Archives de catégorie : arts

La première exposition de Joseph Klibansky à Londres

© Joseph Klibansky

La House of Fine Art, fondée à Londres par Elio D’Anna et Simonida Pavicevic, spécialisée dans l’art contemporain et située dans le quartier de Myfair à Londres présente la première exposition de Joseph Klibansky intitulée « All I Ever Wanted Was Everything ». Un univers plein de contraste que l’artiste cultive avec précision.

Un univers contrasté

C’est une exposition personnelle où le visiteur découvre les nouvelles sculptures et les peintures de l’artiste né en 1984 à Cape Town et basé à Amsterdam, Joseph Klibansky.

Les travaux de Klibansky examinent la relation entre la matière et son essence tout en s’interrogeant entre ce que nous voyons et ce qu’implique l’image. L’artiste est connu par ses exposition passées dans des lieux prestigieux comme le Palazzo Cavalli-Franchetti à Venise, le National Museum de Fundatie of Zwolle aux Pays-Bas mais aussi au The BVDS Gallery dans le cadre de la 57ème biennale de l’art de Venise.

Après son exposition récente qui s’est déroulée à Los Angeles, Klibansky expose pour la première fois dans la capitale britannique. Pour cela, l’artiste a choisi la HOFA Gallery (La Maison des Beaux-Arts) située Mayfair où les œuvres seront exposées jusqu’au 31 mai avant d’être acheminées pour une autre exposition qui se déroulera au village de Nammos à Mykonos.

Le paradoxe est au cœur des travaux de Joseph Klibansky. Ce qui peut sembler joyeux au regard d’autrui peut s’avérer mélancolique. Mais c’est tout l’univers antagoniste des diverses œuvres de l’artiste qui attire le visiteur. En effet, l’homme de l’art utilise un vocabulaire singulier pour créer des compositions numériques. Il superpose les photographies, enrichies de peinture acrylique, sur du papier d’archives et les recouvre d’une résine liquide.

Ne pas se fier aux apparences

Par ailleurs, l’exposition présente des pièces choisies de la série de sculptures en bronze de Klibansky. Des figures amusantes et ludiques qui ont pour but de représenter la juxtaposition entre symbole et image. Donnons par exemple son œuvre tirée de sa série intitulée «Big Bang White» qui présente une tête de gorille de couleur blanche vêtue d’un chapeau de fête doré. L’ensemble contraste nettement avec le regard boudeur de l’animal. A travers cette œuvre, Klibansky passe un message concret selon lequel  il ne faut pas se fier aux apparences. A noter que l’œuvre a été réalisée de bronze poli à l’aide d’une imprimante 3D.

Concernant l’artiste, le critique d’art réputé Peter Frank souligne: « Joseph Klibansky fait de la sculpture conceptuelle, pas de la sculpture Pop en tant que telle. Il opère donc dans un discours plus proche de Hirst que de Koons, mais directement lié à aucun des deux. Je vois clairement ce qu’il dit en tant qu’artiste individuel, comment il le dit et comment il a évolué jusqu’à maintenant. »

Les œuvres de Klibansky sont les témoins d’une utopie inquiétante qui n’est probablement pas ce qu’elle montre. L’exposition, riche d’un bon nombre d’œuvres, est à découvrir jusqu’au 31 mai 2019.

Joseph Klibansky _ Big Bang white© HOFA
Joseph Klibansky _ The Thinker © HOFA
Reflections of truth_ polished bronze_2016_Joseph Klibansky @2x

Le site de Joseph Klibansky : ici.

Le site de HOFA : ici.

« Shrine of Whatslove » l’incroyable installation de Wutopia Lab

© CreatAR Images

En Chine, située dans la zone rurale du Zhejiang, l’agence d’architecture Wutopia Lab, en collaboration avec l’équipe de construction numérique RoboticPlus, a conçu la première structure entièrement en fibre de carbone. La poétique de la forme se mêle ainsi à la couleur rouge pour un résultat enchanteur.

Inspiré du quotidien

« Shrine of Whatslove » est une structure triangulaire en fibre de carbone tissée de manière robotisée à travers laquelle l’agence d’architecture Wutopia Lab tente de susciter une discussion sur ce qu’est l’amour dans la vie moderne mais aussi sur la façon d’intervenir dans la construction rurale.

Le propriétaire des lieux a demandé aux architectes de concevoir quelque chose pour leur premier projet de complexe hôtelier culturel et créatif à Fangyukong. En plus des hôtels, des restaurants ou des librairies, Wutopia Lab a choisi de réaliser quelque chose pouvant inspirer les gens à réfléchir aux problèmes quotidiens. 

Les architectes nous racontent : « Il est assez courant de passer le week-end à la campagne près d’une grande ville. L’idée c’est de poursuivre l’être dans un nouvel environnement, loin de l’anxiété de la réalité. Mais une fois la nouveauté passée, peu importe où il se trouve, le sujet de la santé, de l’éducation, du travail et de la richesse le noiera de nouveau. Bien sûr, l’amour et le mariage sont les sujets les plus significatifs qui ont fondé notre confusion ou notre douleur depuis des milliers d’années. L’amour devrait être une chose belle et pure, mais en réalité il est toujours enveloppé dans des couches de matière. » c’est pourquoi le bâtiment est conçu en forme de triangle. Ce dernier représente également le prototype architectural original, une forme utilisée par les ancêtres. » Les architectes soulignent qu’ils ont décidé d’abandonner la matérialité.

Mais aussi de la tradition chinoise

L’installation est inspirée par le « Zhusiyingshe », une culture traditionnelle chinoise enroulant le fil rouge pour apporter le bonheur, comme si les architectes ont tissé un sanctuaire. Ce dernier constitue plus une image visuelle qu’un espace physique, il n’a pas besoin de s’abriter du vent.

La structure entière, d’une hauteur de 4 mètres et d’une largeur de 3,8 mètres, a été tissée avec un fil continu en fibre de carbone, de densité contrôlée de18 kg/m3. Après un mois d’essais utilisant 7200 mètres de faisceaux continus de fibres de carbone, l’ensemble a été achevé en 90 heures. Le vrai « Shrine of Whatslove » n’est pas le même que celui du pavillon en fibre de carbone qui se trouve dans les photos. Il a des dalles de plancher pouvant transporter au moins quatre personnes de sorte que l’installation semble flotter dans les airs.

Debout près de l’entrée principale de la maison d’hôtes Fangyukong, le projet en forme de triangle rouge ressemble à un phare. C’est un point de départ pour montrer le travail de l’agence Wutopia Lab en milieu bucolique. Pour revitaliser réellement la campagne, les architectes ont eu recours  à une structure culturelle qui transcende la ville.

© CreatAR Images
© CreatAR Images
© CreatAR Images
© CreatAR Images

Les photos : © CreatAR Images

En Sardaigne, une installation aérienne signée Alvisi Kirimoto + Partners

©Luigi Filetici

Dédiée au célèbre auteur-compositeur, Fabrizio De André, c’est une installation singulière qui a été réalisée en 2016 sur la Piazza Faber à Tempio Pausania. Une variété de voiles de toiles colorées flottent ainsi dans le ciel du centre du pays. Léger et modifiable, l’ensemble a été conçu par l’agence d’architecture Alvisi Kirimoto + Partners en collaboration avec Renzo Piano, à qui ils doivent l’idée principale.

Améliorer la visibilité des petites villes

Le projet consiste en une installation qui tend à améliorer la visibilité de la place du marché, il célèbre la lumière et les couleurs du paysage environnant. L’idée de cet hommage extraordinaire est née de l’amitié qui liait Renzo Piano à Fabrizio De André, le concept vise non seulement à rappeler l’un des interprètes les plus sensibles de la nature humaine, mais également à prêter attention à l’importance des petites villes du territoire italien, comme Tempio Pausania.

La place, entourée de bâtiments historiques datant principalement du XVIIIe siècle, contient des blocs de granit laissés exposés. Les rues sont caractérisées par une chaussée de petits pavés et des bandes de granit gris. Le projet confié aux architectes Massimo Alvisi et Junko Kirimoto et réalisé dans le prolongement de l’idée de l’architecte Renzo Piano, a conduit à la mise en place d’un maillage de cordes en acier composé de 19 fils en spirale, fixés au moyen de barres d’ancrage aux murs de granit solides et épais des bâtiments environnants.

Le treillis forme de grands triangles suspendus, à partir desquels les autres tirants se ramifient pour former 12 triangles de tissu de tailles différentes. Ces derniers peuvent être enroulés autour de rouleaux motorisés avec un mécanisme similaire à celui de la voile nautique. La motorisation permet plusieurs configurations. La scénographie inclut également la projection d’images et des mots . Les voiles de toile colorées flottent dans le ciel, portées par le vent, dans un équilibre instable conférant à l’ensemble une allure aérienne très appréciable.

©Luigi Filetici
©Luigi Filetici
©Luigi Filetici
©Luigi Filetici

Le site de l’agence d’architecture Alvisi Kirimoto + Partners : ici.

Les photos : © ©Luigi Filetici pour Alvisi Kirimoto + Partners


L’architecture peut elle être un exutoire?

© Michael Sieber

C’est un projet de réhabilitation mais aussi un hymne à l’architecture que Giacomo Garziano, le fondateur de l’agence d’architecture néerlandaise GG-loop, adresse à sa maison familiale. Il s’agit d’un univers singulier qui, malgré sa fantaisie, trouve sa place à Altamura, une commune typique du sud d’Italie.

Deux mouvements en un

Le projet est composé de deux parties : Gentle Genius qui concerne l’extérieur de la bâtisse et Infection qui se concentre sur l’intérieur. Selon l’architecte, les deux parties correspondent à deux mouvements différents. Tout d’abord l’observation, qui touche l’extérieur et puis l’action qui met en avant l’intérieur.

Dans cette ville du sud de l’Italie et dans le but de prendre conscience de l’état critique de certains édifices, l’architecte réussit un grand pari. Se référant sans cesse à l’urbanité chaotique qui la compare à une partition de musique, Giacomo Garziano habille les murs extérieurs de l’ancienne résidence familiale. Ainsi, la façade du Gentle Genius croise des formes lisses mais aussi pointues en faisant un clin d’œil à l’histoire de la famille qui a connu tantôt la joie, tantôt le drame.

L’architecture peut elle peindre un état d’âme ?

L’architecture peut elle peindre un état d’âme ? Il faut y croire. Selon l’architecte, les séquences de joie extrême ou encore de profonde tristesse que l’on trouve aussi dans l’album de King Crimson peuvent exister en architecture. Ainsi, la couleur rouge de la façade de la maison peut exprimer la sensation de rage, la folie mais aussi la passion, tandis qu’à l’intérieur, le bleu peut s’apparenter à la solitude, au calme et à la tristesse.

L’extérieur plus rude à l’image d’un bouclier protecteur, porte selon l’architecte l’histoire du roi venant purifier l’intérieur, toujours en référence à l’album de King Crimson, qui influence le travail architectural même dans les moindres détails. Ainsi, l’intérieur cherche à générer une nouvelle vie, à recréer un équilibre positif dans un espace longtemps abandonné. De ce fait, l’architecture se déploie, telle une symphonie, pour déchaîner les passions et apporter la nouveauté.

Le projet The Seed Of Time a été ouvert en octobre 2015, avec une performance immersive du collectif d’art Elephants and Volcanoes. Les visiteurs ont été guidés à travers l’espace sculptural par la présence de qutre acteurs. Une intervention culinaire, une performance de danse, des installations sonores et des costumes ont transporté le visiteur dans une réalité parallèle où le passé, le présent et le futur se fusionnent pour modifier la perception et ouvrir de nouvelles voies de perspective.

© Michael Sieber
© Michael Sieber
© Michael Sieber
© Michael Sieber
© Michael Sieber

Le site de GG-loop : ici.  

Les photos: © Michael Sieber

Deux expositions en une à Lafayette Anticipations

© Pierre Antoine / Lafayette Anticipations, Paris

Après avoir présenté Simon Fujiwara, l’artiste en solo qui s’est approprié les trois étages de Lafayette Anticipations, nous voilà devant une autre formule. Un combiné de trois artistes qui occupent les espaces de l’établissement. Deux expositions en une qu’il faut impérativement aller voir jusqu’au 28 avril 2019.

Passer-by 

Les deux premiers étages de la Fondation d’entreprise Lafayette sont occupés par la designer Beca Lipscombe et l’artiste Lucy McKenzie qui forment ensemble l’Atelier E.B et présentent l’exposition « Passer-by » qui  vient d’ouvrir ses portes le 21 février 2019. 

L’exposition propose aux visiteurs un doux plongeon dans le milieu de la mode et de l’art contemporain. En effet, les deux artistes écossaises ont associé leur intérêt pour l’ornement et l’histoire du motif pour créer il y a douze ans un label de mode intitulé Atelier E.B.. Certains connaisseurs reconnaitront des créations que le duo a déjà présenté en 2018à la Serpentine Galleries de Londres. L’exposition de Lafayette Anticipations devient ainsi comme la suite de celle de la capitale anglaise sauf qu’à Paris le contenu a été repensé et le public aura le plaisir de découvrir de nouvelles productions.

Commençons par le titre de l’exposition, « Passer-by », qui selon les instigatrices du projet, « fait référence à une vision élargie des consommateurs de mode, ne se réduisant pas aux particuliers qui achètent des vêtements mais évoquant tous ceux et celles qui pratiquent le lèche-vitrine et s’intéressent à la mode à travers les livres, les magazines, les expositions et autres supports. » Une nouvelle manière d’aborder la mode ? Probablement parceque le résultat est assez élogieux. En effet, le visiteur se balade au sein de l’établissement comme s’il se baladait en ville, parfois il s’arrête devant une vitrine où il découvre des nouveautés mais aussi s’imprègne du lieu. Ce dernier a été organisé d’une manière atypique, il s’agit d’une configuration spéciale de l’espace central qui reprenant des éléments originaux de l’escalier monumental Art Nouveau des Galeries Lafayette. Cet escalier a été retiré des fameux magasins pour des raisons spatiales. Avec cette exposition parisienne, c’est un bout de l’histoire qui ressurgit.

La première exposition française de Beca Lipscombe et de Lucy McKenzie croise malicieusement la création contemporaine, l’histoire de la mode et la muséographie. Le visiteur découvre en premier lieu un vrai showroom réalisé sur mesure pour exposer leur dernière collection « Jasperwear » qui comprend entre autres des pulls, des manteaux, des bijoux, pour présenter ensuite un impressionnant ensemble d’archives appuyé par des recherches poussées sur le rôle du mannequin de la sculpture antique jusqu’aux vitrines des grands magasins. On retrouve parmi diverses photographies d’époque, les plans de l’Exposition internationale des arts et techniques de 1937 édités par les Galeries Lafayette, La visite se termine avec une série de compositions artistiques d’artistes contemporains qui ont travaillé sur les mêmes sujets abordés.

Réunissant les œuvres d’une multitude de créateurs, l’exposition « Passer-by » non seulement met en scène la démarche d’Atelier E.B en matière de recherche, de collaboration ou de production, mais elle constitue une belle vitrine qui régalera les nostalgiques mais aussi tous les autres visiteurs.

Fortune 

Le dernier étage de Lafayette Anticipations présente, quant à lui, une œuvre unique, celle de l’artiste Camille Blatrix. Intitulée « Fortune », l’installation qui vient d’ouvrir au public en même temps que « Passer-by » reste jusqu’au 28 avril 2019.

A mi-chemin entre sculpture et objet manufacturé, le travail de Camille Blatrix interroge le visiteur. Ce dernier découvre une œuvre unique qui malgré sa taille remplit l’espace. L’objet sculpté par Camille Blatrix dans les ateliers de Lafayette Anticipations croise astucieusement le bois, le métal et le plastique. « J’ai toujours aimé travaillé avec le bois de poirier, il a quelque chose d’intemporel » Souligne l’artiste. A la fois poétique et abstraite, l’installation hétéroclite qui oppose certains éléments de facture industrielle à d’autres réalisés manuellement, confère à l’ensemble une caractéristique unique.

Au centre du troisième étage de la Fondation se place ainsi une sculpture énigmatique qui selon l’artiste « perturbe l’espace et le dérange ». Dans cet univers conçu de métal et de verre, la présence d’un élément étranger qui peut rassembler en un même lieu une succession d’éléments fondamentaux de la vie comme l’eau, le feu ou encore l’air donne l’indice d’une possible présence. Mais ce qui sort de l’ordinaire c’est l’emplacement choisi par l’artiste pour son œuvre. Tandis que le visiteur attend à une œuvre unique mise en exergue au milieu de cette pièce ouverte sur le ciel, Camille Blatrix pose son œuvre à même la vitre donnant sur la cour intérieure voisine, un moyen qui incite à imaginer  au-delà de l’œuvre? Probablement. Toujours est-il que les avis sont partagés, certains voient cette disposition comme une intéressante ouverture vers le futur tandis que d’autres peuvent évoquer un possible déclin. D’ailleurs l’artiste, affiche une certaine satisfaction aux divers propos envisagés.

Pour sa première exposition institutionnelle parisienne, Camille Blatrix, qui a été invité à occuper le « ciel » de Lafayette Anticipations, conçu par Rem Koolhaas, propose une œuvre singulière qui incite à la réflexion. Une installation à voir pour tous !  

© Pierre Antoine / Lafayette Anticipations, Paris
© Pierre Antoine / Lafayette Anticipations, Paris
© Pierre Antoine / Lafayette Anticipations, Paris

A noter que l’entrée à toutes les expositions de Lafayette Anticipations est gratuite.

Dansez sur moi ! l’œuvre conceptuelle d’Arnaud Cohen

©Arnaud Cohen

C’est une histoire vraie qui se cache derrière la dernière œuvre conceptuelle d’Arnaud Cohen. Une histoire personnelle, collective, typique et universelle. A la fois touchante, émouvante, bouleversante mais tout aussi révoltante, la conception allégorique qui se matérialise sous un remarquable ouvrage porte bien son nom : Dansez sur moi !  

On danse sur l’œuvre comme on danse sur la dalle, parce qu’il s’agit d’une pièce horizontale qui épouse le sol. Pourtant cette installation « sans grande épaisseur » sur laquelle le visiteur se promène avec fluidité révèle un passé lourd de plusieurs décennies. Pour le découvrir, il faudra d’une part écouter les paroles de l’artiste et d’autre part faire un plongeon dans les livres de l’histoire. C’est donc sur les pas de cette épopée que je me suis trouvée au Mémorial de la Shoah à Paris.

Une œuvre inédite

Arnaud Cohen est un artiste reconnu, j’ai maintes fois parlé sur Détails d’architecture de ses diverses expositions. Ces dernières sont assez variées dans leur expression qui va du collage jusqu’à la sculpture en passant par la performance. Cette fois-ci, l’artiste présente une œuvre inédite, singulière et caractéristique qui sous son air minimaliste et son style qui fait un joli clin d’œil à Carle Andre, raconte bien des histoires.

 « Dansez sur moi puise son inspiration dans le passé collaborationniste de mon atelier. Quand j’ai acheté cette friche industrielle recouverte de lierre et livrée aux pilleurs, je ne savais rien de l’histoire contemporaine de ce lieu… » Raconte Arnaud Cohen qui se base sur l’histoire de l’endroit où il vit pour constituer son œuvre. Dès la première vue, l’œuvre en question reste assez intrigante, elle présente des fausses plaques qui s’apparentent à des tombes où le visiteur peut lire des noms de trois personnalités qui ont non seulement vraiment existé mais qui ont eu une grande influence dans le passé.

Quand l’art s’approprie l’histoire

« Ces « fausses » tombes sont en effet celles de personnages historiques : Maurice Rocher l’ingénieux et cupide propriétaire de nombreuses usines dans l’Ouest de la France dont celle qui est devenue l’atelier de l’artiste en 2003, Jean Bichelonne le brillant polytechnicien en charge avec Speer d’intégrer les usines françaises au complexe militaro-industriel du Reich, et Wernher Von Braun, le génial inventeur et client de Rocher pour son usine secrète de montage de fusées V1 etV2 où les prisonniers mourraient d’épuisement en quelques semaines. Ce fût le cas d’Armand Tuvache, un des membres de la famille maternelle d’Arnaud Cohen. » Mis à part cette pièce significatives lourde de sens, l’exposition propose un petit film pris récemment lors d’une fête qui s’est déroulée à l’atelier même de l’artiste où se trouve des répliques des mêmes « tombes fictives ». 

Cependant, malgré la situation glaçante, la vie continue, les gens passent, découvrent cette œuvre exposée et réagissent à leur gré. Dans cette salle où la mort et la vie se côtoient et où la mémoire nourrit le quotidien, l’art triomphe, il s’agit d’un morceau de l’histoire qu’Arnaud Cohen rend plus concret grâce à l’expression artistique. A la fois expérimentale mais aussi ludique, Dansez sur moi est une œuvre où il n’y a que les tombes qui sont fausses !

© Arnaud Cohen

A noter que cette exposition a déjà été présentée l’année dernière au Rosa Luxemburg Platz Kunstverein de Berlin

Pour plus d’information sur l’artiste, voir: ici.

Les photos: « Dansez sur moi » © Arnaud Cohen


« Montparnasse 1900 – 1930 Art Nouveau – Art Déco » vient de paraître

 

©France de Griessen

Dédiée à l’Art Nouveau ainsi qu’à l’Art Déco, la collection qui explore  le  patrimoine  architectural  1900-1930  des quartiers  de  Paris, des communes proches mais aussi des  villes  balnéaires vient de s’enrichir d’un nouveau dernier : « Montparnasse 1900 – 1930 Art Nouveau – Art Déco ». Un ouvrage qui vaut le détour !

Des symboles

Après la Première Guerre mondiale, Montparnasse a détrôné Montmartre en devenant le nouveau carrefour du monde artistique. Le visiteur qui se balade aujourd’hui, rencontre des lieux cosmopolites et festifs de l’époque comme La Coupole, La Closerie des Lilas, La Rotonde, Le Dôme, devenus au fil du temps des symboles. Une époque qui s’est caractérisée aussi par son architecture, tout d’abord, l’Art Nouveau, avant 1914, puis l’Art Déco, deux mouvements artistiques qui ont accompagné l’effervescence culturelle de ce quartier.

Le livre cherche à reconstituer la mémoire des grands hommes comme Man Ray, Picasso, Modigliani, Hemingway, Kiki la reine de Montparnasse, Joséphine Baker qui sont passés par ce quartier. L’architecture a une grande présence dans ce morceau de ville qui a connu autrefois des réalisations comme l’immeuble à gradins de la rue Vavin, la tombe en mosaïques étincelantes de la famille Wallon, les couples lascifs d’Emile  Derré, les  portes fantastiques d’Eugène Petit ou encore la forêt de métal de Notre-Dame-du-Travail ou encore les exemples qui surgissent après la guerre comme les aménagements élégants de Rob Mallet-Stevens, les vitraux de Louis Barillet, les pavements en mosaïque des brasseries, les piliers peints de La Coupole, les audacieuses verrières des ateliers d’artistes.

Des détails

De même, l’ouvrage s’intéresse au succès des bars, cafés et restaurants, une renommée qui est souvent liée à la mode du moment, le lecteur peut donc découvrir au fil des pages des exemples précis ainsi que des détails comme la Brasserie Mollard ou la Taverne Pousset, deux réalisations d’Edouard Niermans ou le célèbre Maxim’s de Louis Marnez ou encore le Café de Paris par Henri Sauvage.

L’amoureux d’architecture qui feuillette ce livre découvre avec satisfaction non seulement le nom des architectes mais également leur rôle dans la mutation du quartier. Mis en avant par les photographies de France de Griessen, signé de Maurice Culot et de Patrice Maire c’est tout un pan de l’histoire parisienne de la première moitié du XXe siècle qui surgit au fil des pages.

©France de Griessen
©France de Griessen

©France de Griessen
©France de Griessen

©France de Griessen
©France de Griessen

©France de Griessen
©France de Griessen

Quand la cabane joue la transparence

© Alexander d’la roche

A Mexico, au sein d’une végétation dense et au cœur de la forêt, l’architecte Gerardo Broissin a réalisé une atypique cabane dans les arbres. C’est le choix de la matière qui peut, à premier regard, interpeller le visiteur, mais une fois sur place le charme opère.

Maison dans les arbres

La structure s’intitule « Chantli Kuaulakoyokan », ce qui veut dire « maison dans les arbres » dans la langue autochtone la plus parlée au Mexique. Le projet est situé au pied de la sierra de las Cruces, une longue chaîne de montagnes située à l’ouest du centre-ville de la capitale. Pour les amoureux de la nature, il s’agit d’un environnement privilégié ainsi qu’un voisinage merveilleux.

La conception évoque des sentiments d’enfance et le désir d’un refuge indépendant. Qui, dans son enfance, n’a pas rêvé d’un petit cocon sur les arbres pour aller y jouer, lire ou sentir la nature ? Sauf que dans le cas général, la petite cabane prend les allures d’un refuge en bois. Plutôt que d’utiliser du bois conventionnel pour la construction de sa cabane dans les arbres, Broissin a réinterprété la typologie en utilisant du verre. Une matière inattendue mais qui, finalement, donne un effet plastique assez accrocheur.

Au-delà de l’image

Selon l’architecte, ce geste vise à souligner la perte de l’innocence d’un enfant au fil du temps, le bois chaud étant remplacé par du vitrage froid. La maison dans les arbres de Broissin remet en question la prétendue vie privée de plus en plus menacée par l’existence des réseaux sociaux. Le projet demande donc aux visiteurs de réfléchir aux divers thèmes dont la sécurité et de la vie privée. En plus de la structure en verre accrochée aux arbres, Broissin a créé tout autour une petite forêt luxuriante. L’installation a été montrée lors d’un événement artistique qui a lieu chaque année dans le cadre de la semaine du design au Mexique.

Gerardo Broissin est né à Mexico en 1975. Il a acquis une renommée internationale en figurant dans de nombreuses publications architecturales. Son travail se caractérise par le développement et la contribution de propositions innovantes qui présentent une vaste gamme de formes, de textures et d’idéologies. La cabane dans les arbres est un exemple parmi d’autres.

© Alexander d’la roche
© Alexander d’la roche

© Alexander d’la roche
© Alexander d’la roche

© Alexander d’la roche
© Alexander d’la roche

© Alexander d’la roche
© Alexander d’la roche

Pour plus d’information, voir le site de l’architecte Gerardo Broissin: ici.

Les photos: © Alexander d’la roche