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Une réhabilitation subtile qui croise les matières

© Miguel de Guzmán / Rocio Romero / Imagen Subliminal
© Miguel de Guzmán / Rocio Romero / Imagen Subliminal

En Espagne, à Calle de Castelló, les architectes Paul Galindo Pastre et Ophélie Herranz Lespagnol de l’agence VONNA /PYO arquitectos ont réalisé un projet simple qui privilégie les textures et les détails. Il s’agit de l’agencement d’une boutique qui donne sur rue où la sobriété est de mise.

La nouvelle architecture que les architectes de l’agence VONNA /PYO arquitectos ont créé à Madrid provoque une belle rupture avec l’existant. La menuiserie de la vitrine qui est attachée à l’ancrage de la façade, expose la structure existante. L’intervention s’approprie les qualités du lieu, elle s’en inspire pour ensuite se détacher de l’histoire tout en la mettant en valeur. Un projet ingénieux qui a su croiser subtilement plusieurs générations.

Un joyeux métissage qui croise l’ancien et le nouveau

La menuiserie a été soigneusement travaillée pour s’éloigner de la rue et accueillir le visiteur dans un espace domestique. Ainsi, la matérialité se détache de l’espace nu qui l’entoure ainsi que du mouvement de la rue alentour. Le marbre qui définit le socle de la vitrine intérieure se penche dans la rue pour inviter à entrer. L’intervention sur les matériaux existants est axée sur la récupération de leur qualité brute.

Les carreaux du terrazzo sont brillants. Les plafonds suspendus sont démantelés et le squelette en béton est apparu. Les surfaces sont déshabillées révélant leurs plis, leur fragilité et même leur imperfection rendant l’ensemble plus atypique et mettant l’accent sur le temps qui passe.

Dans la pièce principale, les nouveaux matériaux font leur apparition, comme les profils en laiton, les boutures en marbre, les quelques cloisons métalliques ainsi que les montants en bois de pin. L’ensemble affiche une écriture dans laquelle chaque ligne peut être considérée comme un joyeux métissage croisant l’ancien et le nouveau. Par ailleurs, le projet juxtapose dans la même espace deux mondes successifs, révélant un monde qui privilégie les détails et qui évolue avec son temps. Une intervention méticuleuse à découvrir sans tarder.

© Miguel de Guzmán / Rocio Romero / Imagen Subliminal
© Miguel de Guzmán / Rocio Romero / Imagen Subliminal
© Miguel de Guzmán / Rocio Romero / Imagen Subliminal
© Miguel de Guzmán / Rocio Romero / Imagen Subliminal
© Miguel de Guzmán / Rocio Romero / Imagen Subliminal
© Miguel de Guzmán / Rocio Romero / Imagen Subliminal
© Miguel de Guzmán / Rocio Romero / Imagen Subliminal
© Miguel de Guzmán / Rocio Romero / Imagen Subliminal

Le site de l’agence VONNA /PYO arquitectos : ici.

Les photos: © Miguel de Guzmán / Rocio Romero / Imagen Subliminal

 

Carlo Scarpa habite la place Saint-Marc à Venise

01Olivetti@SipaneHoh

Le 21 avril 2011, Cecilia Di Marzo revient, dans le journal Archiportale, sur la transformation du magasin Olivetti de Carlo Scarpa en musée, une réhabilitation signée Gretchen Alexander et Gussalli Beretta. Ou comment un projet d’avant-garde, réalisé en 1958, est devenu aujourd’hui partie incontournable du patrimoine de la place Saint-Marc.

Italie | Culture | Venise |

Contexte
Le 22 avril 2011, après une année de restauration, le magasin Olivetti qui se trouve sur la place Saint-Marc en plein coeur de Venise, oeuvre de l’architecte vénitien Carlo Scarpa, vient d’ouvrir au public.
Les travaux de réhabilitation ont été suivis par l’agence d’architecture de Gretchen Alexander et de Gussalli Beretta. Ainsi, la scénographie de Scarpa et les différents éléments d’époque ont été gardés intacts et ont été rénovés dans la pure tradition vénitienne.
Aujourd’hui devenu musée, ce lieu continue de perpétuer la perception architecturale de son architecte pour qui tout bâtiment devait réconcilier nouveauté et tradition.
SH

VENISE : LA FAI* ROUVRE LE MAGASIN OLIVETTI DE CARLO SCARPA
La restauration, un exercice de silence et de respect
Cecilia Di Marzo | Archiportale

VENISE – A compter du 22 avril, la FAI, pour la première fois, 35 ans depuis sa naissance, arrive à Venise pour mettre à disposition du public un bien d’excellence, un chef d’oeuvre moderne italien, particulier et beau : le Negozio Olivetti, réalisé en 1958 par Carlo Scarpa, l’un des plus grands architectes du XXe siècle, pour Adriano Olivetti. La société Generali, propriétaire des lieux, a prêté l’ensemble à la FAI.

L’histoire du magasin Olivetti a commencé à la fin des années cinquante du siècle dernier quand le grand industriel Adriano Olivetti a demandé à l’architecte vénitien Carlo Scarpa la création d’une prestigieuse et élégante «vitrine» afin de présenter, sur une place unique au monde, les produits de son entreprise.

Société avant-gardiste, connue alors tant d’un point de vue technologique que par son fort caractère culturel, Olivetti souhaitait une «carte de visite» qui représente à la fois ses produits et sa vision du monde. Carlo Scarpa sut synthétiser ce désir via le magasin de la place Saint-Marc.

Ce qui a donné à Venise une oeuvre merveilleuse et raffinée. Avec les matériaux, l’éclairage, les formes et détails ingénieusement imaginés par Scarpa, Olivetti représentait une tradition picturale et iconographique de Venise engageant à la fois le passé et la sérénissime histoire de la cité des Doges.

En 1997 pourtant, la société fermait sa prestigieuse salle d’exposition, laissant la place à la vente d’articles de tourisme, une fonction d’évidence peu conforme avec la qualité architecturale du lieu. Au bail échu, Generali a entrepris et financé une minutieuse restauration, laquelle a duré une année complète, sous la direction de Gretchen Alexander et de Gussalli Beretta qui ont travaillé avec la Direction locale architecturale et paysagère de Venise et sa lagune.

En 2011 enfin, le magasin a été cédé à la FAI afin qu’elle protège et gère l’ouvrage ; à charge pour elle de conserver l’aspect original tout en garantissant l’ouverture au public, au travers des visites guidées, afin que le public puisse découvrir cette petite merveille architecturale de Venise.

03Olivetti@SipaneHoh

A l’origine, l’espace de la boutique était étroit et pitoyable : 21 mètres de profondeur, cinq de large et quatre de longueur. Un espace mal éclairé, divisé en deux compartiments par un mur avec deux escaliers exigus qui conduisaient à une mezzanine sous un plafond bas.

Scarpa a complètement réorganisé l’ensemble : il a supprimé le mur, agrandi le volume de la pièce et inséré deux longues galeries qui changent fondamentalement la perception de l’espace. Au coeur de la nouvelle salle, il a placé les escaliers ; une véritable oeuvre architecturale est née. Certes, Olivetti pouvait alors se permettre le budget de ces beaux escaliers et de cette fontaine en marbre de Belgique et sa sculpture.

Scarpa a également augmenté le nombre des fenêtres et pavé le sol d’un genre intéressant de mosaïques, de différentes tailles et de couleurs. Une solution non seulement esthétique mais «sentimentale», l’utilisation de verre pour la transparence et les reflets étant un moyen d’exprimer le langage typique de Venise. Un joyau jusque là caché dans l’un des endroits les plus photographiés et visités du monde.

Cette inauguration a une valeur particulière car le travail de récupération du lieu par Scarpa non seulement allait au final éviter son abandon mais surtout restituer le magasin en en faisant un précieux testament artistique contenant toute l’histoire des machines (à écrire et à calculer) Olivetti.

A cinquante ans de la première inauguration, les machines sont revenues dans cette salle d’exposition particulière convertie en musée. L’endroit recrée pourtant l’atmosphère de l’une des industries de notre pays. D’aucuns y admirent désormais le génie de l’architecte qui sut transformer de simples machines utilisées dans la vie quotidienne en une attraction artistique. Parmi ces machines, citons la mythique ‘Lettera 22’ de Indro Montanelli, exposée au MOMA de New York. D’autres, comme la ‘Lexigon 80’, datent de 1948 ; la calculette ‘Divisumma 24’ date de 1954. C’est un capital important de notre histoire économique, culturelle et sociale qui se trouve dans ce musée.

Après être resté dans l’ombre pendant des années, le magasin prend donc, grâce au groupe Generali et la FAI, une vie active pour une finalité différente et un but nouveau sans s’éloigner de son lieu géographique du départ. Ce n’est pas un hasard si la boutique Olivetti est l’ultime intervention architecturale et artistique de San Marco ; plus d’un demi-siècle plus tard, son appartenance à Venise est plus légitime que jamais.

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La vérité dissimulée

«L’architecture respecte la restauration de la boutique Olivetti». Gretchen Alexander et Gussalli Beretta

Communément, la définition de «faire l’architecture» présuppose une connaissance naturelle du «projet», permettant de le modifier et de le transformer afin de réaliser sa propre vision et de rendre l’empirique plus tangible. Ici, l’architecture n’était pas seulement de façonner une idée mais un exercice d’écoute et du respect. Il y avait la possibilité de créer quelque chose de neuf mais l’incertitude planait. L’attitude et l’approche de travail de tous les participants étaient un mélange d’humilité et de réflexion : «nous ne pouvions pas laisser notre vision de nouveauté prendre le dessus», déclarent les architectes.

Des interrogations reflétées par les traces de la composition originale mettant en valeur et en lumière les surfaces et les formes initiales.

«A partir de ces images datant de 1958, nous avons été en mesure de percevoir l’harmonie entre les surfaces, ce qui consiste à saisir ce contraste opaque-clair qui fusionne simplement et naturellement. De même (bien que les photos étaient en noir et blanc), on a pu voir l’harmonie chromatique qui dialoguait parfaitement avec la complexité des superficies. Durant la phase initiale des travaux, nous avons constamment visité l’endroit et nous avons pris des photos. Chaque visite se révélait être un voyage vers l’essence des formes. Ces opérations se limitaient à photographier, à contempler la composition pendant des heures pour capter l’idée originale utilisée à l’époque», racontent-ils.

Il suffit d’un simple échantillon de lavage sur le plancher pour «réinterpréter» les couleurs vénitiennes essentielles, toujours en harmonie avec le stuc, le plâtre et la pierre. Une note brève sur la richesse du plancher principal qui se caractérise par un ton neutre sur laquelle on croit reconnaitre le gris et l’ivoire. En réalité, il est composé d’un ensemble de couleurs douces (rose, bleu, vert clair, jaune), un mélange qui donne naissance à une couleur neutre, unique et complexe mais parfaite puisqu’elle met en valeur à la fois les murs et les plafonds.

«Inversement, toujours pour revenir à l’hypothèse du respect dans le processus de restauration, nous n’avons pas eu le courage d’intervenir sur plusieurs surfaces métalliques. Chacun des tests que nous avons menés semblait les déformer et nous éloigner de notre intention de restauration», se souvient Gretchen Alexander.

A ce jour, il n’a pas été possible de trouver une méthode pour atténuer la patine du temps sans obtenir un résultat d’une brillance artificielle. Il est intéressant de noter l’intervention sur un élément complémentaire de l’espace Olivetti : la fontaine en marbre noir de Belgique qui contient le ‘Nudo’, sculpture d’Alberto Viani.

«Après un minutieux échantillonnage, on a pu redonner à cette sculpture l’éclat qu’elle mérite. La restauration de ces éléments fait que le travail du maître est complet. L’étude des espaces chromatiques nous a permis de découvrir de nombreux nouveaux éléments, comme les jeux de lumière pour faire briller les surfaces métalliques, en contraste avec la chaleur des éléments linéaires ; plus loin, la limpidité de l’eau de la fontaine qui reflète la sculpture, tout cet ensemble crée une homogénéité qui comble le spectateur», concluent Gretchen Alexander et Gussalli Beretta.

Cecilia Di Marzo | Archiportale
21-04-2011
Adapté par : Sipane Hoh

* FAI : Fondation, sous tutelle du ministère de l’environnement, qui gère la préservation du patrimoine artistique et environnemental en Italie.

Les photos: © Sipane Hoh

N.B. Cet article est paru en première publication sur le courrier de l’architecte le 14 septembre 2011.

Ces écoquartiers qui changent l’image de nos villes

09-bedzed

‘Zéro émission’, villes durables, éco-constructions, urbanisme vert et responsable, des appellations diverses pour un même constat, des mini-cités qui depuis dix ans se multiplient et métamorphosent la ville traditionnelle. Le quartier BedZed, au sud de Londres, réalisé par l’architecte Bill Dunster, fait figure de pionnier.

Monde

Au début, il y avait Sutton, la ville anglaise de 175.000 habitants, dans la banlieue sud de Londres à la frontière entre Beddington et Hackbridge. Elle comprenait une friche de 1,7 hectares.

C’est sur cette lande inoccupée que l’idée est née, un jour à l’aube des années 2000, d’implanter le quartier Bedzed (Beddington zero energy development), le premier quartier durable à zéro énergie fossile, un laboratoire architectural au service d’un environnement idéal.

L’Angleterre qui, depuis 1970, a intégré une politique de régénération urbaine pour résoudre certains problèmes sociaux et matériels, a porté son choix d’extension des villes sur ces terres jusqu’alors vacantes et disponibles.

C’est l’association Bioregional Development Group, avec l’association Peabody, qui portera ce projet dans cette ville située à 20 minutes de Londres. Le programme commandait 99 logements, 2.500m² de bureaux et de commerces, une crèche, un complexe sportif de 5.000m² ouvert au public, un restaurant ; aujourd’hui encore, cet îlot possède presque tout ce dont un quartier a besoin pour être autonome et auto-suffisant. Et ce d’autant plus que plusieurs lignes de bus traversent la ville, qu’un train assure une liaison directe avec la capitale tandis que la société maître d’ouvrage a même ouvert une agence de location de voitures en cas de nécessité.

EcoquartierVaubanFreibourg@Claire7373 Andrewglaser

Symbole de réussite, dans ce quartier la plupart des habitants travaillent désormais sur place. La vie est agréable, le piéton est roi, convivialité et entraide priment dans les relations entre voisins.

L’architecture de Bill Dunster est originale, inédite et accueillante. Les cheminées multicolores qui dépassent des habitations et pivotent sur elles-mêmes font de ce quartier unique au monde, la marque de fabrique de Bedzed. Les logements ont plusieurs typologies, quelques-uns étant même dotés d’un jardin privatif. Les orientations sont étudiées de manière à apporter le maximum d’ensoleillement et de lumière naturelle. Les intérieurs sont confortables, bien agencés et ressemblent à n’importe quel autre logement fonctionnel.

Si l’isolation est exemplaire, la maîtrise de la dépense énergétique est due à plusieurs systèmes comme le chauffage solaire et la ventilation naturelle. Une centrale de cogénération fonctionnant au bois récupéré aux alentours contribue à diminuer encore plus les besoins de chauffage des ménages et des équipements existants. Les matériaux de construction furent produits dans les environs immédiats de la ville. Plus novateur encore, des produits maraîchers naturels frais issus de l’agriculture locale sont quotidiennement acheminés vers le quartier, limitant ainsi tout déplacement supplémentaire des habitants et réduisant les coûts dus à l’emballage et au conditionnement de la marchandise.

Une fois le seuil du quartier franchi, le visiteur se retrouve de fait dans une bulle, un autre monde où la planète serait propre, édifiante et sans effet de serre. Le microcosme n’attire d’ailleurs pas seulement les étudiants et chercheurs mais des centaines de groupes de touristes curieux. Bref, une réussite.

Pas tout à fait cependant. Aujourd’hui, bien que les résultats des dix dernières années soient concluants, certains équipements complexes connaissent un ralentissement voire un arrêt. Les coûts des réparations sont exorbitants, arguent les gestionnaires du quartier, invitant ainsi les habitants ‘à se rendre à l’évidence’. La fin du beau rêve ? Certes non ; malgré tout, l’empreinte écologique de Bedzed demeure deux fois moindre que n’importe quel autre quartier traditionnel.

Une tendance mondiale ?

D’autres pays cherchent à leur tour à s’inspirer de ces idées séduisantes pour donner l’exemple dans leurs régions, pour mieux exister ou encore afin d’acquérir une image ‘verte’ désormais tant valorisée. A noter d’ailleurs qu’une structure franco-britannique avait été créée à l’époque afin de promouvoir le concept en France. Depuis, le concept d’ecoquartier a fait florès : la Chine a annoncé le projet de la ville de Dongtan, une Eco-ville de grande envergure qui devrait d’ici 2050 abriter quelques 80.000 habitants (un projet aujourd’hui gelé pour des raisons inconnues. NdA) ; les Emirats-Arabes-Unis ont lancé pour leur capitale Abou-Dhabi le projet Masdar, ‘la ville écologique en plein désert’, une première pour la région, en cours de construction depuis quelques années.

Un modèle européen ?

Si Bedzed est considéré comme le pionnier du quartier ‘zéro émission’, d’autres villes européennes, soucieuses de leurs dépenses énergétiques et/ou convaincues par ce mode de vie durable, l’ont suivi et des quartiers plus grands et plus denses ont vu le jour. Citons notamment le quartier Vauban conçu pour 5.000 habitants ainsi que le quartier Rieselfeld pour 8.000 habitants, tous les deux à Fribourg, en Allemagne.

En Europe, la dimension du quartier durable reste néanmoins modeste, utilisant le plus souvent des terrains proches des grandes villes de façon à pouvoir intégrer ces quartiers dans la maille de la ville déjà présente.

ecoquartier@ManuelAppert

Ecoquartier Lyon Confluence

De Malmö à Copenhague jusqu’en France, enfin, les nouveaux projets se multiplient, les concours d’idées attirent de plus en plus les entrepreneurs et le goût pour un mode de vie ‘durable’ tend à s’imposer dans les esprits. Ces quartiers se greffent donc à nos villes et, ce faisant, changent les comportements des habitants et s’immiscent dans le paysage urbain existant.

Quid de la ville traditionnelle ?

Tout comme les zones commerciales qui marquent les entrées de villes ont bouleversé la physionomie urbaine et les habitudes des citadins, ces écoquartiers tendent à nouveau de chambouler des habitudes architecturales et urbanistiques bien ancrées. La ville étant par définition en perpétuelle évolution, ces mutations urbaines influenceront son aspect.

Les écoquartiers, dont bientôt chaque ville n’aura de cesse de s’enorgueillir, ne sont donc que la dernière manifestation d’un mouvement dont nous sommes, ici et maintenant, acteurs et témoins.

Sipane Hoh

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Les photos de l’album : © Sipane Hoh

La photo 1: © Sipane Hoh

La photo  2:  © Claire7373 Andrewglaser

La photo 3: © Manuel Appert

N.B. Cet article est paru en première publication sur le courrier de l’architecte le 5 janvier 2011.

Vers une (r)évolution appelée vi(ll)e en container

Container City 2

‘Ecologiques, économiques, recyclables et modulables’, selon leurs concepteurs, ces récipients à bas coûts (par essence), facilement transportables et assemblables, résistants aux intempéries, font leur chemin dans la conception même de nos villes. Un nouveau type d’habitat efficient et avantageux ou un effet de mode séducteur et branché ?

Monde

Tout a commencé un jour à l’initiative d’Eric Raynolds, qui se trouve être à la tête de l’entreprise anglaise Urban Space Management (USM), connue depuis 1971 pour ses interventions sur les quartiers en mutation. USM investit, conseille et gère, travaillant soit avec l’Etat soit avec de nombreuses entreprises spécialisées dans le bâtiment. L’agence est notamment connue pour l’aménagement et le développement du Camden Lock Market, l’un des sites touristiques les plus connus et visités de Londres.

C’est en 2000 qu’USM, spécialisée dans les équipements collectifs, gagne dans le quartier des docks à Londres le concours d’aménagement d’un centre dédié aux artistes. Le concept ‘Container City 1’ est né.

L’idée était le recyclage et la récupération de containers maritimes et leur réutilisation sous forme d’unités d’habitation. Les aspects techniques déterminés, de l’isolation aux fenêtres en passant par la structure d’accueil et les réseaux, n’étaient pas insurmontables. Eric Raynolds a imaginé, puis construit, un quartier entier fabriqué de containers empilés selon plusieurs modes d’agencements.

Un succès inattendu ! Ce projet novateur a attiré l’attention et devint bientôt, tel le quartier BedZed*, l’un des exemples écologiques du pays. A tel point qu’une année plus tard, l’extension ‘Container City 2’ voyait le jour. Présentée comme une évolution de la première phase, ‘Container City 2’ disposait d’équipements supplémentaires permettant une meilleure accessibilité. Avec ses couleurs brillantes et son côté inédit, elle a fait l’unanimité. Un triomphe pour la société commerciale et un énorme privilège pour la ville.

Ce qui au départ était destiné à être des ateliers pour des artistes londoniens, avec la hausse des prix du loyer et la crise, rendant l’accessibilité encore plus difficile aux logements de coût modéré, est devenu un immeuble d’habitation adulé et un lieu branché de la capitale anglaise. Il y fait si bon vivre qu’une longue liste d’attente attend ceux qui souhaitent un jour y travailler, voire y vivre.

L’intérêt pour ce concept a bientôt dépassé les frontières. Depuis leur utilisation dans quelques projets dans les années 60, les containers revenaient sur le devant de la scène architecturale. Aujourd’hui, les containers participent à la pensée même du futur de l’habitat dans la ville. A l’exemple de nouveaux investisseurs.

Ailleurs en Europe 

Container City 1

En Hollande, la société néerlandaise Tempohousing a entreprit la construction d’un mini-village en containers dans le quartier de Bijlmermeer, au sud d’Amsterdam, afin de répondre aux nombreux problèmes de logements rencontrés par les étudiants.

Des immeubles de cinq étages abritent désormais 1.500 étudiants. Sur place, un supermarché, un café, un local à vélo le tout, bien sûr, issus du même métal, assurent le bonheur des habitants.

En 2004, la société hollandaise Holland Composites Industrials a pour sa part créé des logements, nommés ‘Spaceboxes’, à partir d’unités en matériaux composites selon un principe semblable à celui des containers. La ville de Delft en a installé 132 pour les étudiants étrangers, imitée peu après par l’université d’Utrecht qui en a monté 234. Malgré ses qualités économiques, sa facilité de transport et un temps de montage record, ce concept n’a pas eu l’écho planétaire de ‘Container-City’.

Dans le monde

Aux Etats-Unis, l’agence d’architecture LOT-EK, connue depuis sa création pour ses projets basés sur la récupération, a trouvé avec les containers un marché florissant et recherché. En écho à la crise, elle propose aujourd’hui des logements individuels qui répondent aux normes de confort trouvé dans n’importe quelle maison traditionnelle. L’agence a commercialisé le ‘Mobile Dwelling Unit (MDU), lointain cousin du ‘Silver Bullet’, qui permet d’avoir une maison facilement transférable et ceci n’importe où dans le monde.

A l’image économique et écologique s’ajoute ainsi celle de la mobilité de la ‘maison’, un atout peut-être non négligeable aujourd’hui.

Au Nigeria encore, un maître d’ouvrage a eu l’idée d’ajouter plusieurs étages en containers sur un socle d’un étage en béton ; un maillage mixte et pari réussi pour cet hôtel trois étoiles.

Logements étudiants Le Havre.

En France

En France, où demeure l’aspect patrimonial de la pierre, le développement de la maison Container est timide. Cela écrit, l’effet ‘Container City’ a réussi à percer sur le marché des logements étudiants. Bien qu’initialement conçu comme une réplique à des contraintes économiques d’urgence et malgré les polémiques afférentes, le programme de la ville du Havre, conçu par l’architecte Alberto Cattani, semble avoir séduit les étudiants, premiers bénéficiaires de ces programmes neufs. Le coût raisonnable et la taille – mieux les m² d’un container que ceux d’une chambre de bonne – ainsi sans doute que le confort et la fonctionnalité, n’y sont pas étrangers.

A tel point que d’autres villes en région parisienne pensent sérieusement à saisir l’occasion de construire ce type d’habitat. A Dunkerque, l’architecte Jérôme Soissons a même érigé une chapelle en containers. Idée incroyable soutenue par quelques fidèles sauf qu’elle a coûté 60.000 euros, une somme qui commence à s’éloigner de l’idée économique de l’utilisation des containers. Même si une chapelle à 60.000 euros…

L’abri temporaire d’artistes du début est devenu un concept architectural captivant. Aujourd’hui, ‘Container City’ offre une nouvelle image radieuse de l’habitat collectif. Récipients multicolores, solides et transportables ont fait leur preuve. Au moins ont-ils changé – Pour le meilleur ? Pour le Pire ? – le regard des gens.

Sipane Hoh

Les photos 1 et 2 :© cmglee

La photo 3 © Christophe Durand

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 30 mars 2011.

Quand la sculpture entretient l’architecture

Sculpture Architecture

Architecture emblématique, bâtiment-phare, Signal iconique, formes novatrices… Des projets se multiplient et créent d’incontournables (?) spectacles urbains. La conception d’un tel ‘événement’ est-elle passage obligé pour la revitalisation de quartiers urbains en déshérence ? Est-ce une idée neuve pour une ville plus prospère ? Chronique de Sipane Hoh.

Europe | Aménagement du territoire

A la recherche d’un emblème urbain

Depuis toujours, la structure de la ville a été définie par un plan d’urbanisme générateur bouleversé par l’extension parfois imprévisible des villes. Le bâti architectural s’est constamment adapté au tissu urbain existant que ce soit en s’affirmant et se démarquant du reste comme une entité visible ou bien en s’effaçant dans ce paysage urbain dense.

Au fil du temps, chaque civilisation a laissé sa propre marque architecturale sur la ville. Aujourd’hui cette dernière est devenue une accumulation et un assemblage de morceaux qui cohabitent dans un périmètre défini.

L’effet Bilbao

Bilbao, une ville de 350.000 habitants du pays basque espagnol, possède une histoire symptomatique. Au début du XXème siècle, elle était peu ou prou la ville la plus riche d’Espagne. Après la guerre civile puis la crise industrielle de 1980, polluée et décriée, elle est devenue une cité où les friches industrielles et portuaires n’ont cessé de s’étendre, jusqu’à atteindre une ampleur démesurée. Un renouveau urbain s’imposait comme une nécessité tandis qu’il fallait d’évidence redonner une image acceptable à cette ville qui portait encore les cicatrices de la vie métallurgique d’autrefois.

A partir de 1989, les grands travaux ont envahi Bilbao. Parvenir à, de nouveau, offrir, l’image d’une ville dynamique était la priorité de ses autorités, lesquelles ont mené à cet effet une politique ambitieuse et acharnée, que ce soit dans le domaine de l’urbanisme ou celui des équipements publics. C’est alors que la ville et le gouvernement nationaliste basque ont imaginé l’édification d’un projet-phare devenu, depuis sa livraison en 1997, son emblème.

Sculpture Architecture

Le choix du ‘starchitecte’ Franck Gehry n’était pas anodin. Son architecture extravagante et particulière a séduit les décideurs. Avec son aspect futuriste, ses lignes courbes, ses feuilles de titane, le musée Guggenheim de Bilbao attire désormais les artistes et les visiteurs du monde entier. L’objectif des édiles est donc désormais largement atteint puisqu’ils estiment à environ 45.000 les emplois, directs et indirects, induits par ce bâtiment. De fait, le nom de Gehry est désormais associé à jamais à Bilbao tandis que l’investissement culturel initial s’est révélé être un placement extrêmement bénéfique, l’impact de l’oeuvre ayant très vite dépassé les frontières du pays.

Un immense projet de rénovation urbaine, qui a coûté quelques 700 millions d’euros, a accompagné cette construction clé. En quelques années, l’ancienne cité des chantiers navals est devenue une destination touristique de premier plan. En 2004, Bilbao s’est vu décerner le prix du meilleur projet urbain du monde (c’était lors de la biennale de Venise) ainsi que le Prix Européen de Planification Urbaine et Régionale. Aujourd’hui, Bilbao attire plus de 900.000 visiteurs par an, la cité noire – telle était son surnom – ayant laissé place à une cité nouvelle où dynamisme et culture vont de pair. D’ailleurs, aucun des projets d’envergure qui ont suivi (qui peut en citer un ?) n’a ni altéré ni modifié l’image de la ville. Le signal Guggenheim semble avoir balayé et pourtant réuni, le nouveau comme l’ancien.

L’effet Bilbao est-il un modèle pour la régénération des villes ?

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C’est au moins une tendance. Quelques villes européennes de taille moyenne ont su s’approprier l’exemple basque pour offrir un nouvel élan à leur urbanisme. Citons Graz, en Autriche, devenue en 2003 capitale européenne de la culture et qui sut profiter de l’occasion pour construire le Kunsthaus, un musée d’art contemporain également, qui tranche de manière radicale avec l’architecture historique environnante et devenu l’icône de cette ville de 250.000 habitants. Citons également la Casa da musica de Porto, au Portugal, une philharmonie signée Koolhaas.

Pour quelques réussites et encore bien loin de celle de Bilbao, combien d’échecs, de bâtiments passés inaperçus et aujourd’hui vides de touristes affairés ?

Et en France ?

L’effet Bilbao se fait sentir, sans surprise, également en France. Le centre Pompidou de Metz en est sans doute l’exemple le plus probant. Encore une fois, bien que l’ouvrage de Shigeru Ban soit sujet à critiques, il s’agit d’une oeuvre emblématique – un musée, quel hasard – et un ‘starchitecte’. Lyon, la deuxième ville de France, n’a pas échappé à l’effet de mode avec son plan de revitalisation intitulé Lyon-Confluence. Un grand musée – on s’en doutait -, un objet architectural signé par un architecte connu – Coop himmelb(l)au – et un budget conséquent (225 millions d’euros).

Il n’est pas certain cependant que Lyon ou Metz soient pour autant devenues des étapes incontournables sur les itinéraires pressés des touristes du Kentucky, de la Nouvelle-Galles du sud ou de l’Hokkaido.

Une nouvelle manière de promouvoir la ville ?

Tout ceci nous ramène cependant vers une architecture iconique et sculpturale, médiatique et événementielle, maintes fois énoncée. Autant de faits et gestes qui participent tant de l’évaluation de la ville que de son évolution et qui rendent d’actualité ces mots d’André Bloc :
«Si nous acceptons quelques centaines d’architectes de réputation internationale, nous sommes dans l’obligation de constater que, dans le monde entier, les oeuvres des urbanistes et des architectes atteignent une banalité d’expression désespérante. Il est urgent de modifier le système. Les moyens sont à notre portée et nous disposons non seulement d’immenses ressources techniques, mais aussi d’artistes qualifiés. La plupart des artistes contemporains se livrent à des travaux de recherche sans destination. Il est important qu’ils participent, avec les autres artistes, à l’élaboration du milieu urbain et à la création de nouveaux sites ou de jardins. (…) Pour le moment et sauf modification fondamentale de la formation des architectes, le travail sur maquette, l’organisation de la recherche et l’appel aux plasticiens et en particulier aux sculpteurs, sont les moyens propres à améliorer le niveau de l’expression architecturale».

La sculpture au secours de l’architecture ?

Parfois sans doute. Parfois.

Sipane Hoh

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 2 février 2011.

Les photos 1 et 2: ©thbz

La photo 3: © Sipane Hoh

 

Entre Ville-nouvelle et Nouvelle ville, le cœur d’Hérouville oscille

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Ville nouvelle et laboratoire d’architecture contemporaine, inscrite dans le développement centralisé de l’agglomération de Caen, Hérouville-Saint-Clair est l’exemple parfait d’une identité originale allant au-delà d’un nom de quartier. La ville, quarante ans plus tard, n’a toujours ni assouvi toute son ambition ni achevé son extension. Singularité pérenne ?

Hérouville-Saint-Clair | Aménagement du territoire

Au début des années soixante était un bourg du Calvados, village germé sur des ruines romaines, quelques habitations d’époque autour d’une ancienne église. Particularité remarquable cependant, sa faible distance de Caen, une ville marquée par l’explosion de son taux de croissance dans les années 1950-1960, après guerre.

Aux Etats-Unis, des villes nouvelles ont vu le jour dès les années 30. Plus tard, d’autres cités de par le monde, conséquence notable de la Charte d’Athènes*, sont nées à leur suite. En France, ce n’est qu’à partir de 1965, avec De Gaulle, que la création et le développement de villes nouvelles comme des structures autonomes a été décidée.

Ce fut le cas d’Hérouville, devenue Hérouville-Saint-Clair.

C’est François Geindre, son maire pendant trente ans (de 1971 à 2001) ; un homme passionné d’architecture, qui a souhaité saisir l’opportunité de transformer sa cité en une ville dynamique, innovante et ambitieuse. Pour y parvenir, il fit appel aux grands patronymes de l’architecture contemporaine : Christian de Portzamparc, Jean Nouvel, en passant par Roland Castro et Massimiliano Fuksas, chaque architecte y possède un ouvrage, voire plusieurs, portant sa griffe. Hérouville-Saint-Clair est ainsi devenue un condensé d’architectures contemporaines et un exemple incontournable d’extension urbaine.

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Tout visiteur et touriste qui découvre la ville est impressionné par la quantité (pas forcément la qualité) des constructions modernes qui y figurent. ‘Les Belles Portes’, ‘Le Grand Parc’ ou ‘La Haute Folie’, autant de noms de quartiers qui interrogent les curieux dont les pas conduisent à la place centrale, ‘La Citadelle Douce’. Réplique moderne de la place moyenâgeuse, la mairie se positionne en première loge comme un château d’autrefois.

Une agora vide qui aujourd’hui n’attire de foule que celle qui la traverse. Les importantes institutions culturelles de la ville se sont installées là, du théâtre au cinéma jusqu’à la bibliothèque. Le coeur de la ville-nouvelle ne bas pas très fort pourtant.

Allons faire le tour de la ville, découvrons une église contemporaine aux couleurs acidulées, la cité universitaire signée Massimiliano Fuksas, les deux projets clés signés Jean Nouvel, où la couleur de l’un fait face à la façade en béton brut couverte de végétation de l’autre. Plus loin, quand la ville tend à fuir, se trouve l’arrêt de tram signé par les architectes de l’agence Tetrarc, une innovation où la technologie et l’architecture ne font qu’un. Pour finir, citons l’emblème même de la ville, le château d’eau aux couleurs et formes futuristes, signal d’une ville qui va au bout de ses aspirations.

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Certes, Hérouville ne se résume pas aux exploits architecturaux de ces trente années cumulées. Aujourd’hui – et ceci depuis presque dix ans -, la ville restructure, réhabilite, reconfigure et rénove dans le but d’un conservatisme apparent.

Par souci de densification cependant, les constructions neuves se multiplient, les squares s’organisent et les centres commerciaux s’agrandissent. En 2009, un projet audacieux promet d’ériger une tour Place d’Europe, une écriture architecturale sans précédent pour une ville de 22.000 habitants. La ville nouvelle de François Geindre, capable de telles aspirations ?

Hérouville, laboratoire d’architecture, amasse aujourd’hui les nouveaux projets, des logements HQE et autres BBC et autre label ‘Haute performance énergétique’. Peut-être une manière pour la ville de poursuivre cette lignée architecturale.

Apparemment, les nouveaux quartiers, presque tous «à acheter ou à investir», ressemblent à s’y méprendre à ce qui se fait ailleurs et semblent loin de l’esprit qui animait cette architecture caractéristique des débuts de la construction de la ville.

Ainsi, ‘la ville nouvelle’ cède peu à peu la place à une ambition plus actuelle et plus standard, celle de ‘la nouvelle ville’ à l’architecture convenue.

Hérouville l’ambitieuse, la ville qui n’a jamais terminé son extension, finira-t-elle un jour par se dissoudre dans l’uniformité circa 2011 ?

Qui sait ?

Sipane Hoh

* La Charte d’Athènes a constitué l’aboutissement du IVe Congrès international d’architecture moderne (CIAM), tenu à Athènes en 1933 sous l’égide de Le Corbusier. Le thème en était ‘la ville fonctionnelle’. Urbanistes et architectes y ont débattu d’une extension rationnelle des quartiers modernes.

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Les photos : © Sipane Hoh

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 22 juin 2011.

Las Arenas de Barcelona, d’un symbole l’autre

Las Arenas

Emblème historique, architecture caractéristique, structure authentique, esprit et financement contemporains, renaissance d’un lieu touristique… L’intelligente reconversion de Las Arenas à Barcelone saura-t-elle donner un nouveau souffle à la Place d’Espagne ? Et un coup de fouet – un dribble – à l’architecture patrimoniale ? Pourquoi pas ?

Barcelone | Reconversion

C’était l’un des symboles de Barcelone. Située place d’Espagne (plaça d’España), la porte ouest de la ville, cette arène de style hispano-musulman, inaugurée en 1900, est le lieu d’une impressionnante réhabilitation inaugurée en mars 2011.

Federico García Lorca* dit un jour : «En Espagne, la seule chose qui commence à l’heure, c’est la corrida». Aujourd’hui, plus d’heure fixe, le flot humain y déambule en permanence et à tout moment de la journée. Ce lieu autrefois idolâtré, quand 15.000 spectateurs se pressaient sur ses gradins pour assister aux corridas, était délaissé depuis une décennie au moins.

Ses 2.827.600 briques de terre cuite réparties autour d’une piste de 52 mètres de diamètre se dégradaient au fil des ans. L’arène fut même un temps convertie en caserne. L’apparence générale du bâtiment en souffrait. Pourtant, aujourd’hui, Las Arenas est apparemment redevenu un lieu foisonnant quand l’architecture garde pourtant son charme d’autrefois.

C’est l’agence Rogers Stirk Harbour + Partners qui a inséré ce centre commercial dans le corps même des arènes dont la façade extérieure demeure. Le concept entend préserver le patrimoine architectural du pays et participer à la revalorisation d’un quartier devenu désuet. Si le façadisme n’est pas nouveau, mettre un dôme de 27 mètres de haut sur ces arènes était un pari osé.

En chiffres : 104.576m², 126 magasins dont un hypermarché, 8 restaurants, 12 salles de cinéma, 1.700 places de parking répartis sur quatre sous-sols, un spa-centre de beauté.

Las Arenas

De la terrasse panoramique, la vue à 360° sur la ville est offerte ; cerise sur la coupole, un parcours circulaire de jogging : un km en trois tours. Sur ce toit, les restaurants sont déjà une attraction commerciale et touristique. Dans le corps de Las Arenas, les grandes marques internationales sont toutes présentes. Sans parler de l’insolite musée du rock, unique en Europe, qui s’invite dans le bâtiment. Les visiteurs sont de divers horizons.

Le projet a cependant connu de nombreuses difficultés. Huit années ont séparé le début des travaux de la date d’ouverture au public. La crise qui a balayé le pays est l’une des causes du retard. En effet, des désaccords entre l’architecte Richard Rogers et l’agence espagnole d’Alonso Balaguer (le co-architecte du projet) se sont fait jour. Outre les difficultés économiques, la mésentente des deux architectes sur la gestion de la structure portante de l’arène a été maintes fois évoquée.

Finalement, malgré le contexte économique défavorable et le retard accumulé, l’exploit structurel est là ainsi que la préservation d’un témoin majeur du patrimoine architectural barcelonais.

Un grand succès ? Selon ses propriétaires, Las Arenas attend de recevoir dix millions de visiteurs au cours des douze premiers mois d’activité. L’opération a coûté 200 millions d’euros, un investissement conséquent dans ce secteur concurrentiel.

Las Arenas

En fin de compte, un centre commercial, même griffé par une firme architecturale de stature mondiale, reste un centre commercial. La question demeure de l’utilité d’un tel projet dans une ville qui possède déjà plusieurs grands centres commerciaux. Certes, ni aussi emblématiques ni autant choyés et médiatisés.

Le fait est que l’arène, autrefois symbole de fierté, semble avoir cédé le pas à des préoccupations plus contemporaines.

Toujours est-il cependant que le quartier de Las Arenas, depuis l’exposition universelle de 1929, n’avait connu aucun changement majeur. Cette transformation apparaît donc comme une renaissance à part entière dont bénéficient d’ailleurs les édifices environnants.

«Si l’architecture ne s’inspire pas de la vie et des exigences des hommes, elle perdra de sa spontanéité, de sa capacité d’animation et de sa fraîcheur. Elle ombrera au niveau du simple raisonnement stérile et cessera d’être un art», expliquait Otto Wagner** en 1895.

Las Arenas comme réponse aux exigences de son époque ?

Sans doute plus que jamais.

Sipane Hoh

* Federico García Lorca est un poète et dramaturge espagnol
** Otto Koloman Wagner (1841-1918) est un architecte autrichien de la Belle époque. A Vienne, ses bâtiments art nouveau lui ont forgé une renommée internationale.

Les photos : © Sipane Hoh

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 8 juin 2011.

Où trouver des emblèmes d’architecture contemporaine ? A Graz

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C’est un état d’esprit. Foin des expositions permanentes et temporaires, des journaux spécialisés, des forums et réseaux sociaux, des tables rondes et conférences, des itinéraires où il faut réserver à l’avance… A Graz, en Autriche, l’architecture contemporaine, depuis mille ans, en son centre fermé, est un art de vivre.

Autriche

Nul n’arrive par hasard dans la capitale de la Styrie, une ville enclavée entre les dernières aiguilles du massif alpin et les collines des montagnes sud-autrichiennes qui la préservent naturellement des extensions absurdes.

La vieille-ville et le Château Eggenberg ont été classés en 1999 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO et, en 2003, la ville est devenue capitale culturelle de renommée internationale. C’est souvent justement pour son architecture que d’aucuns se rendent à Graz.

Voyons.

Nombreuses sont les villes qui ne parviennent pas à se défaire de leur passé. Leur rôle de musée, des habitants aux touristes, plaît à tous. La cité impériale autrichienne n’a pas oublié son passé glorieux. Dans son centre historique fermé, considéré comme l’un des plus prestigieux d’Europe centrale, atemporelles architectures se côtoient sans doute ; moyenâgeuse, baroque et renaissance, certes, mais aussi celle de l’école de Graz, cette «Grazer Schule» née en 1960 et aujourd’hui universelle, elle aussi classée dès 1990.

Comme l’histoire ne s’arrête pas, c’est à Graz, forcément, que sont les prémisses de l’architecture contemporaine en ce début de 21e siècle. Bientôt classée ?

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De fait, au fil des ruelles, le visiteur va de découvertes en découvertes. Les édifices dialoguent ensemble, les époques se rencontrent, mélange inattendu et surprenant de bâtiments et de monuments. L’intégration consentie des constructions nouvelles évite justement à la ville de se transformer en musée.

Faisons donc le tour de quelques monuments contemporains.

La Kunsthaus

Il s’agissait, dans le programme, de faire rayonner l’art contemporain. Les architectes Peter Cook et Colin Fournier ont dépassé toutes les attentes. La texture du bâtiment offre «une interface numérique qui permet l’échange permanent avec son environnement». Toujours est-il qu’avec ses formes qui perpétuent la blob architecture*, l’ouvrage est devenu tant une vitrine artistique qu’une oeuvre architecturale.

A Graz, la promotion de l’art passe incontestablement par l’architecture contemporaine.

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La Murinsel

Conçue par Vito Acconci, cette île artificielle se trouve au coeur de la cité. Elle était destinée à relier enfin les deux rives de la rivière Mur qui traverse la ville dans le but de rapprocher deux entités complètement différentes : le centre historique touristique et Gries, le district défavorisé.

Les architectes, en sus d’une passerelle, ont su proposer un espace public et urbain qui compte un théâtre à ciel ouvert et un café. Aujourd’hui, le lieu est très fréquenté et les habitants de tous âges comme les touristes s’y rencontrent, ainsi même que ces habitants de différents quartiers qui s’ignoraient. C’est aussi désormais l’une des icônes incontournables de la cité

A Graz, la promotion de l’espace urbain et du vivre-ensemble passe également par l’architecture contemporaine.

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Le Mumuth (Haus für Musik und Musiktheater)

Cette enveloppe métallique qui laisse deviner un majestueux escalier en béton twistant à travers ses étages, c’est le Mumuth, une réalisation de l’agence néerlandaise UNStudio. Conçue pour promouvoir la musique, cette université respectée pour les performances acoustiques de ses salles, accueille les étudiants tout en ouvrant grand ses portes au public. Quiconque peut assister aux différentes représentations et visiter le lieu à sa guise. Nous sommes pourtant au coeur d’un quartier éminemment impérial. Un défi réussi qui souligne le non-conservatisme de la ville.

A Graz, même la promotion de la musique se fait via l’architecture contemporaine.

Les exemples abondent.

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Les autres emblèmes de Graz – notamment la tour de l’Horloge posée sur le faîte du Schlossberg (la colline qui domine la ville), la Luegghaus (maison Luegg) réputée pour sa façade décorée de stuc, la Gemalte Haus et sa façade peinte de scènes tirées de l’histoire romaine – sont autant de monuments d’une histoire glorieuse que ces idées contemporaines subliment encore mieux. Les habitants de Graz en sont fiers.

Dans cette ville, les guides et brochures aux grands titres Architecture contemporaine à Graz et Monuments contemporains de Graz, publiés en six langues, sont offerts partout au public, de bon coeur, de la gare à l’hôtel, du café au musée.

La cité millénaire, sans oublier son héritage, s’enthousiasme pour son avenir.

A Graz, la meilleure promotion de l’architecture contemporaine, c’est l’architecture contemporaine.

Sipane Hoh

*  La blob architecture désigne un courant architectural dans lequel les bâtiments ont une forme organique molle et bombée. Le terme «blob architecture» a été créé par l’architecte Greg Lynn en 1995 dans ses expérimentations avec le logiciel de dessins MetaBall, profitant de l’apport nouveau des technologies de la numérisation C.A.O.

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Les photos : © Sipane Hoh

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 21 septembre 2011.