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Où trouver des emblèmes d’architecture contemporaine ? A Graz

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C’est un état d’esprit. Foin des expositions permanentes et temporaires, des journaux spécialisés, des forums et réseaux sociaux, des tables rondes et conférences, des itinéraires où il faut réserver à l’avance… A Graz, en Autriche, l’architecture contemporaine, depuis mille ans, en son centre fermé, est un art de vivre.

Autriche

Nul n’arrive par hasard dans la capitale de la Styrie, une ville enclavée entre les dernières aiguilles du massif alpin et les collines des montagnes sud-autrichiennes qui la préservent naturellement des extensions absurdes.

La vieille-ville et le Château Eggenberg ont été classés en 1999 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO et, en 2003, la ville est devenue capitale culturelle de renommée internationale. C’est souvent justement pour son architecture que d’aucuns se rendent à Graz.

Voyons.

Nombreuses sont les villes qui ne parviennent pas à se défaire de leur passé. Leur rôle de musée, des habitants aux touristes, plaît à tous. La cité impériale autrichienne n’a pas oublié son passé glorieux. Dans son centre historique fermé, considéré comme l’un des plus prestigieux d’Europe centrale, atemporelles architectures se côtoient sans doute ; moyenâgeuse, baroque et renaissance, certes, mais aussi celle de l’école de Graz, cette «Grazer Schule» née en 1960 et aujourd’hui universelle, elle aussi classée dès 1990.

Comme l’histoire ne s’arrête pas, c’est à Graz, forcément, que sont les prémisses de l’architecture contemporaine en ce début de 21e siècle. Bientôt classée ?

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De fait, au fil des ruelles, le visiteur va de découvertes en découvertes. Les édifices dialoguent ensemble, les époques se rencontrent, mélange inattendu et surprenant de bâtiments et de monuments. L’intégration consentie des constructions nouvelles évite justement à la ville de se transformer en musée.

Faisons donc le tour de quelques monuments contemporains.

La Kunsthaus

Il s’agissait, dans le programme, de faire rayonner l’art contemporain. Les architectes Peter Cook et Colin Fournier ont dépassé toutes les attentes. La texture du bâtiment offre «une interface numérique qui permet l’échange permanent avec son environnement». Toujours est-il qu’avec ses formes qui perpétuent la blob architecture*, l’ouvrage est devenu tant une vitrine artistique qu’une oeuvre architecturale.

A Graz, la promotion de l’art passe incontestablement par l’architecture contemporaine.

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La Murinsel

Conçue par Vito Acconci, cette île artificielle se trouve au coeur de la cité. Elle était destinée à relier enfin les deux rives de la rivière Mur qui traverse la ville dans le but de rapprocher deux entités complètement différentes : le centre historique touristique et Gries, le district défavorisé.

Les architectes, en sus d’une passerelle, ont su proposer un espace public et urbain qui compte un théâtre à ciel ouvert et un café. Aujourd’hui, le lieu est très fréquenté et les habitants de tous âges comme les touristes s’y rencontrent, ainsi même que ces habitants de différents quartiers qui s’ignoraient. C’est aussi désormais l’une des icônes incontournables de la cité

A Graz, la promotion de l’espace urbain et du vivre-ensemble passe également par l’architecture contemporaine.

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Le Mumuth (Haus für Musik und Musiktheater)

Cette enveloppe métallique qui laisse deviner un majestueux escalier en béton twistant à travers ses étages, c’est le Mumuth, une réalisation de l’agence néerlandaise UNStudio. Conçue pour promouvoir la musique, cette université respectée pour les performances acoustiques de ses salles, accueille les étudiants tout en ouvrant grand ses portes au public. Quiconque peut assister aux différentes représentations et visiter le lieu à sa guise. Nous sommes pourtant au coeur d’un quartier éminemment impérial. Un défi réussi qui souligne le non-conservatisme de la ville.

A Graz, même la promotion de la musique se fait via l’architecture contemporaine.

Les exemples abondent.

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Les autres emblèmes de Graz – notamment la tour de l’Horloge posée sur le faîte du Schlossberg (la colline qui domine la ville), la Luegghaus (maison Luegg) réputée pour sa façade décorée de stuc, la Gemalte Haus et sa façade peinte de scènes tirées de l’histoire romaine – sont autant de monuments d’une histoire glorieuse que ces idées contemporaines subliment encore mieux. Les habitants de Graz en sont fiers.

Dans cette ville, les guides et brochures aux grands titres Architecture contemporaine à Graz et Monuments contemporains de Graz, publiés en six langues, sont offerts partout au public, de bon coeur, de la gare à l’hôtel, du café au musée.

La cité millénaire, sans oublier son héritage, s’enthousiasme pour son avenir.

A Graz, la meilleure promotion de l’architecture contemporaine, c’est l’architecture contemporaine.

Sipane Hoh

*  La blob architecture désigne un courant architectural dans lequel les bâtiments ont une forme organique molle et bombée. Le terme «blob architecture» a été créé par l’architecte Greg Lynn en 1995 dans ses expérimentations avec le logiciel de dessins MetaBall, profitant de l’apport nouveau des technologies de la numérisation C.A.O.

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Les photos : © Sipane Hoh

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 21 septembre 2011.

Tour Eiffel des mers, du pétrole et des idées

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Immortelle, l’architecture ? A l’heure où de nombreuses villes choisissent de réhabiliter leurs friches sinon décident de densifier les quelques terrains vacants qui leur restent, d’autres imaginent de réutiliser d’improbables structures, des plates-formes pétrolières notamment. Appétence pour l’inusuel ou conviction ?

Monde |

Les plates-formes pétrolières sont une typologie propre au paysage maritime du XXe siècle. Construites en nombre, ces géants des mers n’ont plus raison d’être après plusieurs décennies d’exploitation. Leur démantèlement est non seulement coûteux mais il implique aussi de graves conséquences sur les milieux ambiants. Face à leur démontage obligatoire*, quelques architectes se sont penchés sur le bien-fondé d’une éventuelle réutilisation.

Des propositions fictives

Le concours d’architecture international Evolo témoigne de l’intérêt que suscitent ces imposantes structures. Les architectes malais Ku Yee Kee et Hor Sue-Wern ont, à ce sujet, présenté une vision, lauréate du premier prix du jury. Le projet propose de réhabiliter ces tours Eiffel des mers pour une utilisation profitable à l’homme.

Revitaliser ces plates-formes, les transformer en îlot d’habitations doté d’une capacité de résistance au changement climatique serait une solution non négligeable. Suivant ces études, la partie émergée devrait être consacrée à divers logements alors que la partie immergée serait dévolue à un centre d’études aquatiques abritant biologistes et scientifiques.

Une zone intermédiaire pourrait être consacrée à diverses activités. Les panneaux photovoltaïques positionnés sur le toit fourniraient l’énergie nécessaire. En somme, une île délaissée, rapidement colonisée pour une durée indéterminée.

Ailleurs, mais tout aussi fictif – et en réaction au nombre important de plateformes construites dans les années 70 dans le golfe du Mexique – l’agence américaine Morris Architects, basée à Houston, propose de spectaculaires transformations soit en gigantesque attraction touristique, soit en hôtel de luxe.

L’alimentation en énergie d’un tel projet serait rendue possible par une éolienne centrale et des panneaux photovoltaïques qui viendraient soutenir un système complètement autonome. La luxueuse résidence hôtelière utiliserait même les vagues via des générateurs. L’architecture, quant à elle, serait matérialisée par de nombreux containers empilés et acheminés jusqu’à la plate-forme.

Ces petites îles artificielles seraient capables d’amarrer des bateaux de croisière et d’accueillir des hommes d’affaires souhaitant donner un nouveau cadre à leurs réunions. Une proposition osée qui vise avant tout à changer le regard des hommes vis-à-vis de ces dinosaures métalliques qui incarnent à merveille l’industrie des énergies fossiles.

Concrete architectural associates

De la fiction à la réalité

En parallèle à ces utopies et à ces projets rêvés, qui trouveront peut-être un jour preneur, il existe aujourd’hui une solution réaliste contribuant à la requalification de tout un quartier.

Voilà la palpitante histoire d’une plate-forme à Amsterdam : construite en mer du Nord en 1964 dans les eaux internationales, cette imposante structure était destinée à accueillir une ‘radio pirate’. Pouvant émettre sans le contrôle des gouvernements voisins, elle est restée telle quelle jusqu’à l’adoption d’une nouvelle loi révisant les limites territoriales. Les Pays-Bas ont ainsi hérité de la plate-forme, devenue en 1975 l’île de REM. Utilisée à des fins scientifiques pour la compagnie nationale de l’eau, d’aucuns pouvaient y mesurer la température de la mer, la salinité de l’eau. D’autres fonctions sont venues s’ajouter les vingt années qui ont suivi.

Depuis, le promoteur Nick van Loon, en collaboration avec la société ‘De Principaal’, a acheté la structure et l’a faite parvenir jusqu’à Amsterdam. C’est dans les eaux de la rivière Ij – et à proximité immédiate d’un quartier en pleine expansion – que cette immense plate-forme a trouvé sa place.

Concrete architectural associates

Construite entièrement en acier, elle présente une très grande ressemblance avec les plates-formes pétrolières. Sa reconversion s’avère être un minutieux travail de démantèlement et de ré-assemblage, une opération qui a nécessité un formidable travail couplé à une abondante imagination.

L’ensemble comprend un restaurant de deux étages perché sur un niveau de bureaux. Au sommet, à 25 mètres de hauteur, une terrasse avec vue panoramique est ouverte au public. Une passerelle en acier a été rajoutée pour pouvoir rejoindre le bâtiment et des sorties de secours ont été aménagées dans la structure. Rouge et blanche, cette ile artificielle est devenue le symbole d’une réincarnation.

Alors que certains ne jurent qu’au nom de l’architecture éphémère, les Néerlandais apportent la preuve que, même caduque, une structure peut être pérenne.

Sipane Hoh

* Le démantèlement total des plates-formes pétrolières est une obligation internationale depuis la Convention de Genève de 1958 relative aux droits de la haute mer.

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Les photos: © Ewout Huibers for Concrete Architectural Associates

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 11 avril 2012.

A Beyrouth, le rêve est inspiration d’architecture

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Beyrouth, ville antique aux mille facettes, historique et bombardée, reconstruite et réhabilitée, saura-t-elle trouver une identité entre patrimoine et nouveauté ? «Architecture is inhabited sculpture» affirme la citation de Constantin Brancusi, écrite en blanc sur noir, qui accueille les touristes sur la place des martyrs, le cœur de Beyrouth.

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La place des Martyrs, au début du XXème siècle, était connue pour ses joyaux architecturaux typiques érigés entre les colonnes romaines et les ruines ottomanes. Elle a depuis changé de visage.

Berlin avait son mur. Beyrouth a connu d’autres frontières qui, pendant plus de vingt ans, ont défiguré son image et changé son caractère*. Le mur virtuel qui traversait la ville d’est en ouest était plus présent dans les esprits qu’en réalité. Dans les années 90, cette place n’était plus que le vestige d’un champ de bataille désertique et délaissé. Quelques anciens immeubles du centre ville gardent aujourd’hui en mémoire les stigmates de ce douloureux épisode.

La guerre finie, il aurait fallu rétablir et réhabiliter. Trop de dégâts, d’immeubles endommagés ; la reconstruction fut longue et laborieuse.

Aujourd’hui, Beyrouth renaît de ses cendres ; les constructions battent leur plein, les chantiers sont de nouveaux occupants et les grues un décor habituel.

A l’image de ses habitants multi-ethniques et des différentes religions qui y cohabitent, l’architecture est diversifiée. Sur la place des Martyrs, la sculpture – qui date de 1916 – demeure l’un des repères d’un centre-ville pourtant totalement remanié.

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Plus loin, quelques hôtels aux noms français rappellent vaguement des sites totalement bouleversés. Citons notamment le fameux hôtel Saint-Georges, fierté de la belle époque, dont l’architecte s’était inspiré des travaux d’Auguste Perret. Encore plus loin, l’ossature figée de l’hôtel Holiday Inn, toujours en attente d’une décision de reconstruction ou de démolition qui tarde à arriver. De l’autre côté, la coque ovoïde en béton de l’une des salles de cinéma les plus connues, criblée de balles, est toujours debout et témoigne de cette tendance architecturale brutaliste des années 70. Quelques édifices religieux résistent au temps et en offrent une autre définition.

L’esplanade a bien changé ; des immeubles neufs aux couleurs pastel s’y sont implantés à hauteur semblable de ceux qu’ils ont remplacés. Une imposante mosquée aux allures de Sainte Sophie vient de s’y poser. Des enseignes internationales colorées soulignent des façades émaillées. Le mobilier urbain rappelle même quelques places parisiennes très fréquentées.

Beyrouth, cosmopolite ? Un oxymore.

Depuis dix ans, les projets de tours ont remplacé d’anciens immeubles détériorés. Des constructions de plus en plus luxueuses, pompeuses et hautes, viennent encore une fois changer la physionomie de cette capitale millénaire. Un nouveau front, pacifique autant qu’enflammé, est en train de se former : des associations de sauvegarde d’un patrimoine fondamental pour la mémoire de la ville se frottent désormais aux promoteurs qui remplacent ces immeubles anciens «difficiles à sauver».

Cela écrit, jour après jour, des ouvrages neufs sortent de terre, la ville se métamorphose et les signatures des starchitectes sont de plus en plus recherchées. Parmi ces différentes griffes, deux chantiers attirent l’attention des Français.

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Le premier, situé au sud-ouest de la place des martyrs, un emplacement idéal : ‘The Landmark’. Conçu par les Ateliers Jean Nouvel, au cœur d’une multitude de rues et de places aux patronymes français, héritage du mandat colonial, le projet est présenté comme un morceau de ville. Il comportera dans son programme chargé la tour la plus haute de Beyrouth tandis que la rue qui traversera l’ensemble gardera la continuité du tissu urbain environnant.

Le second projet, dont le chantier vient de commencer, est situé au nord-ouest de la même place et jouxte l’une des signatures anglaises les plus connues (Foster and Partners). Il s’agit d’une tour d’habitation conçue par LAN architecture, l’un des projets phares de la ville. Baptisé ‘486 Mina-el-Hosn’, l’ouvrage réfléchira tel un miroir les différentes facettes de la ville selon des points de vue savamment étudiés.

Dans cette ville complexe, la nécessité de la (re)construction est une revanche sur le passé, qu’il fut proche ou lointain. A tel point qu’une nouvelle écriture architecturale, habitée par la modernité, est en train de s’élaborer. Les murs rideaux, les moindres détails standardisés au goût international et mondialisé, au-delà du centre, envahiront-ils bientôt la ville entière ?

Rien n’est moins sûr. Dans les quartiers populaires, le langage du modernisme architectural reste encore timide même si les nombreuses ‘favelas’, s’il est permis de l’écrire ainsi, auront aussi leur part de contemporanéité. Tout simplement parce que la (re)construction de Beyrouth est un éternel chantier.

L’architecture de Beyrouth est le fruit des aspirations d’une ville constamment malmenée.

«Architecture is inhabited sculpture».

A Beyrouth plus qu’ailleurs.

Sipane Hoh

* De 1975 date le début de la première phase d’une guerre civile protéiforme qui durera quinze ans, coupant la ville en deux. NdR.

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Les photos : © Sipane Hoh

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 24 novembre 2010.

Villes flottantes, villes émergentes ?

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Due au réchauffement climatique, l’augmentation du niveau des océans risque de chambouler, entre autres, les modes urbanistiques et architecturaux de nos villes. Comment l’architecture peut-elle faire face à ce fléau ? L’émergence des villes flottantes est-elle une réponse pertinente apte à faire évoluer l’urbanisme du XXIe siècle ?

Monde |

Les scientifiques sont presque tous d’accord, le risque climatique est sérieux ; selon les estimations les moins inquiétantes, d’ici 2050, le niveau des mers aura monté de 20 à 90cm et certaines grandes villes seront plus touchées que d’autres.

Depuis toujours, l’architecture fait face aux problématiques urbaines, qu’elles soient sociales, environnementales ou écologiques. Cette fois pourtant, il lui faudra trouver de nouvelles formes qui non seulement vont épargner à la population un exode climatique mais continueront à préserver l’équilibre fragile de plusieurs villes.

Des gouvernements se préoccupent de ce phénomène plus que d’autres, peut-être parce qu’ils sont sous une menace plus directe. Ainsi en est-il des Pays-Bas, un pays plat qui a déjà asséché une grande superficie aux alentours des grandes villes pour répondre aux besoins de sa population.

Le cas d’Amsterdam est un cas d’espèce. En 1965, Johannes Hendrik van den Broek et Jacob Bakema, deux architectes néerlandais, ont tenté de mettre en oeuvre leurs théories urbaines en proposant un plan d’aménagement pour l’extension de la ville. Le projet baptisé ‘Plan Pampus’ proposait d’assécher une partie des terres qui se trouvent autour de l’île de Pampus et d’y installer une ville nouvelle linéaire de 330.000 habitants assurant ainsi la continuité de la capitale vers l’est.

Trente ans plus tard, en 1997, l’idée oubliée depuis longtemps de ces deux architectes est relancée, cette fois-ci sous forme d’une ville aujourd’hui encore en construction. Ijburg – qui tire son nom du lac Ij – est composée de six îles artificielles élevées dans le lac et reliées entre elles. Certaines comportent des bâtiments hauts, d’autres non ; il y a des jardins et des promenades. Il s’agit en l’occurrence de la première phase d’une opération qui a vu sa deuxième phase refusée par le conseil d’Etat et ceci pour des questions environnementales.

En conséquence, l’extension de la ville en deuxième phase devra répondre à des principes jugés plus adéquats en terme de développement durable.

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A ce jour, la finalisation de la première phase est prévue en 2012, cette ville étant destinée alors à accueillir quelques 45.000 habitants tandis qu’elle devrait, d’ici 2020, compter quelques 18.000 logements dont certains seront flottants.

En effet, quand habituellement un acquéreur achète un terrain à Ijburg, le futur propriétaire prend possession d’une parcelle sur l’eau où il pourra ériger, c’est-à-dire en ce cas faire flotter, sa maison. Une nouvelle manière d’habiter dont les adeptes sont de plus en plus nombreux.

Mis à part les problèmes environnementaux envisagés pour les décennies à venir, ce mode de vie rencontre l’approbation d’une grande partie de la population et la curiosité ne se dément pas.

Prise de conscience ou effet de mode ? Difficile à dire, d’autant plus que les prix de ces logements flottants avoisinent peu ou prou ceux des logements situés dans les quartiers ‘en dur’ des alentours.

La différence ici est que la prouesse technique se mêle à l’originalité de la forme pour un résultat jugé écologique et durable. Ainsi, les maisons flottantes – un logement neuf et contemporain avec tout le confort actuel – rencontrent-elles un marché florissant.

Si ces villes flottantes conçues en périphérie, voire même en ville, sont l’un des aspects du nouvel urbanisme du XXIe siècle, il existe cependant d’autres projets, pour le moment expérimentaux qui, selon leurs concepteurs, pourraient constituer en cas de changement climatique une alternative à la ville traditionnelle.

La firme japonaise Shimizu Corporation a notamment développé un prototype unique au monde qui pourrait voir le jour à partir de 2025. Baptisée ‘Green Float’, cette ville – dont chaque module pourrait héberger jusqu’à 50.000 habitants – évoluerait sur l’océan de manière autonome. Les modules sont constitués d’un socle de deux kilomètres de diamètre et d’une tour appelée ‘City in the sky’.

Ce gratte-ciel, conçu à partir d’un métal léger dérivé du magnésium déjà présent dans les eaux salées, serait ceinturé en son socle de terres cultivables propres à garantir à ses habitants, grâce à l’agriculture, une autosuffisance totale. Même le recyclage de l’eau salée environnante a été envisagé. Cette tour pourrait atteindre jusqu’à 1.000 mètres au-dessus du niveau de la mer et l’île utiliserait tous les éléments naturels pour devenir autonome. La firme précise pouvoir bientôt mettre en oeuvre une technologie résistante aux vagues et autres catastrophes naturelles qui, à ce jour, constituent la seule entrave au développement de ce genre de projet.

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Ailleurs, en Europe, l’architecte Vincent Callebaut adresse également, parmi d’autres, la problématique des réfugiés climatiques* dans le cadre de son projet ‘Lilypad’, un nénuphar géant pouvant abriter 50.000 habitants. Cette île écologique serait non seulement autonome mais aussi mobile grâce à une technologie de pointe qui lui procurerait la capacité de suivre les courants marins.

Son ‘Ecopolis’, un prototype qui reprend la plastique de la fleur du nénuphar, est composé de trois montagnes qui entourent trois marinas autour desquelles s’articule la vie. Sa double coque est constituée de fibres de polyester recouvertes d’une couche de titane sous forme anatase* qui réagit aux rayons de soleil et capte la pollution atmosphérique. Cette ville flottante répond non seulement aux problèmes de l’immigration climatique mais serait, selon Vincent Callebaut, l’exemple même de la ville du futur qui produirait plus d’énergie qu’elle n’en consomme.

Alors que dans des pays d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Asie du sud-est des populations pratiquent les villes flottantes d’une manière ancestrale, une nouvelle forme de villes flottantes, auto-suffisantes et durables, mobiles et à énergie positive, peut-elle émerger et transformer notre perception de la ville ?

L’avenir nous le dira.

Sipane Hoh

*L’anatase est une espèce minérale formée d’oxyde de titane de formule TiO2 avec des traces de fer, d’antimoine, de vanadium et de niobium.

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Toutes les photos de l’album: © Luuk Kramer

Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 19 octobre 2011.

A l’horizon de New York, la High Line

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Condensé d’emblèmes du XXe siècle, New York n’hésite pas à puiser dans son passé pour promouvoir son avenir. En témoigne la High Line (Diller Scofidio+Renfro, Piet Oudolf, James Corner), dont le troisième tronçon sera livré en 2014. Retour sur une nouvelle manière de faire la ville, à laquelle ne sont étrangers ni le 11 septembre 2001 ni la coulée verte parisienne.

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Un parc public sur une ancienne voie ferrée désaffectée ? Impensable selon d’aucuns quand il fut question, dans les années 1990, de transformer la High Line en promenade publique.

Tout commence au début du XXe siècle. Les flux sont devenus difficiles entre le Meatpacking District (le quartier des abattoirs), les usines de Soho et la gare de triage. Afin de remédier aux engorgements et limiter le nombre d’accidents sur la 10th Avenue – de fait surnommée ‘Death Avenue’ – une ligne de chemin de fer surélevée voit le jour.

Compter cinq ans, de 1929 à 1934, pour le chantier de la High Line, qui dessert le sud-ouest de Manhattan, de Gansvoort Street à la 34e rue. Longeant la rivière Hudson et traversant des immeubles, elle dessert directement les entrepôts concernés.

Les années cinquante signent le déclin du rail, le trafic ferroviaire diminuant à mesure que s’accroît le transport routier. En 1980, un dernier train pour High Line.

Dans les années 1990, face à la décision, prise sans aucune concertation, du maire d’alors, Rudolph Giuliani, de démolir la voie ferrée, des protestations s’élèvent.

Malgré les différents soutiens en faveur de la préservation de la High Line, Rudolph Giuliani ne cède pas. Selon lui, la gigantesque structure n’est qu’une épave qui défigure sa ville.

La partie la plus méridionale de la rame est donc démolie ; ne reste plus qu’un mile et demi de piste abandonnée à hauteur de l’Empire State Building. La voie ayant survécu est à son tour abandonnée à la nature pendant une vingtaine d’années, devenant ainsi une station fantôme au coeur de la ville.

En 1999, deux riverains fondent une association, ‘Friends of the High Line’ avec, pour objectif, la réhabilitation de la structure en équipement de quartier.

Ainsi naquit l’idée d’un parc suspendu, dont les similitudes avec la coulée verte parisienne sont frappantes. A l’époque, le même scénario est mis en oeuvre à Paris, dans le quartier de la Bastille, avec succès.

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Mais, à New York, la méfiance est à l’ordre du jour. Comment ose-t-on évoquer un projet urbain qui se qualifie comme un havre de paix alors que les touristes du monde entier affluent dans la ville pour ses gratte-ciel, sa vie trépidante et son dynamisme légendaire ? Attirer les regards vers un endroit où la quiétude est reine semble un pari risqué.

Les amis de la High Line ne lâchent pas prise pour autant. L’association fait la publicité de son projet et engage une collecte de fonds. Elle obtient, outre des financements privés, le soutien de célébrités.

Survient alors 9/11 puis le ralentissement de l’économie américaine. Dans ce cadre, la réhabilitation de la High Line est présentée non pas comme un simple projet urbain mais comme un initiateur de développement économique.

En 2000, la scène artistique du centre-ville palpite non plus à Soho mais à West Chelsea, tandis que le Meatpacking District est en passe de devenir une destination design avec des boutiques de mode et de nouveaux cafés ayant remplacé les locaux industriels d’autrefois.

La même année, le photographe Joel Sternfeld présente une série de photos montrant sous un autre jour le ruban vert qui traverse New York.

Après maints plaidoyers pour le parc urbain, c’est en 2004 que les militants de la cause, soutenus par les habitants du quartier, finissent par obtenir l’aval du nouveau maire de New York, Michael Bloomberg, ainsi que les financements nécessaires pour mener à bien le projet de réhabilitation.

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A la suite d’un concours d’idées, la ville de New York choisi l’équipe composée de l’urbaniste James Corner, de l’agence d’architecture Diller Scofidio + Renfro et du paysagiste Piet Oudolf.

Le schéma de conception de l’équipe repose sur la volonté de préserver l’aspect ‘sauvage’ de la voie ferrée, qui fait partie du paysage new-yorkais depuis près de vingt ans.

Pour cela, il faut intégrer un procédé d’irrigation dans la structure même de la High Line. Une opération délicate qui nécessite de couper les rails à certains endroits et les recouvrir ensuite d’un système de pavage en béton, le bois faisant office de matériau de finition. L’opération est conduite après désamiantage et refonte de la structure portante.

Avec cette coulée verte à l’américaine, la voie ferrée désaffectée d’autrefois laisse place à un projet non seulement écologique mais aussi économique et social.

Et ce n’est qu’une fois perché sur cette estrade bucolique que le flâneur saisit le lien entre l’histoire de New York et son avenir.

Depuis l’ouverture des deux premiers tronçons au public, d’autres travaux d’envergure ont été entrepris à New York. Le bal des griffes architecturales planétaires continuent sans faiblir. De Frank Gehry à Jean Nouvel en passant par Shigeru Ban, tous répondent présents.

Dans ce climat architectural innovant, toujours tendu vers de nouveaux horizons, la High Line lie tel un ruban l’avenir de la ville à son passé industriel.

En mars 2012, les aménagements de la troisième et dernière section de la High Line ont été dévoilés par Michael Bloomberg. Les travaux sont en cours et l’inauguration est prévue pour le printemps 2014.

New-York

Le nouveau monde de New York est en cours de finition.

Sipane Hoh

La photo 1 : © BeyondMyKen

La photo 2 : © Jim.henderson

La photo 3 : © Gryffindor.

La photo 4 : © Philippe Cottier

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 20 juin 2012.

Le logement social, une utopie ?

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«L’Unité d’Habitation crée un phénomène social productif dans lequel l’individuel et le collectif s’équilibrent dans une juste répartition des fonctions de la vie quotidienne»*. Cette citation de Le Corbusier est-elle toujours d’actualité ?

France | Logements

1945, pose de la première pierre de la Cité Radieuse, livrée en 1952 à Marseille. Avec cette œuvre monumentale, à la fois entité fonctionnelle et familiale exemplaire, Le Corbusier et ses ‘unités d’habitation’ ont métamorphosé juste après-guerre le monde de la construction.

Cette réponse inventive au problème récurrent du logement collectif transformait profondément, en France, l’idée même de cet habitat, ne serait-ce qu’en y faisant porter une attention nouvelle.

Si les cités de Le Corbusier ont écrit une nouvelle page des annales du logement en France, l’histoire du logement social remonte plus loin dans le temps.

Au début du XIXe siècle, l’apparition massive de logements insalubres aux loyers exorbitants a suscité la lutte menée ensuite par le mouvement hygiéniste pour leur éradication. Les premiers logements sociaux parisiens sont livrés en 1851 rue Rochechouart à la Cité Napoléon, une ‘cité ouvrière’ qui fut à l’époque un événement architectural sans précédent.

Dès lors, les logements sociaux se sont multipliés. Sous différentes formes, avec des matériaux divers, demeure une seule problématique : l’amélioration de l’habitat.

Nemausus1 @Rory Hyde

Dans les années 80, Jean Renaudie a signé le projet de la Cité du Parc à Ivry-sur-Seine, tandis que Jean Nouvel signait un peu plus tard le projet Nemausus 1 à Nîmes. L’évènement était d’importance. Là aussi, la physionomie du logement social aurait pu évoluer. Ces deux exemples sont restés, pour diverses raisons, «uniques», voire «utopiques».

En France, depuis dix ans, face aux besoins, l’innovation architecturale est le fait de nombre d’architectes, connus ou inconnus, qui se sont penchés sur ce sujet. De la classe politique, qui veut voir dans le logement social le retour d’une «certaine mixité», aux promoteurs, hommes d’affaires fructueuses, en passant par les médias de bonne conscience, le buzz actuel est sans précédent. Les architectes ont donc à juste titre cru pouvoir expérimenter de nouvelles idées.

Ainsi, le logement social n’est plus ni cité ouvrière ni barre mais peut prendre la forme d’une maison (déjà dans les années ’60 ndlr), être joyeux et accueillant, devenir somptueux même. Il met en oeuvre les dernières technologies, est respectueux de l’environnement tout en s’insérant brillamment dans le tissu urbain préexistant.

Aujourd’hui, au 149-151, rue Cardinet, à Paris, Franklin Azzi a conçu le premier immeuble doté de panneaux photovoltaïques, un chantier d’une forte portée symbolique. Le logement social, un logement de luxe ? Une illusion ?

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D’un autre côté, Patrick Nadeau propose, près de Reims, des maisons couvertes de végétation. Le projet s’inscrit dans le cadre de l’opération ‘Maison 2020’, un concours lancé par la société HLM l’Effort Rémois qui a laissé libre cours à l’imagination des architectes.

Ici, l’architecte allie l’idée de la maison traditionnelle avec des matériaux nouveaux (polycarbonate en façade), un toit végétal en forme de vague et l’accessibilité à des locataires aux revenus modestes.

A Paris, le Pavillon de l’Arsenal présente, jusqu’au 4 mars 2012, une exposition intitulée ‘Habiter 2011’ qui, selon ses organisateurs, expose l’ensemble des concours d’architecture pour de nouveaux logements à Paris. On y trouve une multitude de logements sociaux. Ici, foin de l’utopie, retour à la réalité de la grande ville avec ses parcelles exiguës, son cahier des charges plus qu’exigeant, les diverses lois que l’on soupçonne d’exister que pour rendre les choses encore plus difficiles. Il n’y a pas de place, juste le minimum pour «faire au mieux».

@SipaneHoh

Une présentation claire, des maquettes soignées, des perspectives colorées. Dans un projet, l’audace de quelques éoliennes, orphelines pourtant sur l’un de ses toits en retrait (visibles sur une coupe mais pas trop ailleurs). Pour ne pas choquer ?

Ici, une façade drapée de métal, là une autre en brique, ailleurs encore une façade habillée de panneaux de bois ou dotée de quelques tâches de couleur acidulées. Des jardins intérieurs, des double peaux, des études spécifiques, tout un florilège de projets qui se plient aux exigences de notre société.

A trop plier…

Sipane Hoh

* Le Corbusier, rapport à la Commission des Nations Unies, L’Homme et l’architecture, n°11-12-13-14, 1947.

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 01 Février 2012.

De Dubaï à Obernai, copy or not copy ?

Dubaï-Obernai

Construire est l’essence même de l’architecture. Quand cette dernière s’inspire à outrance du déjà réalisé, le maniérisme n’est pas loin. L’imitation en Chine ou à Dubaï ? Vraiment ? Au risque de desservir quelques symboliques du moment, voici l’architecture à la merci des slogans. Visitons-en l’essence ici, en France, en Alsace.

Monde

Mercredi 9 janvier 2008. Un protocole d’accord autour du projet urbain ‘Lyon-Dubaï City’ est signé entre la ville de Lyon – représentée par son maire – et le président de la société dubaïote Emivest. Un investissement colossal pour occuper une surface de 300 hectares au coeur de l’émirat. Le projet envisage la reconstruction à l’identique (pour ne pas citer le mot réplique) d’un quartier lyonnais sur le territoire des Emirats Arabes Unis. Une copie ? Non, «un coup de coeur», selon les investisseurs et une «excellente publicité» du côté lyonnais.

L’implantation d’institutions culturelles lyonnaises, telles l’université Lyon 2 et une école hôtelière signée Paul Bocuse ainsi qu’un centre de formation de l’Olympique Lyonnais constitueront les phares de cette nouvelle ville construite pièce par pièce. Une idée de génie qui contribuera au développement de Dubaï et stimulera le rayonnement de la ville de Lyon dans le golfe persique.

L’architecture, dans cette extraordinaire équation, est acclamée fièrement ; ce sera un condensé de reproduction du style architectural présent dans un quartier historique français. S’y retrouveront les rues piétonnes, les places publiques, les cafés et tout l’art de vivre de l’ancienne capitale des Gaules. Retour en arrière ? Visuellement oui, concrètement non parce que cette ville s’appellera ‘Lyon-Dubaï City’. Elle ne sera ni Lyon ni Dubaï mais une nouvelle ville hybride, conséquence d’une prospective qui concentre déjà bien des convoitises.

Cette innovante cité aurait dû être terminée en 2010 si l’on se fie aux différentes publicités de l’époque mais tout le monde sait que la crise est passée à Dubaï avant même d’arriver dans nos contrées. Il est question désormais d’un projet similaire pour 2017 ; même les rêves les plus fous ont besoin de temps et de financement pour se réaliser.

Dubaï-Obernai

Mercredi 25 avril 2012. Nous voici en France, en Alsace précisément. Ce jour-là, la foule se dirige vers un petit bourg nommé Roppenheim à l’occasion de l’inauguration d’un tout nouveau village des marques qui se trouve à 35km au nord de Strasbourg. Jusqu’ici rien d’extraordinaire sauf qu’il s’agit d’un village neuf construit en s’inspirant, selon ses instigateurs, de l’architecture alsacienne traditionnelle.

Dubaï n’a rien à nous envier, l’imagination française est assez riche. Une mini-ville entièrement dédiée au shopping au coeur du ried alsacien, avec toutes les caractéristiques d’un vrai village, du colombage aux toits pointus, un lac artificiel, etc. Un emplacement idéal dans l’une des régions les plus riches de France et carrefour de l’Europe. Les couleurs alsaciennes sont au rendez-vous ; un décor de théâtre sensé faire rêver tout visiteur.

Présenté comme unique dans son genre, ce Disneyland aux allures traditionnelles est au coeur de l’actualité régionale. On y court des quatre coins de la région ainsi que des pays avoisinants, non pas pour l’architecture mais pour faire de bonnes affaires. Dénomination pompeuse, le village se nomme, en alsacien dans le texte, ‘Roppenheim the style outlets’. A l’intérieur, en guise de devise, cette phrase : «Un nouveau style basé sur l’excellence». Quel bonheur !

Dubaï-Obernai

Cette architecture des plus classiques est en réalité le copié-collé d’un vrai village alsacien connu de tous : Obernai. Touristique, avec ses remparts millénaires, Obernai est une cité médiévale, une vraie, où les styles se mêlent harmonieusement à travers les époques. C’est également l’une des villes alsaciennes les plus visitées, un village traditionnel où il fait bon vivre et où le visiteur fait un retour significatif vers le passé.

Alors que Dubaï calquait un quartier caractéristique d’une ville distante de plus de 4.000km, l’Alsace clone le village des voisins.

Tandis que pour l’un ce geste mêle exotisme et faire valoir, pour l’autre l’âme du vrai village se perd dans les bonnes affaires. D’autant plus qu’une fois sorti de ce paradis du business, le sentiment du déjà-vu l’emporte et la question du vrai et du faux se pose.

Comment désigner cette architecture devant laquelle même le Paris de Las Vegas a plus de sens ? Du néo-Alsacien ? Ce serait une première.

N’aurait-il pas valu copier Dubaï ? Au moins cela aurait-il le mérite de la promenade…

Sipane Hoh

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 23 mai 2012.

Architecture sans domicile fixe, de l’utopie à la consommation

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Suivre le mouvement, bouger ? A l’heure de l’exode rural, de nombreux villages de par le monde se vident de leur population ou sont purement et simplement abandonnés au profit de mégapoles congestionnées. Quid du rôle de l’architecte face à cette affluence incontrôlable ? Pour certains, la réponse réside dans la mobilité : un thème récurrent, désormais phagocyté.

Monde

La ville, sujet de diverses théories, rêvées, fictives, utopiques ou futuristes a, au fil des siècles, toujours assumé son rôle de laboratoire pour l’humanité.

Au milieu des années cinquante, la mobilité est devenue pour une génération d’architectes et d’urbanistes un sujet de réflexion au même titre que la ville et son avenir. Au lendemain de la Seconde guerre mondiale et en réaction aux besoins d’une société renaissante, les architectes d’Archigram, entre modernisme et contestation, ont abordé cette problématique.

L’évidence d’une vision

En 1965, l’architecte anglais Ron Herron, membre d’Archigram, présentait ‘Walking City’, une ville gigantesque faite d’une multitude de monstres interconnectés et juxtaposés, se déplaçant telle une machine où logent nombre d’habitants dès lors qu’ils y ont trouvé un endroit propice pour s’y installer. Une fiction – sinon une provocation – qui défait la ville de toute logique de reconnaissance et de notion de territoire. Une utopie décrite par certains sociologues comme «familière».

Depuis, les considérations liées à la ville n’ont que peu changé. L’agence américaine Terreform 1, connue pour ses projets urbanistiques et architecturaux fondés sur d’importants travaux de recherches, vient de rendre public ‘Homeway’, sa dernière vision de l’urbanisme mobile.

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Co-gérant de Terreform1 et de Planetary One, Mitchell Joachim**, spécialiste de la ville du futur dans nombre de grandes écoles d’architecture, a conçu une entité dense sinon tentaculaire. Dotée d’une imposante structure, elle comporte plusieurs moyens de transports destinés à faciliter la mobilité entre downtowns américains et banlieues.

Pour ce faire, ‘Homeway’, en alternative aux lotissements typiques des grandes agglomérations, propose de mettre, après rénovation, d’anciens logements sur roues et de les acheminer vers les grands centres urbains.

Le dispositif est valable pour les supermarchés, les centres d’affaires, les commerces qui, de fait, s’aligneront le long des axes routiers pour créer un véritable échange avec la ville existante. Utopique mais véridique, Terreform 1 est un champ d’expérimentation pour une architecture nomade, somme toute, des plus classiques.

2008, la onzième Biennale d’Architecture de Venise. Lors de l’événement, MAD, agence chinoise installée à Beijing, propose, à sa façon, une autre ville, toute aussi futuriste, où technologie et architecture ne font qu’un. ‘Superstar’, est une entité en forme d’étoile, auto-suffisante et productrice d’énergie. Elle se déplace de par le monde dans le but de participer au rayonnement de la culture chinoise.

MAD

Créée pour abriter 15.000 personnes et dotée du confort contemporain, ‘Superstar’ s’inspire des multiples Chinatown présents aux quatre coins du monde pour en proposer une version «grand luxe», qui plus est «mobile». D’aucuns pourraient y découvrir la cuisine chinoise, faire du shopping, y vivre voire y mourir, virtuellement bien sûr : un cimetière numérique recenserait ceux qui ont quitté l’étoile.

Impressionnante par sa démarche, effrayante par sa taille, cette ville compacte et ambulante, à l’architecture ultra-moderne, ne fait que renforcer la vision de l’homme dans sa recherche d’un futur urbain. Architecture vagabonde, ‘Superstar’ pourrait devenir une éventualité.

Itinérance à toutes les échelles 

Retour à une échelle moindre, réaliste, celle d’une construction. Bien plus modeste donc, Mumo, le musée mobile, est un nouveau concept d’art itinérant sous forme de galerie dédiée aux enfants. Du nord au sud de la France, toujours en route pour de nouvelles contrées, Mumo est désormais au Cameroun. Ce container à l’architecture rougeoyante et élémentaire a pu abriter de prestigieuses signatures : Daniel Buren en a habillé les parois, Paul Mac Carthy y a exhibé son lapin rouge. Un succès pour l’expérience.

@JPHH

Enfin, comment ne pas oublier le Mobile Art de Zaha Hadid. Le musée itinérant aux allures de vaisseau spatial a échoué début 2011 sur le parvis de l’Institut du Monde Arabe. Celui qui, au départ, avait pour mission de faire connaître une marque internationale, a suspendu sa mobilité et s’est mué en un abri à l’adresse fixe, 1 rue des Fossés Saint-Bernard, Paris Ve.

Ce dernier cas laisse à penser que l’urbanité itinérante, celle conçue sinon rêvée pour pallier aux problématiques de la ville contemporaine, qu’il s’agisse de l’étalement urbain ou de la consommation énergétique, laisse place à une architecture nomade, esthétique voire commerciale.

Sipane Hoh

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Toutes les photos de l’album: © Terreform1

Les photos 1 et 2 : © Terreform1

La photo 3 : © MAD

La photo 4: © JPHH

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 14 mars 2012.