Archives de catégorie : Chroniques

A la découverte de l’église San Leucio de Brindisi

© Sipane Hoh

Après la gare de Napoli-Afragola signée de Zaha Hadid Architects dont j’ai récemment parlé ici, mon échappée architecturale estivale continue avec, cette fois, une escale dans la ville de Brindisi où se trouve l’église de San Leucio.

Inaugurée le 26 novembre 2016, il s’agit d’un symbole fort pour la ville de Brindisi, mais penchons-nous sur l’architecture de ce lieu de culte pas comme les autres. En effet, loin du classicisme ambiant, la nouvelle église en béton et en bois affiche une identité à part entière qui titille l’imaginaire de tout curieux d’architecture. Des lignes pures, une architecture sobre, une forme organique, bref, tout ce qui nous éloigne de l’architecture des autres églises de la ville. Rapprochons-nous pour en savoir un peu plus.

L’ingénieur Donato Caiulo et l’architecte Ilaria Pecoraro sont les concepteurs de ce monument qui, niché dans un quartier périphérique de la ville, ne laisse point indifférent. Donnant sur la Via del Lavoro, dès le départ, le choix du terrain à construire n’a pas été dû au hasard. L’édifice se positionne sur la route du saint qui a quitté l’Egypte et qui est arrivé au IVème siècle à Brindisi.

L’architecture de l’édifice est visible de loin. L’ensemble, par son intérieur et sa salle unique, qui se termine par une abside en forme de dôme, se rapproche de la typologie de construction des premières églises. L’équipement enveloppe subtilement le cimetière avoisinant et crée ainsi un dialogue visuel à la fois subtil et direct entre l’intérieur et l’extérieur.

Après l’ancienne ville et le bord de mer qui valent le détour, la découverte de l’église de San Leucio constitue un petit plaisir architectural qui agrémente le reste.

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Pour plus d’informations voir: ici.

Les photos: ©Sipane Hoh

Les palettes de bois dans l’espace public

 

© Sipane Hoh

Aujourd’hui, de plus en plus de gens sont poussés par l’idée du recyclage. Que ce soit pour des raisons budgétaires, par innovation ou tout simplement pour des questions éthiques. L’heure n’est pas seulement à empiler les exploits mais également à recycler intelligemment.

En architecture comme ailleurs, le recyclage gagne de plus en plus du terrain. Même les plus grands architectes se prêtent au jeu et les créations sont de plus en plus remarquables. J’ai beaucoup parlé des ces artistes pour qui la récupération est devenue l’une des clés de voûtes de leurs œuvres. Mais cette fois-ci, je pointe vers un recyclage très sympathique, à la portée de tous qui a réussi son insertion dans l’espace public.

C’est en Italie du sud, dans la ville de Locorotondo qui figure dans la liste des plus beaux villages du pays que j’ai eu le plaisir de découvrir quelques pépites. En effet, il s’agit, comme l’une de mes photos l’indique, d’un panneau de signalisation. Quelle belle surprise de constater qu’en réalité c’est une simple palette de bois. Un recyclage original à la fois fonctionnel, innovant et utile.

Un peu plus loin, toujours dans la province de Bari, les palettes en bois s’empilent pour constituer des bancs publics. Une idée intéressantes, qui, en plus d’être utile, donne un agréable goût d’exotisme. Pour les habitués des bancs en béton, en acier ou encore en bois, l’idée des palettes en bois est tout simplement avenante. La même idée trouve preneur ailleurs, direction les Pouilles, dans les établissements hôteliers qui jouent la carte du recyclage en appliquant le même concept et le florissant. Comme quoi, les choses simples sont toujours aussi appréciées.

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Les photos: © Sipane Hoh

La fabuleuse histoire de Matera

© Sipane Hoh

En 2019, la capitale européenne de la culture sera Matera, la remarquable ville troglodyte située au sud de l’Italie. Visiter Matera c’est faire un grand retour vers le passé, mais aussi retrouver une ville qui a su malgré tout puiser dans son histoire pour se renouveler.

Classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1993, Matera n’a pas été toujours convoitée. En effet, malgré les dédales de ses habitations troglodytiques, la ville a connu maintes difficultés. Le cœur de la vieille-ville connu par ses sassi, les maisons façonnées dans la roche qui possèdent parfois une seule façade, a été vouée à la déshérence jusqu’au jour où plusieurs associations, appuyées par quelques organisations ont sonné l’alerte. Depuis, les chantiers de réhabilitation se sont succédés et aujourd’hui, Matera a retrouvé sa beauté d’autrefois.

Un univers hors du commun

Il est difficile de ne pas tomber sous le charme de cette ville. Grâce à son univers particulier, plusieurs réalisateurs comme Mel Gibson ou encore Pier Paolo Pasolini l’ont choisie comme un décor pour leurs films comme « La Passion du Christ » et « L’Évangile selon saint Matthieu » mais pas que, les architectes, les artistes et tous les curieux affluent depuis dans cette cité très singulière qui s’étend aux deux côtés du flanc de la Gravina. Se promener dans la vieille ville de Matera, découvrir les cavités secrètes taillées à même la roche, possède un goût spécifique qui propulse le visiteur au sein de l’histoire antique.

Depuis l’ère paléolithique, la ville a connu de grands changements, les traces de cette époque existent encore mais, depuis, la vie a évolué et bien que la réhabilitation est passée par là, Matera s’est agrandie. La nouvelle ville ressemble à toute ville européenne avec ses avenues, ses magasins et ses habitations de plusieurs étages. Cependant, plus qu’ailleurs le contraste est saisissant entre l’ancienne et la nouvelle ville. La future capitale de la culture possède bien de trésors à explorer.

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Plus d’informations sur Matera: ici.

Une visite estivale à l’œuvre napolitaine de Zaha Hadid

© Sipane Hoh

Quitter Naples, ses rues étroites, son foisonnement incessant et se diriger vers la gare de Napoli-Afragola c’est s’éloigner de la ville, prendre de la distance mais aussi prendre son temps pour découvrir l’une des œuvres italiennes de Zaha Hadid.

Après le projet de la gare maritime, l’œuvre posthume de Zaha Hadid qui a été inauguré à Salerme, c’est dans la banlieue de Naples que se trouve l’objet de ma convoitise. Aucun doute, il s’agit bel et bien de la griffe de l’architecte que j’ai eu le plaisir de découvrir sous la chaleur écrasante de ce mois de Juillet.

Située à 12 km au nord de Naples, la station d’Afragola est également prévue pour desservir les communautés locales d’Acerra, Afragola, Caivano, Casalnuovo di Napoli et Casoria qui varient en population de 10 000 à 50 000 habitants. Afragola sera un hub intermodal, soulageant la congestion dans le centre-ville mais ne remplacera pas l’actuel terminus de Napoli Centrale.

La première phase de la gare de Napoli Afragola qui constitue la nouvelle porte d’entrée au sud de l’Italie a été inaugurée il y a à peine deux mois. Les trains à grande vitesse ont commencé à circuler dès le 11 juin. Une fois que les travaux soient terminés, le nombre des trains va atteindre 28. Aujourd’hui, la gare paraît surdimensionnée, l’occasion de s’y promener pour mieux la découvrir.

Conçu comme un pont public urbanisé reliant les deux côté du chemin de fer, la station est censée minimiser les distances pour ceux qui embarquent et descendent à Napoli Afragola ainsi que les passagers qui se connectent à différents services ferroviaires.

Le monolithe

A l’image de toutes les réalisations de Zaha Hadid Architects, le monolithe, de loin, semble imposant mais une fois dans son ventre les lignes courbes guident astucieusement la circulation des passagers. L’ensemble, qui paraît renfermé vers l’extérieur devient un passage géant où se mêlent remarquablement la frugalité du béton et la transparence du verre.

Le voyageur curieux qui possède un peu de temps peut même découvrir de grandes images de synthèse posées discrètement ici ou là et qui lui révèlent les détails de la conception ainsi que le nom de son architecte.

Une fois que toutes les lignes seront opérationnelles, ce qui n’est pas encore le cas à ce jour, 32 700 passagers devraient utiliser la station chaque jour. Ainsi, les allées vides que j’ai découvert avec joie s’empliront, l’architecture remplira son rôle de toujours et le monolithe deviendra ainsi un important lieu de passage aussi utile qu’esthétique.

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Le site de Zaha Hadid Architects : ici.

Les photos: © Sipane Hoh

La baleine de Budapest

 

© Sipane Hoh
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Paris a sa Canopée et Budapest sa Baleine « Bálna ». Autant la première se veut être un lieu de passage, la seconde aussi visible soit-elle semble être réservée à une poignée de visiteurs. Une promenade dans les entrailles du monstre s’impose !

Considérée comme l’une des plus belles cités d’Europe, Budapest est une capitale très attirante. Par sa situation ainsi que son histoire, chaque année la ville attire beaucoup de touristes. Budapest est également connue par sa grande diversité ainsi que sa formidable richesse architecturale qui s’étend de l’époque romaine jusqu’à nos jours. Dans cette ville où les ruines d’Acquincum sont autant visitées que les édifices baroques ou l’Art nouveau ou encore le Bauhaus, nous pouvons également découvrir une architecture nouvelle audacieuse qui tranche avec l’existant.

La Bálna

Comme une baleine échouée sur les rives du Danube, l’édifice atypique qui s’adosse à une construction classique n’est qu’un temple du shopping. Présenté par son architecte Kas Oosterhuis comme un centre culturel et à la fois commercial, l’ensemble reste néanmoins peu fréquenté. En effet, nous pouvons y trouver des antiquités, une galerie d’art, quelques magasins qui vendent des souvenirs ainsi que des œuvres artistiques, quelques restaurants, un marché bio et au dernier étage un très beau panorama. Sauf que ce dernier n’est que pour la contemplation.

Bien que désert aucune photo n’est autorisée, l’attractivité du lieu se perd et l’intérêt avec. S’agit-il d’un pseudo-musée ou d’un centre commercial de luxe? Il est difficile d’y répondre. Toujours est-il qu’à quelques pas de là, dans le 9ème arrondissement, les Halles centrales de la ville ne désemplissent pas. Le lieu est tout aussi intéressant par son architecture d’époque, les couloirs sont pleins de monde, un peu trop même, les restaurants sont bondés et les photos sont autorisées. Certes, il manque cruellement d’œuvres d’art contemporains comme celles que l’on trouve dans la baleine, mais est-ce suffisant pour expliquer leur différence ? Ou nous pouvons parler d’une véritable complémentarité ?

Revenons au bord du Danube, entre les le pont Szabadság (pont de la Liberté) d’une part et le pont Petőfi d’autre part, la structure en forme de baleine qui s’étend sur 27 000 m² et malgré son intérieur « froid » présente une prouesse architecturale non négligeable. Greffé à un édifice historique en briques et avec sa forme atypique, le blob ne fait qu’accentuer la curiosité de tout passant.

 

© Sipane Hoh
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Le bunker d’Épinay-sur-Seine

Les photos : © Arsen Tanguy
© Arsen Tanguy

A l’occasion des « journées d’Architectures à vivre » organisées par le journal « A vivre », j’ai eu le privilège de découvrir une maison atypique conçue par les architectes Vladimir Doray et Fabrice Lagarde ( Wild Rabbits Architects ) en collaboration avec Caroline Dubois qui a suivi l’exécution du projet. Découverte d’un impressionnant chantier !

A Épinay-sur-Seine (93), situé à l’angle de la rue de Verdun et des Alliés, un bunker surgissant de nulle part semble titiller le voisinage. A première vue, le passant peut se demander s’il s’agit d’un vestige de la Grande Guerre ou bien d’un objet éphémère construit par un artiste décalé. Cependant, une fois les interrogations passées, place aux explications.

Le béton à l’honneur

Tous les architectes sont d’accord qu’un maître d’œuvre joue un grand rôle dans une réalisation. Et que dire quand c’est ce dernier qui propose de sortir des sentiers battus pour créer une architecture extraordinaire où les deux parties peuvent donner libre cours à leur imagination ?

Toujours est-il que la réalisation d’un tel projet n’est jamais facile à suivre. Les complications commencent déjà avec le permis de construire qui a retardé le rêve de quelques années. Un rêve devenu aujourd’hui réalité et qui rend probablement fiers même les personnes qui s’y sont opposées. Avoir dans sa commune un joyau architectural même s’il tranche avec le classicisme ambiant devrait être un avantage. Ici, c’est mon opinion personnelle qui prend le dessus et je vois en cette maison non pas un bunker isolé qui rappelle de mauvais souvenirs mais un hommage parfait au travail en béton tellement cher au cœur de Claude Parent. Ceux qui connaissent l’église Sainte-Bernadette du Banlay me donneront raison.

Parlons un peu du projet. Même si cette fois-ci les allemands n’y sont pour rien, l’apparence est malgré tout très trompeuse. Sauf qu’il s’agit d’un béton fraîchement coulé dont les quelques imperfections témoignent tout autant de sa fragilité. Nous sommes bien devant une œuvre atypique hermétique de l’extérieur mais qu’en est-il de l’intérieur ?

Le paquebot

Une fois la « barrière » franchie, nous sommes au cœur de l’édifice. C’est avec un plaisir chargé d’émotion que Vladimir Doray ainsi que le propriétaire des lieux nous livrent les différents moments vécus lors du chantier. De l’agacement à la joie en passant par la résignation, la patience et l’opiniâtreté, les récits s’enchaînent. Pendant ce temps, les regards des visiteurs balayent les pièces et scrutent les détails. L’une des rares ouvertures de la maison donne  (via une très grande baie vitrée) sur un jardin anarchique qui avec sa végétation luxuriante barre toute vision au voisinage, tandis qu’une autre ouverture est à l’image de la passerelle du paquebot d’où les propriétaires peuvent contempler le paysage urbain lointain en faisant tranquillement la cuisine. Quant à la troisième ouverture elle se trouve au dernier niveau, elle donne sur une pente couverte de caillebotis se trouvant derrière la haute muraille du dernier étage.

L’idée du départ n’était pas de profiter de l’orientation ni d’accumuler des labels de durabilité mais d’avoir une maison qui réponde aux diverses exigences de ses propriétaires. De ce fait, le rêve continue jusqu’au bout pour rajouter au dernier étage une terrasse offrant une époustouflante vue dégagée qui permet de voir le Sacré Cœur, la tour Montparnasse, la tour Eiffel et les tours de La Défense.

Le bunker d’Épinay-sur-Seine est le résultat de la volonté ainsi que de la persévérance du maître d’œuvre doublé de la hardiesse de l’architecte qui l’a conçu. La réalisation a une très grande qualité, malgré sa différence, elle affiche une extraordinaire existence. La satisfaction existe aussi en architecture !

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© Arsen Tanguy
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© Arsen Tanguy
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© Arsen Tanguy
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© Arsen Tanguy

Les photos : ©Arsen Tanguy

A Paris, la Canopée en mode limule !

© Sipane Hoh
© Sipane Hoh

A ceux qui sont perchés sur leur balcon, le plan de masse, aux usagers des transports en commun les sombres tréfonds et les viscères loin de la lumière du jour, aux touristes et aux shoppeurs un centre commercial customisé, un de plus mais celui-ci bien placé. Les Halles parisiennes d’autrefois recouvertes de « La Canopée » viennent d’être inaugurées !

Les avis divergent et les langues se corsent, en France comme chez nos voisins britanniques les critiques affluent et les mécontents grondent. D’une part les finances d’autre part l’aspect. Alors que la première étale des chiffres qui sont bien réels et difficiles à dissimuler, la seconde, plus subjective est à prendre avec la plus grande méfiance mais quand il s’agit d’un constat négatif pour les deux, l’architecture de Patrick Berger et de Jacques Anziutti ternit et son image flétrit.

Quand les politiques s’emmêlent les pinces.

Le coup d’envoi des travaux des Halles avait été donné à l’ère de Bertrand Delanoë et c’est Anne Hidalgo, l’actuelle maire  de la ville lumière qui en assume les conséquences. Cependant, une partie du projet n’est toujours pas terminée, faut-il attendre la fin du fin pour pouvoir se prononcer ?

Les grands critiques d’architecture n’ont pas demandé l’autorisation ni attendu l’inauguration, tandis que trois jours avant le grand évènement Fréderic Edelmann commençait son impeccable tirade par : « Faire plus moche et bricolé que les pavillons construits en 1985 par Jean Willerval pour couronner le Forum des Halles dessiné par Vasconi et Penchreac’h, c’était sans doute impossible. La Ville de Paris, pourtant, s’était exercée à imaginer des formules de concours, mais ils ne laissaient guère de chance de faire advenir un projet de raison. » à Londres, après sa visite parisienne, Oliver Wainwright termine son article en achevant l’ensemble : « Le projet d’origine, des années 1970, a fait l’objet d’un catalogue brouillé de faux départs et d’ambitions contrariées, comme les présidents successifs et les maires où chacun annulait le travail de son prédécesseur. Comme un monument accidenté, une chute d’eau jaillit maintenant de la canopée à la nouvelle entrée des Halles: elle pourrait être l’assemblage des larmes de chaque politicien qui a essayé d’imprimer sa marque sur ce site problématique. »

Alors que l’architecture est largement contestée, quelques utilisateurs des lieux semblent néanmoins bien s’amuser. D’autant plus qu’une partie publique est prévue dans le projet. Le conservatoire ou la médiathèque ainsi que la Maison des pratiques artistiques ne font qu’aiguiser la curiosité. Malheureusement, ces derniers aussi intéressants soient-il semblent être ensevelis sous la grande chape de la Canopée.

Les riverains piégés par les croquis aériens.

A Londres, les défenseurs de la fameuse ligne d’horizon ont mis des années avant d’accepter ne serait-ce qu’un édifice plus haut que la cathédrale Saint-Paul, à Paris, selon le cahier des charges du projet, la hauteur de la Canopée devait respecter les hauteurs des bâtiments alentours (dont l’église Saint-Eustache). Le résultat, aussi oppressant soit-il n’est donc pas une bévue d’architecte mais la conséquence légale d’un embrouillamini de lois et décrets inextricables.

Malgré les quelques séduisants jeux d’ombres et de lumières à des heures bien déterminées et seulement les jours abondamment ensoleillés, la légèreté ainsi que la transparence de la structure laissent bien à désirer surtout quand dans le Courrier de l’architecte, Jean-Philippe Hugron nous ramène à des constructions bien plus anciennes en faisant référence à l’un des Pritzker qui manipulait le mieux cette potentialité. « Pourtant, ici et là, les acteurs du colossal chantier aiment à répéter, malgré ce triste aveu municipal, que la Canopée pèse 7.000 tonnes, soit 500 de moins que la Tour Eiffel. N’en déplaise à Anne Hidalgo, l’architecture est aussi une question de poids. Plus encore quand l’un des architectes de la Canopée, Patrick Berger, défendait, il y a quelques temps, avoir travaillé à Stuttgart dans l’atelier de Frei Otto. »

Dans la Canopée, l’architecture et l’ingénierie se sont frottées comme elles l’ont toujours fait mais cette fois-ci l’objet de la discorde est trop visible. Il s’agit de faire tenir un « monument » qui demandait à trouver sa place et à être accepté. La poésie architecturale du départ que certains ont cru apercevoir sous forme de légèreté sur les papiers glacés ne pouvait pas tenir sa parole logiquement dans les conditions annoncées, confrontée aux faits.

L’architecte qui a gardé les piliers en béton de l’ancienne structure afin de mieux stabiliser les étages en sous-sol, a opté concernant la partie visible pour un voile complexe composé de 18000 lamelles de couleur jaunâtre qui comme la bouche d’une gigantesque limule semble engloutir les passants qui l’abordent. Et pour les visiteurs qui se trouvent en dessous, le ciel de Paris semble bien loin, le cœur de la ville qui a reçu la cop21 cette année,  aussi palpitant soit-il, devient plutôt un passage géant. Espérons que ce dernier tienne un peu plus longtemps que le précédent.

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Le quartier duTrapèze de Boulogne-Billancourt, la mixité de haut vol

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Bien que les grandes cités ne cessent de défricher et de déterrer leurs derniers terrains inoccupés, la demande s’accroît et le manque de place avec. A Boulogne-Billancourt, il est un quartier comme on n’en voit plus naître ou très rarement dans les villes et pour cause la carence de terrain vacant. C’est ainsi qu’a pris forme un nouveau quartier qui tout en se griffant à l’ancienne ville forgera petit à petit son identité.

Paraître plutôt qu’être ou Paraître, être et devenir ?

Nous sommes au sud de Boulogne-Billancourt, non loin du Pont de Sèvres et face à l’Ile Seguin, au sein même du nouveau quartier du Trapèze qui s’étend sur 74 hectares et constitue l’un des nouveaux pôles de développement du Grand Paris. L’urbanisation qui s’y développe est basée sur la mixité de haut vol où l’on trouve des habitations, bureaux, des commerces ainsi que des espaces verts sans oublier l’impact environnemental des divers édifices présents sur le site.

La ville de Boulogne-Billancourt est connue outre ses constructions art-déco, par son urbanisme des années 70. Le nouveau quartier du Trapèze qui se développe selon de nouveaux principes est censé apporter une grande valeur ajoutée à la ville.

Jusqu’à 2016, cette fraction de ville qui accueillera près de 15000 habitants reste en effervescence. Des noms connus du monde de l’architecture y apposent leur griffe. Côté matériaux, tout est permis ou presque, nous y trouvons aussi bien du bois, du béton que du métal, sans parler des couleurs qui peuvent aller, du doré jusqu’au rosé. Le Trapèze affiche la tendance, l’éclat ainsi que l’abondance.

Un quartier à la mode d’autrefois

Continuons jusqu’au bout du macro-lot B4 pour une découverte singulière et à la fois inattendue. Une église ? Plutôt une maison d’église suivant ses instigateurs. Drôle d’approche pour un drôle de quartier. Un petit clin d’œil aux villages d’autrefois qui s’articulaient autour du lieu de culte ? Sauf que l’abstraction qui se dégage d’un tel geste laisse pantois le visiteur qui entre méfiance et attirance demande à découvrir le reste.

L’aperçu a beau être d’une extrême sobriété, la finesse de l’intérieur traduit un travail d’orfèvre et surtout de qualité. La structure semble répondre non seulement aux divers besoins d’une communauté mais devient un point de rencontre pour tous les gens du nouveau quartier. Avec cette maison d’église, les architectes, Olivier Brenac et Xavier Gonzalez (agence Brenac & Gonzalez) ont su apporter une touche de singularité à un nouveau concept qui croise allégrement un lieu de culte et une salle polyvalente.

Un peu plus loin, alors que l’école du quartier fraîchement achevée affiche fièrement la devise de la république, quelques habitants font déjà la queue dans la supérette qui vient de s’ouvrir. Et bien que l’ensemble du quartier soit loin d’être terminé, les résidents ont déjà investit les lieux et la vie ne fait que commencer.

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