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Au 22 Visconti, la révolution est à son comble !

© Sipane Hoh
© Sipane Hoh

Vous avez encore jusqu’à la fin de la semaine pour visiter l’exposition « Talking about a revolution » conçue par Paul Ardenne. Une multitude d’artistes contemporains tout azimut réunis dans un même lieu, à Paris.

Mai 68 et après ?

Cinquante ans après mai 68, peut-on encore évoquer la liberté d’expression dans l’art ? Sous quelle forme se matérialise cette liberté? Pour qui et pourquoi ? Que des questions qui me poussent à découvrir la fameuse exposition.

Mais tout d’abord pourquoi « Talking about a revolution » ? en effet, l’exposition emprunte son titre d’une chanson de Tracy Chapman connue par son répertoire contestataire et engagé. A l’instar des poètes, depuis toujours, les artistes ont parlé de révolution. Au 22 Visconti, Paul Ardenne présente un bouquet d’œuvres singuliers qui ne racontent pas forcément la révolution mais l’esprit de la critique y est présent. Peut être la dénonciation, le désaccord, l’espérence d’un monde meilleur ? Le tout à travers quelques conceptions modestes mais emblématiques qui envahissent l’espace d’un temps la discrète galerie parisienne de la rue Visconti.

A chacun son message

Par ici, l’affiche à travers laquelle Adel Abdessemed souhaite donner une réponse à la situation du monde contemporain, par là, la fameuse sculpture de couleur rouge d’Arnaud Cohen dont j’ai parlé à plusieurs reprise comme ici ou , un peu plus loin les édifiantes photographies parisiennes de Bruno Serralongue, ailleurs l’œuvre singulière de Gianni Motti où il conteste les moyens de communications actuels et tant d’autres œuvres tout aussi intéressantes que réfléchies.

Si, aujourd’hui, le souvenir de mai 68 s’estompe, les problèmes de l’époque restent d’actualité. Les artistes sont là pour nous le rappeler et c’est à nous de ne pas l’oublier. L’exposition du 22 Visconti n’est qu’une manifestation parmi tant d’autres qui vaut le détour.

© Sipane Hoh
© Sipane Hoh
© Sipane Hoh
© Sipane Hoh

Le site du 22 Visconti : ici.

Et les primés du Prix Versailles 2018 sont…

© Nomadic Resorts
© Nomadic Resorts

Mardi, le 15 mai 2018 au Siège de l’UNESCO, parmi les soixante-dix équipes lauréates ayant été primées lors des cérémonies continentales, douze ont reçu des titres mondiaux dans les quatre catégories ouvertes à la compétition : Magasins, Galeries marchandes, Hôtels, Restaurants.

Dédié à l’architecture commerciale

Le Prix Versailles, qui est décerné chaque année par un jury indépendant, est un prix annuel dédié à l’architecture commerciale. Aujourd’hui, cette dernière évolue et propose de plus en plus des réalisations de qualité. Fondé par Jérôme Gouadain, le Prix Versailles est remis, à Paris, au siège de l’organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture. Le prix distingue, à l’issue d’un appel à candidatures, des architectes et des propriétaires de magasins, hôtels et restaurants, situés dans le monde entier et jugés particulièrement remarquables du point de vue de l’architecture extérieure comme de l’aménagement intérieur.

En présence des finalistes venant de 32 pays, des huit membres du jury dont les architectes Manuelle Gautrand, Ma Yansong et Wang Shu, du président de l’union internationale des architectes Thomas Vonier, de la styliste Guo Pei, de l’ancienne directrice adjointe du centre de patrimoine mondial Minya Yang et du chef étoilé Guy Savoie, ainsi que le président du jury, le maire de Versailles, François de Mazières, cette année, le sous-directeur général de l’UNESCO pour la Culture, le Chilien Ernesto Ottone Ramirez, a tenu à saluer la dynamique du Prix Versailles. Quant à Thomas Vonier, le président de l’Union internationale des architectes et membre du Jury mondial du Prix Versailles 2018, a souligné lors de la soirée de la remise des prix, que le panel « reflétait certains des plus grands talents du monde en matière d’architecture et de design ».

Des projets du monde entier

La finale de l’édition 2017 a récompensé douze projets du monde entier en plus des lauréats continentaux. Les catégories « mention extérieur » et « mention intérieur » peuvent interpeller mais cette spécificité peut s’expliquer par l’existence très souvent de deux maîtrises d’œuvre dans l’immobilier commercial. Parmi les divers groupements mondiaux primés, notons Foster + Partners, Gonzalo Mardones Arquitecto, le groupe anglais acme/ Hammerson, UNSTudio / CITIC, les français Marseille Architecture Partenaires, l’agence Kerry Hill Architects, Nicholas Plewman Architects / Artichoke Design, Studio RHE, Paulina Moran, Rockwell Group et Nomadinc Resorts. Notons que la participation est entièrement gratuite.

La finale mondiale a été aussi également l’occasion pour annoncer les lauréats du concours étudiant 2018, qui, cette année, portait sur le thème « Inspirer la ville durable : «Imaginer un nouveau stade et aménager les docks de Liverpool».

© Nicholas Plewman Architects

 

© Carbondale
© Carbondale
©HuftonCrow
©HuftonCrow
 © Studio RHE
© Studio RHE

Pour plus d’informations sur le Prix Versailles, voir: ici.

Équerre d’argent 2017, oui, mais…

Depuis quelques années, c’est devenue une habitude, la cérémonie annuelle de l’équerre d’argent se déroule dans le XVIe arrondissement parisien, au Palais d’Iéna, un chef d’œuvre architectural signé Auguste Perret.

Des présents

Parmi les huit finalistes aucun prix n’a été décerné aux 87 logements conçus par Vincent Berranger ni à la bibliothèque de Caen réalisé par OMA en collaboration avec Clément Blanchet ni au Palais de justice de Strasbourg de Garcés de Seta Bonet ni au Parking et jardin de l’agence Anonyme, tous les quatre ont disparus de l’écran lors des délibérations.

Revenons aux distinctions, tout d’abord la première œuvre qui a été décernée à un projet temporaire qui sort de l’ordinaire. Il s’agit du Centre d’hébergement d’urgence d’Ivry-sur-Seine conçu par l’Atelier Rita. Personnellement, je trouve qu’il s’agit d’un prix mérité vu l’étendu social du projet.

Continuons avec le prix de la catégorie Culture, jeunesse et sport, décerné au Musée Camille-Claudel à Nogent-sur-Seine et conçu par Adelfo Scaranello. Dès que j’ai aperçu la liste des huit finalistes, je trouvais ce projet dans « l’esprit » des quelques grands prix des équerres passées. Et bien que la réalisation a séduit le jury, elle ne faisait pas le poids devant celle du grand prix.

Parlons du Prix de l’Ouvrage d’art qui a été décerné à la Passerelle à Creil conçue par Jean-François Blassel. Je me joins à l’avis du jury, on parle toujours du rôle des musées dans la culture mais pas assez de celui des ponts dans la composition de la ville. Mis à part son côté esthétique, le projet de la passerelle de Creil fait partie des constructions utiles dont nous avons tous besoin dans la ville.

Revenons sur le Prix de la catégorie Lieu d’activité décerné à l’Hôpital de Trévenans conçu par Brunet Saunier Architecture(avec Gerold Zimmerli et Serge Gaussin & Associés). Le projet avait déjà séduit le public, il vient de séduire aussi le jury, probablement pas pour des raisons similaires mais le résultat est le même. Rien à dire, c’est un projet qui mérite sa distinction !

Et un absent

Parlons du Prix Habitat et le jury qui n’a décerné aucun prix. Mais tout d’abord revenons quelques semaines en arrière. Ce qui est atypique c’est qu’il y avait un seul projet de logements parmi les huit projets présélectionnés. Pourtant ce n’est sûrement pas le nombre de réalisations qui manquait pour la première sélection. Quand nous savons qu’en France, nombreux sont les projets de logements présentés ici et là dans les divers journaux d’architecture et plus précisément ceux qui ont été nommés à la première sélection, le résultat du non-prix me laisse pantoise. Mais comme le jury a le dernier mot, l’équerre 2017 sera marquée par l’absence du prix pour la catégorie Habitat. Un choix qui restera dans les annales de l’équerre d’argent une fois qu’on aura oublié qui faisait partie du jury.

Le Grand prix est pour …

Et finalement, le grand prix de l’équerre d’argent. Il a été décerné au Tribunal de Paris conçu par Renzo Piano et son équipe. Avant de parler du projet, j’aimerais revenir sur l’architecte. Il y a quelques années, en 2012, lors de la cérémonie de l’équerre d’argent, la même équipe s’était vue décernée le prix spécial pour sa réalisation du Monastère Sainte-Claire à Ronchamps. Lors de la fameuse soirée, Renzo Piano qui devait prendre son avion, avait fait une prompte apparition surtout à l’extérieur où il faisait la queue tout en discutant avec tous ceux qui l’interpellaient. A l’inverse de quelques grandes pointures, l’homme reste apprécié tout aussi que son architecture. Retour au grand prix de l’équerre d’argent, le projet possède, mis à part sa signature, d’énormes atouts. C’est un immeuble parisien de grande hauteur, un incontournable emblème mais aussi un projet hors-norme. Et même si certains critiquent le fait qu’il soit en PPP (partenariat public privé), l’idée de l’icône a gagné. A la fois plastique et imposant, le prix de l’équerre était pour moi une « évidence ». Pas de surprise donc mais une grande joie concernant ce projet.

« Balzac et les artistes » l’exposition à ne pas manquer !

@MuséeBalzac

A Paris, située au cœur de l’ancien village de Passy, la Maison de Balzac propose depuis le 17 Juin 2016 une exposition atypique qui trace le rapport entre Balzac et les artistes de son époque. Un délicieux voyage dans le temps entouré d’un cadre tout aussi charmant.

C’est dans une atmosphère bucolique de la fameuse « Maison de Balzac » qui constitue la demeure parisienne du grand homme transformée en musée que se déroule l’exposition. Quelle bonheur d’explorer une cinquantaine d’œuvres dont des peintures, des sculptures et des dessins jamais montrés au public.

Dans la maison d’Honoré de Balzac, ce géant de la littérature française, entre le bureau du maître où il a rédigé « La Comédie humaine » et le jardin bucolique à l’ambiance particulière, le visiteur est invité à découvrir toute une époque via diverses expressions artistiques. Flairer le temps d’une visite l’univers d’un homme mais aussi d’une période devient un jeu de piste. L’émotion de la découverte se mêle ainsi à la curiosité pour nous délivrer des tableaux restés discrets. Les amateurs de la littérature et de l’art ne peuvent qu’apprécier.

Un carrefour pour plusieurs disciplines

L’exposition « Balzac et les artistes » dévoile également le quotidien de l’écrivain, ses rencontres avec les personnalités artistiques de son époque comme Alexandre Dumas ou George Sand et ses débats avec des grands poètes comme Théophile Gautier. Au fil de la visite nous pouvons admirer sa spectaculaire effigie sculptée par Auguste Rodin ou son portrait présenté en collage, œuvre d’Eduardo Arroyo ou d’autres intéressants tableaux inspirés tous de « La Comédie Humaine ». Des « moments » magiques qui délivrent comme une boîte de trésor de mémorables secrets.

Dans ce petit pavillon « caché » sur les coteaux de Passy avec sa petite vue sur la Tour Eiffel et son jardin qui jouxte l’un des immeubles de logements parisiens d’Auguste Perret, la visite n’est qu’une exquise excursion située au carrefour de plusieurs disciplines.

L’exposition « Balzac et les artistes » est à admirer jusqu’au 2 octobre 2016.

©SipaneHoh
©SipaneHoh

Plus d’informations sur le site du musée.

« Hunting Season » la dernière œuvre d’Arnaud Cohen

Hunting Season@ ArnaudCohen
Hunting Season@ ArnaudCohen

Elle se trouve à Paris, au 45, rue des Tournelles dans la galerie aux murs immaculés dirigée par Elisabeth Kepler. La dernière œuvre d’Arnaud Cohen est une pièce unique qui franchit astucieusement les limites de l’art pour nous livrer un message universel.

Au fond de l’étroite rue des Tournelles se niche la galerie Kepler Art Conseil. De l’extérieur, nous pouvons à peine identifier les contours d’une cabane en bois calciné posée dans un coin, à même le sol. Pourtant, le carton d’invitation annonce une saison de chasse ! La curiosité l’emporte sur le paradoxe de la situation et la découverte semble indispensable.

Malgré l’aspect carbonisé, l’ensemble dégage une certaine noblesse et pour cause, il s’agit bien de volets intérieurs datant du XVIIIème siècle dont l’artiste prend un malin plaisir à raconter l’histoire. Ils proviennent d’un hôtel particulier parisien où ils ont été réemployés  lors de la destruction totale de l’édifice, depuis, ils ont traversé le temps, mais un jour ils sont devenus encombrants et non adaptés aux exigences de la modernité « moderne ». Le moment idéal pour l’artiste qui les sauve et leur donne un nouveau sort.

Fabriquer une cabane revient d’un imaginaire enfantin, avec ce projet, le rêve devient non seulement tangible mais un exercice difficile avec des matériaux improbables qui  voit le jour. Le cabanon n’a rien d’extraordinaire même si l’idée dans l’absolu ne laisse rien entrevoir. Fabriquer un abri de fortune avec des matériaux nobles n’est pas une chose courante sauf qu’ici la matière en question, grâce à l’intervention de l’artiste, est destinée à traverser le temps.

Et à l’intérieur ? Quelle est cette couleur bleue qui transparait à travers les interstices ? Une explication s’impose. A l’aide du néon, un mot nous interpelle. Il faut dire que ceux qui connaissent le travail d’Arnaud Cohen sont habitués à voir le néon, à chaque circonstance sa phrase, à chaque évènement sa couleur. Dans cette œuvre, le choix va pour le bleu quant au mot il s’agit d’un « Rien » !

Pour en connaître l’origine il faut décortiquer l’histoire. ce mot aussi insignifiant a été calligraphié de la sorte dans son carnet de chasse par Louis XVI pour la journée du 14 juillet 1789. Et pourtant, ce jour là, le « Rien » pour certains est devenu le « Tout » pour autrui, l’art n’étant qu’un moyen parmi d’autres pour reproduire l’histoire. Cette courte expression inscrite au fond d’une cabane noircie pousse-t-elle à la réflexion ? L’attitude de quelques uns vis-à-vis de l’art (entre autre) serait-elle semblable à l’attitude de Louis XVI vis à vis du 14 Juillet ? Il est permis de le croire !

Dans un scénario mené par une main de maître, Arnaud Cohen questionne encore une fois certains comportements de la société actuelle. A la fois provocateur et démonstrateur, via l’une des techniques dans laquelle il excelle, l’artiste touche un point sensible chez tout spectateur. La réflexion étant ici la substance, l’art contemporain devient l’expression. Un langage chargé de symboles, qui devient universel pour atteindre le monde entier.

Hunting Season@ ArnaudCohen
Hunting Season@ ArnaudCohen

Cette oeuvre se trouve à Paris jusqu’au 23 avril 2016 et sera exposée sera exposée au Kunstverein am Rosa–Luxemburg–Platz de Berlin en 2017.

Le site d’Arnaud Cohen: ici.

A voir également: ici.

A Paris, la Canopée en mode limule !

© Sipane Hoh
© Sipane Hoh

A ceux qui sont perchés sur leur balcon, le plan de masse, aux usagers des transports en commun les sombres tréfonds et les viscères loin de la lumière du jour, aux touristes et aux shoppeurs un centre commercial customisé, un de plus mais celui-ci bien placé. Les Halles parisiennes d’autrefois recouvertes de « La Canopée » viennent d’être inaugurées !

Les avis divergent et les langues se corsent, en France comme chez nos voisins britanniques les critiques affluent et les mécontents grondent. D’une part les finances d’autre part l’aspect. Alors que la première étale des chiffres qui sont bien réels et difficiles à dissimuler, la seconde, plus subjective est à prendre avec la plus grande méfiance mais quand il s’agit d’un constat négatif pour les deux, l’architecture de Patrick Berger et de Jacques Anziutti ternit et son image flétrit.

Quand les politiques s’emmêlent les pinces.

Le coup d’envoi des travaux des Halles avait été donné à l’ère de Bertrand Delanoë et c’est Anne Hidalgo, l’actuelle maire  de la ville lumière qui en assume les conséquences. Cependant, une partie du projet n’est toujours pas terminée, faut-il attendre la fin du fin pour pouvoir se prononcer ?

Les grands critiques d’architecture n’ont pas demandé l’autorisation ni attendu l’inauguration, tandis que trois jours avant le grand évènement Fréderic Edelmann commençait son impeccable tirade par : « Faire plus moche et bricolé que les pavillons construits en 1985 par Jean Willerval pour couronner le Forum des Halles dessiné par Vasconi et Penchreac’h, c’était sans doute impossible. La Ville de Paris, pourtant, s’était exercée à imaginer des formules de concours, mais ils ne laissaient guère de chance de faire advenir un projet de raison. » à Londres, après sa visite parisienne, Oliver Wainwright termine son article en achevant l’ensemble : « Le projet d’origine, des années 1970, a fait l’objet d’un catalogue brouillé de faux départs et d’ambitions contrariées, comme les présidents successifs et les maires où chacun annulait le travail de son prédécesseur. Comme un monument accidenté, une chute d’eau jaillit maintenant de la canopée à la nouvelle entrée des Halles: elle pourrait être l’assemblage des larmes de chaque politicien qui a essayé d’imprimer sa marque sur ce site problématique. »

Alors que l’architecture est largement contestée, quelques utilisateurs des lieux semblent néanmoins bien s’amuser. D’autant plus qu’une partie publique est prévue dans le projet. Le conservatoire ou la médiathèque ainsi que la Maison des pratiques artistiques ne font qu’aiguiser la curiosité. Malheureusement, ces derniers aussi intéressants soient-il semblent être ensevelis sous la grande chape de la Canopée.

Les riverains piégés par les croquis aériens.

A Londres, les défenseurs de la fameuse ligne d’horizon ont mis des années avant d’accepter ne serait-ce qu’un édifice plus haut que la cathédrale Saint-Paul, à Paris, selon le cahier des charges du projet, la hauteur de la Canopée devait respecter les hauteurs des bâtiments alentours (dont l’église Saint-Eustache). Le résultat, aussi oppressant soit-il n’est donc pas une bévue d’architecte mais la conséquence légale d’un embrouillamini de lois et décrets inextricables.

Malgré les quelques séduisants jeux d’ombres et de lumières à des heures bien déterminées et seulement les jours abondamment ensoleillés, la légèreté ainsi que la transparence de la structure laissent bien à désirer surtout quand dans le Courrier de l’architecte, Jean-Philippe Hugron nous ramène à des constructions bien plus anciennes en faisant référence à l’un des Pritzker qui manipulait le mieux cette potentialité. « Pourtant, ici et là, les acteurs du colossal chantier aiment à répéter, malgré ce triste aveu municipal, que la Canopée pèse 7.000 tonnes, soit 500 de moins que la Tour Eiffel. N’en déplaise à Anne Hidalgo, l’architecture est aussi une question de poids. Plus encore quand l’un des architectes de la Canopée, Patrick Berger, défendait, il y a quelques temps, avoir travaillé à Stuttgart dans l’atelier de Frei Otto. »

Dans la Canopée, l’architecture et l’ingénierie se sont frottées comme elles l’ont toujours fait mais cette fois-ci l’objet de la discorde est trop visible. Il s’agit de faire tenir un « monument » qui demandait à trouver sa place et à être accepté. La poésie architecturale du départ que certains ont cru apercevoir sous forme de légèreté sur les papiers glacés ne pouvait pas tenir sa parole logiquement dans les conditions annoncées, confrontée aux faits.

L’architecte qui a gardé les piliers en béton de l’ancienne structure afin de mieux stabiliser les étages en sous-sol, a opté concernant la partie visible pour un voile complexe composé de 18000 lamelles de couleur jaunâtre qui comme la bouche d’une gigantesque limule semble engloutir les passants qui l’abordent. Et pour les visiteurs qui se trouvent en dessous, le ciel de Paris semble bien loin, le cœur de la ville qui a reçu la cop21 cette année,  aussi palpitant soit-il, devient plutôt un passage géant. Espérons que ce dernier tienne un peu plus longtemps que le précédent.

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© Sipane Hoh
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© Sipane Hoh
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« Ghost Towns », l’exposition atypique

@SipaneHoh

En ce fin du mois d’Août, au moment où les vacanciers quittent leurs résidences, Détails d’architecture revient sur l’exposition parisienne du photographe Cyrille Lallement « Ghost Towns » dont le vernissage s’est déroulé le 2 juillet 2015 et qui reste ouverte jusqu’au 30 Septembre 2015.

Atypiques comme le nom de l’espace qui les accueille, les photos de Cyrille Lallement ne laissent point indifférent. Ils exposent à leur manière une histoire et une réalité en pointant l’objectif sur des villes balnéaires vidées de leurs habitants. Une atmosphère parfois lourde qui entre inquiétude et fascination domine l’ensemble.

Pour ses photos, le photographe a choisi la saison hivernale, au moment où les vacanciers quittent les lieux et les habitants ne font que rares. La mise en évidence des images continue via le jeu savant avec lequel Cyrille manie la luminosité et les couleurs pour un résultat surprenant et délicieux qui rappelle les anciennes aquarelles un peu jaunies par le temps révélant un ingénieux talent.

Quand l’architecture et la photographie s’accordent

Comme si la pendule s’est arrêtée ne serait-ce que pour un moment, l’exposition « Ghost Towns » semble être une promenade qui mène jusqu’au bout des temps pour plonger le visiteur dans un monde irréel, à la fois extravagant où la nature prend le dessus.

« C’est pour moi une manière de s’interroger sur la place dans notre environnement et l’impact de celui-ci afin de prendre conscience que rien n’est éternel » raconte l’artiste.

A la fois poétiques et critiques, nous pouvons néanmoins percevoir via ces photos une pointe de facétie, pas vraiment réaliste mais toujours perfectionniste. Avec la série « Ghost Towns » Cyrille Lallement a réussi son pari, accorder architecture et photographie dans une remarquable mélodie capable de capter tout visiteur.

L’exposition « Ghost Towns » est ouverte au public, tous les jours de 10h à 19h jusqu’au 30 Septembre.

Le portrait de Cyrille Lallement sur Détails d’architecture: ici.

La photo: © Sipane Hoh

A Paris, un avenant «deux en un» signé Ameller Dubois

© Takuji Shimmura
© Takuji Shimmura
A Paris, au croisement de la rue de Lourmel et la rue des Cévennes un édifice qui mêle une remarquable volumétrie comportant trois entités, interpelle. Il s’agit d’un programme mixte de logements collectifs et d’un foyer pour adultes autistes réalisé en 2014 par l’agence d’architecture Ameller, Dubois et associés (Philippe Ameller, Jacques Dubois).
Au premier abord, le projet se présente comme un jeu de parallélépipèdes où chaque logement trouve sa place, le tout installé sur un socle commun qui occupe l’angle de la parcelle. L’intégration au quartier est donc l’une des particularités qui contribue à la réussite ne serait-ce que visuelle du projet.
Un ensemble urbain et humain
L’ouvrage, qui compte trois entités se développe sur une base commune accueillant l’ensemble du programme pour adultes handicapés autistes ainsi que les accès à la résidence et leurs locaux associés.
Selon les architectes : « Ces trois ensembles, organisés de manière à ménager des prospects agréables, développent un concept de pavillon relativement compact dont les façades, partiellement creusées ou émergentes, offrent un aspect sculptural. Les appartements bénéficient d’une épaisseur en saillie formant loggia dans le prolongement du salon. Celles-ci sont alternées ou superposées selon leur situation dans le plan. La composition génère ainsi un mouvement de rotation pour chaque pavillon qui, à l’angle des deux rues et sur toutes les orientations, indique le statut de proue urbaine de cette partie du quartier. »
Le parti-pris architectural est donc clair, il s’agit bien d’un certain ludisme selon lequel les pavillons s’entrelacent, s’enchaînent et se touchent, dans une délectable composition pour former un ensemble urbain à l’échelle humaine à la fois personnalisé et abordable.
L’individualisation des parties communes s’aperçoit dans la manière dont les architectes ont créé trois accès distincts, à chaque corps de bâtiment, son entrée. Quant à la rampe d’accès au parking, elle se glisse délicatement dans le soubassement.
La nature n’est jamais très loin
Côté matériaux, la couleur blanche immaculée du béton est rompue par endroits avec la présence du bois et du métal, jouant sur la plastique et la monumentalité de l’ouvrage. En conséquence, les diverses formes s’affirment et les volumes se peaufinent.
Tout en étant dans la ville et peu importe sa localisation, le projet attribue une grande importance à la présence paysagère au sein même de sa composition. Les espaces verts sont surtout destinés aux adultes handicapés autistes, la partie nord constituant le jardin partagé de la résidence. Ainsi, de petits potagers en bois perchés (dont le visiteur peut faire le tour) agrémentent l’ensemble. Ces petites espaces carrés de tailles identiques (1m sur 1m) permettent de planter et d’entretenir des légumes, des fleurs ou des fruits. Quelques arbustes viennent compléter cet heureux aménagement.
Finalement, vu qu’il s’agit d’un écoquartier exemplaire, soucieux d’apporter une écriture durable à leur projet, les architectes ont privilégié des matériaux à faible impact environnemental tout en maîtrisant les diverses ressources énergétiques, il en résulte un édifice qui a été labellisé BBC et HQE Cerqual.
Alors que non loin de là la Tour Eiffel veille sur la ville, dans l’environnement hétérogène de l’Écoquartier Boucicaut du 15ème arrondissement parisien, le programme mixte de l’agence Ameller, Dubois et Associés constitue un attrayant outil urbain qui profite à tous.
© Takuji Shimmura
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© Takuji Shimmura
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© Takuji Shimmura

 Le site de l’agence d’architecture Ameller Dubois et Associés : ici.

Les photos : © Takuji Shimmura