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A Amsterdam, Cepezed réalise un dépôt d’archives neutre en énergie

© Lucas van der Wee

Un nouveau dépôt pour le Stadsarchief vient d’ouvrir à Amsterdam. Le projet se caractérise par sa générosité qui double les installations d’archives existantes tout en étant totalement neutre en énergie. Une nouveauté qui signe un nouvel ère pour les archives de la ville.

Un ensemble flexible

Le bureau d’études néerlandais Cepezed vient de terminer la construction du bâtiment des archives d’Amsterdam. En plus de ses qualités énergétiques, l’ensemble est complètement flexible. En effet, il est facile de l’utiliser différemment, de lui donner une autre fonction ou de le recycler à l’avenir. C’est une extraordinaire opportunité surtout pour un bâtiment d’archives.

Ce sont 45 km d’espace de stockage supplémentaire qui s’offrent à la ville. L’agence d’architecture Cepezed et Cepezedinterieur ont conçu le bâtiment, situé dans la partie nord d’Amsterdam, à l’angle de Tt Vasumweg et d’Internetstraat. Avec une surface de plancher de 2 665 m² et une surface de stockage de 45 kilomètres linéaires, le Depot Amsterdam Noord contient toutes les archives municipales de la ville depuis 1811, date à laquelle Napoléon a mis en place le registre d’état civil. Quant aux œuvres antérieures à cette époque, ainsi que les affiches, les estampes, les photos et les films, ils sont conservés dans le monumental bâtiment De Bazel situé au centre d’Amsterdam. Ce dernier reste également le centre public, avec de la place pour la recherche, les expositions, les événements et les cours.

Fonctionnel et efficace

A la fois fonctionnel et efficace, le nouveau dépôt ne reçoit pas de visiteurs et présente un design purement fonctionnel. En plus des espaces d’archives, il s’agit d’un petit programme d’espaces annexes pour la réception, la quarantaine, l’entrée, le nettoyage et le traitement des documents. Les espaces d’archives se composent de deux halls d’une hauteur de douze mètres, reliés par une zone de circulation avec ascenseurs et escaliers. La particularité du projet réside dans les halls, qui ne possèdent pas d’étages structurels. Les classeurs couvrent toute la hauteur et les planchers sont constitués de panneaux de bois. Cette solution minimise l’utilisation de matériaux, mais apporte également une contribution importante à l’économie circulaire et à un contrôle climatique efficace.

Le dépôt remplit presque tout le terrain, il est accessible à travers une cour étroite à l’arrière. Ceci est accessible par une clôture sur la Internetstraat qui ressemble à une continuation de la façade. La clôture constitue le premier écran de sécurité du bâtiment. La cour sert également de parking au personnel et offre un accès à la zone d’envoi. Là, le fourgon de livraison électrique du Stadsarchief peut charger et décharger en toute sécurité et à l’abri des intempéries.

L’aspect et la convivialité de Depot Amsterdam Noord forgent son indentité. Le volume est complètement fermé vers l’extérieur, il ne révèle pas ce qu’il contient. Sa façade sombre, de couleur anthracite, est surmontée d’une bande horizontale de panneaux solaires de couleur également gris foncé. Les différents détails sont minimalistes. Les trois croix rouges du logo contrastent avec la couleur de la façade grise, formant un ensemble cohérent qui accentue le côté massif de l’édifice.

Économe en énergie

L’atmosphère est spécialement adapté aux types de papier fabriqués à la machine et utilisés depuis 1850. Ces papiers à base de fibres de bois sont beaucoup plus vulnérables que les papiers fabriqués à la main. En conséquence, ils nécessitent des conditions de stockage spéciales dans lesquelles, en particulier, une humidité stable à une température relativement basse est importante. Un climat économe en énergie a été obtenu en appliquant une coque étanche à l’air hautement isolante associée à une ventilation minimale et à un sol en béton non isolé mais en contact direct avec le sol. Pour la plus grande partie de l’année, il n’est pas nécessaire de chauffer, de refroidir, d’humidifier ou de déshumidifier l’ensemble, la température et l’humidité restent dans les marges autorisées sans régulation. Le sol non isolé sert de stockage passif de chaleur et de froid: il procure un réchauffement naturel en hiver et un refroidissement naturel en été. Le réglage n’est nécessaire que pendant les périodes extrêmement froides ou chaudes de l’année.

Au total, plus de 1 600 m² de panneaux solaires fournissent l’énergie nécessaire, y compris pour le personnel et le chargement des voitures électriques du Stadsarchief. Une autre mesure de durabilité est la rétention d’eau de plus de 150 m³. La cour avec des espaces de stationnement a un design vert avec des herbes et des plantes. En dessous, se trouve un abri d’eau servant de tampon de drainage utilisé lors des fortes pluies.

Normalement, les bâtiments d’archives sont constitués de caissons en béton massif dans lesquels il est difficile de commencer après l’utilisation. En accord avec les ambitions circulaires d’Amsterdam, le bureau BAM, l’apporteur du projet et qui a apporté son expértise et l’agence d’architecture Cepezed ont travaillé ensemble pour aboutir à une configuration complètement différente. Cette dernière est composée de pièces amovibles, préfabriquées et présentant des tailles de système normalisées. La structure de support principale est en acier et peut être facilement démontée. Les murs ne sont pas coulés en place, mais sont également composés d’éléments préfabriqués. De même, les joints entre les dalles de béton ont été rendues étanches. L’absence d’étages structurels et le choix des sections de plancher en bois entre les classeurs sont également des éléments importants qui participent à la durabilité du projet.

Pour une gestion globale de l’ensemble

Le Stadsarchief a saisi cette opportunité pour apporter diverses améliorations à ses propres méthodes. Par exemple, toutes les archives sont maintenant stockées dans des boîtes uniformes, ce qui permet d’organiser efficacement les armoires. Pour des méthodes de travail plus efficaces, un nouvel enregistrement a également été mis en place. À l’aide de codes barres, chaque pièce peut maintenant être trouvée rapidement et sans erreur. Afin de minimiser les coûts de maintenance, cette dernière a également été minimisée, elle repose en grande partie sur les données des capteurs des installations. Ces derniers détectent les irrégularités et les dysfonctionnements à un stade précoce. La maintenance préventive, basée sur les données, permet d’économiser autant d’heures de travail que de coûts matériels. De plus, les employés du service après-vente peuvent accéder aux installations via un accès distinct de celui des dépôts. Le modèle BIM dans lequel l’ensemble du bâtiment a été aménagé est également un outil important pour une gestion globale de l’ensemble.

A Amsterdam, les architectes de Cepezed ont accompli un projet tout aussi fonctionnel qu’efficace. Simple dans son aspect pourtant complexe dans son programme, le projet accorde une vraie importance à la durabilité.

© Lucas van der Wee
© Lucas van der Wee
© Lucas van der Wee
© Lucas van der Wee

Le site de Cepezed : ici.

Les photos: © Lucas van der Wee

A Bahreïn, un édifice épuré qui abrite les archives architecturales

© Dylan Perrenoud
© Dylan Perrenoud

La maison du patrimoine architectural (House of Architectural Heritage) est un centre qui abrite la collection d’archives de croquis et de dessins de l’architecte John Yarwood, ainsi qu’un espace d’exposition dédié à l’architecture. L’ensemble, réalisé avec tact par les architectes Noura Al Sayeh et Leopold Banchini affiche une belle allure.

Un riche patrimoine architectural

Les architectes nous racontent que John Yarwood a résidé dans la ville de Muharraq entre 1983 et 1985, alors qu’il était à la tête du département de rénovation urbaine au ministère du logement et il est tombé amoureux de la ville. Son affection pour l’exploration et la documentation a trouvé une excellente opportunité dans le riche patrimoine architectural qu’il a côtoyé. Aujourd’hui, ses croquis et dessins ainsi que ses photographies restent l’une des sources les plus importantes de documentation sur le patrimoine architectural de Muharraq dont malheureusement beaucoup a été détruit depuis les années 1980.

Le projet est conçu comme une structure de poutres qui vient encadrer les murs existants des deux bâtiments voisins servant de vitrine au patrimoine architectural de la ville. Les façades intérieures en verre peuvent être complètement s’ouvrir vers le voisinage.

Les architectes soulignent que les documents d’archives de John Yarwood sont exposés et stockés sur une mezzanine à côté d’une petite bibliothèque d’architecture, à la hauteur de la poutre en béton protégée de la lumière directe du soleil. Les deux façades principales contiennent deux portes coulissantes qui peuvent être levées à la hauteur de la poutre, ouvrant complètement l’espace d’exposition aux rues et transformant le bâtiment en passage public.

Le projet a été commandé par le Shaikh Ebrahim Center for Culture & Research, une ONG créée en 2002 à Muharraq Bahreïn par la Shaikha Mai bint Mohammed Al Khalifa. Le centre a été à l’avant-garde de la conservation des maisons traditionnelles à Muharraq en particulier et à Bahreïn en général, et a rénové, à ce jour et conservé plus de 15 bâtiments traditionnels.

Une bande de terre étroite et vide

Le projet est né du désir de construire une maison permanente pour les archives de John Yarwood, un architecte qui avait vécu à Muharraq dans les années 1980 et avait largement documenté et arpenté son patrimoine architectural. Le terrain identifié pour le projet était une bande de terre étroite et vide, adjacent à la maison Abdullah Al Zayed pour le patrimoine de la presse, un autre bâtiment qui avait été restauré auparavant.

Le centre avait initialement pensé reconstruire une maison de manière traditionnelle mais après une conversation fortuite avec les architectes (Noura Al Sayeh Holtrop et Leopold Banchini), il a été convenu que pour une maison qui devait montrer et représenter le patrimoine architectural de Muharraq, il serait mieux adapté de construire un projet qui le représenterait par son expression architecturale contemporaine et non par une reconstruction de l’ancien avec des matériaux modernes.

Néanmoins, le programme est simple, il s’agit d’héberger les archives de John Yarwood, d’y rajouter une petite bibliothèque qui présente l’architecture de Muharraq et de lui indexer un petit espace d’exposition. Le projet a été mis en œuvre conformément au premier croquis initial et aux dessins de développement ultérieurs, et est activement utilisé comme espace d’exposition pour l’architecture dans la ville. À ce jour, il a accueilli trois expositions différentes depuis son ouverture il y a plus d’un an. L’exposition inaugurale comportait des croquis de John Yarwood de maisons qui avaient depuis été démolies.

Le bâtiment est construit en béton armé, avec une poutre qui couvre la largeur de 26m reliant les deux côtés de la rue. Le béton armé est juxtaposé aux autres matériaux de construction de la ville, la pierre de corail, les gravats de pierre de corail, les blocs de construction qui sont également laissés à l’état brut. Les murs existants ont été peints dans une fine couche de chaux qui unit les différents murs existants des bâtiments adjacents dans une couleur similaire tout en conservant l’expression matérielle différente de chacun, créant un espace cohérent à l’intérieur du bâtiment.

Un intervalle silencieux ouvert sur la ville

La structure en béton est isolée thermiquement, tandis que l’espace interne est protégé de la lumière directe du soleil, ce qui réduit considérablement le besoin de refroidissement. Pendant les mois les plus chauds, les portes pliantes sont maintenues fermées et le bâtiment est isolé thermiquement du climat chaud. Pendant les mois les plus froids, les fenêtres restent ouvertes et le bâtiment peut donc être naturellement ventilé de manière transversale.

La façade intérieure en verre pliable du bâtiment a été réalisée localement par un petit atelier d’acier qui a soudé manuellement toute la charpente métallique. Le rythme de ces petites fenêtres pliables fait un clin d’œil aux divers bâtiments traditionnels en pierre de corail de la ville. Le projet aborde à travers sa conception architecturale les défis de la création d’espaces d’exposition et culturels qui détiennent une approche plus participative des communautés locales.

En proposant un espace totalement ouvert sur la rue, le projet tente de proposer une nouvelle typologie d’exposition plus inclusive. En s’insérant soigneusement dans un tissu urbain serré et en conservant l’existant, le projet crée un bel intervalle silencieux ouvert sur la ville. En tant que l’un des seuls espaces dédiés d’exposition et de débat autour de l’architecture, le projet a été très bien accueilli et visité à la fois par la communauté locale et les praticiens et étudiants en architecture locaux et régionaux. Les architectes ont également participé à la programmation des expositions et des conférences et ont été reconnaissants d’avoir eu la possibilité de programmer l’espace de la manière dont il devait être utilisé.

A Bahreïn, la maison du patrimoine architectural (House of Architectural Heritage) est un nouveau rendez-vous avec la culture !

© Dylan Perrenoud
© Dylan Perrenoud
© Dylan Perrenoud
© Dylan Perrenoud
© Dylan Perrenoud
© Dylan Perrenoud
© Dylan Perrenoud

Le site de Leopold Banchini Architects: ici. L’agence est également présente sur Instagram: leopoldbanchini

Les photos: © Dylan Perrenoud