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Quand la sculpture entretient l’architecture

Sculpture Architecture

Architecture emblématique, bâtiment-phare, Signal iconique, formes novatrices… Des projets se multiplient et créent d’incontournables (?) spectacles urbains. La conception d’un tel ‘événement’ est-elle passage obligé pour la revitalisation de quartiers urbains en déshérence ? Est-ce une idée neuve pour une ville plus prospère ? Chronique de Sipane Hoh.

Europe | Aménagement du territoire

A la recherche d’un emblème urbain

Depuis toujours, la structure de la ville a été définie par un plan d’urbanisme générateur bouleversé par l’extension parfois imprévisible des villes. Le bâti architectural s’est constamment adapté au tissu urbain existant que ce soit en s’affirmant et se démarquant du reste comme une entité visible ou bien en s’effaçant dans ce paysage urbain dense.

Au fil du temps, chaque civilisation a laissé sa propre marque architecturale sur la ville. Aujourd’hui cette dernière est devenue une accumulation et un assemblage de morceaux qui cohabitent dans un périmètre défini.

L’effet Bilbao

Bilbao, une ville de 350.000 habitants du pays basque espagnol, possède une histoire symptomatique. Au début du XXème siècle, elle était peu ou prou la ville la plus riche d’Espagne. Après la guerre civile puis la crise industrielle de 1980, polluée et décriée, elle est devenue une cité où les friches industrielles et portuaires n’ont cessé de s’étendre, jusqu’à atteindre une ampleur démesurée. Un renouveau urbain s’imposait comme une nécessité tandis qu’il fallait d’évidence redonner une image acceptable à cette ville qui portait encore les cicatrices de la vie métallurgique d’autrefois.

A partir de 1989, les grands travaux ont envahi Bilbao. Parvenir à, de nouveau, offrir, l’image d’une ville dynamique était la priorité de ses autorités, lesquelles ont mené à cet effet une politique ambitieuse et acharnée, que ce soit dans le domaine de l’urbanisme ou celui des équipements publics. C’est alors que la ville et le gouvernement nationaliste basque ont imaginé l’édification d’un projet-phare devenu, depuis sa livraison en 1997, son emblème.

Sculpture Architecture

Le choix du ‘starchitecte’ Franck Gehry n’était pas anodin. Son architecture extravagante et particulière a séduit les décideurs. Avec son aspect futuriste, ses lignes courbes, ses feuilles de titane, le musée Guggenheim de Bilbao attire désormais les artistes et les visiteurs du monde entier. L’objectif des édiles est donc désormais largement atteint puisqu’ils estiment à environ 45.000 les emplois, directs et indirects, induits par ce bâtiment. De fait, le nom de Gehry est désormais associé à jamais à Bilbao tandis que l’investissement culturel initial s’est révélé être un placement extrêmement bénéfique, l’impact de l’oeuvre ayant très vite dépassé les frontières du pays.

Un immense projet de rénovation urbaine, qui a coûté quelques 700 millions d’euros, a accompagné cette construction clé. En quelques années, l’ancienne cité des chantiers navals est devenue une destination touristique de premier plan. En 2004, Bilbao s’est vu décerner le prix du meilleur projet urbain du monde (c’était lors de la biennale de Venise) ainsi que le Prix Européen de Planification Urbaine et Régionale. Aujourd’hui, Bilbao attire plus de 900.000 visiteurs par an, la cité noire – telle était son surnom – ayant laissé place à une cité nouvelle où dynamisme et culture vont de pair. D’ailleurs, aucun des projets d’envergure qui ont suivi (qui peut en citer un ?) n’a ni altéré ni modifié l’image de la ville. Le signal Guggenheim semble avoir balayé et pourtant réuni, le nouveau comme l’ancien.

L’effet Bilbao est-il un modèle pour la régénération des villes ?

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C’est au moins une tendance. Quelques villes européennes de taille moyenne ont su s’approprier l’exemple basque pour offrir un nouvel élan à leur urbanisme. Citons Graz, en Autriche, devenue en 2003 capitale européenne de la culture et qui sut profiter de l’occasion pour construire le Kunsthaus, un musée d’art contemporain également, qui tranche de manière radicale avec l’architecture historique environnante et devenu l’icône de cette ville de 250.000 habitants. Citons également la Casa da musica de Porto, au Portugal, une philharmonie signée Koolhaas.

Pour quelques réussites et encore bien loin de celle de Bilbao, combien d’échecs, de bâtiments passés inaperçus et aujourd’hui vides de touristes affairés ?

Et en France ?

L’effet Bilbao se fait sentir, sans surprise, également en France. Le centre Pompidou de Metz en est sans doute l’exemple le plus probant. Encore une fois, bien que l’ouvrage de Shigeru Ban soit sujet à critiques, il s’agit d’une oeuvre emblématique – un musée, quel hasard – et un ‘starchitecte’. Lyon, la deuxième ville de France, n’a pas échappé à l’effet de mode avec son plan de revitalisation intitulé Lyon-Confluence. Un grand musée – on s’en doutait -, un objet architectural signé par un architecte connu – Coop himmelb(l)au – et un budget conséquent (225 millions d’euros).

Il n’est pas certain cependant que Lyon ou Metz soient pour autant devenues des étapes incontournables sur les itinéraires pressés des touristes du Kentucky, de la Nouvelle-Galles du sud ou de l’Hokkaido.

Une nouvelle manière de promouvoir la ville ?

Tout ceci nous ramène cependant vers une architecture iconique et sculpturale, médiatique et événementielle, maintes fois énoncée. Autant de faits et gestes qui participent tant de l’évaluation de la ville que de son évolution et qui rendent d’actualité ces mots d’André Bloc :
«Si nous acceptons quelques centaines d’architectes de réputation internationale, nous sommes dans l’obligation de constater que, dans le monde entier, les oeuvres des urbanistes et des architectes atteignent une banalité d’expression désespérante. Il est urgent de modifier le système. Les moyens sont à notre portée et nous disposons non seulement d’immenses ressources techniques, mais aussi d’artistes qualifiés. La plupart des artistes contemporains se livrent à des travaux de recherche sans destination. Il est important qu’ils participent, avec les autres artistes, à l’élaboration du milieu urbain et à la création de nouveaux sites ou de jardins. (…) Pour le moment et sauf modification fondamentale de la formation des architectes, le travail sur maquette, l’organisation de la recherche et l’appel aux plasticiens et en particulier aux sculpteurs, sont les moyens propres à améliorer le niveau de l’expression architecturale».

La sculpture au secours de l’architecture ?

Parfois sans doute. Parfois.

Sipane Hoh

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 2 février 2011.

Les photos 1 et 2: ©thbz

La photo 3: © Sipane Hoh

 

Frank Gehry à Toronto, fantaisie en toute discrétion

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De Chicago à Hong Kong en passant par Paris, l’écriture majestueuse de Frank Gehry ne cesse d’onduler et d’interpeller quiconque la regarde. L’architecte, a l’origine de l’effet Bilbao quand il a livré en 1997 le musée Guggenheim en pays basque, est depuis reconnu du grand public. Visite d’AGO (Art Gallery of Ontario), dont l’extension livrée en 2008 est le seul ouvrage à Toronto, la ville de son enfance, signé Frank Gehry.

Culture | Canada | Frank Gehry | Musées

Dundas Street est l’une des artères du coeur de Toronto qui, autrefois, connectait la ville à l’extrémité ouest du lac Ontario. Aujourd’hui, cette avenue constitue le trait d’union entre les quartiers populaires – dont Chinatown – et quelques repères culturels fameux en Ontario, comme l’AGO (Art Gallery of Ontario).

Du quartier chinois vers les gratte-ciel du centre-ville, au croisement des rues Dundas et Beverley, une gigantesque affiche – «Creativity lives here», lit-on – démarque un bâtiment à la façade arrondie habillée de verre. La seule oeuvre conçue par Frank Gehry au Canada.

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Une grande affection lie l’architecte à Toronto où il est né et où, enfant, il accompagnait sa grand-mère pour visiter l’Art Gallery of Toronto (l’ancien AGO) et les autres établissements culturels de renom sur Dundas Street. Les siens habitaient dans un quartier populaire à grande concentration d’immigrés mais qui se trouvait à à peine 200 mètres du musée. Voila un Frank Gehry qui a donc arpenté maintes fois les rues avoisinantes et connait par coeur la morphologie des lieux comme nul autre architecte ne le saura jamais.

Aujourd’hui, l’architecte raconte que les découvertes faites lors de son enfance dans la métropole canadienne ont eu une grande influence sur son intérêt pour la peinture et la sculpture. La griffe de Frank Gehry, telle qu’on la connaît, pourrait-elle avoir ses prémices à Toronto ? Il est permis de le penser.

En 1900, le premier musée d’art d’Ontario a été installé dans ‘The Grange’, un ancien manoir géorgien datant de 1817. En 1918, les architectes Pearson & Darling ont quasi démoli l’édifice et, par ce geste, accompli la première de ses six expansions.

C’est en 2008, après un an de négociation, que Frank Gehry a gagné le septième agrandissement d’un musée à nouveau exigu – pourtant le dixième plus important musée du continent américain – en regard du don de 2.000 pièces légué au gouvernement par Kenneth Thomson, l’homme le plus riche du Canada.

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Le projet consistait à augmenter la surface de l’AGO de 40%, et ce à downtown Toronto. Une commande de taille, qui a fini par coûter la coquette somme de 276 millions de CAD (dollar canadien).

Outre le prestige conféré à la signature de Frank Gehry, la ville de Toronto avait-elle d’autres raisons expliquant son choix ? Toujours est-il que l’architecte, qui a quitté la ville canadienne à 18 ans pour s’installer définitivement avec ses parents à Los Angeles, a fait, via ce projet, un retour triomphant et apprécié*.

Malgré les diverses constructions extravagantes et fantaisistes de Frank Gehry dans le monde, la dernière extension de l’AGO se révèle d’une frappante discrétion. Matthew Teitelbaum, le directeur général du musée, avait déclaré, au début des travaux, que le projet privilégiait la fonction à la forme. Alors que Toronto cherche à attirer les touristes via ses constructions neuves et mise sur quelques clichés (comme les musées) susceptibles d’amener le grand public, l’architecture de l’AGO privilégie les visiteurs réguliers. Un challenge que Frank Gehry a brillamment relevé et qui en dit long de l’intérêt des habitants de Toronto pour leurs musées.

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L’intérieur dévoile un savoir-faire architectural qui, tout en respectant l’esprit du lieu, ajoute une touche inédite à l’ensemble. Tandis qu’à l’Est sont réunis le théâtre, la grande librairie et le restaurant, le coeur du musée (la cour historique) a subi une restauration minutieuse avec l’ajout d’un escalier à l’aspect labyrinthique qui perce la verrière pour accéder à la terrasse extérieure.

L’escalier en question, parfaitement signé par l’architecte, est devenu une curiosité à part entière. Les agents de sécurité précisent que seulement quatre photos sont permises à l’intérieur de l’édifice. De ce fait, l’escalier monumental, pièce maîtresse du musée, est un lieu couru pour qui souhaite l’immortaliser en photo.

Une fois à l’intérieur, l’autre curiosité du lieu est la Galleria Italia qui occupe le côté nord-est du musée et donne sur la rue Dundas et ses différentes maisons d’époque. La galerie se trouve au niveau du deuxième étage et, semblable au ventre d’un navire, est constituée de nervures en bois tandis que le verre procure à l’ensemble une grande luminosité.

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Avec les conceptions de Frank Gehry, les gens ont l’habitude d’admirer le métal comme l’un des principaux matériaux utilisés. Ici, à Toronto, le visiteur découvre le bois et sa maniabilité. Dans cette fantaisie architectonique, d’aucuns peuvent trouver un rapprochement entre les formes fluides de l’AGO et celles de l’architecture d’Alvar Aalto, avec laquelle l’architecte dit avoir une grande affinité.

Finalement, le musée Art Gallery of Ontario n’est pas un bâtiment complexe propre à caractériser le génie de Frank Gehry, c’est un superbe manifeste situé au juste carrefour entre nostalgie et renouveau.

Sipane Hoh

 

* Le critique d’architecture natif de Toronto, Christopher Hume : «to put it simply, Gehry’s revamped AGO is a masterpiece, but just as important, it is the easiest, most effortless and relaxed architectural masterpiece this city has seen».
Le critique d’architecture du New-York Times, Nicolai Ouroussoff : «its interiors underscore one of the most underrated dimensions of mr. Gehry’s immense talent : a supple feel for context and an ability to balance exuberance with delicious moments of restraint».

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N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 05/09/2012.

Signé Gehry…

En regardant cette photo, personne ne se trompe, il s’agit de l’une des œuvres de Frank Gehry. Sa griffe unique caractérise tout bâtiment qu’il se trouve à Paris, New-York ou en à Düsseldorf. Une signature ? Oui, certains architectes tiennent à cette particularité qui rend leur travail connu du premier coup d’œil.

Ici, on se trouve à Düsseldorf, sur une friche industrielle qui contenait jadis des entrepôts. Dans les années quatre-vingt-dix, un grand chantier de réaménagement de la façade portuaire a été entrepris. Plusieurs bâtiments anciens ont été réhabilités, on a rajouté de nouvelles bâtisses, changeant complètement les anciens préjugés vis-à-vis de ce morceau de ville.

L’ensemble se compose de trois entités construites en béton, des immeubles de bureaux où les formes fluides donnent le ton de son architecte. Chaque revêtement est unique et malgré la différence où l’on trouve à la fois le métal, le plâtre et la brique, le tout s’approprie le lieu et le visiteur reste curieux…

A voir: ici.

La photo: © Philippe Cottier

 

Aux lignes pures…

Les édifices de Frank Gehry portent toujours une griffe unique. L’écriture de l’architecte dans l’environnement urbain interroge quelques visiteurs, interpelle chaque curieux d’architecture et enchante tout photographe.

Ici, il s’agit de la première construction de Frank Gehry dans la ville de New-York. Un bâtiment aux lignes pures et à la plastique singulière. L’effet translucide engendré par les panneaux en céramiques qui ornent les façades donne un air éthéré à l’ensemble. Son emplacement, ses formes et sa signature identifiable parmi toutes, sont des atouts non négligeables pour ce monument de dix étages…

A voir : ici et .
La photo : © Philippe Cottier.

Venue d’ailleurs…

C’est un immeuble de bureaux qui se trouve dans le centre de la capitale tchèque.

Mais pas n’importe lequel. Pour certains c’est la « Maison dansante », pour d’autres « Un immeuble original  qui se trouve au bord de la Vltava » et pour son architecte « Fred et Ginger”. Une construction qui a eu pour références deux icônes de la comédie musicale américaine : Fred Astaire et Ginger Rogers. Drôle ’appellation

qui prend sa signification une fois sur place.

Cette architecture déconstructiviste qui a pu mêler subtilement deux tours en un seul bâtiment pour un résultat des plus spectaculaires est pour le moment l’un des rares pas de cette capitale vers une architecture nouvelle. Pourtant elle date de 1996 et depuis l’architecture contemporaine s’affiche très timidement dans la ville.

Aujourd’hui, cet immeuble de Frank Gehry qui à l’époque agissait comme une révolution fait partie intégrante

de la ville. Entre les immeubles d’art nouveau dont Prague est fière, le cubisme dont la ville est une référence,  cette silhouette venue d’ailleurs continue à séduire et interpeller chaque visiteur…

D’autres photos se trouvent sur ma galerie publique: ici.

 

Quelques réflexions (2)…

Abou-Dhabi : Vers une capitale culturelle…

Abou-Dhabi, la capitale des Emirats arabes unis, est un mélange architectural étrange où les immeubles de trente ans côtoient ceux d’aujourd’hui. Vu sa situation géographique, se trouvant sur une île, reliée par deux ponts, l’extension reste limitée si ce n’est qu’impossible. A partir de là, chaque nouveau projet devrait remplacer forcément un ancien. On assiste à une recomposition et une restructuration lente de toute une ville où l’on peut encore trouver d’anciens quartiers qui ont existé il y a plus de trente ans avec leur ambiance typique d’autrefois.

Mais Abou-Dhabi prétend à une appellation plus prestigieuse qu’une simple capitale administrative. Malgré la difficulté de son extension, et à cause de la concurrence de sa rivale Dubaï qui se trouve à moins de 150 km, elle cherche à avoir une reconnaissance internationale connue sous le nom de « capitale culturelle ».

Géographiquement riche par l’existence de quelques îles naturelles qui longent sa côte, elle va imaginer l’implantation de plusieurs projets internationaux, conçus et étudiés par les agences d’architecture les plus connues et puissantes de la planète. Du jour au lendemain, on y verra défiler des noms de stars comme Jean Nouvel, Zaha Hadid, Frank Gehry et Tadao Ando.

Ces noms seront liés à des constructions culturelles qui vont marquer à jamais la capitale et qui viendront compléter tout un programme balnéaire conçu pour attirer les investisseurs et les touristes étrangers. Mais à présent, il y a beaucoup à faire, les projets sont lancés, les terrains prêts, la publicité à son comble mais il va falloir attendre encore quelques années pour voir concrétiser un rêve tant souhaité…








Les photos : © Sipane Hoh