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Une idée de logements flexibles pour l’Ethiopie

© Ariana Forestino et Paolo Turconi

Deux étudiants italiens diplômés de l’université de technologie de Delft, dans leur thèse de maîtrise, proposent une alternative aux logements existants. En les rendant flexibles et abordables, le duo conçoit de nouvelles unités d’habitation en vogue avec leur temps.

Le plan de logements conçu par Ariana Forestino et Paolo Turconi s’inscrit dans un cadre social. En effet, l’Éthiopie est confrontée à un développement incessant et la population urbaine d’Addis-Abeba, en particulier, croît plus vite que la ville ne peut en absorber. Il en résulte un énorme déficit de logements pour tous.

Pénurie de logements

Malgré tout, au cours de la dernière décennie, le gouvernement éthiopien a essayé de résoudre la pénurie de logements en promouvant un projet à grande envergure, les copropriétés. Tout en faisant face à la densité et en assurant un processus de construction rapide, le nouveau projet de logements gouvernementaux résout pas mal de problème et il est considéré comme la meilleure approche abordable. Il n’en demeure pas moins que d’autre problèmes surgissent comme le coût de production élevé, causé par l’importation des matériaux étrangers, la configuration de la construction et finalement le manque de flexibilité dans les appartements.

Les deux étudiants proposent une alternative au modèle jusque là utilisé en expliquant leur conception qui semble à la fois ancrée dans le site, techniquement faisable, économiquement compétitive et surtout flexible dans le temps. L’idée a été élaborée suite à une étude minutieuse des schémas sociaux mais aussi spatiaux des quartiers d’Addis Abeba à faible revenu comme le quartier du Menen.

Flexibilité et facilité de réalisation

Les architectes se sont posés de multiples questionnements sur la réinterprétation des différentes strates socio-spatiales qui caractérisent le tissu du quartier, la flexibilité et la facilité de la réalisation mais aussi le coût engendré. Il en résulte des habitations qui peuvent être regroupées, parfois même mis en miroir ou attachées les unes aux autres, créant une série de volumes qui composent une séquence d’espaces communautaires, le tout dans le respect de la vie privée des habitants.
Dans l’ensemble conçu, chaque partie est indépendante, ce qui permet un développement réparti sur la durée. Selon les architectes, cette stratégie permet de maintenir les liens liens spatiales et sociales entre les anciennes et les nouvelles structures et communautés.

Des matériaux abordables

La proposition d’Arianna Fornasiero et de Paolo Turconi peut être réalisée selon deux méthodes de construction différentes qui offrent des solutions plus abordables que celles actuellement utilisées dans le programme de logement gouvernemental. L’ensemble peut être rapidement construit à l’aide d’une structure en béton ou en pisé. Tandis que le premier exige une importation des matériaux, une structure technologique et des compétences spécialisées, le second est plus abordable et durable, il utilise les matériaux ainsi que les techniques sur place. Cette dernière solution peut également impliquer la communauté dans le processus de la construction.

La proposition des deux italiens, si elle est mise en œuvre, pourra devenir une alternative aux constructions de logements en place. Les projets résidentiels abordables sont toujours  un important sujet d’architecture et de société.

© Ariana Forestino et Paolo Turconi
© Ariana Forestino et Paolo Turconi
© Ariana Forestino et Paolo Turconi
© Ariana Forestino et Paolo Turconi

Les images : © Ariana Forestino et Paolo Turconi

Un tour du monde rapide de la biennale d’art contemporain 2017 de Venise

Que voir et que faire, où s’attarder plus qu’ailleurs ? La 57ème biennale d’art contemporain de Venise reste un terrain débordant de créativité où le regard s’égare et les sens s’aiguisent. Détails d’architecture y fera un tour rapide qui donnera probablement envie à d’autres visites.

A chaque fois, les pavillons nationaux de la Biennale de Venise se dotent de créativité pour présenter à travers l’art contemporain la production artistique de nombreux pays. Cette année, les 51 pavillons éparpillés comme d’habitude dans les Giardini et à l’intérieur de l’Arsenale viennent d’ouvrir leurs portes. Une profusion artistique qui ne laisse pas indifférent.

Baptisée « Viva Arte Viva » cette année la biennale d’art contemporain a pour commissaire Christine Marcel une figure reconnue par son implication dans le domaine de l’art et qui a déjà organisé plusieurs expositions collectives dans le monde.

Plusieurs journaux se sont amusés pour guider les visiteurs vers les cinq ou dix pavillons qui valent le détour plus que d’autres, Détails d’architecture ne donnera pas d’avis ni sur l’organisation ni sur le contenu de chaque pavillon, je ferai plutôt un échantillon personnel qui transmettra l’appétence de faire le voyage.

De l’Asie en Europe en passant par l’Arfique

Commençons par le continent asiatique et la Corée du sud dont le pavillon fait parler de nombreux critiques. Il s’agit d’un travail atypique savamment mené par Cody Choi où il enveloppe le pavillon avec des sculptures pour dénoncer le capitalisme mondial. A l’intérieur plusieurs installations qui reflètent chacune à sa manière la culture et la politique coréenne.

Faisons le tour du pavillon de l’Afrique du sud avec les deux œuvres séparées des artistes Candice Breitz et de Mohau Modisakeng qui, à travers plusieurs performances abordent les migrations forcées, un thème récurrent. Tandis que Modisakeng propose une installation vidéo qui pousse à la méditation sur le thème de déplacement, de l’esclavage et de la violence, Breitz présente à travers plusieurs écrans une juxtaposition entre reportages et entretiens. Ces derniers, présentent des réfugiés avec des séquences de film joués par des acteurs. Un intéressant assemblage qui pousse à la réflexion.

Le pavillon australien sera dédié au photographe Tracey Moffatt. Elle est l’un des artistes les plus brillants d’Australie pour ses créations de récits et de montages qui explorent un large panel de thèmes présentant aussi bien la complexité des relations interpersonnelles, la curiosité de la culture populaire que ses propres souvenirs d’enfance. Son exposition «My Horizon» comprend les nouveaux travaux avec deux grandes séries photographiques à grande échelle et deux œuvres vidéo. L’ensemble explore les voyages et fait allusion aux questions d’éloignement, d’identité et de lien humain entre autres.

Le pavillon canadien reste un énigme pour certains. Dans un édifice délabré presqu’en ruine, Geoffrey Farmer fait sensation à travers une installation simple qui fait jaillir l’eau au sein même de l’édifice, le visiteur reste pantois et entre méfiance et curiosité, il explore des thèmes comme le temps qui passe, les catastrophes ou encore la mort. Des sujets que l’artiste manipule à merveille dans un univers chaotique et un bâtiment en déshérence.

Le gravier qui recouvre le pavillon des États-Unis n’est guère avenant. Mark Bradford saisit le visiteur avec son installation qui transforme radicalement le lieu en un semblant de « champ de bataille ». Comme beaucoup des thèmes abordés par Bradford, l’installation envoie un message politique contre la discrimination et la violence. Un agencement ambitieux où le visiteur est invité explorer à travers plusieurs sens.

Le pavillon égyptien présente à travers le travail de Moataz Nasr les faits et les craintes de la vie villageoise contemporaine en Égypte. Le visiteur peut explorer une pièce où une installation multisensorielle et la projection de films à grande échelle racontent l’histoire d’un village imaginé.

Retour en Europe

Revenons en Europe plus précisément au pavillon italien avec Giorgio Andreotta Calò, Roberto Cuoghi et Adelita Husni-Bey. Tandis que le premier explore le rituel de la magie et de l’imagination, Cuoghi nous livre une installation étonnante qui ressemble à un laboratoire où des igloos en plastique cohabitent avec des figures, inspirées par des descriptions du corps de Jésus-Christ, accrochées à la croix. C’est au tour de Husni-Bey de faire sa conversation avec des cartes de tarot. Un univers tout aussi déroutant que fascinant.

Le pavillon suisse où exposent Carol Bove, Teresa Hubbard et Alexander Birchler, se démarque par la présentation d’un film de 30 minutes qui trace la vie de l’artiste Flora Mayo, amoureuse de Giacometti. Dans un décor en circonstance, à travers des images documentaires, les visiteurs assistent entre autre, à la palpitante histoire de cette femme qui a inspiré le grand artiste.

Le pavillon espagnol présente une bien curieuse exposition. Menée savamment par l’architecte et l’artiste Jordi Colomer, il s’agit d’une installation qui rassemble des architectures théâtrales éphémères. Ces derniers poussent les visiteurs à une réflexion sur  l’ambivalence d’une population mobile. De même, l’historien de l’art, explore, à travers des vidéos enregistrés dans divers zones de la planète, les histoires des populations nomades. Une exploration atypique qui met en avant des espaces urbains inhabités.

Le pavillon allemand, quand à lui se démarque par une pièce unique créée par Anne Imhof où le visiteur marche sur des plates-formes en verre surélevées et regarde des artistes habillés en noir en plein performance. Dans un extraordinaire décor, l’artiste explore avec brio plusieurs thèmes comme le pouvoir, la politique et les sentiments d’aliénation qui frappent comme un fouet notre société.

Et finalement retour au pavillon français avec Xavier Veilhan et son installation qui s’inspire des écoles d’art multidisciplinaires historiques comme le Bauhaus. L’intention de l’artiste est de présenter un travail collaboratif où le processus est mis à nu. Une performance maîtrisée avec justesse.

Bref, comme à chaque fois, il faut aller visiter la biennale d’art contemporain de Venise qui se déroulera jusqu’au 26 novembre 2017.

Pour toute information, consultez le site de la Biennale de Venise: ici.

Quand l’architecture joue un rôle social

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L’agence d’architecture ASA (active social architecture) a, depuis quelques années, développé plusieurs prototypes de centres de petite enfance qui non seulement s’insèrent dans le paysage africain où ils se trouvent mais qui portent une forte signification sociale vue leur vocation.

C’est suite à une demande accrue de la part de l’UNICEF dans le but d’aider la population de certains pays africains qu’un projet de centre de développement de petite enfance a vu le jour. C’est l’agence d’architecture ASA qui a conçu plusieurs projets dont deux réalisés jusqu’à ce jour. Il s’agit d’une conception qui met en évidence le rôle d’un espace culturel et éducatif en tant que catalyseur pour la communauté dans une réinterprétation contemporaine d’un modèle traditionnel appelé plus communément « « urugo ».

La structure est modulaire, les composants peuvent s’adapter à divers terrains et situations. Tous les projets comprennent une salle polyvalente, une cuisine ouverte, une partie administrative et diverses classes. Alors que les fondations sont en béton, le corps du projet est en tuile, un matériau abordable et produit sur place. Certains projets sont destinés à évoluer suivant les techniques d’autoconstruction, des plans élaborés par les architectes qui soutiennent et guident par la suite la population qui les édifie.

Les centres de petite enfance de l’agence ASA sont des équipements aussi utiles que fonctionnelles qui méritent toute notre attention.

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Le site d’active social architecture : ici.

Innovation ou retour aux sources?

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Vernaculaire l’architecture ? Il suffit de découvrir les œuvres de l’architecte Diébédo Francis Kéré pour comprendre les préceptes qui en émanent. A Gando, l’extension de la bibliothèque est dotée d’un éclairage naturel créé grâce au recyclage. Entre innovation et retour aux sources, de nouveaux chemins se dessinent et l’architecture en sort triomphante.

Sur le site internet de l’architecte une phrase attire l’attention : « People are the basis of every piece of work ». Un bon résumé de l’esprit même ainsi que de la manière de faire d’un personnage qui se distingue par ses remarquables conceptions architecturales.

Il s’agit du plafond (de forme elliptique) de la bibliothèque du village qui fait un bon usage des technologies locales. Ouvert à tous, l’établissement est censé transmettre les connaissances d’une génération à l’autre. Retour vers le passé pour un choix de matériaux des plus inattendus.

Des pots d’argile, traditionnellement réalisés par les femmes du village, ont été amenés sur le chantier. Coupés des deux côtés, ces anneaux sont posés sur le plafond où on coule le béton. Le résultat est un doux jeu d’ombre et de lumière qui se reproduit à l’intérieur de l’édifice ainsi que la création d’un système qui fait circuler naturellement l’air.

Tout autour de l’ellipse se trouve un parallélépipède évidé qui sert d’alcôve et qui se tient grâce à des poteaux d’eucalyptus, un matériau de construction adapté au Burkina Faso.

A la fois économe et durable, l’architecture de la bibliothèque de Gando est incontestablement créative.

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Le site de l’architecte Diébédo Francis Kéré : ici.

Les photos: © Kéré Architecture.

Les travaux de l’architecte s’exposent entre autres à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine à Paris, à l’occasion de l’exposition Réenchanter le monde.

A Bamako, F8 architecture signe un projet humanitaire

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Au Mali, l’agence d’architecture F8 architecture a réalisé en 2013 un orphelinat qui s’adapte à l’environnement extrême de la région tout en gardant une grande part d’esthétisme. Un projet humanitaire conçu avec très peu de moyen où la durabilité semble être représentative.

L’histoire de l’orphelinat est liée à sa fondatrice qui a accueilli dès 1978 des sans-familles dans sa propre maison. Une initiative qui devient avec le temps un vrai établissement grâce à la volonté d’une structure associative épaulée par les architectes de l’agence F8 architecture.

C’est sur une parcelle de deux hectares située dans un environnement rude loin de la ville que les deux architectes Nicolas Deloume et Olivier Desz et l’ingénieur Pierre-Emmanuel Huardel, persuadés de réaliser un projet exemplaire, se lancent dans cette aventure. L’objectif étant la conception d’un équipement capable de traverser le temps tout en s’adaptant aux intempéries sahéliennes. Pour cela, un travail minutieux et délicat a été mené sur les matériaux utilisés ainsi que la méthode même de l’assemblage des blocs de béton qui forment le gros œuvre (en remplissant les creux par la terre crue afin de limiter les chocs thermiques). Pour alimenter l’ensemble en électricité, des panneaux photovoltaïques ont été utilisés et un dispositif de traitement des eaux usées a été mis en place.

En plus de ses qualités architecturales, l’orphelinat est conçu comme un biotope qui sert en même temps d’un lieu de pisciculture ludique pour les enfants. C’est une réalisation unique qui peut devenir un exemple à suivre.

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Le site de F8 architecture : ici.

Les photos : © Vanja Bjelobaba

SEED, la bibliothèque qui répand la culture

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En 2014, l’agence d’architecture AOJ (Architects of justice) basée à Johannesburg, a été lauréat du prix des jeunes architectes africains (Young Architects in Africa) pour son projet SEED démontrant ainsi le rôle de l’architecture dans la vie sociale.

Baptisé, SEED (seed of knowledge), il s’agit d’un projet lauréat (parmi 200) conçu pour développer l’idée d’une bibliothèque semi-permanente qui sème la connaissance et prolonge l’éducation. L’équipement se trouve dans un secteur difficile et vise à bousculer les habitudes des habitants.

Les architectes Kuba Granicki, Mike Rassmann et Alessio Lacovig, ont développé une idée qui s’adapte au programme demandé et peut se construire au moindre coût. D’où, l’utilisation de conteneurs maritimes qui ont été colorées et qui, selon les architectes, en plus de leur rôle stimulent la créativité. Deux grands conteneurs forment ainsi le corps du projet et s’installent dans la cour même de l’école invitant ainsi les enfants non seulement à entrer pour se documenter mais à y accomplir également leurs études extrascolaires.

L’intérieur est aussi coloré que l’extérieur, sobre et accueillant, il s’avère être à la fois durable et fonctionnel. Un très bon exemple à suivre sans tarder.

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Le projet a reçu le également le Gauteng Institute of Architecture Award 2013.

Le site des architectes AOJ : ici.

Les photos : © Architects of Justice

Un architecte égyptien (ré)invente la climatisation

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Dans un article de Al-Ahram daté du 19 octobre 2010, le journaliste Wajih Al Sakkar  présente le mécanisme de climatisation naturelle du Docteur Ahmad Abd el Wahab Rizk, architecte, scientifique et chercheur. Canalisation des vents et géothermie ou l’immeuble bio-climatique des rives du Nil.

Egypte | Culture |

Contexte
A l’heure où la consommation d’énergie électrique pour la climatisation augmente dans les pays chauds tel l’Egypte, le Docteur Ahmad Abd el Wahab Rizk, architecte, scientifique et chercheur, nous fait part de son innovation architecturale qui allie deux théories (utilisées séparément autrefois) menant à l’autosuffisance énergétique dans le domaine de la climatisation d’un bâtiment.
Al-Ahram, littéralement Les Pyramides, est l’un des quotidiens les plus anciens et plus respectés d’Egypte.
SH

UN SCIENTIFIQUE EGYPTIEN INVENTE L’AUTO-AERATION DES BATIMENTS
Wajih Al Sakkar | Al-Ahram

Le Caire – Avec la propagation des vagues de chaleur – désormais la plupart des jours de l’année -, un scientifique égyptien a inventé une conception architecturale moderne basée sur l’auto-aération des bâtiments sans avoir besoin de recourir à la climatisation électrique.

Ahmad Abd el Wahab Rizk profite des vents qui frappent le pays pendant les chaudes journées d’été pour créer, dans le bâtiment, des zones vastes et profondes qui puisent dans la fraîcheur du sol. Ce système doit permettre, selon lui, la diminution du coût total de l’électricité de cinq milliards de gineh (la monnaie égyptienne) chaque année. Sans parler de la réduction du fréon (un gaz polluant qui participe au réchauffement climatique) émis par les systèmes de climatisation électrique.

02(@MarcRyckaert)

Le professeur d’architecture à l’université de Tanta expose son idée en expliquant que, jusqu’ici, la plupart des études se sont concentrées sur l’exploitation de la vitesse du vent du nord dans la production électrique via des éoliennes, surtout dans la mer Rouge tandis qu’aucune étude n’est faite quant au rôle du vent dans le refroidissement et la ventilation des édifices, que ce soit dans les villes ou les villages.

Ainsi, pour le moment, le rôle de l’architecte, dans la conception du logement, se limite à la réservation d’un local pour mettre en place le système de climatisation et de penser à une maintenance rapide en cas de panne, surtout aux mois de juillet et d’août, les mois les plus chauds de l’année. Ainsi, il participe à l’augmentation de l’insouciance générale vis-à-vis des problèmes environnementaux.

Vents d’été

Le Dr. Ahmad Abd el Wahab Rizk dit : «Le vent estival qui souffle sur l’Egypte, malgré le temps chaud, a la particularité d’être froid car il résulte de la dépression d’air venant d’Europe du sud. Les mers Méditerranée et Rouge, dont les eaux se caractérisent par une température inférieure à celle de l’air ambiant, font que la vitesse de ce vent atteint 6m/sec. à une température suffisante pour abaisser la chaleur intérieure de n’importe quel édifice et répandre une climatisation naturelle, y compris dans les zones résidentielles. Différentes études confirment la constance de ces vents selon une valeur suffisante pour envisager qu’ils fondent des règles dans la conception architecturale d’un l’immeuble. Ces règles consistent à respecter le trajet du vent en créant des ouvertures qui le canalisent dans un parcours intelligent pour parvenir à un résultat idéal».

Le scientifique égyptien propose ainsi un questionnement sur les méthodes déjà utilisées dans l’Egypte ancienne à l’époque des pharaons. De fait, ils connaissaient déjà l’effet climatisant de la circulation du vent et opéraient des ouvertures verticales dans les murs de leurs temples pour une utilisation optimale.

05(@SipaneHoh)

Depuis les pharaons, on a eu recours dans toute la péninsule arabique aux tours à vent* qui profitent de la verticalité d’un édifice et de la vitesse des vents qui s’y infiltrent pour un résultat des plus concluants. Hassan Fathi, l’architecte égyptien de renommée mondiale, a usé de cette méthode pour ses conceptions où les dômes sont dotés de multiples ouvertures. L’architecte Ahmad Abdin a fait évoluer le concept en l’introduisant en terrasses dans ses bâtiments pour une trajectoire idéale qui guide le vent.

Les couches souterraines

Quant à l’exploitation de la fraîcheur du sol, souvent remarquable dès trois mètres de profondeur, le Dr. Ahmad soutient que la température basse des couches souterraines doit permettre de concevoir (en entresol ou carrément au sous-sol) des espaces qui bénéficieraient, surtout pendant les pics de chaleur et les heures chaudes de la journée, de températures naturellement fraiches, plus ou moins bien sûr selon la nature du sol et sa teneur en eau. Les civilisations pharaoniques et coptes avaient déjà recours à de tels procédés en utilisant ces chambres pour conserver la nourriture au frais. Il suffirait donc, à partir de ces pièces froides, de faire monter des canalisations reliées au circuit des vents pour climatiser naturellement l’immeuble.

03(Source Nicolas Grimal)

Les deux idées se complètent

Le chercheur précise que cette nouvelle conception de l’immeuble intègre les deux idées réunies, d’une part la fraîcheur des vents du nord et, d’autre part celle des couches souterraines, lesquelles participent mécaniquement à la climatisation interne et au renouvellement de l’air sans électricité. Il souligne les avantages d’une telle association et les conséquences sur la qualité de vie des habitants ainsi que sur la préservation atmosphérique et l’environnement.

Suivant ses calculs, dans un bâtiment utilisant ces deux méthodes de rafraichissement, le renouvellement de l’air se produit jusqu’à 51 fois par heure, un chiffre acceptable pour un résultat sain sans effet néfaste, alors que la climatisation d’aujourd’hui ne peut pas atteindre le quart de cette efficacité sans une consommation électrique ruineuse et causant diverses maladies rhumatismales et respiratoires.

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Le Dr. Ahmad ajoute enfin qu’aujourd’hui l’Egypte utilise trois millions de climatiseurs, un chiffre qui ne cesse de grimper. Avec la chaleur croissante, cela implique une utilisation monstrueuse d’électricité désormais équivalente à 21% de l’énergie électrique du pays (soit quatre centrales électriques). Sans parler du prix de la consommation qui augmente de 0,7% lors des grandes chaleurs d’été.

Le recours à des procédés naturels mécaniques et un effort architectural qui peut contrer cette surconsommation apparaît donc comme une évidence. La hausse de la consommation électrique actuelle se traduit négativement sur l’éclairage des rues (0,5% de moins d’électricité consacrée), ce qui pourrait influer sur des problèmes sécuritaires et autres.

Tout ceci défend l’idée que l’architecture devrait jouer un rôle important dans le respect de l’environnement et l’amélioration de nos modes de vie.

Wajih Al Sakkar | Al-Ahram
19-10-2010
Adapté par : Sipane Hoh

* La tour des vents est un élément traditionnel d’architecture utilisé depuis des siècles pour créer une ventilation naturelle dans les bâtiments.

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N.B. Cet article est paru en première publication sur le courrier de l’architecte le 04 mars 2011.

‘Fallen from the Sky’

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A la fois plasticien, sculpteur et photographe, Jean-François Fourtou ne cesse de créer des originalités. De Madrid à New-York, en passant par le Maroc les œuvres de l’artiste nous transportent dans un monde fantastique mêlant certains souvenirs à l’imaginaire.

Au Maroc, dans la palmeraie de Marrakech se trouve une drôle de maison aux allures charentaises, à l’envers comme si elle tombait du ciel. C’est l’une des œuvres extravagantes de Jean-François Fourtou, l’artiste qui après avoir arpenté la planète a élu domicile dans le pays.

Le pavillon est posé à l’envers. Pour le visiteur, c’est un lieu expérimental unique qui offre la possibilité de marcher sur le plafond, c’est un endroit contradictoire à tous les codes ordinaires où la sensation de vertige est garantie.

A cela se mêle une explication sentimentale profonde et personnelle vu qu’il s’agisse d’une copie conforme de la maison des grands-parents de l’artiste, un lieu qu’il a connu dans son enfance et dont il garde de très beaux souvenirs.

Mémoires et nostalgie pour l’homme de l’art, découverte et aventure pour le visiteur. La ‘Fallen from the Sky’ est une œuvre inédite qui s’ajoute à la multitude d’extraordinaires réalisations que Fourtou a le secret d’inventer…

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Pour plus d’informations concernant Jean-François Fourtou, voir: ici.