujourd’hui en plusieurs chambres à coucher en plus d’une cuisine et d’une salle à manger.

Un escalier qui monte aux côtés de l’ancien mur, mène directement au salon qui se trouve au deuxième étage dont le plafond d’angle suit la pente du toit en poutres de bois. Le point focal de cet espace est une étagère en bois qui couvre toute la paroi de l’extrémité du pignon, s’enroulant autour d’une grande fenêtre qui peut également être utilisée comme une entrée.

La relation entre l’intérieur et l’extérieur n’a pas été oubliée vue l’existence des grandes baies coulissantes qui s’ouvrent directement sur les trois terrasses de la résidence.

Baptisée C / Z House, La maison de vacances de l’île de Pico constitue une élégante mise en relation entre l’ancien et le nouveau, c’est une curiosité à découvrir sans tarder.

© Paulo Catrica

© Paulo Catrica

© Paulo Catrica
Le site de Sami Arquitectos : ici.

Les photos : © Paulo Catrica.

Legal/Illegal la maison rouge de Cologne

@SipaneHoh

Située dans le quartier de Bayenthal à Cologne, la maison connue sous le nom legal/illegal est une curiosité architecturale intemporelle qui date de 2004. Découverte d’une construction qui présente à elle seule un grand défi pour le contexte du paysage urbain qui l’entoure.

Bayenthal est une petite municipalité de Cologne fondée au milieu du XIXème siècle. Faisant partie du quartier de Rodenkirchen, la commune se trouve sur la rive gauche du Rhin entre les deux quartiers Innenstadt et Marienburg. C’est un quartier riche qui côtoie l’ancienne zone industrielle connue surtout par sa brasserie.

Le résultat de la bulle immobilière des années 70

Bayenthal n’a jamais vraiment été une banlieue dans le sens urbain. C’était plutôt un grand théâtre de spéculation dans les années 70. Ce vaste site vide ainsi que le manque de logements raisonnables ont conduit à la création d’une densité artificielle déclenchant des niveaux élevés de loyer et un excellent chiffre d’affaire dont les propriétaires d’entreprises sont les premiers bénéficiaires jusqu’à l’éclatement de la bulle.

C’est dans cette fraction de ville qu’une construction de couleur rouge attire le visiteur. S’agit-il d’une maison ? Ou bien est-ce une greffe ? Les deux peut-être ? Les questions restent nombreuses et les étonnements tout autant.

Après plusieurs recherches, une chose est sure, la petite structure colorée devenue une référence souligne un extraordinaire contraste engendré dans un quartier plutôt homogène mais sans vraie identité. Un morceau de ville où l’imaginaire de la petite maison avec jardin n’est plus d’actualité. Il reste alors l’architecture fantastique comme moteur de relance, parfois efficace.

On s’amuse avec les règles

Cette maison, conçue et réalisée par Manuel Herz Architects, condense donc la volonté de concevoir une nouveauté qui tranchera et fera la différence avec le reste du quartier. La maison fait 5,5 mètres de large et 25 mètres de profondeur, sa forme suit les contorsions de la loi. Les règles d’urbanisme par ici, le PLU par là, les lois de constructions ou la réglementation incendie ailleurs, tout a été minutieusement étudié pour s’approcher le plus possible d’une construction légale. Sauf que le volume en soi est illégal, avec sa couleur rouge (due à son revêtement en polyuréthane) et chaque facette de l’ensemble qui produit une zone d’ombre sur le voisin, constituent une forme d’infraction aux codes de la construction allemande.

Mais, dix huit mois ont été suffisants pour convaincre la municipalité de Cologne. L’édifice devient aujourd’hui une partie intégrante de la ville. Aussi étranger que le bâtiment puisse paraître dans le contexte du quartier, il interagit avec l’histoire, conquiert le tissu urbain, et tente de formuler un extraordinaire enrichissement.

Depuis, combien d’édifices ont osé de jouer le même jeu ?

@SipaneHoh

Le site de  Manuel Herz Architects: ici.

Les photos: Sipane Hoh

Quand l’écriture fantomatique fait revivre la mémoire des lieux

@Oliver Tamagnini
@Oliver Tamagnini

En Allemagne, dans la vieille ville de Francfort, les architectes de Franken Architekten ont réalisé une originale reconstruction qui sied à merveille avec le style architectural de la région. Un lien fort entre le passé et le présent de l’édifice a été créé via une série d’impressions griffonnées sur la façade.

La ville de Francfort a subi en Mars 1944 une attaque aérienne qui a démoli une grande partie des constructions qui composaient la ville. Cependant, des années plus tard, la volonté de reconstruire l’ancienne ville étant plus forte, les architectes de Franken Architekten ont été mandatés pour la réhabilitation de l’une des demeures en ruine.

Une mission délicate qui a contraint les concepteurs à faire un choix difficile, celui de démolir la vieille bâtisse très endommagée tout en construisant à sa place non pas une copie conforme mais un édifice qui reprend les mêmes codes architecturales de l’ancien dans une traduction malicieuse où l’esthétique et la technique ne font qu’une.

La forme de la structure d’origine a été étudiée dans ses moindres détails, copiée et puis simplifiée, supprimant une multitude d’ornementations se trouvant sur les toits en pente. Pour créer un lien fort avec le passé, les architectes ont développé une forme de décoration qui se traduit par une impression sur la façade.

Des images qui représentent le cadre en bois très présent dans les maisons de l’époque, jaillissent ainsi discrètement de l’ensemble. Utilisant les dessins numériques du bâtiment d’origine, le modèle décrit par les concepteurs comme une image résiduelle a été basée sur les dessins numérisés de l’édifice originel.

Ce qui est intéressant dans ce projet, c’est l’effet qui se dégage d’une simple impression mise en évidence par le subtil jeu d’ombre et de lumière qui couvre la place. Mis à part ce détail de taille, le bâtiment est simple, épuré, il comprend le studio ainsi que le logement d’un photographe. Un espace élégant qui a su recréer la curiosité de tous.

Le site des architectes de Franken Architekten : ici.

@Eibe Sînnecken
@Eibe Sînnecken
@Eibe Sînnecken
@Eibe Sînnecken

L’Olive House, un condensé de contrastes

© Robert Leš

En Croatie, sur l’île paradisiaque de Pag, les architectes de LOG-URBIS ont réalisé une gracieuse maison qui approprie le lieu. Elle semble introvertie quand on la regarde de l’extérieur mais en réalité il s’agit d’un havre de paix extraverti à son intérieur. Découverte d’une construction où les détails semblent être tout simplement savoureux.

L’île de Pag est une île croate qui donne sur la mer Adriatique. Connue par sa beauté et son climat, elle attire sans cesse les visiteurs. C’est dans un extraordinaire décor, entre mer et terre sur une parcelle de faible pente et avec une vue imprenable, que les architectes de l’agence LOG-URBIS ont implanté l’Olive House.

Pourquoi l’Olive House ? C’est le cœur de la maison qui constitué d’un atrium ouvert vers le ciel comprend un olivier. Le reste de la structure se tisse tout autour de cet arbre fruitier devenu légendaire dans les pays méditerranéens. Alors que les chambres à coucher se trouvent dans un volume ancré dans le sol, le salon, cuisine et salle à manger émergent de terre pour pouvoir goûter à la beauté environnante. Une piscine de forme rectangulaire de 17 mètres de long, jouxte la résidence.

Côté matériaux, la pierre et le bois utilisés traditionnellement dans la région cèdent par moment la place au béton et à l’acier qui ne font qu’enrichir l’ensemble. Les détails à contempler sont nombreux, par ici les brise-soleil en bois de cèdre, par là des parois coulissantes en verre, ailleurs sur le toit une belle variété de plantes ou encore les terrasses dont le sol est couvert en teck. La couleur dominante à l’intérieur étant le blanc, elle rend les pièces encore plus lumineuses.

Côté durabilité, la maison est respectueuse de son environnement, orientée vers le sud, dotée d’une pompe à chaleur, de capteurs solaires et d’éclairage en LED, elle consomme peu d’énergie.

Entre simplicité et grâce, l’Olive House est un petit joyau posé au bord de mer, à découvrir sans tarder.

© Robert Leš

© Robert Leš

© Robert Leš

Le site des architectes de LOG-URBIS : ici.

Les photos : © Robert Leš

A Lima, le patrimoine naturel à l’honneur

© Cristobal Palma / Estudio Palma

Insérer l’homme dans son contexte géographique et urbain en rappelant la mémoire de la Costa Verde et ses falaises est le but principal du projet de Barclay & Crousse qui offre un vaste observatoire sur le large dans la capitale péruvienne. Découverte d’une promenade qui entre terre et mer célèbre le patrimoine.

Autrefois connue comme la « Cité des rois), Lima est devenue la capitale péruvienne après son indépendance de l’Espagne. Le plus important patrimoine paysager de la ville est constitué par les falaises de la Costa Verde. Cependant un niveau élevé de pollution encombre la ville. C’est pourquoi, le projet d’un musée de la mémoire a été envisagé.

L’esplanade de la commémoration offrira un vaste balcon sur la mer, une sorte d’une place publique ouverte et librement accessible à tous. Le projet commence par une promenade prenant ses sources dans le milieu urbain et retourne vers le même milieu en présentant sur son chemin une succession d’espaces ouverts et couverts qui préparent le visiteur à l’interaction avec le contenu du musée. Le respect de l’environnement est mis en avant par des dispositifs architecturaux que ce soient acoustiques ou visuels pour atteindre la plus grande efficacité dans la  consommation d’eau et d’énergie.

Quant à l’édifice, il acquiert une dimension territoriale dans le cadre d’une topologie qui s’étend sur plus de 10 km de long. L’entrée piétonne se situe le long d’un ravin reproduisant ainsi le voyage qui commence à partir du contexte urbain pour atteindre l’environnement naturel.

Le bâtiment est protégé du chaos de la circulation et s’ouvre vers la mer. Concernant l’enveloppe, il s’agit de panneaux préfabriqués en béton armé. Le plancher est constitué des mêmes matériaux que l’on trouve sur les falaises d’une part et sur le bâtiment d’autre part, ponctué de roseaux et de cours d’eau donnant l’impression par endroits d’un milieu naturel. Le musée se trouve au point culminant du projet, c’est à cet endroit que le visiteur rejoint de nouveau la ville. Dans cet espace dédié à la réflexion, l’horizon se fait tout proche et la baie de Lima se révèle dans toute sa splandeur.

L’accès de l’esplanade de la réconciliation se déroule via une rampe où se positionnent tout autour de diverses salles d’exposition. La visite se termine avec la redécouverte de la baie avant de retourner vers la ville. Un projet symbolique qui met en avant le patrimoine naturel du pays.

© Cristobal Palma / Estudio Palma

 

© Cristobal Palma / Estudio Palma

© Cristobal Palma / Estudio Palma

Le site des architectes de Barclay & Crousse: ici.

Les photos : © Cristobal Palma / Estudio Palma