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Un lieu, des lieux: La friche de la Belle de Mai aujourd’hui

© Sipane Hoh

C’est un lieu unique et singulier juché sur les hauteurs de Marseille mais une fois que nous sommes à l’intérieur de son enceinte, on découvre de multiples lieux. La friche de la Belle de Mai qui a été depuis de longues années, un vaste terrain de jeu pour les architectes, est devenu aujourd’hui une curiosité parmi les grands incontournables de la ville.

La Friche, hier

Je fais partie des personnes qui sont attirées par les lieux insolites, c’est ainsi que j’ai entamé, un beau jour d’été, la découverte, à ma manière, de la Friche de la Belle de Mai. Mais avant de raconter mes impressions, un petit tour d’horizon sur l’histoire de cette localité hybride et atypique.  

En 1992, voit le jour un nouveau concept qui prend ses racines sur le site de la Régie des Tabacs devenue obsolète. Commence ainsi le nouveau chapitre d’une belle histoire qui n’est jamais vraiment terminée. En effet, après l’arrêt de la production de la manufacture en 1991, la proposition d’investir le lieu par des actions artistiques a été retenue par la ville. Et bien que les premiers pas étaient difficiles ainsi que les conventions d’occupations précaires, l’idée d’un lieu culturel a fait petit à petit son chemin pour devenir, aujourd’hui, un véritable socle éducatif et social.

Et si nous parlions architecture ? Un lieu atypique, une surface de 100 000 m² dans l’un des quartiers les plus précaires de Marseille, la Belle de Mai. Le site historique qui a repris vie, grâce à des conventions d’occupations précaires et a débuté avec une accumulation d’activités artistiques et culturelles organisées de manière associative, a vu passer plusieurs grands noms de l’architecture comme Jean Nouvel qui fut le président de la société coopérative d’intérêt collectif et qui a cédé par la suite sa place à Patrick Bouchain puis à Matthieu Poitevin dont les interventions ont duré 12 ans. Le lieu a été donc pensé, dès le départ, non pas comme un bâtiment, mais comme une composition savante de divers espaces pour offrir à la ville un véritable projet culturel et urbain pouvant s’adapter aux différents usages.

La Friche c’est quoi exactement ? S’agit-il de l’ensemble des lieux artistiques et culturels qui occupent un même lieu ? Certains peuvent se contenter de cette réponse. Mais en réalité, la Friche c’est bien plus que cela. Allons-y et faisons un petit tour. Le voyageur qui débarque à Marseille et qui ne connaît de la ville que les belles vues balnéaires, sera surpris de l’ampleur de ce qui l’attend. C’est une véritable ville dans la ville, un quartier entier à découvrir, un lieu mâtiné où cohabitent allègrement des bureaux, des résidences d’artistes, des lieux d’expositions, divers espaces de jeux, des restaurants et même une crèche.

La Friche, aujourd’hui

Néanmoins, malgré la disparité des programmes et la diversité des formes, nous pouvons constater qu’un certain dynamisme se dégage de l’ensemble. Tandis que quelques anciennes structures ont été gardées dans leur intégralité, d’autres touches nouvelles y ont fait leur apparition. Par ici un porte-à-faux dans les tons industriels qu’il est difficile de distinguer du reste malgré sa taille, par là une passerelle qui chemine sur les toits surplombant la ville, ailleurs une forme étrange dans la peau d’un château d’eau devenu un lieu de création musical ou encore le skateboard qui jouxte les murs de la gare Saint-Charles, bref, un joyeux fouillis où chaque élément trouve miraculeusement sa place pour former un ensemble vivant et actuel.  

Nous ne pouvons pas dire que Matthieu Poitevin qui a travaillé dans cette fraction de ville y a apposé sa propre signature. Et même si nous reconnaîtrons quelques maigres tournures osées de son architecture, nous ne pouvons pas cataloguer l’ensemble dans un style particulier. Tout simplement parce qu’il ne s’agit pas, comme certains projets vus ailleurs, de constat où le geste architectural gratuit prime et le but ultime devient la reconnaissance d’une signature. L’architecture de la Friche de la Belle de Mai peut être révélatrice d’une certaine volonté d’inscrire l’ensemble du quartier dans la lignée des phénomènes émergents qui caractérisent certaines villes industrielles, un processus que les anglais appellent allégrement « les quartiers régénérés ». Cela pose aussi la question de la pratique de reconversion d’édifices inoccupés devenus obsolètes. Un cas d’école pour un lieu des possibles.

Dans un quartier marqué par sa présence industrielle, La Friche de la Belle de Mai telle qu’elle se présente aujourd’hui, renoue à la fois avec l’histoire du lieu, écrit sa propre épopée, crée ses évènements au gré des passants mais aussi suivant les habitués des lieux. C’est une jeune de 28 ans qui s’est épanouie petit à petit et au fil des ans.

© Sipane Hoh
© Sipane Hoh
© Sipane Hoh
© Sipane Hoh

Les photos: © Sipane Hoh

Le récit d’une folle journée marseillaise

© Espace Public

Samedi le 5 septembre 2020 était probablement une journée comme une autre pour la plupart des quartiers marseillais qui ont vécu comme d’habitude avec la frénésie des marchés hebdomadaires, l’affluence des touristes ou encore aux rythmes de la douceur d’été. Presque tous les quartiers sauf la Friche de la Belle de Mai, où il s’est passé quelque chose de particulier.

C’est dans cet ancien no mans land, sur les hauteurs de la ville phocéenne, dans des locaux savamment remaniés par l’architecte Matthieu Poitevin qu’une centaine de personnes de tout âge et provenance confondues se sont rencontrées pour débattre autour du thème Espace public. En effet, l’idée est née, pendant le confinement, avec des rencontres virtuelles qui ont fini par aboutir sur quelque chose de réel où lors d’un après-midi complet, autour d’un bon déjeuner, une trentaine d’interventions ont gardé en haleine toute l’assemblée.

Personnellement je modérais ce rendez-vous particulier même si j’ai eu une petite intervention concernant l’un des sujets abordés. C’est pourquoi, mon avis est forcément subjectif mais je l’assume pleinement.

J’ai connu Matthieu, il y a quelques années, quand, à la suite d’une très brève rencontre, j’avais dressé son portrait. Aujourd’hui, avec le temps, je me rends compte que je ne m’étais pas trompée. Si son architecture a gagné en référence, le personnage est resté le même, il est toujours aussi spécial que le nom de son agence. Quoique, je me demande si son exigence envers soi mais aussi envers son entourage ne s’est pas un peu renforcée?

Finalement, c’est grâce à l’initiative de cet architecte hors-norme que la rencontre du 5 septembre a eu lieu. C’est grâce au parrainage de son agence Caractère spécial architecture mais aussi de l’association Va jouer dehors qu’il a créé, que cette « Table Ouverte » a pu se dérouler. Ainsi, s’est enchaînée une demi-journée de paroles, de lectures, de témoignages mais aussi de très belles rencontres, des retrouvailles ou encore d’avis tranchés.

Concernant les interventions et bien que toutes étaient intéressantes, j’ai mes quelques préférences. Je vais citer simplement les prénoms, si jamais un jour, les personnes croiseront le chemin de ce site, elles se reconnaitront. Raphaëlle, tu as parlé avec une grande franchise, j’ai été sensible à tes paroles. François, c’est toujours très agréable de t’écouter. Paul, j’ai bien aimé ton intervention, simple, touchante, elle émanait du cœur. Anne-Valérie, je dirai juste que c’était très beau. Youssef, égal à toi-même comme d’habitude. Emmanuel, tu as fait une intervention simple et savoureuse. Christine, c’était une très belle intervention doublée d’une superbe rencontre, Merci Matthieu. Je laisse Ingrid et Olivier pour la fin, car quoique je dise, je ne serai pas subjective, vous êtes des amis et j’ai eu souvent l’habitude de vous écouter et d’apprécier vos paroles ainsi que vos projets.

Toutes les propositions avancées étaient pertinentes, l’idée de cette « Table Ouverte » ressemblait tout simplement à un beau pavé jeté dans la mare. Et bien que Matthieu avait imposé à quelques uns certains sujets, le résultat était prometteur. Quand j’ai quitté le restaurant des Grandes Tables, la journée tendait à sa fin, le soleil se couchait derrière les montagnes et le cœur de la ville continuait à battre.  

A Marseille, l’Atelier d’architecture Lalo restructure le cinéma les Variétés

© Michel Denancé

A Marseille, le cinéma les Variétés, un lieu historique reconnu, se dote d’un nouveau souffle grâce à l’intervention de l’Atelier d’architecture Lalo. Une rénovation méticuleuse qui s’est focalisée sur le parcours du public vers les salles et le confort de ces derniers.

La réhabilitation d’un lieu emblématique

Jean-Marc Lalo qui dirige l’Atelier architecture Lalo, est connu par ses interventions sur des édifices culturels et notamment des cinémas. En effet, apposée aux quatre coins du monde, dans des lieux très improbables, la griffe de l’architecte montre une véritable maîtrise dans ce domaine. Et bien que l’agence possède divers projets variés, les cinémas constituent le cœur même de la production de cette dernière.

A Marseille, le cinéma les Variétés possède une très grande renommée. Situé, au bord de la Canebière, l’équipement culturel est le seul cinéma labellisé Art et essai. C’est avec une grande finesse que l’architecte a donc procédé à la restructuration ainsi qu’à la réhabilitation de ce lieu emblématique. L’intervention consiste, entre autres, à l’intégration de deux nouvelles salles. Les accès aux salles de cinéma, autrefois compliqués et labyrinthiques, deviennent ainsi des parcours qui transitent sur les deux étages. Ils sont conçus par paliers progressifs et ouverts sur le foyer. Entre les différentes entités, un ascenseur prend place.

Un remaniement finement étudié

Mis à part la réhabilitation de la façade, les fonctions ont été revues. Le foyer a été élargi, ramené vers la façade, il permet désormais de mieux accueillir le public. Cette restructuration lourde de l’ensemble intègre deux nouvelles salles. De même, les accès aux différentes salles de cinéma, alambiqués et dédaléens, sont devenus, grâce à la nouvelle organisation, des transitions douces. Les architectes ont créé un grand atrium au cœur du cinéma, pour cela, ils ont supprimé des multiples couloirs et sanitaires. Le nouvel espace vertical qui en résulte accueille un monumental escalier et lie les trois salles du rez-de-chaussée aux quatre salles du premier étage, il est mis en lumière par des suspensions évoquant la toile d’écran lumineuse. L’intérieur, autrefois terne ne répondant plus aux dernières normes exigés se voit complètement métamorphosé.

Concernant l’organisation générale, le nombre de places a été diminué au profit de fauteuils plus larges, plus confortables, habillés d’un velours de couleur prune. Même le positionnements de ces derniers a été complètement remanié de manière à améliorer la vision de l’écran d’une part et l’accessibilité à tous d’autre part. Malgré tout, le lifting n’a pas contribué à changer la programmation du lieu ni à toucher à sa vocation. Le cinéma les Variétés, à la nouvelle identité et récemment ouvert, continue à rayonner.

© Michel Denancé
© Michel Denancé
© Michel Denancé

Le site de l’atelier d’architecture Lalo: ici.

Les photos: © Michel Denancé

« Vingt-quatre heures d’architecture » c’est parti

24heures

Vendredi, le 20 juin 2014 a eu lieu à Paris le lancement de l’édition numéro deux du « 24 heures d’architecture » qui cette année se tiendra à Marseille le 17 et 18 octobre. Une manifestation « à 360° » qui touche l’architecture contemporaine en ayant des auditoires variés.

Après la manufacture des tabacs à Strasbourg en 2012, c’est la friche la Belle de Mai à Marseille qui accueille le 17 et 18 octobre prochain l’évènement « Vingt-quatre heures d’architecture » soutenu par le réseau des Maisons de l’Architecture de France. Une deuxième édition d’une belle aventure architecturale qui s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux adultes. Ainsi, les acteurs de la société, des plus petits aux plus grands pourront étoffer chacun à sa manière leur propre réflexion sur la ville. Pour cela, il sera mis en place, à l’attention du public, un riche programme qui va de la simple table ronde pour échanger des idées à des expositions, jusqu’aux balades et visites guidés en passant par de multiples ateliers pédagogiques pour les enfants ou des séances de cinéma, le tout avec comme thème central la ville et sa métamorphose.

Ce 20 juin 2014, André Jollivet, le commissaire de « Vingt-quatre heures d’architecture 2014 » devant un parterre de journalistes, en reprenant les propos de Rudy Ricciotti « Marseille a besoin de tendresse » a développé le programme en expliquant les divers enjeux attendus. Quant au lieu choisi, il s’agit de la Friche Belle de Mai, un lieu hautement symbolique qui mis à part sa capacité et sa surface d’accueil, compte aujourd’hui parmi les quartiers les plus pauvres d’Europe.

Cette année, les organisateurs espèrent avoir une grande affluence, surtout après le succès que l’évènement a connu à Strasbourg avec près de 7000 participants. D’ici le mois d’octobre, suivons les nouvelles : ici et retrouvons-nous à Marseille pour discuter et faire parler la ville.

Les photos : © Vingt-quatre heures d’architecture

(La Friche La Belle de Mai a déjà accueilli la première monographie consacrée à Rudy Ricciotti cette année.)

La Cité de la méditerranée et ses architectes

@dalbera

Alors que les journaux racontent les exploits des stars de l’architecture, pour le même événement, Détails d’architecture préfère (comme ici) parler des architectes-associés qui ont une place importante dans les projets. Pour cela, escale à Marseille et zoom sur l’un des projets les plus parlés depuis hier, le MUCEM.

Si Rudy Ricciotti est l’architecte phare du MUCEM, d’autres architectes aussi importants ont influencé tout autant le cours de ce projet.

N’oublions pas que la conception et la conduite de travaux du nouveau bâtiment du MUCEM ainsi que celui du fort St-Jean ont été confiée tout aussi à Rudy Ricciotti qu’à Roland Carta dont le nom reste lié à plusieurs grands ouvrages dans la ville.

Roland Carta a travaillé particulièrement sur le Fort Saint-Jean, sur son histoire et sur son devenir. Le fort date du XXIIIème siècle et fait partie du patrimoine historique, pour cela, il aura fallu mener une réhabilitation délicate que l’architecte accomplit avec justesse. Via un travail muséal qui l’a adapté aux nouvelles fonctionnalités, Carta a préservé la mémoire de l’édifice.

Pour la création d’un jardin promenade complétant l’ensemble, les deux architectes ont collaboré à leur tour avec l’agence APS constituée d’une équipe d’architectes, d’urbanistes et de paysagistes.

Parlons maintenant de l’aménagement de la Cité de la méditerranée qui fait partie de l’un des programmes les plus ambitieux d’Euroméditerranée.  C’est le plan directeur élaboré par l’architecte-urbaniste Yves Lion qui a engendré la forme parallélépipédique du MUCEM et a imposé à Rudy Ricciotti la fameuse mesure de 72 mètres de côté.

Au départ, le plan général prévoyait trois cubes posés au pied du fort St-Jean, le MUCEM, le CEREM (conçu par Stefano Boeri) et un troisième qui n’a jamais vu le jour à l’endroit proposé mais a pris place à la-Belle-de-Mai, où, il a été réalisé par Corinne Vezzoni non pas seule mais en collaboration avec André Jollivet.

La Cité de la méditerranée est donc un peu comme la ville où elle se trouve, un assortiment de nouvelles architectures qui prend forme sur un patrimoine panaché. C’est aussi un projet entier où comme un puzzle chaque architecte a apporté son idée et chaque réalisation a trouvé sa place…

Pour découvrir l’inauguration officielle du MUCEM, c’est : ici.

Pour découvrir l’inauguration du fort St-Jean, c’est :ici.

A découvrir également, ailleurs sur la toile, Urbanews qui présente une revue de presse spéciale MUCEM.

La photo : © dalbera

Dans l’ombre de Kengo Kuma…


« C’est un musée sans musée… » Déclarait KengoKuma le 22 mars dernier à Marseille, lors de l’inauguration du FRAC qui depuis a fait la première page de plusieurs publications. Cependant quelques détails valent le détour. Retour sur un épisode de grande importance qui participe à la renommée artistique de la cité phocéenne.
Mars 2013, Marseille vient d’avoir son FRAC et tout le monde s’en félicite. Une construction griffée et un équipement conséquent pour une ville qui se prépare à affronter plusieurs grands événements.
Les critiques étaient colorées et diversifiées, parfois subjectives et acerbes, souvent optimistes et élogieuses. Avec ces dernières, nous avons pu parcourir le minutieux travail de Kengo Kuma et de son architecture contextuelle en réponse à la complexité de la parcelle. De même, nous avons trouvé une explication concernant la disposition des volumes et leur articulation par rapport au programme imposé.
Ainsi, nous avons appris à apprivoiser petit à petit la ville, à connaître ses derniers projets d’avenir et expérimenter son ambition et son devenir.
Marseille a eu son FRAC, un espace dédié à l’art contemporain avec une création de « nouvelle génération » pour ce qui concerne la conception interne.
Et la peau pixellisée et lumineuse différente des premières images du projet ?
Là aussi, l’explication s’imposait. En réponse, les écailles de verre recyclé que l’artisan verrier Emmanuel Barrois implanté à Brioude a pu réaliser et qui traduisaient mieux la pensée de l’architecte.
Néanmoins une chose importante semble échapper à la plupart des commentateurs qui étaient très bien renseignés par ailleurs : le nom des architectes français associés à Kengo Kuma.
Seuls de trop rares sites d’architecture spécialisés parmi lesquels Le Moniteur, ont indiqué le nom de l’agence marseillaise, associée au japonais. Car comme la devise de Kengo Kuma: « l’éloge de l’ombre » le raconte si bien, ce sont bien des architectes français qui ont œuvré pendant plusieurs années pour faire aboutir au mieux ce projet. Il s’agit de l’agence d’architecture Toury Vallet qui mérite d’apparaître à la lumière des projecteurs…
Les photos: © Toury Vallet.