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Une année de plus qui se termine…

© Sipane Hoh

L’année 2016 touche bientôt à sa fin. L’occasion de faire le point sur les statistiques du site « Détails d’architecture ». Dès le départ, le but de ce site était de diffuser l’architecture partout dans le monde, c’est pourquoi je suis heureuse de constater que les lecteurs viennent de 164 pays- il reste quelques vides – et parlent une multitude de langues.

Mis à part la France où vivent 68% des lecteurs, les dix pays d’où vient le plus grand nombre de visiteurs sont : l’Algérie, la Belgique, la Tunisie, la Suisse, le Canada, le Liban, le Maroc, la Russie, les États-Unis et l’Italie. Quant aux dix pays où Détails d’architecture accroche le moins, il s’agit de : la Tanzanie, le Vanuatu, les Samoa, le Népal, le Nicaragua, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, la Mozambique, le Kosovo et le Zimbabwe.

Les papiers les plus lus en 2016 ont été :

1- En Bretagne, Lode Architecture réalise une maison lovée dans les bois

2- Alejandro Aravena bouscule l’architecture avec la Quinta Monroy

3- La proposition de Clément Blanchet pour l’IRT de Toulouse

4- Quand Claude Petton a bouleversé l’architecture

5- Quand le traditionnel se fait moderne

6- « RD House », la maison dans la colline

7- La maison autour de l’arbre

8- La casa MP, une élégante maison qui habite la pente

9- Revalorisation de l’entrée de ville de Calvi

10- Un marché dans un ancien silo à grains

Les cinq « tag » les plus recherchés en une année sont : « Japon », « cabane », « container », « recyclage » et « gratte-ciel ».

Quant aux articles qui ont connu en 2016 le moins de lecteurs sont:

1- Une micro-habitation baptisée « Light House »

2- Une ferme urbaine d’un nouveau genre

3- Un malicieux « Jeu d’écrins » signé Fabienne Bulle

Merci à tous les lecteurs qui depuis dix ans lisent, accompagnent et suivent « Détails d’architecture ».

Rome, une ville «normale» en 7500 après Jésus-Christ ?

@JPHH

Rome ville éternelle ? Dans un article paru le 5 juillet 2011 dans les colonnes d’Artribune Magazine, le journaliste romain Massimiliano Tonelli dément l’adage, avec ironie. Il demeure que, lors des deux dernières décades, la ville s’est plus transformée qu’au cours des deux derniers siècles. Promenade à la découverte de la Rome du futur. Attention aux nids-de-poule !

Italie  | Culture | Rome

Contexte
Après avoir été – et pendant longtemps – une ville endormie, Rome connaît depuis quelques années une impressionnante transformation, des griffes internationales d’architecture rivalisant pour y réaliser des projets de grande envergure. Que ce soit dans son centre historique ou sa banlieue en passant par ses quartiers défavorisés, tout semble chamboulé.
Aujourd’hui, visiter Rome ne s’arrête plus aux grands classiques qui ont fait sa renommée puisque le voyage permet la découverte de nouvelles architectures qui constituent déjà la ville du futur.
Laissons-nous embarquer dans cette aventure et découvrons l’autre visage de cette grande cité.
SH

L’ARCHITECTURE DE DEMAIN (DISONS D’APRES-DEMAIN)
Massimiliano Tonelli | Artribune Magazine

ROME – Il est une ville en Europe où, aujourd’hui, en même temps, naissent des projets variés signés par Renzo Piano, Santiago Calatrava, Rem Koolhaas, 5+1AA (Alfonso Femia Gianluca Peluffo), Massimiliano Fuksas, Paolo Desideri, Franco Purini, Studio Transit et bien d’autres. Il s’agit de Rome.

En ces quelques paragraphes, nous allons nous glisser dans la peau d’un lecteur-touriste qui quitte la fontaine de Trevi et part pour un petit circuit afin de regarder et découvrir en avant-première la ville que sera Rome.

La rhétorique de la ville éternelle et l’adage selon lequel Rome ne s’est pas construite en un jour ont toujours été instrumentalisés pour tout ce qui concerne le développement urbain et l’architecture de la ville. Eternels, pour tout dire, les sites l’ont toujours été dès qu’il s’agissait d’éliminer ces nids-de-poule mortels sur les routes (les coûts sociaux des accidents sur les routes l’ont montré).

@pmorgan67

En réalité, ces sites sont loin d’être éternels dès qu’il s’agit par exemple de construire un réseau de métro digne de ce nom. La construction de la ligne A du métro de Rome a pris douze ans, de 1964 jusqu’à 1980 (sic). La ligne B, qui était principalement utilisée pour relier l’EUR à la station Termini, a été achevée en 1990 ; elle fonctionne correctement mais il faudrait peut-être l’allonger de quelques kilomètres de plus. Le projet existe mais nous nous disputons sur sa durée de vie. La ligne C, dont la construction a débuté en 2007, sera «probablement» opérationnelle en 2018. Un «probablement» considéré comme étant très optimiste. En somme, en ce qui concerne le transport ferroviaire, à ce rythme, la ville sera devenue «normale» autour de 7500 après Jésus-Christ.

Il va falloir se résigner. Ou pas. Parce que, si l’on regarde vingt ans en arrière, nous étions soumis à une subdivision totale, non seulement pour l’infrastructure mais aussi pour tout ce qui concerne le design, l’architecture et l’urbanisme entier de la capitale italienne. A partir des années 50, rien de neuf ne s’est construit (à l’exclusion des palaces obscènes que Rome a donné à ses oeuvres sociales) et personne ne semblait se préoccuper du sujet.

A la fin des années 90, nous avons repris timidement une nouvelle planification, ce qui nous permet d’offrir aujourd’hui une promenade à travers les chantiers. Ce qui ne veut pas dire que cela ressemble à Shanghai, Dubaï ou à Berlin après la chute du mur, mais indique que la perception que Rome donne d’elle-même pourrait changer.

Sans même parler des projets achevés comme l’auditorium de Renzo Piano ou le MAXXI de Zaha Hadid et ce que pareils projets contribuent à l’aura de la ville. Avec eux, le nombre de publicités de voyagistes augmentent et les gens recommencent à visiter Rome. En guise de quoi, les données sont claires : plus on édifie de nouveaux projets architecturaux, plus on attire du monde. C’est un vrai défi.

@SimoneArtibani

Nous ne parlerons pas ici des réalisations livrées mais nous allons essayer de faire une promenade rapide à travers ce qui est en cours de construction. Work-in-progress-aholic [en anglais dans le texte] que nous sommes, nous allons visiter l’extraordinaire site de la nouvelle station de Tiburtina signée Paolo Desideri. Le tour pourrait commencer à partir d’ici. Et de cet énorme pont suspendu, entre deux quartiers, qui avait la difficile tâche de recoudre ‘urbanistiquement’ ces deux entités distinctes.

A l’intérieur, les modules des guichets, boutiques et restaurants sont encore en suspension. Ces flèches rouges qui joignent Salerno à Torino sans ni entrer ni sortir de ce beau tourbillon du Termini flottent sur le corps de la station. La station Tiburtina en construction mérite un voyage pour l’imposante balistique et le projet d’ingénierie qu’elle propose. Il faut considérer que ce que vous voyez n’est qu’une partie puisque, de l’autre côté, le projet implique le déplacement complet de la tangentielle Est qui n’est autre que l’artère essentielle de la moitié de la ville. Même le joueur le plus passionné de SimCity n’arriverait pas à trouver un moyen pour y parvenir.

Continuons avec la ‘description’ du centre des congrès conçu par Massimiliano Fuksas. Il s’agit d’une proposition complexe qui commence à prendre forme, désormais connue de tous sous le surnom familier de «nuage de Fuksas» qui ouvrira la voie de demain. L’effet de la couche transparente, quand elle est frappée par le soleil, est saisissant et on perçoit alors toutes les dimensions du projet tandis qu’apparaît le fameux «nuage» suspendu. Un projet qui a fait parler de lui pendant dix ans et qui, finalement, ouvrira une nouvelle page au quartier de l’EUR.

Oui, parce que c’est précisément dans ce lieu que l’on peut rencontrer l’architecture contemporaine, c’est là où se trouvent la plupart des choses qui nous intéressent. C’est toute une transformation urbaine à suivre de près.

A cette zone succède celle de la Castellacio qui, écoutez bien et ouvrez grand les oreilles, voit naître les deux premiers gratte-ciel de la ville (après une centaine d’années de retard sur le reste du monde, mais nous ne sommes pas ici pour polémiquer). Le plus célèbre, appelé Eurosky et signé Franco Purini, se dressera (c’est une façon de parler) sur 120 mètres et son esthétique accaparera les discussions de plusieurs journaux d’architecture. Ce sera un gratte-ciel d’habitation.

L’autre gratte-ciel sera Torre Europarco, signé Studio Transit. Complètement vitré (à l’inverse de la première tour), il ne comprendra que des bureaux. Les deux soeurs participent déjà au changement du ‘skyline’ de la ville qui, depuis le XVIIIe siècle, n’a subi aucune métamorphose.

Allez par une belle matinée à la Pincio et contemplez la ville qui change. Nous sommes toujours à l’EUR où nous travaillons dur pour équiper Rome d’un aquarium. Rien d’intéressant du point de vue architectural mais un ouvrage qui, malgré tout, nous pousse à y faire un tour rapide. Un grand aquarium (cependant, pas plus grand que celui de Gênes) qui s’étend sous l’étang et qui attire des visiteurs. Cela écrit, puisque nous sommes à l’EUR, notons que l’élément le plus significatif est la restauration du palais de la civilisation italienne qui, en 2012, accueillera la plus grande exposition Made in Italy.

Pour revenir en ville, vous pouvez traverser le nouveau pont remarquable qui va connecter deux quartiers. A ses pieds, sur un site étendu et sans limite, entre les centres commerciaux, les gymnases, les grands espaces de restauration, un parking sans fin et un cinéma, se trouvent deux intéressants espaces dédiés à l’art. Tout ça, c’est le grand oeuvre de Rem Koolhaas. Un peu plus loin, l’un des scandales des années 90, la cathédrale moderne de Julio Lafuente, est finalement en restauration.

Maintenant, avant d’arriver à la fin de notre voyage à travers la future Rome, le quartier du MAXXI, où vous n’êtes pas sensés arriver par hasard. La zone s’appelle Tor Vergata et les terrains sont la propriété de la seconde université de Rome. Le projet n’est pas encore clair pour tout le monde mais le parc architectural qui émerge est à visiter.

Le plus grand morceau d’innovation (au sens où, si ça continue, ça va prendre plus de quatre-vingt dix ans pour terminer) est la cité des sports de Santiago Calatrava. Nul ne sait quand sera trouvé le financement pour continuer ce projet ; en attendant, on peut contempler l’une des deux coques qui protègent le Palais des sports, qui sera impressionnant. La perspective sera préférable ? Regardons comme il a changé le visage de ces anciens quartiers de l’est de la ville. La grande voile de l’architecte est devenue la plaque tournante de la banlieue Est de Rome.

@Caviola

A proximité, à quelques centaines de mètres, un projet avec moins d’impact, tout au moins de loin. Il s’agit d’un monolithe noir, lunaire, siège de l’Agence spatiale italienne signée 5+1AA. Ce site mérite vraiment une visite clandestine.

Terminons avec le projet baptisé ‘Parc des arts’, l’objectif étant de mettre de l’ordre dans les nombreuses «petites choses» qui se produisent entre la Villa Glori et le Foro Italico à Flaminio. Les émergences architecturales de la zone portent des noms comme MAXXI, l’auditorium, le stade Flaminio, le pont de la musique (ponte della musica).

Bien que le potentiel de transformation soit important, on trouve autour du Marco beaucoup de nouvelles galeries d’art alors que l’on ne trouve pas grand-chose autour du MAXXI. Si on réussit vraiment à transformer ces parcelles en hébergements, zones commerciales ou culturelles, avec des résidences pour des jeunes artistes – pourquoi pas un «foyer» pour le festival du film ? -, ce serait un défi majeur considéré comme gagnant. La conjonction MAXXI-Auditorium, qui permet de joindre en cinq minutes (à pied) deux pôles importants, dispose d’un grand potentiel.

Mais le parc des Arts est un projet de Renzo Piano et, comme il le dit lui-même, il est suffisant d’y travailler.

Massimiliano Tonelli | Artribune Magazine | Italie
05-07-2011
Adapté par : Sipane Hoh

N.B. Cet article est paru en première publication sur le courrier de l’architecte le 30 mai 2012.

Histoire de conviction en temps de crise : Franco Albini

03@ariggialbini

La journaliste Ivana Riggi, dans un article daté d’avril 2011 et publié par le site italien Archimagazine, revient sur l’influence de l’architecte Franco Albini, chez lequel Renzo Piano, notamment, fit ses classes. Marco Albini, son fils, aujourd’hui à la tête du Studio Albini à Milan, fut témoin et acteur de l’épopée. Il raconte. Définition d’un maestro.

Italie  | Culture |

Contexte
Né en 1905 à Robbiate, Franco Albini est diplômé de l’Ecole Polytechnique de Milan en 1929. Il commence son activité en 1931 en association avec Giancarlo Palanti et Renato Camus. En 1932, il rencontre Edoardo Persico, le personnage le plus représentatif du rationalisme italien qui a sûrement renforcé en lui ses choix typologiques et les thèmes de ses oeuvres. A la fin des années 30, Franco Albini travaille avec Ignazio Gardella, Giuseppe Pagano et Giovanni Romano sur de prestigieux concours tels l’EUR et le plan urbain de ‘Milano Verde’.
Et puis, la guerre.
Le conflit est suivi par les années du boom et de la reconstruction. En 1945, Albini est le fondateur du mouvement des étudiants d’architecture, période qui a vu naître le magazine Construzioni Casabella. En 1956, il est l’associé de Franca Helg, avec laquelle il partage de multiples projets.
Au début des années 50, l’architecte réorganise la Galerie Municipale du Palazzo Bianco de Gênes : une conception muséale innovante qui s’appuie sur la mobilité des oeuvres à l’intérieur de la salle. Ce fut l’un des premiers musées conçus selon les principes du mouvement moderne, se glissant à l’intérieur d’une structure historique. Cette extraordinaire intervention a fait reconnaître Albini comme le maître du design muséal. Une oeuvre bientôt suivie par d’autres. Citons le Museo del Tesoro de San Lorenzo (1952 -1956) et la restauration du Palazzo Rosso (1952-1962).
Dans les années 60, en plus de Franca Helg, l’agence accueille deux personnages clés qui ont porté les projets de l’architecte jusqu’après sa mort : Marco Albini (le fils) et Antonio Piva.
Parmi les conceptions les plus importantes, citons le refuge de Pirovano à Cervinia (1948, 1952-1955, 1960), la Villa Olivetti à Ivrea (1955-1958), les bureaux de INA à Parme (1950-1954), la Rinascente* de Rome (1957-1961), les stations de la ligne 1 du métro de Milan (1962, 1965-1964, 1969), etc.
Albini fût un concepteur plurivalent, capable de prendre en compte différentes échelles, de l’architecture à l’urbanisme.
Parmi ses nombreuses récompenses, retenons le Golden Compass en 1955, 1958 et 1964, le Prix Olivetti d’Architecture en 1957, le Prix Royal Designer for Industry de la Royal Society de Londres en 1971.
Rencontre avec son fils Marco pour un portrait de ce concepteur estimé aussi important que Renzo Piano (qui a travaillé chez lui). Définition d’un maestro.
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SE SOUVENIR DE FRANCO ALBINI ; ENTRETIEN AVEC SON FILS, MARCO ALBINI
Ivana Riggi | Archimagazine

Milan – La culture est un ensemble de connaissances transmises de génération en génération. Si l’on considère ensuite ce terme au sens de culture de l’âme humaine, voilà que sa valeur devient quantitative et varie d’un sujet à l’autre. Franco Albini fut certainement une personne bien éduquée. Etranger à l’auto-célébration, il était un homme d’une polyvalence extraordinaire.

02@ariggialbini

Ivana Riggi : Lors d’une conversation, l’architecte Luigi Mascheroni m’a rapporté l’expression de votre père : «Je n’ai aucun désir de posséder» (…) Qui était Franco Albini ?

Marco Albini : Franco Albini avait une rigidité morale même s’il n’a, car il était très ouvert, jamais été moraliste.

Il s’agissait d’une rigidité morale personnelle issue de l’histoire d’une famille de classe moyenne de Brianza, à Milan, ayant connu un effondrement financier soudain, une famille qui, vers 1929, a changé de situation sociale en passant du confort à la survie. Mon père, orphelin de son propre père, a dû faire face à cette difficulté en étant le seul homme de la famille. Cette situation a influencé son attitude envers la vie et l’a rendu minimaliste. Evidemment, cela concerne son architecture mais c’était avant tout le résultat d’un sentiment intime. Nous ne devons pas nous soumettre aux besoins, en particulier ceux de la consommation.

De toute évidence, cette pensée relève d’une idéologie qui tend à favoriser les classes les plus pauvres et à mettre toutes les professions, de l’architecte au médecin, au service du peuple, des services sociaux s’adressant précisément à ceux qui en ont le plus besoin. En architecture, par conséquent, les thèmes sont ceux du logement social, du logement à faible coût, la réduction toujours plus grande des surfaces, du respect du mode de vie et de l’habitat. C’était un choix de carrière.

C’était donc un parcours parallèle ?

Dans le climat culturel de l’époque, il existait une synergie entre différentes personnalités des arts et des métiers. Dans les années 30, les peintres, sculpteurs, architectes travaillaient en opposition avec les architectes du dix-huitième siècle, du baroque et leur style surchargé. La nouvelle architecture devait être simple, rudimentaire, minimaliste ; elle devait être à l’opposé de ce qu’elle était auparavant.

Dans un autre sens, «Je n’ai aucun désir de posséder» entre dans une logique que nous n’étions pas obligé d’avoir. Mon père avait une relation très décontractée avec l’argent. Ma mère, qui venait quant à elle d’une riche famille de propriétaires terriens, avait également souffert de l’effondrement pendant la guerre. Elle me racontait que, pour faire vivre la famille et chercher à manger, ils allaient en vélo de Milan jusqu’à Piacenza (par manque d’essence) pour y trouver des oeufs, des poulets etc. Mon père aimait ma mère.

Papa racontait que, pendant la guerre, il avait ouvert une petite agence avec Enea Manfredini (architecte de la région d’Emilie Romagne), à Piacenza parce que ma mère était du coin. Il s’agissait d’une agence qui se trouvait sur la route de Scalabrini, à côté de la faculté d’architecture ; ils étaient là tous les matins même s’ils n’avaient pas de travail tous les jours. Quelques meubles conçus, probablement expérimentaux, quelques dessins, des prototypes en fil de fer suspendus : des armoires, des tables avec des tiges à la place des pieds. Il s’agissait d’une activité qu’ils voulaient faire pour eux-mêmes. Tout ceci afin d’expliquer plus clairement quelle était la relation de Franco Albini avec l’argent.

Pour votre père, à partir de quand l’architecture devient-elle de l’art ?

Ah, il ne voulait pas parler de l’art dans ce sens !

L’art n’était pas une condition de l’architecture. Il ne voulait pas être un artiste mais un artisan. Il a toujours travaillé la matière, la menuiserie, le fer, ces matériaux qui, plus tard, à force de les manier, sont devenus des oeuvres d’art. Mais ‘Faire oeuvre d’art’ n’était pas l’objectif de l’architecte qu’il était.

01@ariggialbini

Comment utilisait-il la technologie ou comment percevait-il la «voie de la modernité» ?

Le terme ‘technologie’ signifie se référer d’une manière culturelle à une technique traditionnelle ; or, à l’époque, il n’existait pas. Il y avait des voitures et l’industrie faisait des progrès. En ce qui concerne l’utilisation de la technique en architecture, il s’agissait de chercher les moyens constructifs de notre histoire et de notre tradition et voir s’ils pouvaient être modernisés et transformés ; cela signifiait la simplification, la baisse des coûts, la réduction de l’utilisation de matière. D’une intention de rationaliser, il fallait trouver la capacité d’optimiser les résultats. En ce sens, la technologie a pris forme selon une logique ou une méthode des petits pas : un progrès progressif du travail quotidien.

Pourquoi le couple Albini-Helg fonctionnait-il ?

Franca Helg est arrivée au studio en 1956. Elle a été une grande organisatrice et coordinatrice : papa était tenu à l’écart des problèmes pratiques, ce qui lui permettait de rester derrière la table à dessin. Je me souviens qu’il arrivait le matin au studio et partait le soir, sans bouger ; il était tout le temps à sa table en train de dessiner. Ils utilisaient des chemises blanches aux poignets serrés et aux poches pleines de crayons. Ils ressemblaient à des médecins. Absolument l’inverse de ce qui se passe aujourd’hui dans le studio où l’on passe beaucoup de temps à l’extérieur, entre les rendez-vous et les chantiers…

A cette époque, c’était comme un atelier et, pour cela, le facteur protecteur de Helg fonctionnait. Elle a également apporté un raffinement sur certaines pratiques de conception : par exemple, comment composer certains dessins. Comment ce faux-couple est né ? Je n’en sais rien ; j’exclus totalement une histoire sentimentale entre eux. Même ma mère n’y a jamais accordé une quelconque importance !

Y eut-il un projet particulièrement difficile pour eux ?

J’ai suivi les projets à partir de 1968. L’un des plus difficiles, parce qu’il s’étalait sur plusieurs années, a certainement été la restauration du musée et du cloître de Saint-Augustin à Gênes. Le projet préliminaire a été lancé en 1970 mais a été abandonné (par manque de fonds) pendant des années. Nous l’avons repris en 1978, peu après la mort de mon père et complété en 1986. Vingt ans plus tard ! Ce projet est significatif car, aujourd’hui, nul n’autorise la reconstruction d’un cloître médiéval, même s’il a été détruit, comme c’était le cas auparavant. Je crois que nous avons réussi à préserver l’atmosphère du cloître médiéval tout en utilisant des matériaux différents.

Autre projet qui nous a fait souffrir : la restauration du musée civique du complexe des Ermites de Padoue. Le musée a été achevé assez rapidement. Le projet d’extension proposait la construction d’un petit immeuble à côté de l’église lequel a été l’objet de différentes critiques (art et architecture réunis). Ils ont choisi 14 projets, les ont approuvé, désapprouvé, refusé, annulé ; un désastre qui a suscité une énorme controverse. Abandonné, il nous a procuré une grande tristesse parce qu’il contenait l’entrée du musée.

En 1968, vous faites partie de l’agence. Comment était la confrontation avec un père comme le vôtre ?

J’ai rejoint l’agence en tant que concepteur de 1972 à 1974. En 1969 ou 1970, je ne me souviens plus bien, Renzo Piano rejoignait aussi l’agence. Aujourd’hui, c’est très difficile d’expliquer à un jeune comment nous travaillions à l’époque. Tout était dessiné à la main, la table prenait une part importante du projet, il fallait que tout soit bien présenté, étalé sur cette table à dessin et l’erreur était fatale, il fallait alors tout recommencer. Il existait une multitude de techniques (en dehors d’un simple clic d’ordinateur) dont les jeunes ignorent même l’existence aujourd’hui.

Quel rapport avait Franco Albini avec le monde académique ?

Franco Albini a enseigné jusqu’en 1964 à l’école d’architecture de Venise, que j’ai fréquentée en quatrième année alors qu’il était nommé par la Faculté d’Architecture de Milan. En 1964, il a engagé une bataille contre les universitaires. Nous étions prêts à la modernité et tenions à ce que l’architecture moderne (les années 30, l’art moderne, l’art abstrait, le cubisme) soit enseignée. Les programmes d’enseignement à l’époque n’étaient pas conçus pour parler de la modernité, tout s’arrêtait à la fin du XIXe siècle, début du XXe siècle.

Nous apprenions les conceptions urbaines, les capitales, les colonnes et les temples doriques. Nous demandions : «Et Le Corbusier ? Il n’est pas enseigné». Le professeur a répondu qu’il n’était pas dans le programme ! Quand on a insisté, l’enseignant a menacé de suspendre les cours. Nous avons occupé la Faculté ! Je ne sais pas comment c’est arrivé ; il y eut comme une rébellion parce que cette histoire nous avait sérieusement énervé ! Plus tard, vers 1965, la même vague a balayé des étudiants dans le monde entier : l’Amérique, la France et ainsi de suite. En 1964, l’un des professeurs, en désaccord avec notre propos, a pris sa retraite, suivi par deux autres. C’est à ce moment là que l’académie a fait appel à mon père et à un autre architecte, Beljiojoso.

Quand mon père est arrivé à Milan, entre 1964 et 1965, l’institution a pris un tournant très politique. Il a eu une attitude révolutionnaire, prônant une «tabula rasa» et une réinitialisation de la culture dans la société. Ces années là ont connu un désastre au niveau institutionnel, c’était une bagarre permanente entre le présent et le passé. En 1970, mon père est tombé malade ; pourtant, il a continué à soutenir cette école de pensée pour laquelle il s’était tant battu. Il a quitté l’enseignement en 1975 et il est mort en 1977.

04@ariggialbini

Pour conclure : l’architecture qui se fonde sur l’expérience  «traditionnelle» doit-elle être aujourd’hui «repensée» ?

Plutôt que de repenser, l’architecte devrait, aujourd’hui, s’impliquer de la conception à la réalisation. Il s’agit d’une refonte du métier d’architecte. Malheureusement, il reste toujours considéré comme un «façadiste» qui décide d’une couleur, auteur d’une sympathique composition, qui organise même l’emplacement de quelques plantes, etc., les choix urbanistiques et architecturaux étant parfois déjà réalisés. C’est alors un duel entre la planification urbaine et l’architecture qui implique une crise de la profession.

Mon père parlait de «la forme de la ville», de l’architecture à l’urbanisme et de la planification aux monuments urbains. Aujourd’hui, l’impact visuel est primordial, il est mis en avant dans chaque geste architectural. La consommation et la publicité prennent également le dessus de n’importe quel projet. De mon point de vue, c’est un mauvais signe. J’espère que la crise actuelle va conduire à la réflexion et à la considération des choses avec une plus grande sagesse.

Mais je crois que l’architecte a élargi son expérience. Il y a quelques projets intéressants qui ont donné plus de brillance à l’architecture et ont, de fait, amélioré l’économie des villes. Certes, d’un point de vue bureaucratique, le monde s’est détérioré mais cela a aussi renforcé le système concurrentiel et, parfois, mené au débat. Cela dit, le métier connaît désormais des architectes qui ne travaillent qu’à travers la publicité, d’où l’existence de choses horribles autour de nous. Le niveau n’y est plus.

Ivana Riggi | Archimagazine
02-04-2011
Adapté par : Sipane Hoh

* Société italienne de grands magasins haut de gamme spécialisée dans le secteur des produits d’habillement et d’équipement pour la maison.

N.B. Cet article est paru en première publication sur le courrier de l’architecte le 20 avril 2011.

Un architecte égyptien (ré)invente la climatisation

03(@SipaneHoh)

Dans un article de Al-Ahram daté du 19 octobre 2010, le journaliste Wajih Al Sakkar  présente le mécanisme de climatisation naturelle du Docteur Ahmad Abd el Wahab Rizk, architecte, scientifique et chercheur. Canalisation des vents et géothermie ou l’immeuble bio-climatique des rives du Nil.

Egypte | Culture |

Contexte
A l’heure où la consommation d’énergie électrique pour la climatisation augmente dans les pays chauds tel l’Egypte, le Docteur Ahmad Abd el Wahab Rizk, architecte, scientifique et chercheur, nous fait part de son innovation architecturale qui allie deux théories (utilisées séparément autrefois) menant à l’autosuffisance énergétique dans le domaine de la climatisation d’un bâtiment.
Al-Ahram, littéralement Les Pyramides, est l’un des quotidiens les plus anciens et plus respectés d’Egypte.
SH

UN SCIENTIFIQUE EGYPTIEN INVENTE L’AUTO-AERATION DES BATIMENTS
Wajih Al Sakkar | Al-Ahram

Le Caire – Avec la propagation des vagues de chaleur – désormais la plupart des jours de l’année -, un scientifique égyptien a inventé une conception architecturale moderne basée sur l’auto-aération des bâtiments sans avoir besoin de recourir à la climatisation électrique.

Ahmad Abd el Wahab Rizk profite des vents qui frappent le pays pendant les chaudes journées d’été pour créer, dans le bâtiment, des zones vastes et profondes qui puisent dans la fraîcheur du sol. Ce système doit permettre, selon lui, la diminution du coût total de l’électricité de cinq milliards de gineh (la monnaie égyptienne) chaque année. Sans parler de la réduction du fréon (un gaz polluant qui participe au réchauffement climatique) émis par les systèmes de climatisation électrique.

02(@MarcRyckaert)

Le professeur d’architecture à l’université de Tanta expose son idée en expliquant que, jusqu’ici, la plupart des études se sont concentrées sur l’exploitation de la vitesse du vent du nord dans la production électrique via des éoliennes, surtout dans la mer Rouge tandis qu’aucune étude n’est faite quant au rôle du vent dans le refroidissement et la ventilation des édifices, que ce soit dans les villes ou les villages.

Ainsi, pour le moment, le rôle de l’architecte, dans la conception du logement, se limite à la réservation d’un local pour mettre en place le système de climatisation et de penser à une maintenance rapide en cas de panne, surtout aux mois de juillet et d’août, les mois les plus chauds de l’année. Ainsi, il participe à l’augmentation de l’insouciance générale vis-à-vis des problèmes environnementaux.

Vents d’été

Le Dr. Ahmad Abd el Wahab Rizk dit : «Le vent estival qui souffle sur l’Egypte, malgré le temps chaud, a la particularité d’être froid car il résulte de la dépression d’air venant d’Europe du sud. Les mers Méditerranée et Rouge, dont les eaux se caractérisent par une température inférieure à celle de l’air ambiant, font que la vitesse de ce vent atteint 6m/sec. à une température suffisante pour abaisser la chaleur intérieure de n’importe quel édifice et répandre une climatisation naturelle, y compris dans les zones résidentielles. Différentes études confirment la constance de ces vents selon une valeur suffisante pour envisager qu’ils fondent des règles dans la conception architecturale d’un l’immeuble. Ces règles consistent à respecter le trajet du vent en créant des ouvertures qui le canalisent dans un parcours intelligent pour parvenir à un résultat idéal».

Le scientifique égyptien propose ainsi un questionnement sur les méthodes déjà utilisées dans l’Egypte ancienne à l’époque des pharaons. De fait, ils connaissaient déjà l’effet climatisant de la circulation du vent et opéraient des ouvertures verticales dans les murs de leurs temples pour une utilisation optimale.

05(@SipaneHoh)

Depuis les pharaons, on a eu recours dans toute la péninsule arabique aux tours à vent* qui profitent de la verticalité d’un édifice et de la vitesse des vents qui s’y infiltrent pour un résultat des plus concluants. Hassan Fathi, l’architecte égyptien de renommée mondiale, a usé de cette méthode pour ses conceptions où les dômes sont dotés de multiples ouvertures. L’architecte Ahmad Abdin a fait évoluer le concept en l’introduisant en terrasses dans ses bâtiments pour une trajectoire idéale qui guide le vent.

Les couches souterraines

Quant à l’exploitation de la fraîcheur du sol, souvent remarquable dès trois mètres de profondeur, le Dr. Ahmad soutient que la température basse des couches souterraines doit permettre de concevoir (en entresol ou carrément au sous-sol) des espaces qui bénéficieraient, surtout pendant les pics de chaleur et les heures chaudes de la journée, de températures naturellement fraiches, plus ou moins bien sûr selon la nature du sol et sa teneur en eau. Les civilisations pharaoniques et coptes avaient déjà recours à de tels procédés en utilisant ces chambres pour conserver la nourriture au frais. Il suffirait donc, à partir de ces pièces froides, de faire monter des canalisations reliées au circuit des vents pour climatiser naturellement l’immeuble.

03(Source Nicolas Grimal)

Les deux idées se complètent

Le chercheur précise que cette nouvelle conception de l’immeuble intègre les deux idées réunies, d’une part la fraîcheur des vents du nord et, d’autre part celle des couches souterraines, lesquelles participent mécaniquement à la climatisation interne et au renouvellement de l’air sans électricité. Il souligne les avantages d’une telle association et les conséquences sur la qualité de vie des habitants ainsi que sur la préservation atmosphérique et l’environnement.

Suivant ses calculs, dans un bâtiment utilisant ces deux méthodes de rafraichissement, le renouvellement de l’air se produit jusqu’à 51 fois par heure, un chiffre acceptable pour un résultat sain sans effet néfaste, alors que la climatisation d’aujourd’hui ne peut pas atteindre le quart de cette efficacité sans une consommation électrique ruineuse et causant diverses maladies rhumatismales et respiratoires.

04(SipaneHoh)

Le Dr. Ahmad ajoute enfin qu’aujourd’hui l’Egypte utilise trois millions de climatiseurs, un chiffre qui ne cesse de grimper. Avec la chaleur croissante, cela implique une utilisation monstrueuse d’électricité désormais équivalente à 21% de l’énergie électrique du pays (soit quatre centrales électriques). Sans parler du prix de la consommation qui augmente de 0,7% lors des grandes chaleurs d’été.

Le recours à des procédés naturels mécaniques et un effort architectural qui peut contrer cette surconsommation apparaît donc comme une évidence. La hausse de la consommation électrique actuelle se traduit négativement sur l’éclairage des rues (0,5% de moins d’électricité consacrée), ce qui pourrait influer sur des problèmes sécuritaires et autres.

Tout ceci défend l’idée que l’architecture devrait jouer un rôle important dans le respect de l’environnement et l’amélioration de nos modes de vie.

Wajih Al Sakkar | Al-Ahram
19-10-2010
Adapté par : Sipane Hoh

* La tour des vents est un élément traditionnel d’architecture utilisé depuis des siècles pour créer une ventilation naturelle dans les bâtiments.

04(tour a vent)

N.B. Cet article est paru en première publication sur le courrier de l’architecte le 04 mars 2011.

Beyrouth, un urbanisme de tours qui n’a rien d’historique

02Bey@SipaneHoh

Dans une tribune publiée le 7 juillet 2012 dans les colonnes du quotidien libanais As-Safir, l’architecte Mazen Haydar pointe la décrépitude des constructions historiques de Beyrouth et la prévalence simultanée d’une architecture standardisée, sans âme et commercialement rentable. Dans une ville qui ne cesse de se reconstruire, est-ce vraiment dommageable?

Beyrouth

Contexte
Après une guerre civile de près de vingt-cinq ans, à l’heure d’une paix fragile, faut-il s’étonner qu’un plan local d’urbanisme donne libre cours à la hauteur dans certains quartiers du centre de la ville ?
C’est le cas à Beyrouth, où les promoteurs remplacent sans cesse l’architecture prestigieuse d’époque par une autre beaucoup plus haute et, de fait, financièrement alléchante. Dernièrement, des tragédies provoquées par l’effondrement de fondations mal entretenues ayant causé la perte de vies humaines sont devenues prétexte à se défaire de quelques anciennes demeures classées.
Toujours est-il qu’aujourd’hui, l’architecture de Beyrouth se trouve tiraillée entre deux tendances : la préservation d’un patrimoine en péril et l’édification d’une modernité proclamée.
SH

03Bey@SipaneHoh

LE PATRIMOINE ARCHITECTURAL DE BEYROUTH ET L’ABOLITION DE LA MEMOIRE
Mazen Haydar | As-Safir

BEYROUTH – A chaque fois que nous évoquons le patrimoine architectural au Liban et la sauvegarde de ce qu’il en reste, nous acquérons, vis-à-vis des autorités, le statut de quémandeurs. Pour plaider notre cause, il convient de rappeler que l’une des tâches les plus simples des institutions serait de protéger le patrimoine de toute démolition, de le faire connaître de tous les citoyens et, pourquoi pas, de le mettre en valeur et l’inclure dans les programmes scolaires.

Après les années de guerre intense, quelques intéressés spécialistes d’architecture ont poussé à la destruction de notre patrimoine, alors même que la guerre civile a épargné une partie conséquente des immeubles appartenant à l’époque ottomane ainsi que de nombreux édifices érigés pendant le mandat français. De même pour les quelques témoignages de l’époque moderne.

Une fois la guerre terminée, une autre guerre, celle de la rentabilité, a pris place. Depuis, durant notamment les premières années de paix, nous avons perdu une quantité importante de notre héritage architectural. Non que ce dernier ne fut perçu comme un nouveau secteur d’investissement pouvant ramener les touristes vers notre pays mais parce que le rapport financier d’une reconstitution ou d’une réhabilitation est peu satisfaisant.

La destruction délibérée est une scène courante à Beyrouth. Détruire l’ancien et faire du neuf est ancré dans les esprits. Combien sont les habitants de la ville qui se souviennent des anciennes rues et de leur architecture ? Combien parmi ceux-là attachent ce souvenir avec les monuments connus d’autrefois ? Combien sont-ils d’imaginer que la destruction n’est pas une fin en soi et qu’il existe d’autres alternatives comme la réhabilitation de leurs demeures ?

Plusieurs anciens palais ont été détruits non seulement à cause de la guerre mais intentionnellement, pour des raisons purement financières. Ainsi du palais d’Achoura, démoli en 2011. La liste est longue. Si certaines résidences n’ont pas subi une destruction complète, les constructions avoisinantes ont entrainé l’endommagement d’une grande partie de leurs fondations.

De plus, dans nombre de bâtiments historiques, le vandalisme est marqué. Nombreux sont les destructeurs qui sont rentrés illégalement pour arracher quelques fenêtres par-ci, détruire d’autres moulures par-là, ce qui a rendu les édifices encore plus vulnérables. Plus ces immeubles sont en ruines plus leur destruction semble justifiée. Avenir promis aux bâtiments classés de la dernière liste de 1998 ? Des propriétaires étaient pourtant prêts à tout pour «libérer» leurs biens de toute destruction possible et imaginable.

Au Liban, aucune loi ne limite à Beyrouth la hauteur maximale de la ville.

04Bey@SipaneHoh

Punition

Ainsi, la classification et la préservation de l’architecture traditionnelle au Liban tombe sur le propriétaire du bien comme une punition. Pour certains d’entre eux, le préjudice est double puisqu’ils ne peuvent pas matériellement donner une nouvelle vie à ces bâtiments. D’où la mise en vente de la plupart de ces trésors historiques pour des raisons financières.

La plupart des acheteurs sont des investisseurs qui préfèrent démolir ces biens en mauvais état pour tirer davantage d’une construction neuve. En conséquence, Beyrouth perd des joyaux, gardés parfois de génération en génération, dont les héritiers finissent par céder à l’appât du gain. Construire des tours est devenu beaucoup plus rentable que de garder une ancienne maison, aussi prestigieuse soit-elle.

N’oublions pas que la valeur patrimoniale d’un édifice n’est pas seulement dans ses caractéristiques architecturales et historiques mais aussi dans le dialogue avec l’environnement urbain qui l’entoure. Si on ampute ce dernier de ses quelques éléments fondateurs, les autres édifices alentours deviendront fades et perdront de leur valeur, aussi séduisants soient-ils.

C’est ce qui est arrivé à l’une des rues de Beyrouth où, au nom de la nouvelle architecture, on a détruit des immeubles datant des années cinquante qui complétaient agréablement le tissu historique du quartier. Résultat : on se retrouve avec un bâtiment classé par-ci, un autre par-là sans une vraie harmonie ni lien entre eux.

Ce que nous proposons ici n’est pas la limitation de cette vague de ventes massives, surtout dans les quartiers de Zarif et de Kantari ou bien de Mar Maroun ou d’Achrafieh, mais de mettre ces bâtiments sous contrôle permanent, ne serait-ce que ceux dont les habitants ont déjà signalé du vandalisme près de l’association ‘Sauvez Beyrouth’.

05Bey@SipaneHoh

La démolition accélérée

Après la catastrophe de ‘Fassouh’, où un ancien immeuble a causé la mort de plusieurs citoyens, la question de la sécurité autour des monuments historiques a été largement débattue à Beyrouth.

On craignait une décision imminente pour une démolition accélérée de quelques anciennes bâtisses de grande valeur patrimoniale, chose qui malheureusement n’a pas tardé à venir : trois bâtiments historiques qui se trouvaient dans le quartier de Hamra ont subi un sort dramatique, une destruction complète pour des raisons de sécurité. Dans certains cas, une restauration pourrait suppléer à l’amputation.

01Bey@SipaneHoh

L’actuelle tentative d’abattre les derniers éléments qui nous restent du tissu architectonique de certains quartiers de Beyrouth n’est que négation de son histoire. Il faut sauver le restant du patrimoine architectural avant qu’il ne soit trop tard.

En effet, demeurent aujourd’hui quelques quartiers au tissu urbain mis en danger par un «rêve de tours», lequel menace l’équilibre esthétique de la ville.

Mazen Haydar | As-Safir | Liban
07-07-2012
Adapté par : Sipane Hoh

Les photos : © Sipane Hoh

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 21 novembre 2012.

Zaha Hadid, Lady Gaga de l’architecture ?

@MatteoStaltari

La disparition progressive de l’instinct humain serait-elle comparable à l’ascension sur la scène musicale d’une Lady Gaga ? Dans une chronique parue le 31 juillet 2012 dans le journal de langue arabe Arch-News, l’architecte Marwa Alsabouni estime que le succès rencontré par l’architecture de Zaha Hadid n’est pas le fruit d’un simple engouement mais un phénomène contemporain.

Emirats Arabes Unis | Zaha Hadid

Contexte
Figure du mouvement déconstructiviste et première femme à obtenir le Pritzker, Zaha Hadid est une architecte reconnue sur la scène internationale. Quel rapport avec la chanteuse Lady Gaga ?
Selon l’architecte Marwa Alsabouni, deux univers radicalement différents peuvent pourtant générer de semblables réactions chez l’être humain.
De nous plonger dans les fondamentaux du déconstructivisme entraînant des conceptions architecturales en rupture avec l’histoire, le site, les traditions et la société.
L’architecture de Zaha Hadid serait-elle thérapeutique ?
SH

LA LADY GAGA DE L’ARCHITECTURE DU XXIE SIECLE
Marwa Alsabouni | Arch-News

ABU DHABI – Si nous allions faire un tour le long de l’avenue principale d’une capitale mondiale, nous y assisterions à un spectacle culturel à nul autre pareil. Nous y verrions sans doute des visages et des corps recouverts de tatouages, de couleurs et de vêtements de toutes sortes. Des voitures à l’allure d’engins spatiaux circuleraient autour de nous et différents écrans électroniques s’allumeraient entre les mains et dans les sacs des passants. Par ailleurs, les vitrines des boutiques ajouteraient aux millions d’images emplissant la rue.

Nous remarquerions sans doute des posters de la célèbre chanteuse Lady Gaga, la plus excentrique d’entre toutes avec ses vêtements, sa coiffure et son maquillage affriolants.

In fine, peut-être croiserions-nous un édifice conçu par l’architecte Zaha Hadid, clou de notre visite, que nous confondrions avec un bâtiment du film ‘Avatar’, de James Cameron.

Tout comme les autres arts, l’architecture a toujours été l’expression de la culture, qui n’est autre que le reflet de la connaissance et de l’instinct humains. Mais qu’en est-il de cette connaissance et de cet instinct aujourd’hui ?

Concernant la connaissance, je pense qu’il n’existe aujourd’hui que des extrêmes. D’un côté, les penseurs les plus sages et les plus grands créateurs, de l’autre, les esprits les plus ignorants.

@Richard Wasenegger

Mais qu’en est-il de l’instinct ? Qu’est-ce que l’instinct et comment l’identifier ? Je pense qu’il fait, de tous temps, partie inhérente de la nature humaine. A l’instar du ‘pilote automatique’ des avions, il assure notre survie.

Depuis son existence sur terre, l’homme se tient à distance de ce qui le met en danger ou provoque sa mort, se rapprochant de la vie. A ce titre, il y a des formes architecturales jugées ‘hostiles’ alors que d’autres seraient, au contraire, ‘chaleureuses’.

Les êtres humains s’éloignent instinctivement de ce qu’ils anticipent comme étant dangereux – même si ce n’est pas le cas -. C’est en substance ce qu’évoque Roger Scruton (un philosophe anglais conservateur, nda) dans son livre The Aesthetics of Architecture (1979), où il explique que le fait de percevoir des formes comme ‘hostiles’ ou ‘cruelles’ n’est pas d’ordre visuel ; il s’agit là d’un phénomène commun qui n’est pas propre à l’architecture.

Roger Scruton ne précise pas clairement pourquoi une forme est perçue comme ‘douloureuse’ par l’esprit humain. Qu’est-ce qui provoque cette appréhension ?

Il s’agit d’expériences instinctives, propres à tous les êtres humains. Ceci expliquerait pourquoi les angles pointus ne sont pas légion dans les espaces publics et notamment les jardins d’enfants. Même s’ils étaient conçus de manière à éviter les accidents, ils provoqueraient ‘automatiquement’ notre méfiance.

@Alfred Essa

Cependant, qu’en est-il de l’instinct aujourd’hui ?

A l’ère des technologies les plus avancées, l’étrangeté – c’est-à-dire le détachement de notre instinct – fait partie de notre quotidien.

Ce phénomène explique-t-il le rayonnement de l’architecture de Zaha Hadid au XXIe siècle ? La privation d’instinct et la recherche de sensations fortes expliquent-elles l’engouement pour ses bâtiments ?

Il est normal pour l’être humain, à l’heure où l’instinct se perd et où le progrès représente un défi quotidien, d’être à la recherche d’aventures telles le saut en parachute, le saut à l’élastique et autres expériences dont les clones de Lady Gaga se font les chantres.

Mais voulons-nous réellement sauter tous les jours d’un avion ? Les jeunes hommes veulent-ils voir leur épouse ressembler à Lady Gaga ?

Si la réponse est ‘oui’, alors les bâtiments de Zaha Hadid rempliraient nos villes.

Cela écrit, si d’instinct nous avons besoin d’entendre le bruit des courants et du vent dans les arbres, comme nous avons besoin de contempler l’ordre de l’univers qui se manifeste dans les feuilles des arbres comme aux pieds des montagnes, de la même façon, nous avons besoin de sauter de temps à autre d’un avion ou de sentir l’orage gronder.

Nous en appelons à Lady Gaga et à l’architecture excentrique de Zaha Hadid pour secouer la monotonie de nos vies et de nos villes.

Arch-News | Marwa Alsabouni | Emirats Arabes unis
31-07-2012
Adapté par : Sipane Hoh

Photo 1 : © Matteo Staltari

Photo 2 : © Richard Wasenegger

Photo 3 : © Alfred Essa

N.B. Cet article est paru en première publication sur le courrier de l’architecte le 12 septembre 2012.

Aller à Dubaï et voir Bastak

02(@Pocoapoco)

D’aucuns l’oublient souvent mais il y eut une vie à Dubaï avant les gratte-ciel. Le 29 août 2012, Chaker Nouri, journaliste, tenait d’ailleurs à le rappeler dans les colonnes du quotidien dubaïote Asharq Al-Awsat. En témoigne, selon lui, le quartier de Bastakya, édifié au XIXe siècle par des marchands émigrés iraniens. Découverte.

Emirats arabes unisDubaï | Patrimoine

Contexte
Dubaï, la ville à l’architecture extravagante a, depuis vingt ans, réuni à elle seule des centaines de griffes d’architectes.
Seulement voilà, cette ville créée ex nihilo possède, à l’ombre de ses tours, un quartier historique rarement évoqué par ailleurs. Quittons les grands axes bordés de brillantes tours, dirigeons-nous vers Bur Dubaï (la crique) et remontons ce bras de mer vers le quartier de Deira, connu par ses anciens souks.
Là, au fil des rues, une découverte. Un tissu urbain traditionnel avec d’étroites ruelles, des tours à vent et des maisons donnant sur des cours intérieures. Une vraie richesse ! Un quartier qui raconte aussi l’histoire d’immigrés iraniens qui ont élu domicile à Dubaï au début du XIXe siècle en y construisant un quartier à l’image de leur ville de provenance, Bastak.
Les autorités locales ont longtemps négligé ce patrimoine, ne s’intéressant qu’aux édifices ultramodernes. De nombreuses maisons ont été détruites, d’autres sont tombées en ruine. Pourtant, durant ces dix dernières années, la municipalité de Dubaï a mené de grands travaux de restauration, le but étant la préservation de l’unique localité historique de la ville.
Des musées d’art (traditionnel et moderne) ont été installés dans des constructions d’époque et l’ensemble est devenu une nouvelle attraction touristique ayant le patrimoine pour thème.
Quelle image garder de Dubaï ?
SH

01(@Jensimon)

AL BASTAKYA, LE QUARTIER HISTORIQUE DE DUBAI QUI RESISTE AUX GRATTE-CIEL
Chaker Nouri | Asharq Al-Awsat

DUBAI – La ville, destination légendaire mondiale, est aujourd’hui connue pour son marché foisonnant d’antiquités et d’artisanat.

Le quartier de Bastakya est le plus ancien, voire le plus prestigieux de Dubaï tant les habitants ont tenu à en conserver l’histoire face à l’invasion des gratte-ciel. Il est à noter cependant qu’une grande partie des propriétaires a choisi de déménager pour vivre dans les quartiers modernes de la banlieue.

L’origine du nom de ce quartier revient à la ville iranienne de Bastak d’où, au début du XIXe siècle, partirent à destination de Dubaï les premiers commerçants immigrés. Ces derniers se sont installés dans cette localité en y introduisant une grande partie de tout ce qui aujourd’hui fait l’authenticité du lieu.

Depuis, Bastakya est devenu un endroit qui accueille des festivals culturels et autres événements patrimoniaux. On y organise des ateliers pédagogiques pour des élèves comme on y affiche des produits artisanaux qui font rayonner la culture locale dans le monde extérieur. Un lieu d’expositions y a même trouvé place ainsi que quelques restaurants et cafés qui font de cette localité un lieu de vie à part entière.

04(@Pocoapoco)

Au milieu des années quatre-vingt-dix, la municipalité de Dubaï a acheté la plupart des habitations du quartier pour mieux les préserver, initiative qui a fini par susciter la curiosité du comité du patrimoine de l’Unesco.

En 1950, cette cité constituait le «Dubaï d’autrefois» alors qu’aujourd’hui, 62 ans plus tard, elle représente moins d’un pour cent de la ville.

Les maisons de Bastakya sont composées d’un mélange de pierre rouge, de plâtre et de sable et sont couvertes d’une décoration complexe de bois et de pierre. Le style architectural de ce quartier est unique.

Avec ses ruelles exigües, ses constructions superposées et ses tours à vent, ce morceau de ville, bien que minime, dessine une importante époque de l’histoire de l’architecture ainsi que le développement urbain et civil de Dubaï.

La Bastakya est située à l’est de l’émirat de Dubaï, dans le quartier de Bur Dubai qui s’étend deux cents mètres vers le sud le long des trois cents mètres du fleuve. Sa création remonte à 1890 et sa surface est aujourd’hui de 38.000m². Les travaux de restauration ont commencé dans ce quartier en 1996, selon un calendrier bien étudié pour une requalification de toute la région en gardant ses caractéristiques architecturales et urbaines.

Il a été convenu que cette localité devienne un témoin de la tradition en misant sur le tourisme via l’implantation de musées, de salles d’expositions, d’hôtels et de plusieurs marchés traditionnels. Concernant la restauration et pour garder les principales caractéristiques architecturales, des matériaux ancestraux ont été utilisés. Ainsi, les matières premières disponibles aux environs ont permis de reproduire tout le savoir-faire de l’ancien.

La reconstruction de ce quartier historique a réintroduit de la vie dans ces bâtiments puisque l’on y trouve aujourd’hui des bureaux gouvernementaux et semi-gouvernementaux ainsi que des bureaux offrant moult services aux touristes étrangers et aux résidents des Emirats Arabes Unis.

05(@Pocoapoco)

Les constructions sont inspirées des styles architecturaux de l’Iran, de l’Inde et de l’Asie du sud-est, le tout influencé par l’appartenance et les moeurs de l’architecture islamique. Citons également les éléments esthétiques de l’art abstrait qui constituent une étape importante du développement de l’architecture de Dubaï. Comment oublier les empreintes laissées par plusieurs grands architectes de l’époque pour qui l’étroitesse des rues et la densité des maisons implantées constituaient une réponse naturelle aux quelques problèmes environnementaux ?

Certains bâtiments emblématiques ont été renommés ; citons par exemple l’immeuble construit par Mir Abdullah Amiri en 1930 dans lequel sont actuellement exposées des oeuvres d’art et des peintures traditionnelles ; citons également, parmi d’autres, l’immeuble à l’architecture remarquable construit en 1925 par Abdul Rahman Mohammed Farouk et qui, aujourd’hui, est devenu un centre de séminaires et de conférences de presse.

L’ancien hôtel de deux étages construit en 1960, sa cour intérieure et sa tour à vent apportent également un témoignage sur l’architecture typique d’autrefois. Parmi les autres architectes, le nom de famille Bastaky revient souvent, nous rappelant sans cesse les origines de ce quartier.

Ainsi, la Bastakya et ses constructions ancestrales représentent aujourd’hui l’une des rares exceptions architecturales de tout le pays.

Chaker Nouri | Asharq Al-Awsat | Dubaï
29-08-2012
Adapté par : Sipane Hoh

photo 1: © pocoapoco

photo 2: © jensimon

photo 3: © pocoapoco

photo 4: © pocoapoco

N.B. Cet article est paru en première publication sur le courrier de l’architecte le 10 octobre 2012.

La dernière oeuvre de Gae Aulenti

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Dans un article paru le 17 août 2012 dans la revue italienne spécialisée Archiportale, la journaliste Cecilia Di Marzo présente la dernière réalisation de l’architecte Gae Aulenti, décédée en octobre 2012 : la restructuration du palais Branciforte de Palerme en pôle muséal de premier ordre en Sicile comme à l’échelle du pays.

Italie | Culture | Palerme |

Contexte
La restauration et la transformation en pôle muséal du palais Branciforte de Palerme est l’une des dernières oeuvres de l’architecte italienne Gae Aulenti, décédée le 31 octobre 2012 à Milan.
Situé dans le coeur historique de la ville, au sein du quartier Castellammare, le palais date de la fin du XVIe siècle. Lors des mouvements révolutionnaires de 1848, les deux étages en bois du bâtiment furent complètement détruits. Depuis, plusieurs espaces du palais ont perdu leur fonction d’origine.
La dernière restauration, dirigée par Gae Aulenti, a redonné à l’édifice son éclat d’antan tout en conférant contemporanéité à l’ensemble. Les travaux, débutés en 2007, ont duré quatre ans. Grâce à une minutieuse restructuration, le Palais Branciforte est redevenu un précieux témoin de l’histoire de Palerme.
SH

01@EzioFerreri

GAE AULENTI REND LE PALAZZO BRANCIFORTE A LA VILLE
Un lieu unique combinant innovation et identité
Cecilia Di Marzo | Archiportale

PALERME – Lors d’une cérémonie présidée par le président de la République Giorgio Napolitano, le Palazzo Branciforte fut inauguré en mai dernier. Ce bâtiment historique en plein coeur de Palerme a fait l’objet d’une restauration complète, parrainée par la ‘Fondazione banco di Sicilia’ et signée par l’architecte Gae Aulenti.

Dès le XVIe siècle, le palais exposait une extraordinaire collection archéologique, ainsi que diverses pièces de poterie, de céramique, des timbres, des pièces de monnaie et même des sculptures. Lesquelles constituent les piliers d’un grand musée de la mémoire sicilienne qui réunit les aspects artistiques et culturels les plus intéressants de l’île dans un contexte architectural de grand prestige.

La restauration complète du Palazzo di Branciforte a été attribuée à l’architecte Gae Aulenti en 2007, son projet de réhabilitation ayant pour enjeu de transformer l’édifice historique en un pôle culturel tout en gardant intacte la partie la plus significative qui représente une surface de 5.650 mètres carrés.

La restauration a permis de redonner vie au Palazzo, de rehausser sa beauté raffinée et d’adapter ses espaces intérieurs à différents usages. Le tout dans un respect absolu des caractéristiques originales et morphologiques des éléments architecturaux les plus importants. L’un des principaux objectifs était de réévaluer les espaces architecturaux de manière à garder les fonctions originelles et rétablir la petite ruelle intérieure ainsi que la cour d’honneur et les écuries qui se trouvent au rez-de-chaussée.

Le projet de réaménagement conçu par l’architecte Gae Aulenti prévoit une série d’installations à l’intérieur du Palazzo tels une bibliothèque, une salle de conférences (Auditorium Branciforte), une école de cuisine et des bureaux pour le personnel.

L’opération a donc permis de restaurer et valoriser les différents espaces modifiés au cours du temps sans changer le noyau de l’édifice.

02@EzioFerreri

La première extension a été réalisée en 1801 à l’époque où le palais est devenu le siège du ‘Monte di Santa Rosalia’. Les modifications les plus notables ont été effectuées quelques décennies plus tard, après différents événements ayant altéré le bâtiment à plusieurs reprises. Tout d’abord, suite au bombardement de 1848, un incendie a provoqué l’effondrement d’une grande partie de la dalle intérieure. A la suite de quoi, les travaux de restructuration et de consolidation structurelle entrepris immédiatement n’ont pas pris en compte les caractéristiques architecturales de l’édifice.

Le toit en pente du palazzo a été reconstruit mais les dalles entre le premier et le deuxième étage n’ont pas été restaurées. A cette occasion fut décidée la création de grandes étagères en bois qui caractérisent encore l’aile est du palais.

La restauration actuelle, effectuée par l’architecte Gae Aulenti, a amélioré et valorisé la nature intrinsèque du Palais Branciforte. Ainsi, la fonctionnalité de certains espaces a été restaurée tout en marquant leurs destinations successives.

Le travail de restauration a transformé le bâtiment en un nouveau lieu urbain tout en préservant son origine. L’édifice est devenu un point de repère de premier ordre dans le paysage culturel italien.

Cecilia Di Marzo | Archiportale | Italie
17-08-2012
Adapté par : Sipane Hoh

Source : Archiportale.

N.B. Cet article est paru en première publication sur le courrier de l’architecte le 05 décembre 2012.