De magasin en agence d’architecture

© NUA architectes
© NUA architectes

Révéler l’esprit original d’un ancien magasin via une délicate réhabilitation et le transformer en une charmante agence d’architecture est une belle idée que NUA architectes a mené avec finesse. Le résultat est tout simplement remarquable.

Dans le sud de la Catalogne, à Tarragone, les architectes Maria Rius, Arnau Tiñena et Ferran Tiñena (NUA arquitectures) viennent de terminer la réhabilitation ainsi que la reconversion d’un local commercial vers une agence d’architecture. A la fois sobre et élégant, le nouvel espace s’avère être un petit bijou dans son écrin.

Rendre l’âme d’autrefois

Déshabiller, ouvrir et habiter, c’est de cette manière que les architectes expliquent leur intervention. Une projet raffiné aux divers privilèges. Tout d’abord, le lieu, la ville de Tarragone qui est située sur une colline, offre une vue imprenable sur les environs. Il se trouve qu’en plus du paysage voisin, le magasin possède l’une des rares vues sur la Méditerranée. Un atout qui se rajoute aux autres qualités du local.

Les architectes, convaincus du cachet que peuvent apporter les anciennes pierres constituant les murs, ont déshabillé ces derniers. Le magasin occupe le rez-de-chaussé de la maison d’Antoni Rosell Fortuny qui a été construite par l’architecte Francesc de Paula Morera Gatell en 1930. La structure d’origine possédait donc un charme particulier qu’il était indispensable de révéler. Cette dernière, nettoyée et réhabilitée a retrouvé sa grâce d’autrefois.

La deuxième partie de l’opération consistait à optimiser les espaces pour offrir plus de luminosité à l’intérieur. Un travail minutieux qui a exigé la démolition de certains murs pour mieux travailler sur la relation entre intérieur et extérieur.

Finalement pour personnaliser les lieux, les architectes ont conçu différentes pièces de mobilier en bois de pin qui s’adaptent à la sobriété de l’espace et sont très vite adoptés par les utilisateurs des lieux. Un aménagement épuré qui met contenu et contenant au diapason.

Il ne s’agit pas d’un projet complexe ni monumental mais d’une réhabilitation de taille modeste où toutefois nous trouvons tous les ingrédients d’une architecture réussie. Une gracieuse réalisation.

© NUA architectes
© NUA architectes
© NUA architectes
© NUA architectes
© NUA architectes
© NUA architectes

Le site de NUA architectes : ici.

Les photos : © NUA architectes

Le béton pour réinterpréter les ruines

© Stefan Müller
© Stefan Müller

En Allemagne, à Bielefeld, seuls quelques éléments distinctifs de la forteresse de Sparrenburg sont aujourd’hui debout. La tour de 37 mètres, le bâtiment principal, une dépendance et quelques vestiges définissent ce lieu qui faisait partie autrefois du mur d’enceinte du fort. C’est toujours un lieu très populaire grâce aux vues qu’il offre sur la cité. Dans ce lieu historique, l’agence Max Dudler Architekt a implanté un subtil pavillon d’accueil qui où le béton se révèle sous son plus beau jour.

La ville de Bielefeld, fondée il y a 800 ans, est traversée par des collines boisées, la forêt de Teutoburg. La forteresse de Sparrenburg a gardé la cité historique pour une longue période. Au 19ème siècle, l’espace qui se trouvait en haut de la colline a été transformé en un parc pratiqué depuis par des milliers de visiteurs. Le projet de Max Dudler Architekt prévoit un centre d’accueil pour la forteresse Sparrenburg ainsi qu’un point d’information pour le parc Johannisberg, deux bâtiments jumeaux et distincts qui tracent une fine relation entre le monument culturel et le paysage.

Entre ancien et nouveau

Le nouveau bâtiment de plain-pied a été conçu comme un module autonome. Tout comme une boussole, l’intervention de l’agence Max Dudler Architekt a clarifié les alignements des espaces extérieurs de la forteresse et a accompagné l’amélioration des conditions fonctionnelles.

L’architecture du pavillon d’accueil est indépendante des différentes époques et des aspects de construction que l’on trouve dans la forteresse mais elle se traduit par une expression abstraite utilisée souvent dans les bâtiments existants aujourd’hui. Les motifs trouvés sur place, tels que les creusements dans les murs de la forteresse, sont repris et réinterprétés dans le nouvel édifice.

Comme les couches des sédiments de pierres, les couleurs et les textures des ruines du château ont laissé leur marque dans ses murs. La structure en béton rend également visible le savoir-faire tout en faisant un clin d’œil à la maçonnerie traditionnelle. Le nouveau bâtiment laisse un espace entre ancien et nouveau, il n’est pas envahissant, il se contente juste d’être sur place. A l’intérieur du centre d’accueil se trouve la boutique du musée ainsi que la billetterie, le tout dans une ambiance qui utilise les mêmes matériaux que la façade.

Pour créer une identité commune au parc et à la forteresse, les deux points d’informations ont été traités de la même manière, encore une fois, le béton se révèle et les dimensions se dévoilent.

© Stefan Müller
© Stefan Müller
© Stefan Müller
© Stefan Müller
© Stefan Müller
© Stefan Müller

Le site de Max Dudler Architekt : ici.

http://www.maxdudler.com/

Les photos: © Stefan Müller

De l’usine au parc public

© Johnny Umans
© Johnny Umans

En Belgique, l’agence Vandriessche Architecten a réhabilité un ancien site industriel datant du début du 20ème siècle en le reconvertissant en un plaisant projet urbain. Un impressionnant parc public voit ainsi le jour.

La reconversion de l’ancienne usine fait partie du renouvellement et de la régénération d’une fraction entière de la ville. Un projet porté par la société du développement urbain de la ville de Gant. Une mutation qui restitue à la ville un espace longtemps délaissé.

A Gand, au début du siècle dernier, la fabrique de textile De Porro a connu une période florissante. Après la seconde guerre mondiale, lourdement bombardée elle a survécu aux diverses difficultés et a continué de fabriquer des produits de qualité. C’est dans les années quatre-vingt que l’usine a été forcée à fermer suite à sa faillite. Il s’en suit une longue période d’abandon pendant lequel l’usine devient un lieu reculé voire même dangereux. Devenu le théâtre des saccageurs, l’architecture s’est petit à petit délabrée et l’ensemble ressemblait à une ruine.

Sauver le patrimoine industriel

L’objectif était de créer un parc diversifié pour le voisinage. C’est avéré un exercice délicat et créatif où les architectes ont préservé les murs et les constructions tout en maintenant la logique dans les différentes fonctions du parc. Le plan orthogonal de l’ancienne usine de textile est utilisé comme modèle de base pour l’aménagement de nouveaux espaces verts de formes organiques et la création de plusieurs cheminements.

Au centre du parc, la tour de refroidissement a été préservée et restaurée, elle devient un bel emblème qui ressemble à une sculpture permanente. Une fragile structure de verre blanc a été érigée en face de la construction en béton massif de la tour de refroidissement. Le pavillon, éclairé de l’intérieur, montre la turbine à vapeur qui est une pièce unique et dont seulement cinq exemplaires existent encore dans le monde. Le vieux réservoir de refroidissement à côté de la turbine à vapeur a été réaménagée comme un bassin de jeu. De là, l’eau coule dans un étang peu profond créant un aire ludique très appréciée par les enfants.

La tour de refroidissement devient ainsi un nouveau point de repère qui relie le parc à son environnement et grâce à l’intervention de Vandriessche Architecten le patrimoine industriel est sauvé.

© Johnny Umans
© Johnny Umans
© Johnny Umans
© Johnny Umans
© Johnny Umans
© Johnny Umans
© Johnny Umans
© Johnny Umans

Le site de Vandriessche Architecten : ici.

Les photos:  © Johnny Umans

Quand le fort devient un hôtel de luxe

© Sam Brooks
© Sam Brooks

C’est l’histoire d’un patrimoine militaire situé au large de la ville anglaise de Portsmouth, devenu aujourd’hui un hôtel de luxe grâce à l’intervention de l’agence PLC Architects. Une transformation qui non seulement sauve la structure du départ mais procure une nouvelle utilisation à l’ensemble.

« Spitbank Fort » était conçu à l’origine pour protéger l’entrée de Portsmouth Harbour de l’armée napoléonienne. Il fait partie des quatre forts anglais construits en 1860 pour défendre les côtes contre les navires. Sa transformation en un équipement de loisir garantit à ses visiteurs une ambiance d’époque dotée du confort actuel.

Un peu d’histoire, en 1956 le fort est resté vide et inutilisé parce que l’artillerie côtière était devenue obsolète. Les quatre forts dont le Spitbank ont été mis en vente mais personne n’investissait encore dans les sites historiques. C’est en 1980 que le Spitbank a été acheté par un couple qui l’a transformé en musée. Trente ans plus tard, les travaux ont commencé pour transformer la structure en un hôtel de luxe.

Le HMS Spitbank : Un navire de sa Majesté

L’idée de départ était de convertir le fort en un lieu de retraite. Le projet a été abordé avec l’intention d’aménager l’ensemble en tenant compte des propositions de la structure d’origine. L’architecture intérieure devait être efficace tout en étant optimale sans apporter des changements qui défigurent le fort. C’est pourquoi l’intervention était délicate, les espaces ont été agencés avec justesse et l’ensemble retrouve une certaine vitalité.

La structure d’origine se composait de trois niveaux distincts: la soute à munitions située au sous-sol, la plate-forme d’armements et sa cour extérieure, et finalement le phare qui se trouve sur le toit. Le plan existant ainsi que l’inflexibilité de la construction du départ a nécessité une stratégie novatrice tant dans l’adaptation des nouveaux espaces avec le nombre limité de fenêtres extérieures que la nécessité d’introduire un moyen simple de circulation au sein de l’édifice.

Néanmoins, la mission des architectes a été difficile, l’agencement interne n’ayant pas facilité les choses, plusieurs approches créatives ont été mises en place (via des sous-plafond) ne serait-ce que concernant la distribution des circuits électriques sans endommager l’aspect historique du bâtiment.

Un fort sentiment de fonctionnalité se dégage de l’intérieur du Fort. Les éléments structurels exposés décrivent visiblement les processus de construction de l’époque; les rangées de voûtes en briques rouges rajoutées contrastent avec les morceaux de fer et les poutres situés au centre de l’édifice. Les architectes ont ainsi réussi un grand challenge, celui de créer des espaces nouveaux tout en respectant l’authenticité de l’existant.

Cette utilisation délibérée de la conception sans ostentation était un facteur déterminant dans l’éclairage artificiel comme les LED dissimulés qui dirigent l’œil du visiteur vers les textures naturelles présentes. L’effet est saisissant comme s’il s’agissait d’œuvres d’art mis en valeur via une lumière indirecte tamisée sans parler du côté énergétique. Les couleurs utilisés sont neutres et sobres, le mobilier est pratique et intemporelle, l’ensemble dégage l’élégance et la frugalité.

Le passage central d’origine sur le pont des armes à feu, ayant été préalablement subdivisé en utilisations distinctes, a été rétabli, la création d’un chemin naturel qui conduit le visiteur autour d’un couloir donnant accès aux chambres à coucher, et offrant des alcôves tranquilles de détente et de contemplation avec vue sur la cour.

Spitbank Fort est aujourd’hui un hôtel de luxe qui comporte entre autres neuf chambres, trois bars, trois restaurants, une bibliothèque et une piscine sur le toit. La structure endommagée d’autrefois commence une nouvelle vie moins trépidante mais plus apaisée.

© Sam Brooks
© Sam Brooks
© Sam Brooks
© Sam Brooks

Le site de PLC Architects: ici.
Les photos : © Sam Brooks

« Hunting Season » la dernière œuvre d’Arnaud Cohen

Hunting Season@ ArnaudCohen
Hunting Season@ ArnaudCohen

Elle se trouve à Paris, au 45, rue des Tournelles dans la galerie aux murs immaculés dirigée par Elisabeth Kepler. La dernière œuvre d’Arnaud Cohen est une pièce unique qui franchit astucieusement les limites de l’art pour nous livrer un message universel.

Au fond de l’étroite rue des Tournelles se niche la galerie Kepler Art Conseil. De l’extérieur, nous pouvons à peine identifier les contours d’une cabane en bois calciné posée dans un coin, à même le sol. Pourtant, le carton d’invitation annonce une saison de chasse ! La curiosité l’emporte sur le paradoxe de la situation et la découverte semble indispensable.

Malgré l’aspect carbonisé, l’ensemble dégage une certaine noblesse et pour cause, il s’agit bien de volets intérieurs datant du XVIIIème siècle dont l’artiste prend un malin plaisir à raconter l’histoire. Ils proviennent d’un hôtel particulier parisien où ils ont été réemployés  lors de la destruction totale de l’édifice, depuis, ils ont traversé le temps, mais un jour ils sont devenus encombrants et non adaptés aux exigences de la modernité « moderne ». Le moment idéal pour l’artiste qui les sauve et leur donne un nouveau sort.

Fabriquer une cabane revient d’un imaginaire enfantin, avec ce projet, le rêve devient non seulement tangible mais un exercice difficile avec des matériaux improbables qui  voit le jour. Le cabanon n’a rien d’extraordinaire même si l’idée dans l’absolu ne laisse rien entrevoir. Fabriquer un abri de fortune avec des matériaux nobles n’est pas une chose courante sauf qu’ici la matière en question, grâce à l’intervention de l’artiste, est destinée à traverser le temps.

Et à l’intérieur ? Quelle est cette couleur bleue qui transparait à travers les interstices ? Une explication s’impose. A l’aide du néon, un mot nous interpelle. Il faut dire que ceux qui connaissent le travail d’Arnaud Cohen sont habitués à voir le néon, à chaque circonstance sa phrase, à chaque évènement sa couleur. Dans cette œuvre, le choix va pour le bleu quant au mot il s’agit d’un « Rien » !

Pour en connaître l’origine il faut décortiquer l’histoire. ce mot aussi insignifiant a été calligraphié de la sorte dans son carnet de chasse par Louis XVI pour la journée du 14 juillet 1789. Et pourtant, ce jour là, le « Rien » pour certains est devenu le « Tout » pour autrui, l’art n’étant qu’un moyen parmi d’autres pour reproduire l’histoire. Cette courte expression inscrite au fond d’une cabane noircie pousse-t-elle à la réflexion ? L’attitude de quelques uns vis-à-vis de l’art (entre autre) serait-elle semblable à l’attitude de Louis XVI vis à vis du 14 Juillet ? Il est permis de le croire !

Dans un scénario mené par une main de maître, Arnaud Cohen questionne encore une fois certains comportements de la société actuelle. A la fois provocateur et démonstrateur, via l’une des techniques dans laquelle il excelle, l’artiste touche un point sensible chez tout spectateur. La réflexion étant ici la substance, l’art contemporain devient l’expression. Un langage chargé de symboles, qui devient universel pour atteindre le monde entier.

Hunting Season@ ArnaudCohen
Hunting Season@ ArnaudCohen

Cette oeuvre se trouve à Paris jusqu’au 23 avril 2016 et sera exposée sera exposée au Kunstverein am Rosa–Luxemburg–Platz de Berlin en 2017.

Le site d’Arnaud Cohen: ici.

A voir également: ici.

« L’architecture à toute vitesse », quand Philippe Trétiack revient sur l’architecture !

pt

Un retour en fanfare, quand Philippe Trétiack publie un livre, les architectes se bousculent et se demandent « de qui va-t-il parler cette fois-ci ? » Depuis son fameux « Faut-il pendre les architectes », l’écrivain adore le jeu, le perfectionne à merveille et le public n’est jamais déçu ! « L’architecture à toute vitesse »,  le dernier né est tout aussi accrocheur que les précédents.

Nous pouvons lire ici et là que Philippe Trétiack est essayiste, journaliste, grand reporter ou architecte mais il est avant tout un infatigable voyageur, observateur chevronné doté d’une plume critique tantôt caustique et souvent piquante. Dans son dernier livre, nous pouvons redécouvrir l’autre facette du personnage, son côté cocasse qui, mêlé à des courtes découvertes, nous dévoile son grand panache.

Philippe introduit son recueil par un remarquable plagiat d’Ossip Mandelstam pour nous expliquer sa démarche et nous prévenir de ce qu’il trame dans son ouvrage. Le héros de l’histoire, fidèle à lui-même,  ne nous cache en aucun moment son caractère égocentrique bien au contraire, il l’utilise comme appui et nous demande de l’accompagner dans ses divertissantes péripéties. Des aventures qui vont des Etats-Unis jusqu’en Asie en passant par l’Europe, l’Afrique ou le Groenland. A chaque étape, son récit et à chaque histoire sa morale. Cette dernière qui se veut universelle, fera probablement partie des règles informelles de milliers de lecteurs férus d’architecture.

Commençons l’« architectour » comme l’appelle l’auteur parcequ’il s’agit bien d’une balade teintée d’aventures axée sur l’architecture. Construire un récit qui raconte la visite de n’importe quelle ville le ramenant à notre discipline n’est pas l’apanage de tous, Philippe Trétiack y arrive avec une spontanéité que le lecteur ressent l’architecture autant que ses aventures.

Sous certains  titres en anglais, les récits s’enchaînent et les images se succèdent de Calcutta à Beyrouth en passant par Johannesbourg ou Goris, l’auteur livre un impressionnant panel de sentiments qui, vécus parfois entre méfiance et crainte, nous apportent quelques intéressantes trouvailles. Notre tour du monde n’est pas aussi loxodromique que l’on pourrait croire, après quelques villes dépaysantes c’est le retour en France avec de nouvelles anecdotes pour repartir de bon pied vers d’autres cieux. Comme si ce jeu de va-et-vient était délibéré pour accentuer la curiosité.

Néanmoins, « L’architecture à toute vitesse » n’est pas toujours joyeuse, certains passages aussi légers soient-ils vont au-delà de l’architecture et nous font pénétrer dans un monde réel qui peut être parfois triste et cruel même si sous la plume de l’auteur certaines allégresses se dessinent et quelques rires jaillissent. De temps en temps, les aventures s’accélèrent, le lecteur est pris en haleine, il aimerait en savoir plus et voilà la fin de chaque récit qui arrive à toute vitesse et aussi ironique soit-elle, elle nous livre la morale tant attendue rehaussée d’une certaine finesse.

Tout au long de son essai, Philippe Trétiack se livre au jeu savant d’une mise en abîme où la ville devient un attrayant décor de théâtre. A travers ce procédé, l’auteur se transforme en acteur et le lecteur en spectateur. Une prodigieuse mise en scène où l’architecture est toujours présente même si parfois ce n’est que par la pensée.

Cependant quand nous lisons « Le nouveau Modulor, c’est le PMR » ou « Les architectes doivent se méfier des balcons » ou « L’architecture est un logos » ou encore « Rater un bâtiment c’est s’autoriser ensuite à mieux le fantasmer » nous ne pouvons que nous demander « Mais est-ce de la provocation » ?  C’est toute la subtilité du recueil qu’il faut bien reconnaître !

«L’architecture à toute vitesse, 56 règles glanées autour du monde», par Philippe Trétiack, 304 pages, 19 euros, aux éditions du Seuil.

Quand l’archéologie et l’art contemporain se croisent

© Blind Eye Factory
© Blind Eye Factory

A la fois improbable et chimérique, la rencontre de l’art contemporain et de l’archéologie ne se fait pas  spontanément. Et pourtant, le jeune artiste Edoardo Tresoldi y est arrivé. C’est avec une infinie finesse que l’italien a ressuscité les vestiges archéologiques de la basilique de Siponto. Le résultat est tout simplement époustouflant !

En Italie, à Manfredonia, Samedi le 12 Mars a eu lieu à la basilique de Santa Maria di Siponto l’inauguration du dernier ouvrage d’Edoardo Tresoldi, promu par le Bureau archéologique des Pouilles et soutenu par le ministère italien de la culture et du patrimoine. A mi-chemin entre sculpture et architecture, l’œuvre promeut un grand succès.

Les spectres du passé se réveillent

Dans la région italienne du sud des Pouilles, le parc historique de Siponto est connu comme un site d’une grande importance archéologique. Abandonnée depuis le XIIIème siècle, à la suite de plusieurs tremblements de terre, la basilique qui était jadis construite sur des vestiges datant du XIème siècle, attire toujours les visiteurs.

Sur le site de cette église primitive, à l’aide de treillis métalliques, l’artiste italien Edoardo Tresoldi a réalisé une installation monumentale qui reconstitue l’architecture de la ville antique. La sculpture, où les treillis se croisent, s’entrelacent et se chevauchent, intitulée «basilica di siponto», occupe le vaste espace abandonné depuis des siècles. Elle crée une ambiance particulière entre illusion et réalité que les visiteurs aiment découvrir.

Selon le commissaire Simone Pallotta: « Le travail d’Edoardo Tresoldi apparaît comme une sculpture architecturale majestueuse douée pour réveler les volumes de la basilique existante et en même temps capable de la vivifier via sa relation entre l’ancien et le contemporain. Un travail qui, brisant la controverse séculaire des arts primaires, résume deux langues complémentaires en une, des scènes à couper le souffle . »

La nuit, les illuminations ne font qu’accentuer la magie du site qui, comme un lieu hanté, assiste à la renaissance de ses vestiges. Dans un contexte chargé d’histoire en toile de fond l’exceptionnel paysage des Pouilles, l’arrivée de l’œuvre de Tresoldi complète le puzzle et marque la profondeur qui manquait jusque là à l’ensemble.

© Blind Eye Factory
© Blind Eye Factory
© Blind Eye Factory
© Blind Eye Factory
© Blind Eye Factory
© Blind Eye Factory
© Blind Eye Factory
© Blind Eye Factory

Pour plus d’information sur Edoardo Tresoldi : ici.

Les photos : © Blind Eye Factory

A Paris, la Canopée en mode limule !

© Sipane Hoh
© Sipane Hoh

A ceux qui sont perchés sur leur balcon, le plan de masse, aux usagers des transports en commun les sombres tréfonds et les viscères loin de la lumière du jour, aux touristes et aux shoppeurs un centre commercial customisé, un de plus mais celui-ci bien placé. Les Halles parisiennes d’autrefois recouvertes de « La Canopée » viennent d’être inaugurées !

Les avis divergent et les langues se corsent, en France comme chez nos voisins britanniques les critiques affluent et les mécontents grondent. D’une part les finances d’autre part l’aspect. Alors que la première étale des chiffres qui sont bien réels et difficiles à dissimuler, la seconde, plus subjective est à prendre avec la plus grande méfiance mais quand il s’agit d’un constat négatif pour les deux, l’architecture de Patrick Berger et de Jacques Anziutti ternit et son image flétrit.

Quand les politiques s’emmêlent les pinces.

Le coup d’envoi des travaux des Halles avait été donné à l’ère de Bertrand Delanoë et c’est Anne Hidalgo, l’actuelle maire  de la ville lumière qui en assume les conséquences. Cependant, une partie du projet n’est toujours pas terminée, faut-il attendre la fin du fin pour pouvoir se prononcer ?

Les grands critiques d’architecture n’ont pas demandé l’autorisation ni attendu l’inauguration, tandis que trois jours avant le grand évènement Fréderic Edelmann commençait son impeccable tirade par : « Faire plus moche et bricolé que les pavillons construits en 1985 par Jean Willerval pour couronner le Forum des Halles dessiné par Vasconi et Penchreac’h, c’était sans doute impossible. La Ville de Paris, pourtant, s’était exercée à imaginer des formules de concours, mais ils ne laissaient guère de chance de faire advenir un projet de raison. » à Londres, après sa visite parisienne, Oliver Wainwright termine son article en achevant l’ensemble : « Le projet d’origine, des années 1970, a fait l’objet d’un catalogue brouillé de faux départs et d’ambitions contrariées, comme les présidents successifs et les maires où chacun annulait le travail de son prédécesseur. Comme un monument accidenté, une chute d’eau jaillit maintenant de la canopée à la nouvelle entrée des Halles: elle pourrait être l’assemblage des larmes de chaque politicien qui a essayé d’imprimer sa marque sur ce site problématique. »

Alors que l’architecture est largement contestée, quelques utilisateurs des lieux semblent néanmoins bien s’amuser. D’autant plus qu’une partie publique est prévue dans le projet. Le conservatoire ou la médiathèque ainsi que la Maison des pratiques artistiques ne font qu’aiguiser la curiosité. Malheureusement, ces derniers aussi intéressants soient-il semblent être ensevelis sous la grande chape de la Canopée.

Les riverains piégés par les croquis aériens.

A Londres, les défenseurs de la fameuse ligne d’horizon ont mis des années avant d’accepter ne serait-ce qu’un édifice plus haut que la cathédrale Saint-Paul, à Paris, selon le cahier des charges du projet, la hauteur de la Canopée devait respecter les hauteurs des bâtiments alentours (dont l’église Saint-Eustache). Le résultat, aussi oppressant soit-il n’est donc pas une bévue d’architecte mais la conséquence légale d’un embrouillamini de lois et décrets inextricables.

Malgré les quelques séduisants jeux d’ombres et de lumières à des heures bien déterminées et seulement les jours abondamment ensoleillés, la légèreté ainsi que la transparence de la structure laissent bien à désirer surtout quand dans le Courrier de l’architecte, Jean-Philippe Hugron nous ramène à des constructions bien plus anciennes en faisant référence à l’un des Pritzker qui manipulait le mieux cette potentialité. « Pourtant, ici et là, les acteurs du colossal chantier aiment à répéter, malgré ce triste aveu municipal, que la Canopée pèse 7.000 tonnes, soit 500 de moins que la Tour Eiffel. N’en déplaise à Anne Hidalgo, l’architecture est aussi une question de poids. Plus encore quand l’un des architectes de la Canopée, Patrick Berger, défendait, il y a quelques temps, avoir travaillé à Stuttgart dans l’atelier de Frei Otto. »

Dans la Canopée, l’architecture et l’ingénierie se sont frottées comme elles l’ont toujours fait mais cette fois-ci l’objet de la discorde est trop visible. Il s’agit de faire tenir un « monument » qui demandait à trouver sa place et à être accepté. La poésie architecturale du départ que certains ont cru apercevoir sous forme de légèreté sur les papiers glacés ne pouvait pas tenir sa parole logiquement dans les conditions annoncées, confrontée aux faits.

L’architecte qui a gardé les piliers en béton de l’ancienne structure afin de mieux stabiliser les étages en sous-sol, a opté concernant la partie visible pour un voile complexe composé de 18000 lamelles de couleur jaunâtre qui comme la bouche d’une gigantesque limule semble engloutir les passants qui l’abordent. Et pour les visiteurs qui se trouvent en dessous, le ciel de Paris semble bien loin, le cœur de la ville qui a reçu la cop21 cette année,  aussi palpitant soit-il, devient plutôt un passage géant. Espérons que ce dernier tienne un peu plus longtemps que le précédent.

01@SipaneHoh
© Sipane Hoh
02@SipaneHoh
© Sipane Hoh
03@SipaneHoh
© Sipane Hoh
05@SipaneHoh
© Sipane Hoh