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Revalorisation de l’entrée de ville de Calvi

CA’ Architectes et Line UP Architecture

Un appel à idée pour la valorisation de l’entrée de ville de Calvi pousse deux agences d’architecture, l’une établie en Corse (CA’ Architectes) et l’autre à Rennes (Line UP Architecture) d’unir leurs connaissances pour se lancer dans une délicieuse aventure, celle d’un partenariat satisfaisant qui continuera probablement dans d’autres constructions.

Ils se sont croisés sur Twitter sur les fils où les architectes ou bien les curieux de l’architecture postent leurs liens, échangent, critiquent ou tout simplement racontent l’architecture. Et depuis, petit à petit, l’envie de s’unir pour répondre à un appel à idée a pris le chemin. Le virtuel est devenu réalité et le concours a occupé leur quotidien.

Une fructueuse collaboration

Début 2015, dans le cadre du développement et de la requalification de l’entrée de ville, la commune de Calvi a lancé un appel d’offre public qui a été remporté par les architectes Sébastien Celeri et Raphaëlle Davin (CA’ Architectes) en collaboration avec Alexandre Plantady et Chloé Lauriot Prévost (Line UP Architecture).

C’est un projet complexe qui nécessite non seulement une étude approfondie de la région mais également la finesse de la préservation du patrimoine existant qui devrait s’accorder avec l’innovation architecturale proposée. Un travail de longue haleine qui a abouti à un projet raccordant les diverses échelles avec justesse.

« S’il n’est pas réellement question de création de ville ex-nihilo, il n’en demeure pas moins que le foncier à valoriser devra prendre en compte l’échelle d’un quartier à part entière, le long du littoral. L’enjeu est de taille, puisqu’il s’agit de renouveler l’image du front maritime de Calvi, en s’inscrivant dans les spécificités de son relief, en jouant d’ingéniosité, tout en préservant la position magistrale de la Citadelle, patrimoine remarquable de la ville. » Racontent les architectes.

En créant deux places publiques l’une ouverte sur la mer et l’autre traversant la rue et communicante avec le nouveau quartier à devenir, le projet consiste d’une part à redorer la fonction de la gare et d’autre part à morceler la marche en ville. Ainsi, l’habitant ou le touriste goûte pleinement aux adorables tableaux qu’offre la nature environnante comme la citadelle, le port ou la mer.

Quand l’ancien et le nouveau se complètent

La manière dont les architectes ont analysé l’ensemble reprend les codes de la ville méditerranéenne ancienne et tout en les adaptant aux nécessités d’aujourd’hui ils créent un projet en adéquation avec l’existant. En conséquence, un véritable quartier qui suit la déclivité naturelle et valorise la ville a été proposé. Une conception qui met l’utilisateur au centre même de l’espace public tout en assurant une meilleure qualité de vie à tous.

Concernant la Place du Marché ainsi que celle du Guadellu (entourée par des logements), les architectes ont proposé un traitement de surface ainsi qu’un mobilier adéquat en prolongation avec le reste sans heurter l’existant. Tout a été pensé pour continuer l’histoire de la ville et l’améliorer.

Organiser l’espace public et garantir l’appropriation de cette dernière de la part de ses utilisateurs n’est pas une mince affaire, les deux agences d’architecture ont non seulement réussi leur conception mais ils l’ont appuyé par plusieurs dispositifs concernant les risques naturels. De même, pallier aux risques d’inondation ainsi que celles de feux était l’un des soucis des architectes pour une ville à la fois durable et respectueuse de son environnement. Une multitude de petits détails qui font un projet entier et qui accompagnera remarquablement le renouvellement urbain de Calvi.

Vue basse Piazza
CA’ Architectes et Line UP Architecture
Vue gare Parvis
CA’ Architectes et Line UP Architecture
Vue haute Pergola
CA’ Architectes et Line UP Architecture

Les sites de CA’ Architectes et de Line UP Architecture : ici et là.

Les images : © CA’ Architectes et Line UP Architecture

Beyrouth, un urbanisme de tours qui n’a rien d’historique

02Bey@SipaneHoh

Dans une tribune publiée le 7 juillet 2012 dans les colonnes du quotidien libanais As-Safir, l’architecte Mazen Haydar pointe la décrépitude des constructions historiques de Beyrouth et la prévalence simultanée d’une architecture standardisée, sans âme et commercialement rentable. Dans une ville qui ne cesse de se reconstruire, est-ce vraiment dommageable?

Beyrouth

Contexte
Après une guerre civile de près de vingt-cinq ans, à l’heure d’une paix fragile, faut-il s’étonner qu’un plan local d’urbanisme donne libre cours à la hauteur dans certains quartiers du centre de la ville ?
C’est le cas à Beyrouth, où les promoteurs remplacent sans cesse l’architecture prestigieuse d’époque par une autre beaucoup plus haute et, de fait, financièrement alléchante. Dernièrement, des tragédies provoquées par l’effondrement de fondations mal entretenues ayant causé la perte de vies humaines sont devenues prétexte à se défaire de quelques anciennes demeures classées.
Toujours est-il qu’aujourd’hui, l’architecture de Beyrouth se trouve tiraillée entre deux tendances : la préservation d’un patrimoine en péril et l’édification d’une modernité proclamée.
SH

03Bey@SipaneHoh

LE PATRIMOINE ARCHITECTURAL DE BEYROUTH ET L’ABOLITION DE LA MEMOIRE
Mazen Haydar | As-Safir

BEYROUTH – A chaque fois que nous évoquons le patrimoine architectural au Liban et la sauvegarde de ce qu’il en reste, nous acquérons, vis-à-vis des autorités, le statut de quémandeurs. Pour plaider notre cause, il convient de rappeler que l’une des tâches les plus simples des institutions serait de protéger le patrimoine de toute démolition, de le faire connaître de tous les citoyens et, pourquoi pas, de le mettre en valeur et l’inclure dans les programmes scolaires.

Après les années de guerre intense, quelques intéressés spécialistes d’architecture ont poussé à la destruction de notre patrimoine, alors même que la guerre civile a épargné une partie conséquente des immeubles appartenant à l’époque ottomane ainsi que de nombreux édifices érigés pendant le mandat français. De même pour les quelques témoignages de l’époque moderne.

Une fois la guerre terminée, une autre guerre, celle de la rentabilité, a pris place. Depuis, durant notamment les premières années de paix, nous avons perdu une quantité importante de notre héritage architectural. Non que ce dernier ne fut perçu comme un nouveau secteur d’investissement pouvant ramener les touristes vers notre pays mais parce que le rapport financier d’une reconstitution ou d’une réhabilitation est peu satisfaisant.

La destruction délibérée est une scène courante à Beyrouth. Détruire l’ancien et faire du neuf est ancré dans les esprits. Combien sont les habitants de la ville qui se souviennent des anciennes rues et de leur architecture ? Combien parmi ceux-là attachent ce souvenir avec les monuments connus d’autrefois ? Combien sont-ils d’imaginer que la destruction n’est pas une fin en soi et qu’il existe d’autres alternatives comme la réhabilitation de leurs demeures ?

Plusieurs anciens palais ont été détruits non seulement à cause de la guerre mais intentionnellement, pour des raisons purement financières. Ainsi du palais d’Achoura, démoli en 2011. La liste est longue. Si certaines résidences n’ont pas subi une destruction complète, les constructions avoisinantes ont entrainé l’endommagement d’une grande partie de leurs fondations.

De plus, dans nombre de bâtiments historiques, le vandalisme est marqué. Nombreux sont les destructeurs qui sont rentrés illégalement pour arracher quelques fenêtres par-ci, détruire d’autres moulures par-là, ce qui a rendu les édifices encore plus vulnérables. Plus ces immeubles sont en ruines plus leur destruction semble justifiée. Avenir promis aux bâtiments classés de la dernière liste de 1998 ? Des propriétaires étaient pourtant prêts à tout pour «libérer» leurs biens de toute destruction possible et imaginable.

Au Liban, aucune loi ne limite à Beyrouth la hauteur maximale de la ville.

04Bey@SipaneHoh

Punition

Ainsi, la classification et la préservation de l’architecture traditionnelle au Liban tombe sur le propriétaire du bien comme une punition. Pour certains d’entre eux, le préjudice est double puisqu’ils ne peuvent pas matériellement donner une nouvelle vie à ces bâtiments. D’où la mise en vente de la plupart de ces trésors historiques pour des raisons financières.

La plupart des acheteurs sont des investisseurs qui préfèrent démolir ces biens en mauvais état pour tirer davantage d’une construction neuve. En conséquence, Beyrouth perd des joyaux, gardés parfois de génération en génération, dont les héritiers finissent par céder à l’appât du gain. Construire des tours est devenu beaucoup plus rentable que de garder une ancienne maison, aussi prestigieuse soit-elle.

N’oublions pas que la valeur patrimoniale d’un édifice n’est pas seulement dans ses caractéristiques architecturales et historiques mais aussi dans le dialogue avec l’environnement urbain qui l’entoure. Si on ampute ce dernier de ses quelques éléments fondateurs, les autres édifices alentours deviendront fades et perdront de leur valeur, aussi séduisants soient-ils.

C’est ce qui est arrivé à l’une des rues de Beyrouth où, au nom de la nouvelle architecture, on a détruit des immeubles datant des années cinquante qui complétaient agréablement le tissu historique du quartier. Résultat : on se retrouve avec un bâtiment classé par-ci, un autre par-là sans une vraie harmonie ni lien entre eux.

Ce que nous proposons ici n’est pas la limitation de cette vague de ventes massives, surtout dans les quartiers de Zarif et de Kantari ou bien de Mar Maroun ou d’Achrafieh, mais de mettre ces bâtiments sous contrôle permanent, ne serait-ce que ceux dont les habitants ont déjà signalé du vandalisme près de l’association ‘Sauvez Beyrouth’.

05Bey@SipaneHoh

La démolition accélérée

Après la catastrophe de ‘Fassouh’, où un ancien immeuble a causé la mort de plusieurs citoyens, la question de la sécurité autour des monuments historiques a été largement débattue à Beyrouth.

On craignait une décision imminente pour une démolition accélérée de quelques anciennes bâtisses de grande valeur patrimoniale, chose qui malheureusement n’a pas tardé à venir : trois bâtiments historiques qui se trouvaient dans le quartier de Hamra ont subi un sort dramatique, une destruction complète pour des raisons de sécurité. Dans certains cas, une restauration pourrait suppléer à l’amputation.

01Bey@SipaneHoh

L’actuelle tentative d’abattre les derniers éléments qui nous restent du tissu architectonique de certains quartiers de Beyrouth n’est que négation de son histoire. Il faut sauver le restant du patrimoine architectural avant qu’il ne soit trop tard.

En effet, demeurent aujourd’hui quelques quartiers au tissu urbain mis en danger par un «rêve de tours», lequel menace l’équilibre esthétique de la ville.

Mazen Haydar | As-Safir | Liban
07-07-2012
Adapté par : Sipane Hoh

Les photos : © Sipane Hoh

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 21 novembre 2012.

« Brasilia », l’exposition à ne pas manquer

13-Brasilia

C’est à Paris au sein de l’une des réalisations françaises les plus connues d’Oscar Niemeyer, que l’on peut contempler une de ses réalisations mondiales les plus notoires : « Brasilia ». C’est l’histoire d’une ville racontée par une multitude d’images inédites, quelques croquis légendaires et une poignée de témoignages mémorables.

Pas un architecte, étudiant ou simplement curieux d’architecture qui ne serait insensible à l’exposition : « Brasilia, un demi-siècle de la capitale du Brésil ».

On se trouve à Paris, place du colonel Fabien, non loin du siège du parti communiste français. De loin, le fameux dôme blanc nous montre le chemin de l’exposition. Quelques minutes plus tard, nous voilà, dans le ventre de l’eouvre d’Oscar Niemeyer. C’est ici que l’exposition itinérante, après un succès planétaire, s’est posée. D’Amérique du sud jusqu’en Asie, les photos d’époque accompagnées d’extraits et réflexions continuent leur tour du monde dans un hommage posthume à ceux qui ont créé pièce par pièce la ville de Brasilia.

Parcequ’Oscar Niemeyer n’était pas seul dans cette aventure, l’exposition n’a pas oublié l’urbaniste Lucio Costa et le paysagiste Roberto Burle Marx. Un travail titanesque et un véritable chef d’œuvre d’architecture moderne qui a été déclaré en 1987 Patrimoine mondiale de l’humanité par l’Unesco.

Un éventail d’images nous raconte tout d’abord le chantier de la ville nouvelle. Des photographies en noir et blancs retracent petit à petit l’accomplissement des monuments les plus emblématiques de la cité. Signées Mario Fontenelle, Marcel Gautherot, et Jean Mazon, les photos pointent vers les ouvriers anonymes s’activant il y a un demi siècle dans l’un des chantiers les plus spectaculaires qu’à connu le Brésil.

En mettant en avant les courbes du corps humain, quelques peintures colorées de l’artiste Jacques Benoît font le parallèle avec les inspirations d’Oscar Niemeyer.

Une fois à l’intérieur, il faut profiter pour contempler l’œuvre parisienne échelle 1/1 de l’architecte, l’endroit même où se déroule l’exposition.

« Brasilia, un demi-siècle de la capitale du Brésil », c’est avant tout, une épopée à ne pas manquer…

La photo : © Sipane Hoh

D’autres photos se trouvent : ici.

Un article signé Milena Chessa sur la même exposition : sur le site du Moniteur.

Aller à Dubaï et voir Bastak

02(@Pocoapoco)

D’aucuns l’oublient souvent mais il y eut une vie à Dubaï avant les gratte-ciel. Le 29 août 2012, Chaker Nouri, journaliste, tenait d’ailleurs à le rappeler dans les colonnes du quotidien dubaïote Asharq Al-Awsat. En témoigne, selon lui, le quartier de Bastakya, édifié au XIXe siècle par des marchands émigrés iraniens. Découverte.

Emirats arabes unisDubaï | Patrimoine

Contexte
Dubaï, la ville à l’architecture extravagante a, depuis vingt ans, réuni à elle seule des centaines de griffes d’architectes.
Seulement voilà, cette ville créée ex nihilo possède, à l’ombre de ses tours, un quartier historique rarement évoqué par ailleurs. Quittons les grands axes bordés de brillantes tours, dirigeons-nous vers Bur Dubaï (la crique) et remontons ce bras de mer vers le quartier de Deira, connu par ses anciens souks.
Là, au fil des rues, une découverte. Un tissu urbain traditionnel avec d’étroites ruelles, des tours à vent et des maisons donnant sur des cours intérieures. Une vraie richesse ! Un quartier qui raconte aussi l’histoire d’immigrés iraniens qui ont élu domicile à Dubaï au début du XIXe siècle en y construisant un quartier à l’image de leur ville de provenance, Bastak.
Les autorités locales ont longtemps négligé ce patrimoine, ne s’intéressant qu’aux édifices ultramodernes. De nombreuses maisons ont été détruites, d’autres sont tombées en ruine. Pourtant, durant ces dix dernières années, la municipalité de Dubaï a mené de grands travaux de restauration, le but étant la préservation de l’unique localité historique de la ville.
Des musées d’art (traditionnel et moderne) ont été installés dans des constructions d’époque et l’ensemble est devenu une nouvelle attraction touristique ayant le patrimoine pour thème.
Quelle image garder de Dubaï ?
SH

01(@Jensimon)

AL BASTAKYA, LE QUARTIER HISTORIQUE DE DUBAI QUI RESISTE AUX GRATTE-CIEL
Chaker Nouri | Asharq Al-Awsat

DUBAI – La ville, destination légendaire mondiale, est aujourd’hui connue pour son marché foisonnant d’antiquités et d’artisanat.

Le quartier de Bastakya est le plus ancien, voire le plus prestigieux de Dubaï tant les habitants ont tenu à en conserver l’histoire face à l’invasion des gratte-ciel. Il est à noter cependant qu’une grande partie des propriétaires a choisi de déménager pour vivre dans les quartiers modernes de la banlieue.

L’origine du nom de ce quartier revient à la ville iranienne de Bastak d’où, au début du XIXe siècle, partirent à destination de Dubaï les premiers commerçants immigrés. Ces derniers se sont installés dans cette localité en y introduisant une grande partie de tout ce qui aujourd’hui fait l’authenticité du lieu.

Depuis, Bastakya est devenu un endroit qui accueille des festivals culturels et autres événements patrimoniaux. On y organise des ateliers pédagogiques pour des élèves comme on y affiche des produits artisanaux qui font rayonner la culture locale dans le monde extérieur. Un lieu d’expositions y a même trouvé place ainsi que quelques restaurants et cafés qui font de cette localité un lieu de vie à part entière.

04(@Pocoapoco)

Au milieu des années quatre-vingt-dix, la municipalité de Dubaï a acheté la plupart des habitations du quartier pour mieux les préserver, initiative qui a fini par susciter la curiosité du comité du patrimoine de l’Unesco.

En 1950, cette cité constituait le «Dubaï d’autrefois» alors qu’aujourd’hui, 62 ans plus tard, elle représente moins d’un pour cent de la ville.

Les maisons de Bastakya sont composées d’un mélange de pierre rouge, de plâtre et de sable et sont couvertes d’une décoration complexe de bois et de pierre. Le style architectural de ce quartier est unique.

Avec ses ruelles exigües, ses constructions superposées et ses tours à vent, ce morceau de ville, bien que minime, dessine une importante époque de l’histoire de l’architecture ainsi que le développement urbain et civil de Dubaï.

La Bastakya est située à l’est de l’émirat de Dubaï, dans le quartier de Bur Dubai qui s’étend deux cents mètres vers le sud le long des trois cents mètres du fleuve. Sa création remonte à 1890 et sa surface est aujourd’hui de 38.000m². Les travaux de restauration ont commencé dans ce quartier en 1996, selon un calendrier bien étudié pour une requalification de toute la région en gardant ses caractéristiques architecturales et urbaines.

Il a été convenu que cette localité devienne un témoin de la tradition en misant sur le tourisme via l’implantation de musées, de salles d’expositions, d’hôtels et de plusieurs marchés traditionnels. Concernant la restauration et pour garder les principales caractéristiques architecturales, des matériaux ancestraux ont été utilisés. Ainsi, les matières premières disponibles aux environs ont permis de reproduire tout le savoir-faire de l’ancien.

La reconstruction de ce quartier historique a réintroduit de la vie dans ces bâtiments puisque l’on y trouve aujourd’hui des bureaux gouvernementaux et semi-gouvernementaux ainsi que des bureaux offrant moult services aux touristes étrangers et aux résidents des Emirats Arabes Unis.

05(@Pocoapoco)

Les constructions sont inspirées des styles architecturaux de l’Iran, de l’Inde et de l’Asie du sud-est, le tout influencé par l’appartenance et les moeurs de l’architecture islamique. Citons également les éléments esthétiques de l’art abstrait qui constituent une étape importante du développement de l’architecture de Dubaï. Comment oublier les empreintes laissées par plusieurs grands architectes de l’époque pour qui l’étroitesse des rues et la densité des maisons implantées constituaient une réponse naturelle aux quelques problèmes environnementaux ?

Certains bâtiments emblématiques ont été renommés ; citons par exemple l’immeuble construit par Mir Abdullah Amiri en 1930 dans lequel sont actuellement exposées des oeuvres d’art et des peintures traditionnelles ; citons également, parmi d’autres, l’immeuble à l’architecture remarquable construit en 1925 par Abdul Rahman Mohammed Farouk et qui, aujourd’hui, est devenu un centre de séminaires et de conférences de presse.

L’ancien hôtel de deux étages construit en 1960, sa cour intérieure et sa tour à vent apportent également un témoignage sur l’architecture typique d’autrefois. Parmi les autres architectes, le nom de famille Bastaky revient souvent, nous rappelant sans cesse les origines de ce quartier.

Ainsi, la Bastakya et ses constructions ancestrales représentent aujourd’hui l’une des rares exceptions architecturales de tout le pays.

Chaker Nouri | Asharq Al-Awsat | Dubaï
29-08-2012
Adapté par : Sipane Hoh

photo 1: © pocoapoco

photo 2: © jensimon

photo 3: © pocoapoco

photo 4: © pocoapoco

N.B. Cet article est paru en première publication sur le courrier de l’architecte le 10 octobre 2012.

Vers une (r)évolution appelée vi(ll)e en container

Container City 2

‘Ecologiques, économiques, recyclables et modulables’, selon leurs concepteurs, ces récipients à bas coûts (par essence), facilement transportables et assemblables, résistants aux intempéries, font leur chemin dans la conception même de nos villes. Un nouveau type d’habitat efficient et avantageux ou un effet de mode séducteur et branché ?

Monde

Tout a commencé un jour à l’initiative d’Eric Raynolds, qui se trouve être à la tête de l’entreprise anglaise Urban Space Management (USM), connue depuis 1971 pour ses interventions sur les quartiers en mutation. USM investit, conseille et gère, travaillant soit avec l’Etat soit avec de nombreuses entreprises spécialisées dans le bâtiment. L’agence est notamment connue pour l’aménagement et le développement du Camden Lock Market, l’un des sites touristiques les plus connus et visités de Londres.

C’est en 2000 qu’USM, spécialisée dans les équipements collectifs, gagne dans le quartier des docks à Londres le concours d’aménagement d’un centre dédié aux artistes. Le concept ‘Container City 1’ est né.

L’idée était le recyclage et la récupération de containers maritimes et leur réutilisation sous forme d’unités d’habitation. Les aspects techniques déterminés, de l’isolation aux fenêtres en passant par la structure d’accueil et les réseaux, n’étaient pas insurmontables. Eric Raynolds a imaginé, puis construit, un quartier entier fabriqué de containers empilés selon plusieurs modes d’agencements.

Un succès inattendu ! Ce projet novateur a attiré l’attention et devint bientôt, tel le quartier BedZed*, l’un des exemples écologiques du pays. A tel point qu’une année plus tard, l’extension ‘Container City 2’ voyait le jour. Présentée comme une évolution de la première phase, ‘Container City 2’ disposait d’équipements supplémentaires permettant une meilleure accessibilité. Avec ses couleurs brillantes et son côté inédit, elle a fait l’unanimité. Un triomphe pour la société commerciale et un énorme privilège pour la ville.

Ce qui au départ était destiné à être des ateliers pour des artistes londoniens, avec la hausse des prix du loyer et la crise, rendant l’accessibilité encore plus difficile aux logements de coût modéré, est devenu un immeuble d’habitation adulé et un lieu branché de la capitale anglaise. Il y fait si bon vivre qu’une longue liste d’attente attend ceux qui souhaitent un jour y travailler, voire y vivre.

L’intérêt pour ce concept a bientôt dépassé les frontières. Depuis leur utilisation dans quelques projets dans les années 60, les containers revenaient sur le devant de la scène architecturale. Aujourd’hui, les containers participent à la pensée même du futur de l’habitat dans la ville. A l’exemple de nouveaux investisseurs.

Ailleurs en Europe 

Container City 1

En Hollande, la société néerlandaise Tempohousing a entreprit la construction d’un mini-village en containers dans le quartier de Bijlmermeer, au sud d’Amsterdam, afin de répondre aux nombreux problèmes de logements rencontrés par les étudiants.

Des immeubles de cinq étages abritent désormais 1.500 étudiants. Sur place, un supermarché, un café, un local à vélo le tout, bien sûr, issus du même métal, assurent le bonheur des habitants.

En 2004, la société hollandaise Holland Composites Industrials a pour sa part créé des logements, nommés ‘Spaceboxes’, à partir d’unités en matériaux composites selon un principe semblable à celui des containers. La ville de Delft en a installé 132 pour les étudiants étrangers, imitée peu après par l’université d’Utrecht qui en a monté 234. Malgré ses qualités économiques, sa facilité de transport et un temps de montage record, ce concept n’a pas eu l’écho planétaire de ‘Container-City’.

Dans le monde

Aux Etats-Unis, l’agence d’architecture LOT-EK, connue depuis sa création pour ses projets basés sur la récupération, a trouvé avec les containers un marché florissant et recherché. En écho à la crise, elle propose aujourd’hui des logements individuels qui répondent aux normes de confort trouvé dans n’importe quelle maison traditionnelle. L’agence a commercialisé le ‘Mobile Dwelling Unit (MDU), lointain cousin du ‘Silver Bullet’, qui permet d’avoir une maison facilement transférable et ceci n’importe où dans le monde.

A l’image économique et écologique s’ajoute ainsi celle de la mobilité de la ‘maison’, un atout peut-être non négligeable aujourd’hui.

Au Nigeria encore, un maître d’ouvrage a eu l’idée d’ajouter plusieurs étages en containers sur un socle d’un étage en béton ; un maillage mixte et pari réussi pour cet hôtel trois étoiles.

Logements étudiants Le Havre.

En France

En France, où demeure l’aspect patrimonial de la pierre, le développement de la maison Container est timide. Cela écrit, l’effet ‘Container City’ a réussi à percer sur le marché des logements étudiants. Bien qu’initialement conçu comme une réplique à des contraintes économiques d’urgence et malgré les polémiques afférentes, le programme de la ville du Havre, conçu par l’architecte Alberto Cattani, semble avoir séduit les étudiants, premiers bénéficiaires de ces programmes neufs. Le coût raisonnable et la taille – mieux les m² d’un container que ceux d’une chambre de bonne – ainsi sans doute que le confort et la fonctionnalité, n’y sont pas étrangers.

A tel point que d’autres villes en région parisienne pensent sérieusement à saisir l’occasion de construire ce type d’habitat. A Dunkerque, l’architecte Jérôme Soissons a même érigé une chapelle en containers. Idée incroyable soutenue par quelques fidèles sauf qu’elle a coûté 60.000 euros, une somme qui commence à s’éloigner de l’idée économique de l’utilisation des containers. Même si une chapelle à 60.000 euros…

L’abri temporaire d’artistes du début est devenu un concept architectural captivant. Aujourd’hui, ‘Container City’ offre une nouvelle image radieuse de l’habitat collectif. Récipients multicolores, solides et transportables ont fait leur preuve. Au moins ont-ils changé – Pour le meilleur ? Pour le Pire ? – le regard des gens.

Sipane Hoh

Les photos 1 et 2 :© cmglee

La photo 3 © Christophe Durand

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 30 mars 2011.

Quand la sculpture entretient l’architecture

Sculpture Architecture

Architecture emblématique, bâtiment-phare, Signal iconique, formes novatrices… Des projets se multiplient et créent d’incontournables (?) spectacles urbains. La conception d’un tel ‘événement’ est-elle passage obligé pour la revitalisation de quartiers urbains en déshérence ? Est-ce une idée neuve pour une ville plus prospère ? Chronique de Sipane Hoh.

Europe | Aménagement du territoire

A la recherche d’un emblème urbain

Depuis toujours, la structure de la ville a été définie par un plan d’urbanisme générateur bouleversé par l’extension parfois imprévisible des villes. Le bâti architectural s’est constamment adapté au tissu urbain existant que ce soit en s’affirmant et se démarquant du reste comme une entité visible ou bien en s’effaçant dans ce paysage urbain dense.

Au fil du temps, chaque civilisation a laissé sa propre marque architecturale sur la ville. Aujourd’hui cette dernière est devenue une accumulation et un assemblage de morceaux qui cohabitent dans un périmètre défini.

L’effet Bilbao

Bilbao, une ville de 350.000 habitants du pays basque espagnol, possède une histoire symptomatique. Au début du XXème siècle, elle était peu ou prou la ville la plus riche d’Espagne. Après la guerre civile puis la crise industrielle de 1980, polluée et décriée, elle est devenue une cité où les friches industrielles et portuaires n’ont cessé de s’étendre, jusqu’à atteindre une ampleur démesurée. Un renouveau urbain s’imposait comme une nécessité tandis qu’il fallait d’évidence redonner une image acceptable à cette ville qui portait encore les cicatrices de la vie métallurgique d’autrefois.

A partir de 1989, les grands travaux ont envahi Bilbao. Parvenir à, de nouveau, offrir, l’image d’une ville dynamique était la priorité de ses autorités, lesquelles ont mené à cet effet une politique ambitieuse et acharnée, que ce soit dans le domaine de l’urbanisme ou celui des équipements publics. C’est alors que la ville et le gouvernement nationaliste basque ont imaginé l’édification d’un projet-phare devenu, depuis sa livraison en 1997, son emblème.

Sculpture Architecture

Le choix du ‘starchitecte’ Franck Gehry n’était pas anodin. Son architecture extravagante et particulière a séduit les décideurs. Avec son aspect futuriste, ses lignes courbes, ses feuilles de titane, le musée Guggenheim de Bilbao attire désormais les artistes et les visiteurs du monde entier. L’objectif des édiles est donc désormais largement atteint puisqu’ils estiment à environ 45.000 les emplois, directs et indirects, induits par ce bâtiment. De fait, le nom de Gehry est désormais associé à jamais à Bilbao tandis que l’investissement culturel initial s’est révélé être un placement extrêmement bénéfique, l’impact de l’oeuvre ayant très vite dépassé les frontières du pays.

Un immense projet de rénovation urbaine, qui a coûté quelques 700 millions d’euros, a accompagné cette construction clé. En quelques années, l’ancienne cité des chantiers navals est devenue une destination touristique de premier plan. En 2004, Bilbao s’est vu décerner le prix du meilleur projet urbain du monde (c’était lors de la biennale de Venise) ainsi que le Prix Européen de Planification Urbaine et Régionale. Aujourd’hui, Bilbao attire plus de 900.000 visiteurs par an, la cité noire – telle était son surnom – ayant laissé place à une cité nouvelle où dynamisme et culture vont de pair. D’ailleurs, aucun des projets d’envergure qui ont suivi (qui peut en citer un ?) n’a ni altéré ni modifié l’image de la ville. Le signal Guggenheim semble avoir balayé et pourtant réuni, le nouveau comme l’ancien.

L’effet Bilbao est-il un modèle pour la régénération des villes ?

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C’est au moins une tendance. Quelques villes européennes de taille moyenne ont su s’approprier l’exemple basque pour offrir un nouvel élan à leur urbanisme. Citons Graz, en Autriche, devenue en 2003 capitale européenne de la culture et qui sut profiter de l’occasion pour construire le Kunsthaus, un musée d’art contemporain également, qui tranche de manière radicale avec l’architecture historique environnante et devenu l’icône de cette ville de 250.000 habitants. Citons également la Casa da musica de Porto, au Portugal, une philharmonie signée Koolhaas.

Pour quelques réussites et encore bien loin de celle de Bilbao, combien d’échecs, de bâtiments passés inaperçus et aujourd’hui vides de touristes affairés ?

Et en France ?

L’effet Bilbao se fait sentir, sans surprise, également en France. Le centre Pompidou de Metz en est sans doute l’exemple le plus probant. Encore une fois, bien que l’ouvrage de Shigeru Ban soit sujet à critiques, il s’agit d’une oeuvre emblématique – un musée, quel hasard – et un ‘starchitecte’. Lyon, la deuxième ville de France, n’a pas échappé à l’effet de mode avec son plan de revitalisation intitulé Lyon-Confluence. Un grand musée – on s’en doutait -, un objet architectural signé par un architecte connu – Coop himmelb(l)au – et un budget conséquent (225 millions d’euros).

Il n’est pas certain cependant que Lyon ou Metz soient pour autant devenues des étapes incontournables sur les itinéraires pressés des touristes du Kentucky, de la Nouvelle-Galles du sud ou de l’Hokkaido.

Une nouvelle manière de promouvoir la ville ?

Tout ceci nous ramène cependant vers une architecture iconique et sculpturale, médiatique et événementielle, maintes fois énoncée. Autant de faits et gestes qui participent tant de l’évaluation de la ville que de son évolution et qui rendent d’actualité ces mots d’André Bloc :
«Si nous acceptons quelques centaines d’architectes de réputation internationale, nous sommes dans l’obligation de constater que, dans le monde entier, les oeuvres des urbanistes et des architectes atteignent une banalité d’expression désespérante. Il est urgent de modifier le système. Les moyens sont à notre portée et nous disposons non seulement d’immenses ressources techniques, mais aussi d’artistes qualifiés. La plupart des artistes contemporains se livrent à des travaux de recherche sans destination. Il est important qu’ils participent, avec les autres artistes, à l’élaboration du milieu urbain et à la création de nouveaux sites ou de jardins. (…) Pour le moment et sauf modification fondamentale de la formation des architectes, le travail sur maquette, l’organisation de la recherche et l’appel aux plasticiens et en particulier aux sculpteurs, sont les moyens propres à améliorer le niveau de l’expression architecturale».

La sculpture au secours de l’architecture ?

Parfois sans doute. Parfois.

Sipane Hoh

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 2 février 2011.

Les photos 1 et 2: ©thbz

La photo 3: © Sipane Hoh

 

Entre Ville-nouvelle et Nouvelle ville, le cœur d’Hérouville oscille

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Ville nouvelle et laboratoire d’architecture contemporaine, inscrite dans le développement centralisé de l’agglomération de Caen, Hérouville-Saint-Clair est l’exemple parfait d’une identité originale allant au-delà d’un nom de quartier. La ville, quarante ans plus tard, n’a toujours ni assouvi toute son ambition ni achevé son extension. Singularité pérenne ?

Hérouville-Saint-Clair | Aménagement du territoire

Au début des années soixante était un bourg du Calvados, village germé sur des ruines romaines, quelques habitations d’époque autour d’une ancienne église. Particularité remarquable cependant, sa faible distance de Caen, une ville marquée par l’explosion de son taux de croissance dans les années 1950-1960, après guerre.

Aux Etats-Unis, des villes nouvelles ont vu le jour dès les années 30. Plus tard, d’autres cités de par le monde, conséquence notable de la Charte d’Athènes*, sont nées à leur suite. En France, ce n’est qu’à partir de 1965, avec De Gaulle, que la création et le développement de villes nouvelles comme des structures autonomes a été décidée.

Ce fut le cas d’Hérouville, devenue Hérouville-Saint-Clair.

C’est François Geindre, son maire pendant trente ans (de 1971 à 2001) ; un homme passionné d’architecture, qui a souhaité saisir l’opportunité de transformer sa cité en une ville dynamique, innovante et ambitieuse. Pour y parvenir, il fit appel aux grands patronymes de l’architecture contemporaine : Christian de Portzamparc, Jean Nouvel, en passant par Roland Castro et Massimiliano Fuksas, chaque architecte y possède un ouvrage, voire plusieurs, portant sa griffe. Hérouville-Saint-Clair est ainsi devenue un condensé d’architectures contemporaines et un exemple incontournable d’extension urbaine.

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Tout visiteur et touriste qui découvre la ville est impressionné par la quantité (pas forcément la qualité) des constructions modernes qui y figurent. ‘Les Belles Portes’, ‘Le Grand Parc’ ou ‘La Haute Folie’, autant de noms de quartiers qui interrogent les curieux dont les pas conduisent à la place centrale, ‘La Citadelle Douce’. Réplique moderne de la place moyenâgeuse, la mairie se positionne en première loge comme un château d’autrefois.

Une agora vide qui aujourd’hui n’attire de foule que celle qui la traverse. Les importantes institutions culturelles de la ville se sont installées là, du théâtre au cinéma jusqu’à la bibliothèque. Le coeur de la ville-nouvelle ne bas pas très fort pourtant.

Allons faire le tour de la ville, découvrons une église contemporaine aux couleurs acidulées, la cité universitaire signée Massimiliano Fuksas, les deux projets clés signés Jean Nouvel, où la couleur de l’un fait face à la façade en béton brut couverte de végétation de l’autre. Plus loin, quand la ville tend à fuir, se trouve l’arrêt de tram signé par les architectes de l’agence Tetrarc, une innovation où la technologie et l’architecture ne font qu’un. Pour finir, citons l’emblème même de la ville, le château d’eau aux couleurs et formes futuristes, signal d’une ville qui va au bout de ses aspirations.

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Certes, Hérouville ne se résume pas aux exploits architecturaux de ces trente années cumulées. Aujourd’hui – et ceci depuis presque dix ans -, la ville restructure, réhabilite, reconfigure et rénove dans le but d’un conservatisme apparent.

Par souci de densification cependant, les constructions neuves se multiplient, les squares s’organisent et les centres commerciaux s’agrandissent. En 2009, un projet audacieux promet d’ériger une tour Place d’Europe, une écriture architecturale sans précédent pour une ville de 22.000 habitants. La ville nouvelle de François Geindre, capable de telles aspirations ?

Hérouville, laboratoire d’architecture, amasse aujourd’hui les nouveaux projets, des logements HQE et autres BBC et autre label ‘Haute performance énergétique’. Peut-être une manière pour la ville de poursuivre cette lignée architecturale.

Apparemment, les nouveaux quartiers, presque tous «à acheter ou à investir», ressemblent à s’y méprendre à ce qui se fait ailleurs et semblent loin de l’esprit qui animait cette architecture caractéristique des débuts de la construction de la ville.

Ainsi, ‘la ville nouvelle’ cède peu à peu la place à une ambition plus actuelle et plus standard, celle de ‘la nouvelle ville’ à l’architecture convenue.

Hérouville l’ambitieuse, la ville qui n’a jamais terminé son extension, finira-t-elle un jour par se dissoudre dans l’uniformité circa 2011 ?

Qui sait ?

Sipane Hoh

* La Charte d’Athènes a constitué l’aboutissement du IVe Congrès international d’architecture moderne (CIAM), tenu à Athènes en 1933 sous l’égide de Le Corbusier. Le thème en était ‘la ville fonctionnelle’. Urbanistes et architectes y ont débattu d’une extension rationnelle des quartiers modernes.

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Les photos : © Sipane Hoh

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 22 juin 2011.

A Beyrouth, le rêve est inspiration d’architecture

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Beyrouth, ville antique aux mille facettes, historique et bombardée, reconstruite et réhabilitée, saura-t-elle trouver une identité entre patrimoine et nouveauté ? «Architecture is inhabited sculpture» affirme la citation de Constantin Brancusi, écrite en blanc sur noir, qui accueille les touristes sur la place des martyrs, le cœur de Beyrouth.

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La place des Martyrs, au début du XXème siècle, était connue pour ses joyaux architecturaux typiques érigés entre les colonnes romaines et les ruines ottomanes. Elle a depuis changé de visage.

Berlin avait son mur. Beyrouth a connu d’autres frontières qui, pendant plus de vingt ans, ont défiguré son image et changé son caractère*. Le mur virtuel qui traversait la ville d’est en ouest était plus présent dans les esprits qu’en réalité. Dans les années 90, cette place n’était plus que le vestige d’un champ de bataille désertique et délaissé. Quelques anciens immeubles du centre ville gardent aujourd’hui en mémoire les stigmates de ce douloureux épisode.

La guerre finie, il aurait fallu rétablir et réhabiliter. Trop de dégâts, d’immeubles endommagés ; la reconstruction fut longue et laborieuse.

Aujourd’hui, Beyrouth renaît de ses cendres ; les constructions battent leur plein, les chantiers sont de nouveaux occupants et les grues un décor habituel.

A l’image de ses habitants multi-ethniques et des différentes religions qui y cohabitent, l’architecture est diversifiée. Sur la place des Martyrs, la sculpture – qui date de 1916 – demeure l’un des repères d’un centre-ville pourtant totalement remanié.

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Plus loin, quelques hôtels aux noms français rappellent vaguement des sites totalement bouleversés. Citons notamment le fameux hôtel Saint-Georges, fierté de la belle époque, dont l’architecte s’était inspiré des travaux d’Auguste Perret. Encore plus loin, l’ossature figée de l’hôtel Holiday Inn, toujours en attente d’une décision de reconstruction ou de démolition qui tarde à arriver. De l’autre côté, la coque ovoïde en béton de l’une des salles de cinéma les plus connues, criblée de balles, est toujours debout et témoigne de cette tendance architecturale brutaliste des années 70. Quelques édifices religieux résistent au temps et en offrent une autre définition.

L’esplanade a bien changé ; des immeubles neufs aux couleurs pastel s’y sont implantés à hauteur semblable de ceux qu’ils ont remplacés. Une imposante mosquée aux allures de Sainte Sophie vient de s’y poser. Des enseignes internationales colorées soulignent des façades émaillées. Le mobilier urbain rappelle même quelques places parisiennes très fréquentées.

Beyrouth, cosmopolite ? Un oxymore.

Depuis dix ans, les projets de tours ont remplacé d’anciens immeubles détériorés. Des constructions de plus en plus luxueuses, pompeuses et hautes, viennent encore une fois changer la physionomie de cette capitale millénaire. Un nouveau front, pacifique autant qu’enflammé, est en train de se former : des associations de sauvegarde d’un patrimoine fondamental pour la mémoire de la ville se frottent désormais aux promoteurs qui remplacent ces immeubles anciens «difficiles à sauver».

Cela écrit, jour après jour, des ouvrages neufs sortent de terre, la ville se métamorphose et les signatures des starchitectes sont de plus en plus recherchées. Parmi ces différentes griffes, deux chantiers attirent l’attention des Français.

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Le premier, situé au sud-ouest de la place des martyrs, un emplacement idéal : ‘The Landmark’. Conçu par les Ateliers Jean Nouvel, au cœur d’une multitude de rues et de places aux patronymes français, héritage du mandat colonial, le projet est présenté comme un morceau de ville. Il comportera dans son programme chargé la tour la plus haute de Beyrouth tandis que la rue qui traversera l’ensemble gardera la continuité du tissu urbain environnant.

Le second projet, dont le chantier vient de commencer, est situé au nord-ouest de la même place et jouxte l’une des signatures anglaises les plus connues (Foster and Partners). Il s’agit d’une tour d’habitation conçue par LAN architecture, l’un des projets phares de la ville. Baptisé ‘486 Mina-el-Hosn’, l’ouvrage réfléchira tel un miroir les différentes facettes de la ville selon des points de vue savamment étudiés.

Dans cette ville complexe, la nécessité de la (re)construction est une revanche sur le passé, qu’il fut proche ou lointain. A tel point qu’une nouvelle écriture architecturale, habitée par la modernité, est en train de s’élaborer. Les murs rideaux, les moindres détails standardisés au goût international et mondialisé, au-delà du centre, envahiront-ils bientôt la ville entière ?

Rien n’est moins sûr. Dans les quartiers populaires, le langage du modernisme architectural reste encore timide même si les nombreuses ‘favelas’, s’il est permis de l’écrire ainsi, auront aussi leur part de contemporanéité. Tout simplement parce que la (re)construction de Beyrouth est un éternel chantier.

L’architecture de Beyrouth est le fruit des aspirations d’une ville constamment malmenée.

«Architecture is inhabited sculpture».

A Beyrouth plus qu’ailleurs.

Sipane Hoh

* De 1975 date le début de la première phase d’une guerre civile protéiforme qui durera quinze ans, coupant la ville en deux. NdR.

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Les photos : © Sipane Hoh

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 24 novembre 2010.