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Quand Benthem Crouwel Architects et Hofman Dujardin croisent leurs savoirs

© Jannes Linders pour Benthem Crouwel Architects

Le 7 janvier, Cedar, les nouveaux bureaux de la plus grande banque des Pays-Bas, a été inauguré officiellement à Cumulus Park à Amsterdam. Il s’agit d’une charmante réalisation conçue par Benthem Crouwel Architects et Hofman Dujardin.

Une nouvelle façon de travailler

A Amsterdam, la nouvelle construction transparente et durable qui a été conçue pour 2.800 employés de l’entreprise ING a été réalisée par Benthem Crouwel Architects et HofmanDujardin. Le concept incarne une nouvelle façon de travailler. En effet avec des intérieurs flexibles et innovants, l’ensemble inspire les gens à se rencontrer, à se connecter et à être encore plus créatifs.

« Cedar » est un nouveau type de bureau qui se compose de deux volumes de cinq étages reliés par une passerelle vitrée qui assure une liaison rapide au sein du bâtiment. Ce dernier, son intérieur et le parc environnant sont conçus comme un tout intégral et accueillant, établissant une nouvelle typologie pour les institutions financières. En effet, au lieu de mettre l’accent sur la sécurité et le pouvoir, l’architecture se concentre sur la transparence, la connectivité et la collaboration.

Selon les architectes, la conception hautement durable et centrée sur l’homme est un exemple notable de la volonté de la firme de responsabiliser les personnes dans un bâtiment qui s’ouvre à la société. Le design a reçu le label de durabilité BREEAM-NL Outstanding. La réalisation est située à Cumulus Park, à Amsterdam Zuidoost, dans un quartier innovant et dynamique.

Un jardin urbain

La décision des architectes de Benthem Crouwel de déplacer le bâtiment à l’arrière de la parcelle a créé une grande zone verte devant le bâti. Ce jardin urbain, conçu par les architectes paysagistes de Karres en Brands, devient le cœur du quartier de l’innovation reliant les bâtiments et les utilisateurs, les résidents et les visiteurs tout en améliorant l’espace public de toute la zone. En raison de son orientation générale, le bâtiment se présente comme un volume qui sied à son environnement où l’on trouve une multitude de bâtiments de faible hauteur et plusieurs niveaux dans le paysage urbain. Une piste cyclable traverse directement l’édifice, soulignant en outre que ce dernier n’est pas un obstacle pour se déplacer, mais fait partie intégrante de l’espace urbain, améliorant la connectivité.

« L’urbanisme et l’architecture de Cedar évoluent autour de la connectivité » explique Pascal Cornips, architecte et partenaire chez Benthem Crouwel Architects qui souligne « Cedar relie les gens, le quartier et la société de manière créative et inspirante. La transparence des façades du bâtiment incarne parfaitement la nouvelle philosophie d’ING en mettant l’accent sur la collaboration, l’autonomisation et l’ouverture, mais garantit également que les employés soint toujours en contact avec le monde vert à l’extérieur. » En effet, les façades lisses et incurvées et les fenêtres du sol au plafond confèrent au projet une atmosphère conviviale. Les auvents arrondis qui s’enroulent autour de la façade relient visuellement les deux volumes et donnent au bâtiment une dimension humaine, tout en servant simultanément d’écrans solaires qui protègent les espaces de travail de la chaleur du soleil.

De vastes espaces ouverts

À l’intérieur, des atriums lumineux et aérés forment le cœur central de l’édifice et permettent à la lumière du jour d’inonder le bâtiment. Les grandes dimensions et la grande portée au sol ainsi que la faible hauteur de l’ensemble garantissent de vastes espaces ouverts à chaque étage. Les plans d’étage ouverts donnent aux employés une flexibilité optimale et permettent également une utilisation alternative à l’avenir.

Barbara Dujardin et Michiel Hofman (Hofman Dujardin ) a conçu à la fois l’intérieur, les plates-formes et les escaliers dynamiques et flottants qui sillonnent les deux atriums spacieux au cœur du bâtiment. « L’intérieur de Cedar est axé sur l’autonomisation et le bien-être. Vous ressentez la liberté lorsque vous entrez. Les plates-formes relient les lieux et les personnes et apportent le dynamisme au plus haut niveau du bâtiment », expliquent Barbara Dujardin et Michiel Hofman, partenaires fondateurs de HofmanDujardin.

Au rez-de-chaussée, un monde de possibilités s’ouvre au visiteur dont le café-bar, l’aire de restauration, les salles d’événements ou encore les divers lieux de rencontre informels. Tous les lieux sont conçus pour avoir une taille humaine tout en étant harmonieux et connectés.
Selon les architectes, les plateformes expressives en bois symbolisent l’identité de la banque du 21e siècle en tant que plateforme numérique. Ils forment des espaces au sol et créent des connexions physiques et visuelles qui stimulent naturellement tous les collaborateurs.

Une excellente acoustique

L’agencement encourage également les gens à monter les escaliers. Les plate-formes deviennent rapidement des lieux de prédilection pour tenir des réunions spontanées. Les cadres métalliques flexibles et mobiles permettent aux diverses plate-formes de servir de «salles» temporaires pour des réunions d’affaires, des expositions d’art ou des fêtes d’anniversaire.

Tous les étages de bureaux sont accessibles à partir des plates-formes par des zones d’entrées agrémentées d’une texture de couleurs chaudes, chacune avec son mobilier unique pour créer une diversité reconnaissable. Nous pouvons noter un seul concept d’aménagement d’étage dans tout le bâtiment. Par ailleurs l’environnement agile donne toute liberté pour choisir où et comment travailler et se rencontrer. De plus, chaque niveau dispose d’un espace de concentration silencieux, avec une table de lecture et une série de pièces privées. Tout au long du bâtiment, une excellente acoustique assure une sensation de bien-être. De nombreuses plantes, de grands arbres et 300 œuvres de la grande collection d’art d’ING agrémentent l’intérieur où règnent le matériau naturel. L’édifice conçu par Benthem Crouwel Architects et Hofman Dujardin forme ainsi un lieu de travail stimulant qui rassemble les talents.

© Matthijs van Roon pour HofmanDujardin
© Matthijs van Roon pour HofmanDujardin
© Matthijs van Roon pour HofmanDujardin
© Jannes Linders pour Benthem Crouwel Architects

Le site de Benthem Crouwel Architects : ici.

Le site de HofmanDujardin : ici.

Les photos de l’intérieur : © Matthijs van Roon pour HofmanDujardin

Les photos de l’éxtérieur : © Jannes Linders pour Benthem Crouwel Architects 

A Amsterdam UNStudio taille une façade de luxe

© Eva Bloem
Façade à Amsterdam, UNStudio

L’agence internationale UNStudio dirigée par Ben Van Berkel vient de terminer, à Amsterdam, la rénovation de la façade de P.C. Hooftstraat 138. Cette dernière est l’une des rues commerçantes les plus élégantes d’Europe, elle abrite uniquement des créateurs internationaux et néerlandais, des magasins phares et des boutiques de luxe.

Une touche d’originalité

Située au cœur du quartier des musées, entre Museumplein et le Vondelpark, la P.C. Hooftstraat est un élégant magasin de design néerlandais. S’inspirant des musées voisins pour encadrer l’art néerlandais, la conception d’UNStudio tente de respecter l’existant tout en lui apportant une touche d’originalité.

La façade de P.C. Hooftstraat 138 est une célébration des textiles, tant dans leur forme que dans leur fonction. En effet, trois panneaux de verre incurvés descendent des étages supérieurs dans un design qui imite le tissu transparent ondulé. Ce jeu avec le verre crée des espaces d’ouverture au niveau des piétons qui leur dévoilent les dernières créations.

Dans un geste fluide, la mode et l’architecture se réunissent pour représenter et célébrer l’artisanat et la géométrie des vêtements haut de gamme sur mesure, créant une harmonie entre l’esthétique et la fonction, le tout, en restant fidèle à la conception originale de la division verticale à trois fenêtres d’une maison de ville d’Amsterdam. Alors qu’UNStudio a conçu la façade et l’intérieur de l’appartement des deux étages au-dessus de l’espace commercial, le locataire sera responsable de l’aménagement intérieur du magasin.

Assemblés en usine et montés sur site

Deux principales caractéristiques relient le sol et les premiers étages: les entités en verre entourées de briques. Les trois « éléments » en verre structurel sont assemblés en usine et montés sur site. De grands panneaux de verre feuilleté recuit, à la fois incurvés et droits, sont liés avec du silicone structurel aux panneaux de verre adjacents avec des profils de bord en acier inoxydable, formant ainsi une boîte en verre. Chaque boîte est ensuite collée à un cadre en acier caché à des fins de protection et d’expédition, avant d’être installée comme une seule unité sur site.

Après l’installation, une couche isolante rigide est ajoutée sur le dessus d’un panneau GRC. Des lamelles de brique sont ensuite collées sur la couche d’isolation. Entre les entités de verre situées au rez-de-chaussée, une bande métallique est introduite pour créer une légère différenciation du reste de la maçonnerie et pour répondre aux exigences urbaines.

A Amsterdam, UNStudio a réalisé une façade innovante qui croise merveilleusement tradition et nouveauté. Un coup de maître qui interpelle tout visiteur!

© Eva Bloem
© Eva Bloem
© Eva Bloem

Le site de l’agence UNStudio: ici.

Les photos: © Eva Bloem

Comme un navire amarré à Amsterdam

© Francisco Nogueira

La résidence d’inspiration maritime habillée de lattes de bois en forme de vagues et signée de l’agence néerlandaise d’architecture GG-loop vient d’être livrée. Baptisée « Freebooter», il s’agit d’un complexe qui fait un joli clin d’œil au passé maritime des Pays-Bas.

De nombreuses références

L’histoire a un important rôle dans la dernière réalisation de l’agence GG-loop gérée par une main de maître par l’architecte italien originaire des Pouilles Giacomo Garziano. C’est pourquoi, un retour en arrière s’impose pour mieux comprendre les enjeux du projet. Il y a plus d’un siècle, Zeeburgereiland, qui est une petite île de forme triangulaire située à l’est d’Amsterdam, émergeait des sédiments de la rivière Ij et devenait le premier avant-poste de la marine néerlandaise. Aujourd’hui, devenue un quartier en gestation, l’île accueille diverses réalisations atypiques.

Situé dans le centre de Zeeburgereiland, la construction se compose de deux appartements de 120 mètres carrés donnant sur la rivière Ij. Les architectes nous expliquent que comme dans la plupart des projets du pays, le site de Freebooter se trouvait sous l’eau jusqu’en 1910. Sur cette parcelle qui a émergé au fil du temps se trouve aujourd’hui Freebooter, un projet original qui comporte de nombreuses références au vent, à l’eau et à la voile.

Le bois comme élément principal

Les deux entités sont formées de deux duplex, elles ont un noyau principal contenant les fonctions vitales comme la cuisine, la salle de bain et les toilettes. La zone de repos qui comprend une chambre principale, une deuxième chambre, un bureau ainsi que la partie consacrée au salon et à la salle à manger, se trouve autour de la première. Selon la disposition des architectes, l’ensemble offre une flexibilité maximale. Le salon se confond avec la salle à manger et le bureau avec l’espace à double hauteur. Les deux appartements offrent une grande fonctionnalité à leurs habitants.

Parlons matériaux de construction. La structure en bois est typique des voiliers mais aussi de l’architecture hollandaise traditionnelle selon son architecte. Comme dans un navire, la présence du bois est remarquable. Ce matériau millénaire croise le verre pour des effets d’ombre et de lumière. Quant au nom du projet, il fait référence à des personnages historiques qui ont assemblé des équipes de voile indépendants pour partir en haute mer à la recherche d’aventures et de nouveaux territoires.

L’intérieur des appartements est sobre, il est marqué par les formes organiques et arrondies qui selon les études poussées de l’architecte, protègent les habitants. La structure en lattes en bois qui enveloppent l’ensemble permet à la lumière du soleil d’éclairer les espaces tout en préservant l’intimité. Freebooter est donc un projet architectural capable de concilier technique et respect de l’environnement, tous liés par un seul fil conducteur le confort des utilisateurs des lieux.

Le fondateur de GG-loop nous livre à Amsterdam un projet atypique qui fournit une nouvelle expérience à ceux qui l’habitent.

© Francisco Nogueira
© Francisco Nogueira
© Francisco Nogueira
© Francisco Nogueira
© Francisco Nogueira

Le site de l’agence d’architecture GG-Loop : ici.

Les photos : © Francisco Nogueira.

Et si on allait vivre dans une grue ?

 

© Edward van Vliet

A Amsterdam, Edward van Vliet convertit une grue qui surplombe la fleuve d’IJ en une charmante résidence de plusieurs étages. A l’aide de quelques conteneurs maritimes empilés accueillant des espaces de vie l’architecte fait un subtil clin d’œil au passé industriel de la région.

D’un patrimoine industriel

En collaboration avec la municipalité, une société locale gère l’appartement dont elle a supervisé également la rénovation. La grue est située dans la région des Docklands qui se trouve à l’est de la ville néerlandaise, une zone lourdement bombardée pendant la seconde guerre mondiale.

La grue a été érigée en 1957 et a fonctionné jusqu’en 1979 où le transport de conteneurs a pris le relais et la rivière IJ est devenue par la suite trop étroite. Dans le cadre de la transformation du quartier industriel en quartier résidentiel, la grue été transportée et gardée comme témoin du passé industriel de la région. Depuis, la structure a été rénovée et a de nouveau trouvé sa place dans l’ancien port, qui entre temps est devenu un centre créatif prospère comprenant plusieurs galeries d’art, des restaurants et des boutiques indépendantes.

En un appartement de vacances

L’architecte Edward van Vliet a été mandaté pour transformer la grue en un avenant lieu de vacances. Tout en offrant aux visiteurs une expérience unique et un panorama extraordinaire, l’intérieur cherche à rendre hommage à l’histoire industrielle d’Amsterdam.

L’appartement mesure à peine 40 m², il est composé de trois niveaux de conteneurs empilés dans le squelette même de la grue. Le visiteur peut accéder à une entrée qui donne sur un salon via des escaliers situés sur le port. L’ espace cuisine et la salle à manger sont accessibles par d’autres escaliers métalliques. Le premier étage est composé d’une chambre à coucher ainsi que d’une salle de bain, sa baignoire et sa douche. Le conteneur supérieur accueille une autre chambre dotée d’une grande ouverture vers le large. L’intérieur est composé de détails soignés qui rappellent constamment le passé industriel.

Après les conetneurs habités, voici la grue habitée. Amsterdam fait preuve d’un intelligent recyclage.

© Edward van Vliet
© Edward van Vliet

© Edward van Vliet
© Edward van Vliet

© Edward van Vliet
© Edward van Vliet

Le site d’Edward van Vliet: ici.

Les photos: © Edward van Vliet

Tour Eiffel des mers, du pétrole et des idées

Concrete architectural associates

Immortelle, l’architecture ? A l’heure où de nombreuses villes choisissent de réhabiliter leurs friches sinon décident de densifier les quelques terrains vacants qui leur restent, d’autres imaginent de réutiliser d’improbables structures, des plates-formes pétrolières notamment. Appétence pour l’inusuel ou conviction ?

Monde |

Les plates-formes pétrolières sont une typologie propre au paysage maritime du XXe siècle. Construites en nombre, ces géants des mers n’ont plus raison d’être après plusieurs décennies d’exploitation. Leur démantèlement est non seulement coûteux mais il implique aussi de graves conséquences sur les milieux ambiants. Face à leur démontage obligatoire*, quelques architectes se sont penchés sur le bien-fondé d’une éventuelle réutilisation.

Des propositions fictives

Le concours d’architecture international Evolo témoigne de l’intérêt que suscitent ces imposantes structures. Les architectes malais Ku Yee Kee et Hor Sue-Wern ont, à ce sujet, présenté une vision, lauréate du premier prix du jury. Le projet propose de réhabiliter ces tours Eiffel des mers pour une utilisation profitable à l’homme.

Revitaliser ces plates-formes, les transformer en îlot d’habitations doté d’une capacité de résistance au changement climatique serait une solution non négligeable. Suivant ces études, la partie émergée devrait être consacrée à divers logements alors que la partie immergée serait dévolue à un centre d’études aquatiques abritant biologistes et scientifiques.

Une zone intermédiaire pourrait être consacrée à diverses activités. Les panneaux photovoltaïques positionnés sur le toit fourniraient l’énergie nécessaire. En somme, une île délaissée, rapidement colonisée pour une durée indéterminée.

Ailleurs, mais tout aussi fictif – et en réaction au nombre important de plateformes construites dans les années 70 dans le golfe du Mexique – l’agence américaine Morris Architects, basée à Houston, propose de spectaculaires transformations soit en gigantesque attraction touristique, soit en hôtel de luxe.

L’alimentation en énergie d’un tel projet serait rendue possible par une éolienne centrale et des panneaux photovoltaïques qui viendraient soutenir un système complètement autonome. La luxueuse résidence hôtelière utiliserait même les vagues via des générateurs. L’architecture, quant à elle, serait matérialisée par de nombreux containers empilés et acheminés jusqu’à la plate-forme.

Ces petites îles artificielles seraient capables d’amarrer des bateaux de croisière et d’accueillir des hommes d’affaires souhaitant donner un nouveau cadre à leurs réunions. Une proposition osée qui vise avant tout à changer le regard des hommes vis-à-vis de ces dinosaures métalliques qui incarnent à merveille l’industrie des énergies fossiles.

Concrete architectural associates

De la fiction à la réalité

En parallèle à ces utopies et à ces projets rêvés, qui trouveront peut-être un jour preneur, il existe aujourd’hui une solution réaliste contribuant à la requalification de tout un quartier.

Voilà la palpitante histoire d’une plate-forme à Amsterdam : construite en mer du Nord en 1964 dans les eaux internationales, cette imposante structure était destinée à accueillir une ‘radio pirate’. Pouvant émettre sans le contrôle des gouvernements voisins, elle est restée telle quelle jusqu’à l’adoption d’une nouvelle loi révisant les limites territoriales. Les Pays-Bas ont ainsi hérité de la plate-forme, devenue en 1975 l’île de REM. Utilisée à des fins scientifiques pour la compagnie nationale de l’eau, d’aucuns pouvaient y mesurer la température de la mer, la salinité de l’eau. D’autres fonctions sont venues s’ajouter les vingt années qui ont suivi.

Depuis, le promoteur Nick van Loon, en collaboration avec la société ‘De Principaal’, a acheté la structure et l’a faite parvenir jusqu’à Amsterdam. C’est dans les eaux de la rivière Ij – et à proximité immédiate d’un quartier en pleine expansion – que cette immense plate-forme a trouvé sa place.

Concrete architectural associates

Construite entièrement en acier, elle présente une très grande ressemblance avec les plates-formes pétrolières. Sa reconversion s’avère être un minutieux travail de démantèlement et de ré-assemblage, une opération qui a nécessité un formidable travail couplé à une abondante imagination.

L’ensemble comprend un restaurant de deux étages perché sur un niveau de bureaux. Au sommet, à 25 mètres de hauteur, une terrasse avec vue panoramique est ouverte au public. Une passerelle en acier a été rajoutée pour pouvoir rejoindre le bâtiment et des sorties de secours ont été aménagées dans la structure. Rouge et blanche, cette ile artificielle est devenue le symbole d’une réincarnation.

Alors que certains ne jurent qu’au nom de l’architecture éphémère, les Néerlandais apportent la preuve que, même caduque, une structure peut être pérenne.

Sipane Hoh

* Le démantèlement total des plates-formes pétrolières est une obligation internationale depuis la Convention de Genève de 1958 relative aux droits de la haute mer.

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Les photos: © Ewout Huibers for Concrete Architectural Associates

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 11 avril 2012.

Villes flottantes, villes émergentes ?

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Due au réchauffement climatique, l’augmentation du niveau des océans risque de chambouler, entre autres, les modes urbanistiques et architecturaux de nos villes. Comment l’architecture peut-elle faire face à ce fléau ? L’émergence des villes flottantes est-elle une réponse pertinente apte à faire évoluer l’urbanisme du XXIe siècle ?

Monde |

Les scientifiques sont presque tous d’accord, le risque climatique est sérieux ; selon les estimations les moins inquiétantes, d’ici 2050, le niveau des mers aura monté de 20 à 90cm et certaines grandes villes seront plus touchées que d’autres.

Depuis toujours, l’architecture fait face aux problématiques urbaines, qu’elles soient sociales, environnementales ou écologiques. Cette fois pourtant, il lui faudra trouver de nouvelles formes qui non seulement vont épargner à la population un exode climatique mais continueront à préserver l’équilibre fragile de plusieurs villes.

Des gouvernements se préoccupent de ce phénomène plus que d’autres, peut-être parce qu’ils sont sous une menace plus directe. Ainsi en est-il des Pays-Bas, un pays plat qui a déjà asséché une grande superficie aux alentours des grandes villes pour répondre aux besoins de sa population.

Le cas d’Amsterdam est un cas d’espèce. En 1965, Johannes Hendrik van den Broek et Jacob Bakema, deux architectes néerlandais, ont tenté de mettre en oeuvre leurs théories urbaines en proposant un plan d’aménagement pour l’extension de la ville. Le projet baptisé ‘Plan Pampus’ proposait d’assécher une partie des terres qui se trouvent autour de l’île de Pampus et d’y installer une ville nouvelle linéaire de 330.000 habitants assurant ainsi la continuité de la capitale vers l’est.

Trente ans plus tard, en 1997, l’idée oubliée depuis longtemps de ces deux architectes est relancée, cette fois-ci sous forme d’une ville aujourd’hui encore en construction. Ijburg – qui tire son nom du lac Ij – est composée de six îles artificielles élevées dans le lac et reliées entre elles. Certaines comportent des bâtiments hauts, d’autres non ; il y a des jardins et des promenades. Il s’agit en l’occurrence de la première phase d’une opération qui a vu sa deuxième phase refusée par le conseil d’Etat et ceci pour des questions environnementales.

En conséquence, l’extension de la ville en deuxième phase devra répondre à des principes jugés plus adéquats en terme de développement durable.

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A ce jour, la finalisation de la première phase est prévue en 2012, cette ville étant destinée alors à accueillir quelques 45.000 habitants tandis qu’elle devrait, d’ici 2020, compter quelques 18.000 logements dont certains seront flottants.

En effet, quand habituellement un acquéreur achète un terrain à Ijburg, le futur propriétaire prend possession d’une parcelle sur l’eau où il pourra ériger, c’est-à-dire en ce cas faire flotter, sa maison. Une nouvelle manière d’habiter dont les adeptes sont de plus en plus nombreux.

Mis à part les problèmes environnementaux envisagés pour les décennies à venir, ce mode de vie rencontre l’approbation d’une grande partie de la population et la curiosité ne se dément pas.

Prise de conscience ou effet de mode ? Difficile à dire, d’autant plus que les prix de ces logements flottants avoisinent peu ou prou ceux des logements situés dans les quartiers ‘en dur’ des alentours.

La différence ici est que la prouesse technique se mêle à l’originalité de la forme pour un résultat jugé écologique et durable. Ainsi, les maisons flottantes – un logement neuf et contemporain avec tout le confort actuel – rencontrent-elles un marché florissant.

Si ces villes flottantes conçues en périphérie, voire même en ville, sont l’un des aspects du nouvel urbanisme du XXIe siècle, il existe cependant d’autres projets, pour le moment expérimentaux qui, selon leurs concepteurs, pourraient constituer en cas de changement climatique une alternative à la ville traditionnelle.

La firme japonaise Shimizu Corporation a notamment développé un prototype unique au monde qui pourrait voir le jour à partir de 2025. Baptisée ‘Green Float’, cette ville – dont chaque module pourrait héberger jusqu’à 50.000 habitants – évoluerait sur l’océan de manière autonome. Les modules sont constitués d’un socle de deux kilomètres de diamètre et d’une tour appelée ‘City in the sky’.

Ce gratte-ciel, conçu à partir d’un métal léger dérivé du magnésium déjà présent dans les eaux salées, serait ceinturé en son socle de terres cultivables propres à garantir à ses habitants, grâce à l’agriculture, une autosuffisance totale. Même le recyclage de l’eau salée environnante a été envisagé. Cette tour pourrait atteindre jusqu’à 1.000 mètres au-dessus du niveau de la mer et l’île utiliserait tous les éléments naturels pour devenir autonome. La firme précise pouvoir bientôt mettre en oeuvre une technologie résistante aux vagues et autres catastrophes naturelles qui, à ce jour, constituent la seule entrave au développement de ce genre de projet.

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Ailleurs, en Europe, l’architecte Vincent Callebaut adresse également, parmi d’autres, la problématique des réfugiés climatiques* dans le cadre de son projet ‘Lilypad’, un nénuphar géant pouvant abriter 50.000 habitants. Cette île écologique serait non seulement autonome mais aussi mobile grâce à une technologie de pointe qui lui procurerait la capacité de suivre les courants marins.

Son ‘Ecopolis’, un prototype qui reprend la plastique de la fleur du nénuphar, est composé de trois montagnes qui entourent trois marinas autour desquelles s’articule la vie. Sa double coque est constituée de fibres de polyester recouvertes d’une couche de titane sous forme anatase* qui réagit aux rayons de soleil et capte la pollution atmosphérique. Cette ville flottante répond non seulement aux problèmes de l’immigration climatique mais serait, selon Vincent Callebaut, l’exemple même de la ville du futur qui produirait plus d’énergie qu’elle n’en consomme.

Alors que dans des pays d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Asie du sud-est des populations pratiquent les villes flottantes d’une manière ancestrale, une nouvelle forme de villes flottantes, auto-suffisantes et durables, mobiles et à énergie positive, peut-elle émerger et transformer notre perception de la ville ?

L’avenir nous le dira.

Sipane Hoh

*L’anatase est une espèce minérale formée d’oxyde de titane de formule TiO2 avec des traces de fer, d’antimoine, de vanadium et de niobium.

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Toutes les photos de l’album: © Luuk Kramer

Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 19 octobre 2011.