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A Montréal, le fameux ensemble de logements Habitat 67 enfin restauré

© Marc Cramer + Thomas Miau

La firme internationale Safdie Architects vient d’achever la rénovation complète d’Habitat 67 conçu et réalisé par Moshe Safdie dans les années soixante dans le cadre d’Expo 67. Un souffle nouveau vient d’insuffler sur cette icône de l’architecture moderne.

Une construction manifeste

J’avais déjà parlé d’Habitat 67 sur Détails d’architecture, à l’époque où j’avais visité l’ensemble de logements montréalais. A l’occasion de son 50ème anniversaire, l’intérieur vient d’être minutieusement restauré. Le résultat est tout simplement remarquable.

L’unité en duplex du 10ème étage, qui appartenait à l’origine au commissaire de l’Expo 67, est perchée au sommet du complexe résidentiel, donnant sur le fleuve Saint-Laurent et le centre-ville de Montréal. Un environnement privilégié pour une construction manifeste qui restera dans les annales de l’architecture moderne.

La restauration a eu lieu parallèlement à une exposition majeure de l’œuvre de Safdie Architects en 2017 à l’UQAM (Université du Québec à Montréal), intitulée Habitat 67 vers l’avenir / The Shape of Things to Come. Le projet impliquait la réparation de dégâts d’eau causés par des décennies, la restauration de l’intérieur dans son état d’origine et la modernisation technique de tous les systèmes de construction afin de répondre aux normes de durabilité et de conservation de l’énergie du XXIe siècle.

Une restauration minutieuse

C’est un travail de longue haleine qui a duré deux ans et a débuté par une recherche minutieuse ainsi qu’un inventaire des conditions initiales de 1967. Pour remédier aux dommages causés par l’eau, les murs extérieurs en béton ont été décollés afin de permettre des réparations, une isolation et une imperméabilisation appropriées ont été ajoutés à l’enveloppe afin de résister aux hivers canadiens.

Le parquet en bois a été restauré dans son état d’origine, avec une fente permettant la circulation de l’air du plancher surélevé situé au-dessous. De nouvelles fenêtres ont été placées derrière le mur pour correspondre au profil et aux lignes de visibilité d’origine. Les portes-fenêtres coulissantes ont été restaurées dans leur état de fonctionnement d’origine, leur permettant de se rétracter dans le mur et de disparaître une fois ouvertes.

Les salles de bains en fibre de verre moulée ont été minutieusement restaurées et les installations intégrales ont été réhabilitées. Les architectes ont pensé même aux armoires de cuisine ainsi qu’aux appareils électroménagers qui à leur tour ont subi une délicate restauration. Pour correspondre à l’original, de nouveaux appareils électroménagers ont été intégrés derrière les armoires. Sur les terrasses, les balustrades en polycarbonate transparent ont été réparées.

L’unité d’habitation sera offerte au domaine public afin de devenir une ressource pour la recherche scientifique, ouverte aux visites publiques et groupées. Safdie Architects participe également à la restauration complète de l’enveloppe extérieure du bâtiment Habitat 67. Avec cette opération, l’un des grands manifestes de l’époque est prêt pour les cinquante prochaine années!

© Marc Cramer + Thomas Miau
© Marc Cramer + Thomas Miau
© Marc Cramer + Thomas Miau
© Marc Cramer + Thomas Miau
© Marc Cramer + Thomas Miau
© Marc Cramer + Thomas Miau
© Marc Cramer + Thomas Miau
© Marc Cramer + Thomas Miau
© Marc Cramer + Thomas Miau
© Marc Cramer + Thomas Miau

Les Collaborateurs du projet: Sean Scensor, Matt Longo,  Reihaneh Ramezany, Safdie Architects; Ghislain Bélanger (architecte local) Fairmont Construction (entrepreneur).

Le site de Safdie Architects: ici.

Les photos: © Marc Cramer + Thomas Miau.

Et si on parlait architecture aux enfants?

DR

Qui n’aimerait donner un peu de « culture architecturale » à son enfant ? A l’instar des activités culturelles ou sportives, de plus en plus de personnes cherchent des structures pour inculquer une certaine connaissance architecturale à leur progéniture. Comme certains architectes, je participe personnellement, de manière épisodique, à animer des ateliers au sein d’établissements scolaires et je me rend compte de la grande curiosité des enfants concernant l’architecture et les questions urbaines. C’est pourquoi, alors que des parents sont à la recherche de livres spécialisés, des associations voient le jour. A l’approche de Noël, Détails d’architecture vous présente quelques lieux où votre enfant, avec d’autres de son âge, pourra partir à la découverte architecturale. Un joli cadeau de Noël, non ?

En France

A Paris, en partenariat avec le Conseil Régional de l’Ordre des architectes d’Ile-de-France, L’atelier des P’tits archis n’est plus une adresse anonyme. En effet, Mlle Féfé et son ami Imhotep, deux marionnettes pleines de vie, vous proposent des ateliers d’architecture pour les enfants. Ceci se passe surtout à la Maison de l’Architecture en Ile-de-France mais aussi dans les écoles.

A Lyon, l’association Chic de l’Archi a pour but de sensibiliser et transmettre une culture architecturale, urbanistique, paysagère ainsi que technique auprès du jeune public. Grâce à la mise en place d’ateliers ludiques et créatifs conçus sur-mesure, en amenant les enfants sur les chantiers, cette dynamique structure fait découvrir les coulisses de la conception et de la construction à tous les curieux jusqu’à 16 ans.

A Libourne, la Rue du p’tit chantier est un Atelier d’architecture pour les enfants, il vaut aussi le détour.

A Rennes, les ateliers Carton Plume animés par Adélaïde ou Marie, emmènent tout au long de l’année les enfants en voyage à la découverte d’artistes, d’œuvres d’art, d’architectes et de bâtiments à travers le monde, le tout en s’amusant. N’est-ce pas une bonne idée ?

A Paris, d’autres ateliers pour enfants et des visites guidées sont également proposés par la Cité de l’architecture ainsi que le Pavillon de l’arsenal.

Et ailleurs

Allons cette fois-ci en Suisse, à Genève à la découverte de l’association Chantier Ouvert, qui, parrainée par la Maison de l’architecture de Genève, propose des cours publics mais aussi privés au Pavillon Sicli mais aussi in situ dans différentes structures scolaires ayant le but de sensibiliser différents publics vers une meilleure compréhension du paysage bâti.

A Lausanne, l’association Ville en tête, par ses projets et ses actions, s’engage dans la sensibilisation à l’environnement naturel et construit, notamment auprès du grand public et des jeunes en particulier.

En Belgique, à Liège, issu d’une collaboration entre les Rimbelles et la Maison de l’Urbanité, Créaville propose différents ateliers urbains pour les enfants âgés entre 5 et 12 ans.

A Londres, au RIBA, au 66 Portland Place, en jouant et en s’amusant, côtoyés par des architectes et des artistes, familles et enfants explorent l’architecture et les grandes constructions à travers des ateliers numériques.

Au Canada, tandis que le centre canadien de l’architecture organise Lors de chaque exposition, des visites pour les étudiants, kumulus, situé à Montréal, sensibilise le jeune et le grand public à l’importance du design et de l’architecture.

Retour en Italie, où le Palladio kids est le programme didactique du Musée Palladio de Vicenza pour promouvoir et diffuser la culture de l’architecture des jeunes générations. En accord avec la stratégie culturelle du musée, Palladio Kids se tourne vers la Renaissance pour étudier des thèmes et des concepts significatifs de nos jours afin de créer une plateforme culturelle pour l’architecture de demain.

Il existe d’autres structures de par le monde qui diffusent la connaissance architecturale aux enfants mais aussi aux adultes, Détails d’architecture partira à leur recherche et les ajoutera au fur et à mesure à cette liste non exhaustive. D’ici là tout commentaire concernant ce sujet, serait le bienvenu !

Les jardins de Bota Bota, un véritable oasis en plein Montréal?

© Fany Ducharme
© Fany Ducharme

Selon plusieurs journaux étrangers, depuis quelques semaines, l’une des principales attractions de la ville de Montréal se trouve sur le fleuve Saint-Laurent. Il s’agit de la réalisation des jardins de Bota Bota conçu par MU Architecture. Un petit paradis en plein cœur de la ville ?

Un site touristique d’un nouveau genre ? Probablement ! Et pourtant nous sommes à Montréal où les touristes ne sont pas en manque de diverses attractions mais cette dernière forme un concept à part ! présentée comme un havre de paix, les jardins ainsi que le spa de Bota Bota sont dotés d’un caractère singulier.

Dans un contexte chargé d’histoire, situé dans le vieux Montréal, déclaré depuis 1964 par le Gouvernement du Québec comme Site patrimonial, et un cadre atypique parmi l’eau et la végétation d’une part et les anciens silos à grains d’autre part, l’apparition d’un nouveau projet doit malgré tout interpeller.

Une nouvelle attraction touristique

Le programme comprend l’aménagement d’un espace de détente sur le quai adjacent au navire où l’on trouve trois bassins extérieurs, des zones végétalisées, une plateforme yoga, un spa et une pièce de repos entre autres. Un projet qui couvre 500 m² de surface où la pierre, l’acier et le bois s’accordent pour un résultat des plus prometteurs.

Comme une embarcation amarrée sur le fleuve Saint-Laurent le projet de MU Architecture est une idée atypique que les architectes ont réalisé en respectant de nombreux facteurs qu’ils soient environnementaux ou historiques. L’utilisation de vieux conteneurs comme des extensions au Spa était pour eux non seulement une option de recyclage mais elle évoque également le thème fluvial. Des entités dont l’impact visuel a été adouci par les toits en porte à faux végétalisés qui créent le sentiment d’un îlot de verdure.

Néanmoins, les jardins de Bota Bota sont non seulement un agréable projet architectural et paysager mais ils s’avèrent être également écologiques où divers procédés durables sont utilisés. Parmi ces derniers, citons par exemple, le choix des matériaux de construction ainsi que le chauffage au sol.

A Montréal, le projet des jardins de Bota Bota conçu par MU Architectes a reçu un succès auprès du grand public surtout pour l’idée même qui consiste à aménager une partie sous-exploitée de la ville.

© Fany Ducharme
© Fany Ducharme
© Fany Ducharme
© Fany Ducharme
© Fany Ducharme
© Fany Ducharme
© Fany Ducharme
© Fany Ducharme

Plus d’informations sur le projet: ici.

Le site de MU Architecture (Jean-Sébastien Herr, Charles Côté, Matthew Schmid, Sabrina Charbonneau) : ici.

Les photos: © Fany Ducharme

Source : v2com.

Miroir, miroir, qui est la plus belle ?

© Raymond Chow

Dès le début du 20ème siècle Borden parc a marqué les esprits des habitants d’Edmonton. Sauf que cent ans plus tard, l’un des parcs les plus emblématiques du pays avait besoin d’un petit lifting. Un travail immense auquel les architectes de l’agence gh3 ont participé en apportant une touche de nouveauté. Des toilettes publiques qui grâce à leurs habits en miroir, se fondent merveilleusement dans leur environnement.

Situé jadis aux limites de la ville, le Borden parc avec ses 22 hectares se trouve aujourd’hui cerné par une autoroute et un parking, au milieu d’un immense paysage urbain qu’est devenue la ville d’Edmonton. Une revitalisation a été donc nécessaire pour rendre à la ville un espace agréable ouvert à tous. Au programme, de nouveaux abris pour pique-nique, un jardin et des fontaines interactives, un zoo, plus de 200 nouveaux arbres, des passerelles, un nouveau pavillon d’accueil entre autres.

Dans le cadre du plan de régénération du quartier et dans le but d’attirer les habitants vers ce parc centenaire, la ville a commandé de nouvelles toilettes publiques qui prennent place dans un pavillon arrondi faisant un petit clin d’oeil aux carrousels autrefois dynamiques.

Conçu par l’agence canadienne gh3 (Diana Gerrard, Pat Hanson et Raymond Chow), la rotonde, qui se déploie sur un seul niveau se déploie sur un support en béton et est encadrée par du bois. L’ensemble est paré de panneaux réfléchissants qui tout en camouflant l’ensemble, reflètent son environnement. A l’intérieur, les architectes ont placé les toilettes d’une manière excentrée qui laisse un espace de contemplation vers l’extérieur.

C’est donc un bâtiment à la fois robuste et durable, fonctionnel et avenant qui fait partie du puzzle de la reviviscence du parc de la capitale de l’Alberta.

© Raymond Chow

© Raymond Chow

Le site des architectes de gh3 : ici.

Les photos: © Raymond Chow

A Toronto, Drew Mandel Architects signent une élégante maison

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A Toronto, dans un quartier résidentiel connu par ses habitations datant du début du XXème siècle, l’arrivée de la maison conçue par Drew Mandel Architects est perçue comme un évènement. Une curiosité qui a pu s’aligner sur l’architecture environnante pour mettre en œuvre une construction neuve à la fois radieuse et attirante.

« Reconstruire plutôt de rénover ou d’agrandir » tel était le choix des architectes dès le moment où les propriétaires de la parcelle les ont contacté. Dans un environnement marqué par des constructions résidentielles en brique, la maison datant de 1920 avait une mauvaise mine. C’est pourquoi, ériger une autre à la place était pour les architectes presqu’une évidence.

Pour cela et dans l’idée de garder l’esprit de l’existant, les architectes ont conçu une maison en béton brut qui reprend certaines formes traditionnelles tout en affirmant une personnalité à part entière. Et comme le souhait des propriétaires était de « vivre dans un cadre moderne lumineux, ouvert et non loin des transports publics », le concept s’est très vite matérialisé.

A l’image des habitations alentours, la nouvelle maison dispose d’une toiture en pente et quelques éléments similaires à ses voisins mais elle garde une grande part d’indépendance que ce soit dans la forme ou dans son agencement intérieur recréant une typologie résidentielle à part entière.

Hormis ses quelques étages et ses dimensions (16,7 mètres de long et 7,1 mètres de large), les architectes ont ajouté à la maisonnée un sous-sol pour abriter des pièces supplémentaires comme un bureau et une salle de sport. Alors qu’au rez-de-chaussée, un portail en acier placé devant la porte occulte en partie cette dernière, l’intérieur est ouvert et flexible avec une salle à manger, une cuisine et un salon donnant vers l’arrière de la parcelle. Une grande chambre familiale se trouve au premier étage et elle peut être utilisée comme un studio de yoga, une salle de télévision ou encore une chambre d’amis. Le dernier étage devient ainsi plus intime  réservé pour les parents avec une terrasses donnant sur chaque côté de la maison.

Différente de ses voisines, à la fois gracieuse et distinguée la maison conçue par Drew Mandel Architects a tout pour enchanter. Ne serait-ce pas votre avis ?

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A Toronto, Drew Mandel Architects signent une élégante maison

Le site de Drew Mandel Architects: ici.

Les photos : © Ben Rahn, A-Frame.

« Findlay Residence »

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Dans le nord de Vancouver, sur une parcelle difficile, les architectes de Splyce Design (Nigel Parish, Tomas Machnikowski ) ont conçu une originale maison familiale avec patio où la présence du bambou rend l’ensemble à la fois agréable et atypique.

La résidence se trouve sur un terrain en forme irrégulière au nord de Vancouver. Les espaces de vie s’organisent autour d’un vide extérieur qui s’étend sur deux étages. Au rez-de-chaussée, le jardin, planté de bambous, sépare l’espace cuisine/salle à manger du salon. A l’étage, une passerelle vitrée lie les deux côtés laissant libre court aux quelques arbres qui se développent de l’extérieur sur deux étages.

Alors que côté est, la maison est fermée vers l’extérieur, côté ouest, de grandes portes coulissantes s’ouvrent vers le patio adjacent brouillant ainsi les limites entre intérieur et extérieur. Les larges baies vitrées assurent une grande luminosité à l’intérieur de la résidence où le mobilier contemporain marque le ton. Les espaces sont optimisés et l’ensemble est accueillant.

La « Findaly Residence » est une coquette maison à découvrir sans tarder.

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Le site de Splyce Design : ici.

Les photos : © Splyce Design

« Chambord Residence»

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A Montréal, les architectes de l’agence Naturehumaine [architecture+design]ont réhabilité une demeure datant de 1920 en un chaleureux cocon aux lignes pures. Découverte d’une maison familiale remise au goût du jour.

C’est à Montréal, au Canada que se trouve le projet. Il s’agit d’un duplex datant de 1920 que les propriétaires voulaient à la fois agrandir, réhabiliter et réaménager. C’est l’agence montréalaise Naturehumaine [architecture+design]  qui a été choisie pour mener à bien ce délicat travail.

Le concept du projet était d’ouvrir l’intérieur vers l’extérieur et d’en faire une entité où les limites se dissipent. Pour cela, la luminosité a joué un important rôle et la lumière inonde la maison via des grandes baies vitrées qui donnent vers l’extérieur. L’intérieur est cossu, le bois y est omniprésent et la couleur blanche rend l’ensemble plus spacieux. La chambre principale est en porte à faux et donne vers la terrasse. L’aménagement est simple et aux lignes épurées.

« Chambord Residence» livré en 2013 a vécu une métamorphose grâce à ses architectes et constitue un bel exemple de réhabilitation qui continue à exister.

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Le site de l’agence d’architecture Naturehumaine [architecture+design] : ici.

Les photos : © Adrien Williams.

Frank Gehry à Toronto, fantaisie en toute discrétion

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De Chicago à Hong Kong en passant par Paris, l’écriture majestueuse de Frank Gehry ne cesse d’onduler et d’interpeller quiconque la regarde. L’architecte, a l’origine de l’effet Bilbao quand il a livré en 1997 le musée Guggenheim en pays basque, est depuis reconnu du grand public. Visite d’AGO (Art Gallery of Ontario), dont l’extension livrée en 2008 est le seul ouvrage à Toronto, la ville de son enfance, signé Frank Gehry.

Culture | Canada | Frank Gehry | Musées

Dundas Street est l’une des artères du coeur de Toronto qui, autrefois, connectait la ville à l’extrémité ouest du lac Ontario. Aujourd’hui, cette avenue constitue le trait d’union entre les quartiers populaires – dont Chinatown – et quelques repères culturels fameux en Ontario, comme l’AGO (Art Gallery of Ontario).

Du quartier chinois vers les gratte-ciel du centre-ville, au croisement des rues Dundas et Beverley, une gigantesque affiche – «Creativity lives here», lit-on – démarque un bâtiment à la façade arrondie habillée de verre. La seule oeuvre conçue par Frank Gehry au Canada.

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Une grande affection lie l’architecte à Toronto où il est né et où, enfant, il accompagnait sa grand-mère pour visiter l’Art Gallery of Toronto (l’ancien AGO) et les autres établissements culturels de renom sur Dundas Street. Les siens habitaient dans un quartier populaire à grande concentration d’immigrés mais qui se trouvait à à peine 200 mètres du musée. Voila un Frank Gehry qui a donc arpenté maintes fois les rues avoisinantes et connait par coeur la morphologie des lieux comme nul autre architecte ne le saura jamais.

Aujourd’hui, l’architecte raconte que les découvertes faites lors de son enfance dans la métropole canadienne ont eu une grande influence sur son intérêt pour la peinture et la sculpture. La griffe de Frank Gehry, telle qu’on la connaît, pourrait-elle avoir ses prémices à Toronto ? Il est permis de le penser.

En 1900, le premier musée d’art d’Ontario a été installé dans ‘The Grange’, un ancien manoir géorgien datant de 1817. En 1918, les architectes Pearson & Darling ont quasi démoli l’édifice et, par ce geste, accompli la première de ses six expansions.

C’est en 2008, après un an de négociation, que Frank Gehry a gagné le septième agrandissement d’un musée à nouveau exigu – pourtant le dixième plus important musée du continent américain – en regard du don de 2.000 pièces légué au gouvernement par Kenneth Thomson, l’homme le plus riche du Canada.

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Le projet consistait à augmenter la surface de l’AGO de 40%, et ce à downtown Toronto. Une commande de taille, qui a fini par coûter la coquette somme de 276 millions de CAD (dollar canadien).

Outre le prestige conféré à la signature de Frank Gehry, la ville de Toronto avait-elle d’autres raisons expliquant son choix ? Toujours est-il que l’architecte, qui a quitté la ville canadienne à 18 ans pour s’installer définitivement avec ses parents à Los Angeles, a fait, via ce projet, un retour triomphant et apprécié*.

Malgré les diverses constructions extravagantes et fantaisistes de Frank Gehry dans le monde, la dernière extension de l’AGO se révèle d’une frappante discrétion. Matthew Teitelbaum, le directeur général du musée, avait déclaré, au début des travaux, que le projet privilégiait la fonction à la forme. Alors que Toronto cherche à attirer les touristes via ses constructions neuves et mise sur quelques clichés (comme les musées) susceptibles d’amener le grand public, l’architecture de l’AGO privilégie les visiteurs réguliers. Un challenge que Frank Gehry a brillamment relevé et qui en dit long de l’intérêt des habitants de Toronto pour leurs musées.

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L’intérieur dévoile un savoir-faire architectural qui, tout en respectant l’esprit du lieu, ajoute une touche inédite à l’ensemble. Tandis qu’à l’Est sont réunis le théâtre, la grande librairie et le restaurant, le coeur du musée (la cour historique) a subi une restauration minutieuse avec l’ajout d’un escalier à l’aspect labyrinthique qui perce la verrière pour accéder à la terrasse extérieure.

L’escalier en question, parfaitement signé par l’architecte, est devenu une curiosité à part entière. Les agents de sécurité précisent que seulement quatre photos sont permises à l’intérieur de l’édifice. De ce fait, l’escalier monumental, pièce maîtresse du musée, est un lieu couru pour qui souhaite l’immortaliser en photo.

Une fois à l’intérieur, l’autre curiosité du lieu est la Galleria Italia qui occupe le côté nord-est du musée et donne sur la rue Dundas et ses différentes maisons d’époque. La galerie se trouve au niveau du deuxième étage et, semblable au ventre d’un navire, est constituée de nervures en bois tandis que le verre procure à l’ensemble une grande luminosité.

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Avec les conceptions de Frank Gehry, les gens ont l’habitude d’admirer le métal comme l’un des principaux matériaux utilisés. Ici, à Toronto, le visiteur découvre le bois et sa maniabilité. Dans cette fantaisie architectonique, d’aucuns peuvent trouver un rapprochement entre les formes fluides de l’AGO et celles de l’architecture d’Alvar Aalto, avec laquelle l’architecte dit avoir une grande affinité.

Finalement, le musée Art Gallery of Ontario n’est pas un bâtiment complexe propre à caractériser le génie de Frank Gehry, c’est un superbe manifeste situé au juste carrefour entre nostalgie et renouveau.

Sipane Hoh

 

* Le critique d’architecture natif de Toronto, Christopher Hume : «to put it simply, Gehry’s revamped AGO is a masterpiece, but just as important, it is the easiest, most effortless and relaxed architectural masterpiece this city has seen».
Le critique d’architecture du New-York Times, Nicolai Ouroussoff : «its interiors underscore one of the most underrated dimensions of mr. Gehry’s immense talent : a supple feel for context and an ability to balance exuberance with delicious moments of restraint».

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N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 05/09/2012.