Archives par mot-clé : architectes

En Inde, Un original projet signé Shirish Beri

01_detailsdarchitecture_@Shirish Beri Architecture

En Inde, à Hyderabad, l’architecte indien Shirish Beri a réalisé le siège de l’un des laboratoires de recherches les plus connus du pays. Une idée intéressante où l’architecture durable est mise en évidence.

Le projet se trouve au sein d’un paysage aride parsemé par d’énormes blocs de roches, l’intention étant d’y construire un institut de recherches qui étudie les espèces en voie de disparition. Pour cela, l’architecte devrait faire face à aux excroissances rocheuses déjà existantes sur la parcelle tout en réalisant un édifice durable et cohérent avec son environnement.

Shirish Beri est un architecte connu par une philosophie remarquable. Sur son site, nous pouvons lire ces phrases:

[…] Thus, any serious architect’s approach to his architectural design would evolve from his understanding of life. To me, the outer manifestations in space are reflections of the quality of our inner space and vice versa. […]

Pour cela, dans ce contexte particulier, l’homme de l’art opte pour une architecture qui englobe la nature et vit en osmose avec elle. De ce fait, les roches deviennent le cœur même du bâtiment qui par ailleurs s’adapte aux diverses évolutions paysagères. Côté matériaux, le béton, la brique, le verre et la pierre locale se croisent pour un effet  à la fois sobre et saisissant. A l’intérieur, la nature est tellement présente qu’à certains endroits, les limites intérieur et extérieur se brouillent. Le projet privilégie la ventilation naturelle, il est doté d’un système de traitement des eaux usées et les eaux de pluie sont régulièrement collectées.

Le laboratoire conçu et réalisé par Sirish Beri est un bon exemple où l’architecture dialogue subtilement avec son site.

02_detailsdarchitecture_@Shirish Beri Architecture03_detailsdarchitecture_@Shirish Beri Architecture

Le site de l’architecte Shirish Beri: ici.

Les photos : © Shirish Beri Architecture

Dessine-moi un arbre de Noël

Qu’ils sont nombreux les architectes qui se sont pris un jour ou l’autre au fabuleux jeu de la création d’arbre de Noël. Découverte d’un petit bouquet d’œuvres singuliers.

Ce sont, en général, les architectes d’intérieur qui chaque année sortent une ribambelle de nouveautés concernant l’arbre de Noël. Que ce soit pour des grandes marques de vêtements ou de bijoux ou bien encore de chocolat, les pistes sont nombreuses. Devant ce défilé d’œuvres divers, l’architecte ne reste point contemplateur, bien au contraire…

En voici quelques emblématiques arbres de Noël qui portent chacun à sa manière la signature de son auteur.

Pour commencer, une sculpture plus qu’un arbre, tout en abstraction, quand la grande Zaha s’adonne au plaisir de créer un arbre de Noël. Le résultat est surprenant voire même élégant.

@ZahaHadid

A l’occasion de la célébration du centenaire de la Gran Via de Madrid, une installation signée de l’architecte Ben Busche (de l’agence d’architecture Brut Deluxe Architects) vaut le détour. Ni végétal, ni épineux mais tout simplement éblouissant.

@BrutDeluxeArchitects

Vient le moment de parler recyclage, trois arbres de Noël qui se démarquent par la réutilisation de leurs matériaux. Ecologiques et à la fois prodigieux ils valent le détour.

Tout d’abord, il s’agit d’un arbre de Noël constitué de vélos tombés en désuétude. Brisant les codes traditionnels du sapin de Noël, le résultat est tout simplement étonnant. Il s’agit de l’arbre à vélos de Sarah Wigglesworth Architects conçu pour orner Bermondsey Square à Londres.

@SarahWigglesworth

Après l’arbre à vélo, découvrons ensemble l’arbre à bouteilles. C’est une multitude de bouteilles en verre que l’architecte chilien Ricardo Sanhueza De La Maza a assemblé pour un effet saisissant qui ne laisse point indifférent.

@RicardoSanhuezaDeLaMaza

Vient alors un recyclage inédit, celui des luges en bois. Construite d’une manière homogène, l’arbre de Noël de l’agence Hello Wood est une originalité à découvrir. Conçue à partir de 365 traîneaux réunis, l’installation a été présentée en Juillet 2013 et se trouve en ce moment devant le Palace of Arts (MÜPA) de Budapest.

@HelloWood

Pour finir cette liste et même cette année en bonne humeur et pourquoi pas avec un peu d’humour, un sapin de Noël signé Herzog et de Meuron semblable à ceci et à l’échelle 1/1 fera probablement un jour son apparition dans la capitale française…

@HerzogMeuron

Les parpaings d’or 2013 des architectes, c’est reparti

@abeillearchi

Pour la deuxième année consécutive et après un succès national voire internationale, le blog l’abeille et l’architecte revient sur scène avec une nouvelle édition, les parpaings d’or 2013.

Des noms connus du monde de l’architecture que ce soit des architectes, des grandes agences d’architecture ou des journalistes spécialisés en architecture se trouvent en lice pour une proclamation des plus spectaculaires.

Comme son habitude, fidèle à ses principes et malgré l’apparence parodique de la démarche,  l’abeille et l’architecte propose, détaille et pointe vers des projets architecturaux qui ont marqué chacun à sa manière, que ce soit par leur exubérance, leur caractère postmoderne jusqu’à leur démolition, notre petit monde de l’architecture.

A côté de personnalités notoires comme Jacques-Franck Dégioanni (Le Moniteur), Philippe Trétiack (Elle) ou encore Jérôme Auzolle (Archicool), l’auteur n’hésite pas de nommer soi-même, chose qui, entre rigolade et perspicacité, rend cette liste aux yeux des lecteurs encore plus impartiale.

Toujours moqueur quelquefois blagueur et souvent pertinent, l’abeille et l’architecte ne tarde pas à devenir un exemple hilarant.

Qu’est-ce la parpaing d’or ?

« Le Parpaing d’or distinguera les architectes français et internationaux qui ont su, à travers leurs réalisations, contribuer au rayonnement de l’architecture en France et dans le monde entier« .

Les lauréats seront connus début Janvier  2014, d’ici là place aux votes et aux commentaires, l’abeille et l’architecte continue le buzz…

Vallet de Martinis Architectes

Un nom bien mystérieux pour une agence d’architecture qui a plusieurs grands projets à son actif. Guillaume de Martinis et Antoine Vallet sont deux jeunes architectes qui aiment avant tout concrétiser toutes leurs idées.

Architecture | France

C’est dans leur agence du 19ème arrondissement que j’ai rencontré Guillaume ainsi qu’Antoine qui était de passage à Paris pour finaliser quelques études avec son associé. Mais avant tout qui sont Guillaume de Martinis et Antoine Vallet ? Tous les deux se sont connus non pas comme la plupart des architectes associés dans telle ou telle école d’architecture mais en classe de maternelle. Leur amitié date donc de très longtemps vu qu’ils sont originaires du même village se trouvant dans le nord de la France.

La vie a décidé que les deux jeunes se retrouvent plus tard à plusieurs reprises dont à l’école d’architecture de Paris Belleville, d’où ils sont diplômés ; devenus architectes et après avoir collaboré entre-temps que ce soit ensembles ou avec d’autres agences d’architecture, ils décident en 2013 de s’associer.  L’agence Vallet de Martinis est donc née et elle continue les projets déjà commencés à l’heure où ils étaient associés avec Nicolas Toury qui entre-temps a fondé sa propre agence.

Chacun des architectes de Vallet de Martinis gère une agence à part, l’une se trouvant à Bordeaux et l’autre à Paris et se partagent les chantiers suivant leur situation géographique. Facile de travailler à distance ? Antoine et Guillaume ont l’habitude, aujourd’hui, les dernières technologies aidant, les distances se rapprochent très facilement. Ce qui n’empêche pas la présence de l’un à côté de l’autre aux heures difficiles des rendus.

L’agence Vallet de Martinis Architectes comporte en tout six personnes. Chacun de leurs employés suit le projet du début jusqu’à la fin, ce qui fait que forts de leur maîtrise de toutes les étapes, les chefs de projet sont polyvalents. A cela s’ajoute la certification ISO 9001 Veritas qui fait que tous les récits sont enregistrés d’une manière à profiter à l’ensemble des collaborateurs. Les architectes sont contents vis-à-vis de ce choix qui améliore malgré tout leur travail.

Retour à Paris, alors que Guillaume me présente les projets réalisés de l’agence, Antoine écoute discrètement la conversation et s’exprime à son tour quand il s’agit d’expliquer certains détails liés aux chantiers qu’il a personnellement suivi. Et les difficultés du métier ? Les deux associés sont perspicaces  et leur expérience des marchés publics montre leur aisance à faire face à tout embarras causé avant ou pendant un chantier.

Vient le moment où je pose l’une de mes questions préférées : « Est-ce que l’agence Vallet de Martinis a des projets utopiques ? » La réponse n’attend pas, tout en sourire les architectes me font comprendre qu’ils préfèrent travailler sur des projets qui se concrétisent en chantier. L’abstraction n’a pas donc sa place chez Vallet de Martinis.

Et le design alors ? Non plus me répondent-ils, pas le design pour le design mais quand il fait partie d’un projet architectural, la réponse est oui.

Nous continuons la discussion, j’apprends qu’Antoine aimerait réaliser un jour un stade et Guillaume une piscine olympique. Malgré le fait que les références de l’agence sont diverses : logements, écoles, restaurants, musée, un crématorium et un aéroport, les projets sportives de grandes envergures manquent à leur actif.

Architectes jusqu’au bout, les deux amis d’enfance montrent une persévérance sans égale et prometteuse qui les aidera à surmonter toute difficulté connue du petit monde de l’architecture…

Un album avec quelques récentes réalisations de l’agence Vallet de Martinis:

Les photos : © Charly broyez

Les images de synthèse: Agence Vallet de Martinis.

Guinée*Potin

@GuineePotin

Une dose de simplicité, un zeste de jeunesse et une pointe d’humour, pour un duo qui allie plaisir et charrette. L’architecture made in Guinée*Potin a sa propre recette : un goût unique qui, entre philosophie et récréation, caractérise toutes leurs finitions.

Architecture | France

Chez Anne-Flore Guinée et Hervé Potin la discussion est détendue, même quand mes questions concernant leur manière de travailler puissent paraître parfois trop curieuses.

Les deux architectes sont diplômés de l’école d’architecture de Bretagne et travaillent ensemble depuis 2002 mais leur association avait commencé à l’époque de leurs études pour des concours estudiantines et bien avant la création de leur agence.

Je reviens sur leur projet de centre de recherche et de biodiversité qui avait attiré mon attention et dont j’avais parlé sur Détails d’architecture, pour leur poser une question très tendance, l’écologie et les matériaux de construction. La réponse ne sa fait pas attendre, Hervé réplique immédiatement que l’agence utilise également le béton dans un projet en cours et leurs travaux ne se limitent pas au bois comme matériau de construction. Il me murmure qu’il aimerait même un jour construire en ardoise ou en pierre naturelle, retour aux sources ? Oui les architectes ne s’en cachent pas et ils affirment que les matériaux ainsi que les techniques traditionnelles de la construction les ont toujours fascinés.

Retour à l’écologie, la discussion est plus animée et l’explication plus approfondie. J’apprends que pour Guinée*Potin l’écologie est la bienvenue tant qu’elle ne tombe pas dans l’extrémisme. Les architectes n’aiment pas se montrer « en donneur de leçon » même s’ils se sentent par ailleurs, un peu comme tout le monde, concernés par cette évolution.

Nous continuons et évoquons cette fois-ci les difficultés du métier d’architecte. Anne-Flore et Hervé sont conscients des diverses embûches de notre discipline mais prennent les choses par philosophie et essayent de garder résolument leur calme face au rythme effréné de certains rendus. Une réalisation dont ils sont fiers ? C’est l’Ecomusée de Rennes Métropole bien que chaque idée soit un accomplissement à part qui nécessite autant d’effort que de soin.

Parlons voyages, que ce soit Anne-Flore ou Hervé, tous les deux ont vécu à Rome, en résidence à la Villa Medici pendant une année, ils ont séjourné respectivement et pour plusieurs mois à Barcelone, à Adis Abeba et à Kyoto dans le cadre des bourses d’études; chose qui les a aidé d’une part à relativiser sur leur condition de vie en France et d’autre part à enrichir leur regard sur les différentes manières d’habiter ailleurs.

Convaincus que l’architecture est un mélange de « délai tenu » et de « projet réussi » les architectes ne délaissent pas pour autant le côté esthétique qui, bien au contraire, constitue selon eux le point le plus fort de toute construction. Le regard d’Anne-Flore qui est en même temps plasticienne serait-il pour quelque chose ? Je me le demande.

Sensibles à la beauté et curieux des nouveautés, quand il s’agit de leur métier, ces deux artistes qui aiment tout autant la bande-dessinée, les voyages et la gastronomie, se révèlent être de fins architectes…

Le site de l’agence Guinée*Potin: ici.

Quand Claude Petton a bouleversé l’architecture

06-MaisonPetton-@StephaneChalmeau-Detailsd'Architecture

Inspiré par Frank Lloyd Wright, l’architecte breton Claude Petton a réalisé en 1973 une maison typique qui devient aujourd’hui un exemple écologique. Découverte d’une demeure révolutionnaire par rapport à son époque.

C’est en 1973, que Claude Petton a conçu une villa enfouie dans la nature. L’architecte visionnaire qui possède plusieurs réalisations a également des projets non-réalisés (utopiques pour leur temps) et des prototypes qui sont devenus par la suite, des modèles de réflexion pour les architectes.

Inspirée par l’architecture organique, la maison Petton se trouve à Plougastel-Daoulas (Finistère). Il s’agit d’une retraite construite principalement en pierre, en bois et en verre où les formes sont en accord avec l’environnement.

L’intérieur est lumineux, sobre et marqué par une abondance de bois. La maison s’insère dans la roche et présente une délicieuse communion avec la nature. Dans une période où les notions écologiques n’étaient que balbutiements, la maison Petton a mis la première pierre d’une longue épopée…

01-MaisonPetton-@StephaneChalmeau-Detailsd'Architecture

03-MaisonPetton-@StephaneChalmeau-Detailsd'Architecture

04-MaisonPetton-@StephaneChalmeau-Detailsd'Architecture

05-MaisonPetton-@StephaneChalmeau-Detailsd'Architecture

02-MaisonPetton-@StephaneChalmeau-Detailsd'Architecture

Toutes les photos: © Stéphane Chalmeau.

Zaha Hadid, Lady Gaga de l’architecture ?

@MatteoStaltari

La disparition progressive de l’instinct humain serait-elle comparable à l’ascension sur la scène musicale d’une Lady Gaga ? Dans une chronique parue le 31 juillet 2012 dans le journal de langue arabe Arch-News, l’architecte Marwa Alsabouni estime que le succès rencontré par l’architecture de Zaha Hadid n’est pas le fruit d’un simple engouement mais un phénomène contemporain.

Emirats Arabes Unis | Zaha Hadid

Contexte
Figure du mouvement déconstructiviste et première femme à obtenir le Pritzker, Zaha Hadid est une architecte reconnue sur la scène internationale. Quel rapport avec la chanteuse Lady Gaga ?
Selon l’architecte Marwa Alsabouni, deux univers radicalement différents peuvent pourtant générer de semblables réactions chez l’être humain.
De nous plonger dans les fondamentaux du déconstructivisme entraînant des conceptions architecturales en rupture avec l’histoire, le site, les traditions et la société.
L’architecture de Zaha Hadid serait-elle thérapeutique ?
SH

LA LADY GAGA DE L’ARCHITECTURE DU XXIE SIECLE
Marwa Alsabouni | Arch-News

ABU DHABI – Si nous allions faire un tour le long de l’avenue principale d’une capitale mondiale, nous y assisterions à un spectacle culturel à nul autre pareil. Nous y verrions sans doute des visages et des corps recouverts de tatouages, de couleurs et de vêtements de toutes sortes. Des voitures à l’allure d’engins spatiaux circuleraient autour de nous et différents écrans électroniques s’allumeraient entre les mains et dans les sacs des passants. Par ailleurs, les vitrines des boutiques ajouteraient aux millions d’images emplissant la rue.

Nous remarquerions sans doute des posters de la célèbre chanteuse Lady Gaga, la plus excentrique d’entre toutes avec ses vêtements, sa coiffure et son maquillage affriolants.

In fine, peut-être croiserions-nous un édifice conçu par l’architecte Zaha Hadid, clou de notre visite, que nous confondrions avec un bâtiment du film ‘Avatar’, de James Cameron.

Tout comme les autres arts, l’architecture a toujours été l’expression de la culture, qui n’est autre que le reflet de la connaissance et de l’instinct humains. Mais qu’en est-il de cette connaissance et de cet instinct aujourd’hui ?

Concernant la connaissance, je pense qu’il n’existe aujourd’hui que des extrêmes. D’un côté, les penseurs les plus sages et les plus grands créateurs, de l’autre, les esprits les plus ignorants.

@Richard Wasenegger

Mais qu’en est-il de l’instinct ? Qu’est-ce que l’instinct et comment l’identifier ? Je pense qu’il fait, de tous temps, partie inhérente de la nature humaine. A l’instar du ‘pilote automatique’ des avions, il assure notre survie.

Depuis son existence sur terre, l’homme se tient à distance de ce qui le met en danger ou provoque sa mort, se rapprochant de la vie. A ce titre, il y a des formes architecturales jugées ‘hostiles’ alors que d’autres seraient, au contraire, ‘chaleureuses’.

Les êtres humains s’éloignent instinctivement de ce qu’ils anticipent comme étant dangereux – même si ce n’est pas le cas -. C’est en substance ce qu’évoque Roger Scruton (un philosophe anglais conservateur, nda) dans son livre The Aesthetics of Architecture (1979), où il explique que le fait de percevoir des formes comme ‘hostiles’ ou ‘cruelles’ n’est pas d’ordre visuel ; il s’agit là d’un phénomène commun qui n’est pas propre à l’architecture.

Roger Scruton ne précise pas clairement pourquoi une forme est perçue comme ‘douloureuse’ par l’esprit humain. Qu’est-ce qui provoque cette appréhension ?

Il s’agit d’expériences instinctives, propres à tous les êtres humains. Ceci expliquerait pourquoi les angles pointus ne sont pas légion dans les espaces publics et notamment les jardins d’enfants. Même s’ils étaient conçus de manière à éviter les accidents, ils provoqueraient ‘automatiquement’ notre méfiance.

@Alfred Essa

Cependant, qu’en est-il de l’instinct aujourd’hui ?

A l’ère des technologies les plus avancées, l’étrangeté – c’est-à-dire le détachement de notre instinct – fait partie de notre quotidien.

Ce phénomène explique-t-il le rayonnement de l’architecture de Zaha Hadid au XXIe siècle ? La privation d’instinct et la recherche de sensations fortes expliquent-elles l’engouement pour ses bâtiments ?

Il est normal pour l’être humain, à l’heure où l’instinct se perd et où le progrès représente un défi quotidien, d’être à la recherche d’aventures telles le saut en parachute, le saut à l’élastique et autres expériences dont les clones de Lady Gaga se font les chantres.

Mais voulons-nous réellement sauter tous les jours d’un avion ? Les jeunes hommes veulent-ils voir leur épouse ressembler à Lady Gaga ?

Si la réponse est ‘oui’, alors les bâtiments de Zaha Hadid rempliraient nos villes.

Cela écrit, si d’instinct nous avons besoin d’entendre le bruit des courants et du vent dans les arbres, comme nous avons besoin de contempler l’ordre de l’univers qui se manifeste dans les feuilles des arbres comme aux pieds des montagnes, de la même façon, nous avons besoin de sauter de temps à autre d’un avion ou de sentir l’orage gronder.

Nous en appelons à Lady Gaga et à l’architecture excentrique de Zaha Hadid pour secouer la monotonie de nos vies et de nos villes.

Arch-News | Marwa Alsabouni | Emirats Arabes unis
31-07-2012
Adapté par : Sipane Hoh

Photo 1 : © Matteo Staltari

Photo 2 : © Richard Wasenegger

Photo 3 : © Alfred Essa

N.B. Cet article est paru en première publication sur le courrier de l’architecte le 12 septembre 2012.

A 85 ans, dans le ‘Tombon San Marco’, Gae Aulenti toujours alerte

Architecte, designer, rédactrice… Gae Aulenti est en Italie une incontournable femme de l’art. Le 28 décembre 2011, la journaliste Alessandra Coppa lui rend un vibrant hommage dans les colonnes de Living24, le portail d’un groupe de presse dédié à l’ameublement, le mobilier et le design d’intérieur. Retour sur l’aventure engagée d’une femme de tête.

Italie | Milan | Gae Aulenti |

Contexte
Gae Aulenti est la première femme architecte à qui le Japon a accordé le Praemium Imperiale. A la fois rédactrice, architecte, scénographe, enseignante et designer, cette Italienne née en 1927 continue son parcours jusqu’à nos jours avec le dynamisme de ses vingt ans.
De renommée mondiale, elle a à son actif de grands projets ainsi que des petits objets. Du musée d’Orsay jusqu’à la lampe culte Pipistrello, Gae Aulenti a su montrer toutes ces années qu’elle est une architecte pluridisciplinaire jusqu’au bout des ongles.

Diplômée en architecture à l’Ecole polytechnique de Milan en 1953, elle a conçu en 1980 l’une des icônes italiennes, la Fontana Arte, la table avec des roues, un objet qui fait partie de la collection permanente du Museum of Modern Art (MOMA) de New York. Elle a également conçu une scénographie pour le théâtre de Luca Ronconi en 1975 à La Scala.
Parmi ses projets récents ou en cours : le réaménagement de la place de Cadorna à Milan ; la station-musée de ‘Dante’ du métro à Naples ; le lac Meina (Novare) ; une centrale thermique à Rimini ; les aéroports de Pérouse et d’Aoste ; la restauration du Palais Branciforte à Palerme ; le réaménagement du Complexe Saint-Augustin à Modène.
Elle est, en France, Chevalier de la Légion d’Honneur.
SH

ARCHITECTE TOUJOURS – ENTRETIEN AVEC GAE AULENTI
Alessandra Coppa | Living24

MILAN – L’architecture toujours au centre, mais avec philosophie. Du design industriel à l’architecture intérieure, de l’urbanisme à la scénographie, les pièces organiques d’un style unique de conception laissent paraître les multiples âmes de Gae Aulenti qui composent une architecture sans priorité ni engagement politique.

Elle nous accueille dans son atelier milanais avec vue sur le San Marco. Autour d’une grande table carrée de couleur blanche, les chaises griffées de sa série Locus Solus conçue pour Poltronova ainsi que le projet de l’aéroport de Pérouse et le complexe de Saint Agostino de Modène. Pantalon, pull, cheveux courts et une cigarette à la main, là voilà, l’architecte de la transformation de la gare d’Orsay et du Palazzo Grassi, celle qui a redessiné la Piazza Cadona de Milan et a inventé des objets de culte tels que la lampe Pipistrello et le fauteuil Sgarsul.

Tous les projets de Gae Aulenti vont au-delà de l’occasion typologique, comme si son architecture, toujours au centre de la dimension urbaine, révélait la profondeur de lieux mystérieux. Le classicisme sous-jacent de son architecture, les objets (qui peuvent surprendre par leur «effet d’éviction», comme la table basse en verre avec des roues exposée au MOMA) et leur mise en scène sont le résultat d’une recherche, presque d’une intuition.

[Living24 : Il faut monter des escaliers en fer, de couleur orange, pour atteindre le studio de Gae Aulenti…]

Gae Aulenti : C’est ici, là où se trouve aujourd’hui mon studio, que Verdi a composé son requiem.

Le lieu a été bombardé et puis restauré (en 1970). C’est un lieu étrange appelé autrefois ‘Tombon San Marco’.

J’ai conçu cet espace en pensant que je n’aurai jamais un grand studio parce que je voulais dessiner seule.

Le studio est né avec, dans une grande allégresse ; on pouvait nous entendre dessiner et chanter, bavarder. A l’inverse, depuis que l’ordinateur a fait son entrée, il règne un silence de mort.

A quels projets se réfèrent les papiers sur les murs ?

Ce ne sont pas toutes nos réalisations ! Celui-là est le premier projet du magasin Olivetti à Paris et qui, malheureusement, n’a jamais été réalisé ; là, un autre, un projet pour un quartier résidentiel à Caracas.

Il me semble que vous tenez beaucoup à ce projet resté sur papier ?

Il représente l’une des trois débâcles de ma vie : je venais de commencer ce projet quand la colline a glissé et tout emporté. La deuxième est quand j’ai gagné le concours de l’académie des sciences à Berlin avec le siège de l’ambassade d’Italie. Une fois le projet final terminé, le mur de Berlin est tombé et depuis rien n’a été fait. La troisième, c’est la Fenice de Venise où, après huit mois de travail acharné, ils ont bloqué le site et ont attribué le projet à Aldo Rossi. L’unique chose plaisante de l’histoire était un coup de fil d’Aldo Rossi qui disait «Ne touchez pas à Gae !» et c’est lui qui le fit.

[Aldo Rossi avait donc tellement de respect pour elle. C’était une amitié de longue date, née à l’époque de la Casabella, dans les années cinquante à Milan…]

Dans les années cinquante, j’ai fréquenté l’Ecole Polytechnique de Milan. J’ai connu Vittorio Gregotti et, à travers lui, je suis arrivée à la revue Casabella-Continuità dirigée alors par Ernesto Nathan Rogers, dont je fus l’assistante ; chose qui n’a pas duré longtemps vu sa maladie. J’ai été obligée de choisir entre l’enseignement et la pratique. Il y avait Aldo Rossi, Vittorio Gregotti, De Carlo, Guido Canella, Giorgio Grassi…  Ernesto Nathan Rogers répétait souvent que l’architecte devrait être un intellectuel avant d’être un professionnel.

[Architecte intellectuelle et professionnelle, mais femme, dans une ambiance misogyne comme celle de la Casabella. Emilio Battisti, dans le catalogue de son exposition à la PAC en 1979, écrit : «Le premier architecte qui a démontré, en toute évidence, que l’architecture est un substantif du genre féminin».]

Tout le monde le savait mais personne ne voulait l’admettre. Même au sein de la Casabella, où il existait de vraies relations, parfois la misogynie émergeait. C’était un travail agréable mais ils étaient ‘machos’… Il n’y avait que moi et Giulia Banfi, qui s’occupait du secrétariat. A chaque fois que je disais ‘Est-ce que je peux faire le résumé de ce livre ?’, on me répondait, ‘Non, tu feuillettes !’. A la fin, c’étaient des amis mais c’était bestial.

[A Paris, nommée «Monsieur Aulenti», elle demeure l’une des premières femmes «victorieuses» dans un monde très masculin et puis Zaha Hadid a remporté le Pritzker…]

Mais j’ai gagné le ‘Praemium imperiale’ ! De ma génération, Cini Boeri et moi étions seulement deux. Aujourd’hui, heureusement, le nombre des femmes architectes a augmenté. Elles sont très courageuses et déterminées comme ma nièce Nina Artioli du Studio T-Spoon.

Au fil des ans de Casabella-Continuità, entre 1955 et 1965, on parlait de «néolibéralisme», c’est-à-dire de la récupération de la tradition et les valeurs bourgeoises, en opposition au rationalisme de la forme.

Non, je n’ai jamais affectionné le terme ‘néolibéralisme’.

Ce qui m’intéressait dans le groupe de la Casabella était l’histoire, de sorte que l’idée de ‘refonder’ le mouvement moderne.

Nous devons nous rappeler que la revue a été appelée à ce moment Casabella-Continuità. Nous voulions reconduire un processus de continuité à travers l’étude de l’histoire.

[C’est elle qui refonde la charte graphique, la mise en page et la couverture de Casabella]

Il n’était pas question de survoler. Casabella fait partie des revues d’architecture complexes et déterminées. J’étais responsable de la mise en page beaucoup plus que du graphisme. Chaque page a été composée, étudiée et conçue comme une architecture.

Il a été écrit que «n’importe quel objet de l’homme, un monument ou une tanière, ne peut échapper à sa relation avec la ville, le lieu de la représentation de la condition humaine». Commentant la gare d’Orsay, Celant (critique d’art italien, ndlr) parle de ‘la ville construite à l’intérieur de l’ancienne gare’. Comment pouvez-vous mesurer les plans de votre projet par rapport à la ville, au site ? De quelle manière croisez-vous le thème de la modernité avec la persévérance des signes composants ?

La ville est le lieu où l’homme vit, la vie est essentielle dans ce domaine, là où l’histoire a été déposée, où les philosophes expriment la maturité des confrontations ; la ville est le lieu de l’invention. Le projet d’architecture est un fait relationnel ; quand on construit à l’intérieur de la ville, il n’est pas question d’autonomie. Tant d’objets architecturaux d’aujourd’hui sont faux, une dose de misère, parce qu’ils ne font pas référence au contexte.

Se reporter au contexte ne signifie pas homologuer mais avoir une position dialectique avec le site. Par exemple, dans mon projet pour l’ancien hôpital de Modène, il y a une relation forte avec le XVIIIe siècle et cela modifie les fonctions et le rapport avec la ville. Il s’agit en l’occurrence d’un lieu qui a toujours été fermé, pour des besoins de santé mais aussi pour des raisons de mode de pensée. Il sera transformé en bibliothèque, ce qui nécessite un bâtiment qui n’est plus fermé mais ouvert vers la ville.

Même la disposition de l’exposition ‘New domestic Landscape’ de 1972 au MOMA de New York était une scène qui mutait entre intérieur et extérieur, une ‘ville’ mais aussi un système de meubles ‘Kartell’, un ensemble d’objets en rapport avec la verticalité et l’horizontalité.

C’était un ‘Nuovo Paesaggio Domestico’ (Nouveau paysage domestique), un endroit imaginaire qui n’était pas encore devenu réel, mais inventé. J’ai constaté que chacun des éléments pouvaient se combiner comme je le souhaitais de manière à créer librement des paysages qui pourraient se diversifier de temps à autre. J’ai travaillé avec Kartell en collaboration étroite et nous avons inventé quelques éléments qui, selon qu’ils sont placés à la verticale ou à l’horizontale, créent des bibliothèques, des chaises, etc. Ce qui était important pour moi était cette liberté.

Parlez-nous de votre premier projet et de la rencontre avec Adriano Olivetti.

J’ai travaillé pour sa revue Tecnica e Organizzazione. Ensuite, j’ai conçu des salles d’exposition, d’abord à Paris puis à Buenos Aires. J’ai toujours pensé que les objets doivent être liés à l’environnement où qu’ils se placent, jamais seuls ; nombreux sont finalement conçus pour des lieux spécifiques. La lampe ‘Pipistrello’ était pour Paris et la ‘King Sun’ était pour Buenos Aires. Dans les deux cas, pour la salle d’exposition ‘Olivetti’, je voulais obtenir un contraste avec les machines à écrire et un objet de définition complètement différent. ‘Olivetti’ m’a permis de faire des voyages extraordinaires, de pouvoir diriger au mieux mon travail ; je suis allée au Pérou, en Bolivie, j’ai traversé les Andes et j’ai rencontré Oscar Niemeyer…

2cpdhk0

Parlons de la relation entre l’architecture et la scénographie pour le théâtre, surtout ‘La Scala’ et la rencontre avec Luca Ronconi. Vittorio Gregotti a écrit vous concernant : «Ses scènes savent se mettre au service du spectacle sans trahir l’architecture qui, loin de tout rôle d’arrière-plan, devient une partie intégrante du spectacle». Dans vos scénographies, on assiste, en effet, à un renversement de la relation figure / fond et de l’ambiguïté entre intérieur et extérieur…

Luca Ronconi est une personne très curieuse. Lorsque nous nous sommes rencontrés, il a décidé de mettre en scène ‘Le astuzie femminili’ (les astuces féminines). Je devais réaliser le quatrième mur mais j’avais décidé d’en construire trois. Ce qui a donné lieu à cette forme triangulaire fantastique qui représente une structure escamotable. Le théâtre m’a aidé à mieux comprendre le fond de la relation espace / temps.

Au théâtre, les temps sont déterminés, celui du texte, de la narration et de la musique ainsi que les mouvements de la scène qui accompagnent cette action. L’architecture doit tenir compte de l’action théâtrale. La scénographie est une préparation à l’architecture fondamentale.

En 1975, j’ai réalisé la scénographie de ‘L’anitra selvatica’ d’Ibsen (une pièce de théâtre), inspiré par l’art de la photographie.

De la lecture du texte – l’action scénique se déroule presque entièrement dans la maison d’un photographe – est venue l’idée de s’inspirer de l’art de la photographie, à la technique et aux possibilités qu’il offre (copies, des images grand angle, des agrandissements, positif-négatif). Le protagoniste est un photographe, alors nous avons pensé à une scène mobile qui pourrait montrer trois parties égales ou bien élargir comme un grand angle ou noircir.

J’ai également enseigné à l’école de Luca Ronconi à Prato. J’avais l’habitude d’enseigner les samedis et dimanches. Nous avions trois groupes, le mien était consacré à l’espace. J’ai enseigné les relations spatiales entre le texte, l’éclairage et la scène tout en étudiant les arts.

[Malgré les fantaisies imaginées par Luca Ronconi, il me semble qu’elle continue à préférer la réalité et la continuité, en tant que citadine et architecte. De 1980 à 1990, elle a conçu la gare d’Orsay, le Palazzo Grassi, le musée d’art catalan de Barcelone, le musée national d’art moderne au Centre Pompidou, le musée asiatique de San Francisco… La scénographie est-elle déterminante pour son approche du musée ?]

Ne pensez jamais qu’il existe des liens directs, mais plutôt des liens indirects, émergents, volontaires et spontanés. La scénographie ne signifie pas que nous devrions exprimer directement la connaissance que nous avons d’un sujet. Or, en fait, quand j’ai construit mon premier grand musée, le musée d’Orsay, je savais tout ! Même sur les oeuvres d’art.

Est-il vrai que François Mitterrand suivait personnellement le chantier ?

Il est venu visiter le musée en construction et contrôler le travail. Il m’a demandé de lui raconter ce que je faisais. Il m’a personnellement accordé le ruban rouge de la Légion d’honneur.

Comment interprétez-vous la typologie complexe du musée en sachant intégrer le vieux avec le nouveau ?

C’est difficile de travailler avec les conservateurs parce que l’agrandissement d’un musée naît d’une connaissance profonde – à confirmer – de la collection et du fait de décider quelles sont les relations à travers les salles. Par exemple, je vois des cadres dans une salle mais je devrais déjà entrevoir la pièce voisine d’une manière non pas directe mais indirecte. Cependant, il est essentiel de trouver un lien fort avec la notion spatiotemporelle. Si le visiteur peut faire le chemin lentement ou rapidement, il va trouver ses propres relations et aller de l’avant.

Parlons d’un projet plus récent, la station du musée de Dante de Naples.

A Naples, nous avons dû concevoir deux stations différentes et la place qui conduit dans le musée archéologique. […] Nous avons pu insérer des oeuvres connues et faire de la station un ‘musée obligatoire’. On a découvert que même dans une ville comme Naples – très critiquée pour son désordre – des oeuvres d’art placées dans un lieu public peuvent créer un sentiment de respect.

A l’institut italien de culture à Tokyo, il est intéressant de voir comment la grille de la façade fait partie du tissu urbain…

L’institut italien de culture à Tokyo se trouve sur la route principale de Kumdam Minami qui longe un parc connu pour ses cerisiers en fleurs. La façade présente une décompression, comme un filtre dans la transition de l’extérieur à l’intérieur. C’est un grand carré divisé en 81 petits carrés plus petits dont les travées sont peints en rouge, une couleur récurrente de ma part et qu’on retrouve dans les parties structurelles de l’aéroport de Pérouse.

Alessandra Coppa | Living24 | Italie
28-12-2011
Adapté par : Sipane Hoh

photo 1: © DR

photo 2: © 2cpdhk0

N.B. Cet article est paru en première publication sur le courrier de l’architecte le 02 mai 2012.