Archives de catégorie : portraits

Qui est Henrique Oliveira ?

© Henrique Oliveira
© Henrique Oliveira

Nous avons déjà croisé ses installations en France. Que ce soit au Palais de Tokyo ou au domaine de Chaumont-sur-Loire, le personnage interpelle via son art. Connu notamment pour ses œuvres « Baitogogo » ou « Transarquitetônica », il s’agit d’un artiste hors pair qui mérite le détour.

En plus d’une vingtaine de distinctions, le natif de São Paulo a à son actif une cinquantaine d’expositions (personnelles ou en groupe) dans le monde. A la fois, peintre et sculpteur, l’artiste né en 1973 garde une écriture unique identifiable de tous.

Dans ses œuvres, Henrique Olivera utilise un matériau répandu dans son pays natal, il s’agit du bois que l’on trouve sur les palissades des chantiers de la cité. Une matière primitive qui devient une œuvre d’art à la puissance exceptionnelle. Les œuvres d’Oliveira interagissent le plus souvent avec l’architecture du lieu de l’exposition dont ils adoptent les configurations. Utilisant quelquefois le collage et tantôt l’assemblage, l’artiste crée des formes organiques spectaculaires dont il émane une telle force que le visiteur a l’impression d’être emporté dans le doux tournoiement de la matière.

Entre architecture et nature

La plus grande installation de l’artiste à ce jour est « Transarquitetônica » l’installation qui a été présentée au MAC (Museu de Arte Contemporanea da Universidade) de São Paulo où à partir de matériaux recyclés, l’artiste questionne le lien entre architecture et nature. Ainsi, à travers des installations en bois qui envahissent le lieu, Oliveira montre comment l’espace intérieur peut être saisi et vécu par le visiteur.

Dans l’art d’Oliveira les multiples potentialités sont conçues pour embrasser l’observateur dans un univers grandiose qui mêle à merveille construction, nature et textures. Comme si toutes les astuces utilisées sont là pour exprimer symboliquement la transformation de l’évolution de l’architecture. Un clin d’œil à une avant-garde brésilienne dont les idées dominent l’ambiance présentée.

Qu’elles soient sous forme de peintures, de sculptures ou des installations, l’art composite d’Henrique Oliveira exhorte à la fois l’urbain et le paysage, il implique aussi curieusement la science , c’est pourquoi ses assemblages paraissent toujours invraisemblables.

Bientôt, nous pouvons admirer l’une des installations de l’artiste dans le Centro Pecci de Prato qui vient d’ouvrir ses portes et dont j’ai récemment parlé: ici.

Le site de l’artiste Henrique Oliveira: ici.

Les projets fictifs de Benoît Patterlini

favela_03

Benoît Patterlini est un architecte français qui depuis quelques années met ses compétences en imagerie 3D à profit du développement de plusieurs projets fictifs. Portrait d’un personnage curieux qui aimerait faire réagir les gens sur le rôle de l’architecture dans nos sociétés.

Né dans le sud de la France, à Hyères, après avoir étudié à l’école supérieure d’architecture de Montpellier, Benoît devient architecte DPLG en 2000 avec les félicitations du jury.

Depuis, l’architecte collabore avec une multitude de grandes agences d’architecture comme Ateliers Jean Nouvel, Agence Elisabeth et Christian de Portzamparc, Vasconi associés architectes, Jean-Paul Viguier et associés et d’autres.

En parallèle de son quotidien, Benoît se pose moult questions sur l’architecture participative et prospective, d’où l’idée de son dernier projet fictif : ‘investir la Favela’, une idée qui développe selon l’auteur le rôle humaniste de l’architecte. Prenant le contre-pied  de ce que proposent ses confrères européens, l’artiste essaye par le biais de propositions spontanées d’enrichir les perceptions du moment et les pousser vers une architecture capable de soigner les maux de la société.

Après son projet extravagant d’habiter l’espace, Benoît Patterlini pense à réhabiliter une favela de Rio de Janeiro. Ce dernier est persuadé que les inégalités économiques sont de plus en plus en hausse dans le monde, par conséquence, l’architecture ne pourra pas à elle seule répondre à la question posée. Pour cela, tous les acteurs de la société devraient avoir leur mot à dire et ce pour faire évoluer les populations vers un développement mérité.

Pour cela, l’architecte, fixe les problèmes, argumente et essaye de trouver les réponses aux questions soulevées pour arriver à une architecture responsable, durable et pittoresque. Entre recyclage et réutilisation des matériaux de construction comme la brique, le bois et la pierre, l’une des propositions de l’auteur de la réhabilitation de la Favela est la création d’unités d’habitations qui ressemblent à une sculpture brutaliste rappelant ‘des personnages grotesques forts imposants’.

Selon Benoît Patterlini:

« Une architecture responsable : De par sa forme en cheminée, les espaces de vie sont empilés les uns sur les autres, ce qui sera facile à chauffer en Hiver et à ventiler en Eté.
L’unité d‘habitation sera articulée autour de la cheminée située au premier niveau et qui pourra desservir tous les autres étages.
En toiture, des panneaux voltaïques produisent de l’énergie qui servira aux besoins du foyer, le reste sera stocké et revendu à la ville.
L’unité d’habitation sert également de tuteur à une serre « bioclimatique ».De la même manière qu’un poteau de bois avec l’arbuste à peine fleurissant. L’unité d’habitation est le pilier d’un avenir prometteur. »

Des idées idéalistes mais réalisables qui font de ce spécialiste de l’image 3D, un architecte utopiste.

Le blog de Benoît Patterlini : ici.

L’image : © Benoît Patterlini

Cyrille Lallement

portraitcl

Pour Cyrille Lallement, la collaboration véritable entre l’architecte et le photographe devrait être à l’image de celle qui liait Le Corbusier et Lucien Hervé. Après sept ans d’exercices, l’architecte revient vers sa passion d’autrefois, la photographie. Portrait.

Photographie | France

Pour se faire une idée sur le personnage de Cyrille Lallement, il suffit de parcourir les pages de son site. Discrétion et abstraction nous guident vers la découverte de quelques projets d’architecture. Peu de photos mais un choix caractéristique qui montre le regard singulier que porte l’auteur sur chaque sujet abordé. La curiosité guidant, une rencontre avec le photographe s’imposait.

Cyrille Lallement n’est pas bavard néanmoins il accepte de répondre à mes nombreuses questions, un après-midi d’été sur la terrasse d’un café. Au cours de la discussion, il me raconte comment via la photographie d’architecture il a découvert les réalisations contemporaines et par la suite il a eu l’envie d’étudier l’architecture. De longues études pendant lesquelles les sorties photos ne manquaient pas. L’une des visites pour la gare de Satolas (imaginée par Calatrava) a marqué l’auteur et l’imprègne jusqu’à ce jour.

Conscient de l’importance de l’image dans la communication des réalisations architecturales, Cyrille va au-delà d’une belle photo qui montre la plastique d’une réalisation en incluant l’espace photographié qui selon lui, doit signer aussi la personnalité de l’architecte qui conçoit le projet. Ainsi, sa pratique architecturale aidant, dans son travail d’auteur, l’artiste traite des questions d’échelles et de limites en incluant toujours l’humain (même si ce dernier reste visuellement absent). « C’est une manière de se détacher du réel pour mieux raconter un lieu. » dit-il.

Depuis sa première exposition qui s’est déroulée à l’école d’architecture avec des photos en noir et blanc prises à Tokyo, Cyrille Lallement a gravit les échelles de la photographie d’architecture jusqu’à la réalisation des petits films qui mettent la conception architecturale et la représentation du bâti en interaction. Dernièrement, l’un de ses films a participé au festival de film d’architecture de Santiago, en Argentine.

Le photographe qui utilise un matériel numérique pour ses commandes, se tourne dans la mesure du possible vers l’argentique quand il s’agisse de travaux personnels ; parcequ’il trouve que les possibilités de réglages et le rendu des photos prises avec une chambre grand format sont encore inégalables.

Cyrille Lallement aimerait travailler avec n’importe quel architecte du moment où leur collaboration soit à l’image de celle de Le Corbusier et Lucien Hervé. Le photographe qui me raconte avec émotion quelques petites histoires sur le travail des deux grands noms de l’architecture contemporaine, montre inconsciemment une passion sans limite pour la photographie d’architecture.

Sensible à l’architecture et à la fois un personnage discret, Cyrille Lallement sait donner autant d’intérêt à n’importe quel projet. L’architecte qui, pendant des années a appris l’acte de bâtir continue à son tour à construire des images…

Le site de Cyrille Lallement : ici.

Les films conçus par Cyrille Lallement se trouvent : ici.

Vallet de Martinis Architectes

Un nom bien mystérieux pour une agence d’architecture qui a plusieurs grands projets à son actif. Guillaume de Martinis et Antoine Vallet sont deux jeunes architectes qui aiment avant tout concrétiser toutes leurs idées.

Architecture | France

C’est dans leur agence du 19ème arrondissement que j’ai rencontré Guillaume ainsi qu’Antoine qui était de passage à Paris pour finaliser quelques études avec son associé. Mais avant tout qui sont Guillaume de Martinis et Antoine Vallet ? Tous les deux se sont connus non pas comme la plupart des architectes associés dans telle ou telle école d’architecture mais en classe de maternelle. Leur amitié date donc de très longtemps vu qu’ils sont originaires du même village se trouvant dans le nord de la France.

La vie a décidé que les deux jeunes se retrouvent plus tard à plusieurs reprises dont à l’école d’architecture de Paris Belleville, d’où ils sont diplômés ; devenus architectes et après avoir collaboré entre-temps que ce soit ensembles ou avec d’autres agences d’architecture, ils décident en 2013 de s’associer.  L’agence Vallet de Martinis est donc née et elle continue les projets déjà commencés à l’heure où ils étaient associés avec Nicolas Toury qui entre-temps a fondé sa propre agence.

Chacun des architectes de Vallet de Martinis gère une agence à part, l’une se trouvant à Bordeaux et l’autre à Paris et se partagent les chantiers suivant leur situation géographique. Facile de travailler à distance ? Antoine et Guillaume ont l’habitude, aujourd’hui, les dernières technologies aidant, les distances se rapprochent très facilement. Ce qui n’empêche pas la présence de l’un à côté de l’autre aux heures difficiles des rendus.

L’agence Vallet de Martinis Architectes comporte en tout six personnes. Chacun de leurs employés suit le projet du début jusqu’à la fin, ce qui fait que forts de leur maîtrise de toutes les étapes, les chefs de projet sont polyvalents. A cela s’ajoute la certification ISO 9001 Veritas qui fait que tous les récits sont enregistrés d’une manière à profiter à l’ensemble des collaborateurs. Les architectes sont contents vis-à-vis de ce choix qui améliore malgré tout leur travail.

Retour à Paris, alors que Guillaume me présente les projets réalisés de l’agence, Antoine écoute discrètement la conversation et s’exprime à son tour quand il s’agit d’expliquer certains détails liés aux chantiers qu’il a personnellement suivi. Et les difficultés du métier ? Les deux associés sont perspicaces  et leur expérience des marchés publics montre leur aisance à faire face à tout embarras causé avant ou pendant un chantier.

Vient le moment où je pose l’une de mes questions préférées : « Est-ce que l’agence Vallet de Martinis a des projets utopiques ? » La réponse n’attend pas, tout en sourire les architectes me font comprendre qu’ils préfèrent travailler sur des projets qui se concrétisent en chantier. L’abstraction n’a pas donc sa place chez Vallet de Martinis.

Et le design alors ? Non plus me répondent-ils, pas le design pour le design mais quand il fait partie d’un projet architectural, la réponse est oui.

Nous continuons la discussion, j’apprends qu’Antoine aimerait réaliser un jour un stade et Guillaume une piscine olympique. Malgré le fait que les références de l’agence sont diverses : logements, écoles, restaurants, musée, un crématorium et un aéroport, les projets sportives de grandes envergures manquent à leur actif.

Architectes jusqu’au bout, les deux amis d’enfance montrent une persévérance sans égale et prometteuse qui les aidera à surmonter toute difficulté connue du petit monde de l’architecture…

Un album avec quelques récentes réalisations de l’agence Vallet de Martinis:

Les photos : © Charly broyez

Les images de synthèse: Agence Vallet de Martinis.

Guinée*Potin

@GuineePotin

Une dose de simplicité, un zeste de jeunesse et une pointe d’humour, pour un duo qui allie plaisir et charrette. L’architecture made in Guinée*Potin a sa propre recette : un goût unique qui, entre philosophie et récréation, caractérise toutes leurs finitions.

Architecture | France

Chez Anne-Flore Guinée et Hervé Potin la discussion est détendue, même quand mes questions concernant leur manière de travailler puissent paraître parfois trop curieuses.

Les deux architectes sont diplômés de l’école d’architecture de Bretagne et travaillent ensemble depuis 2002 mais leur association avait commencé à l’époque de leurs études pour des concours estudiantines et bien avant la création de leur agence.

Je reviens sur leur projet de centre de recherche et de biodiversité qui avait attiré mon attention et dont j’avais parlé sur Détails d’architecture, pour leur poser une question très tendance, l’écologie et les matériaux de construction. La réponse ne sa fait pas attendre, Hervé réplique immédiatement que l’agence utilise également le béton dans un projet en cours et leurs travaux ne se limitent pas au bois comme matériau de construction. Il me murmure qu’il aimerait même un jour construire en ardoise ou en pierre naturelle, retour aux sources ? Oui les architectes ne s’en cachent pas et ils affirment que les matériaux ainsi que les techniques traditionnelles de la construction les ont toujours fascinés.

Retour à l’écologie, la discussion est plus animée et l’explication plus approfondie. J’apprends que pour Guinée*Potin l’écologie est la bienvenue tant qu’elle ne tombe pas dans l’extrémisme. Les architectes n’aiment pas se montrer « en donneur de leçon » même s’ils se sentent par ailleurs, un peu comme tout le monde, concernés par cette évolution.

Nous continuons et évoquons cette fois-ci les difficultés du métier d’architecte. Anne-Flore et Hervé sont conscients des diverses embûches de notre discipline mais prennent les choses par philosophie et essayent de garder résolument leur calme face au rythme effréné de certains rendus. Une réalisation dont ils sont fiers ? C’est l’Ecomusée de Rennes Métropole bien que chaque idée soit un accomplissement à part qui nécessite autant d’effort que de soin.

Parlons voyages, que ce soit Anne-Flore ou Hervé, tous les deux ont vécu à Rome, en résidence à la Villa Medici pendant une année, ils ont séjourné respectivement et pour plusieurs mois à Barcelone, à Adis Abeba et à Kyoto dans le cadre des bourses d’études; chose qui les a aidé d’une part à relativiser sur leur condition de vie en France et d’autre part à enrichir leur regard sur les différentes manières d’habiter ailleurs.

Convaincus que l’architecture est un mélange de « délai tenu » et de « projet réussi » les architectes ne délaissent pas pour autant le côté esthétique qui, bien au contraire, constitue selon eux le point le plus fort de toute construction. Le regard d’Anne-Flore qui est en même temps plasticienne serait-il pour quelque chose ? Je me le demande.

Sensibles à la beauté et curieux des nouveautés, quand il s’agit de leur métier, ces deux artistes qui aiment tout autant la bande-dessinée, les voyages et la gastronomie, se révèlent être de fins architectes…

Le site de l’agence Guinée*Potin: ici.

‘Clément Guillaume’

1309_Portrait_BD

Une simple signature perçue dans l’un des journaux spécialisés d’architecture? Pas que. Clément Guillaume est un photographe reconnu pour ses irréprochables images. Mais qui est vraiment cet artiste caché derrière le paravent brumeux de la photo qui ne laisse passer aucune bribe sur le personnage ?

Photographie | France

C’est sur l’une des nombreuses terrasses parisiennes, un après-midi ensoleillé que j’ai rencontré Clément Guillaume. En plein cœur de Paris, le photographe passionné de la ville m’a raconté son métier.

Avant de devenir photographe d’architecture, Clément photographiait des événements et réalisait des portraits. C’est en 2007 que l’aventure architecturale débute. D’abord quelques photos et puis d’autres, Clément commence à trouver l’architecture tellement plaisante qu’il s’y spécialise. Depuis, les différentes demandes d’architectes ou d’organismes se sont enchaînées et aujourd’hui, le photographe devient un curieux d’architecture et de la ville.

J’avais déjà parlé de plusieurs photographes qui ont eu d’abord une formation d’architecte, chose qui n’est pas le cas pour Clément Guillaume; ce qui est encore plus frappant quand il raconte avec autant de passion la ville. Peu de gens ont ce regard à la fois critique et admiratif vis-à-vis des cités qui nous abritent.

Nous continuons la discussion, j’apprends entre-autres que le photographe voyage beaucoup et jamais sans son appareil photo. Certaines villes n’ont plus de secret pour lui, qu’elles soient proches ou à l’autre bout du monde, Clément les arpente avec la même ardeur d’un explorateur, avide de révéler toutes leurs facettes et de percevoir toutes leurs richesses. De Pékin au Caire, en passant par Paris, il rencontre des dizaines d’architectes et réalise différents reportages. Ses coins préférés ?  Les entrées des agglomérations, là où la notion de la cité commence à prendre forme, les autoroutes qui débouchent vers la ville dense et à l’endroit où les frontières ville-campagne se forment. Et ses cités préférées ? Clément ne cite pas des villes mais des aspects de villes. Jamais de noms mais toujours des figures que ce soit quand il parle de paysage ou de patrimoine, le discours est le même : une impressionnante attirance qu’il traduit par des photographies probantes.

Et les difficultés du métier de photographe d’architecture ? Oui, elles existent, c’est toute la subtilité de pouvoir convaincre via la réalité et le regard que l’on puisse lui porter.

Finalement, nous avons évoqué rarement la photographie d’architecture d’une manière technique, très peu de paroles pour la marque de l’appareil utilisé ou bien le filtre qui est censé produire un meilleur effet, ou bien encore la commande à laquelle le photographe aspirait, la discussion était toute autre. Et par conséquent, la découverte de l’architecture dans le rétroviseur d’un photographe était pour moi une expérience flatteuse.

Clément Guillaume est un personnage curieux et un photographe talentueux qui parvient à communiquer via l’image sa passion pour l’architecture…

Le site de Clément Guillaume: ici.

Les photos de Cléments Guillaume se trouvent également: ici.

« Stéphane Chalmeau »

 

Il n’est pas rare de rencontrer, sur de nombreuses photos d’architecture, la signature du photographe Stéphane Chalmeau. En vérité qui est Stéphane Chalmeau et quel a été son parcours ?  Quelques détails de la vie d’un personnage discret et talentueux.

Photographie | France

Stéphane n’est pas bavard, mais il répond volontiers à mes questions dès que j’évoque sa passion : la photographie d’architecture.

Entre deux phrases il me raconte comment son père lui avait offert son premier reflex (Canon EOS 1000) à l’époque où Stéphane avait passé son bac français. C’était le déclic qui a appris à ce dernier à regarder autrement et qui l’a dirigé plus tard vers des études d’architecture.

Des années longues où Stéphane a appris notre discipline dans les moindre détails, une chose est sûre il ne s’est jamais désintéressé de la photo vu que son sujet de fin d’études portait sur un espace d’exposition itinérant. L’image a toujours accompagné Stéphane et a contribué petit à petit à sa réputation même s’il n’a jamais cessé de croire qu’il deviendrait un bon architecte.

Nous poursuivons la discussion et Stéphane me raconte avec une pointe d’amusement comment à l’époque de ses études, quand il développait ses photos chez lui  dans sa salle de bain et les ramenait à l’école, Philippe Ruault les regardait déjà avec un grand intérêt.

Toujours est-il que, une fois ses études d’architecture terminées, au lieu de l’embaucher comme dessinateur ou architecte, l’AIA lui proposait de faire les portraits (en noir et blanc) de ses 150 employés de l’agence rassemblés sur cinq sites en France. La photographie encore et toujours. Cette fois-ci, c’est décidé : Stéphane Chalmeau deviendrait photographe d’architecture. Le destin? Non, répond-il en souriant et il me raconte ses sentiments envers la photo de Jean-Marie Monthiers contemplée un beau jour lointain dans le magasine spécialisé « Technique et Architecture ». « Un bâtiment long, au bord de l’eau, photographié de face  en fin de journée ». Une image qui l’a fait rêver et dont il raconte encore l’effet.

Stéphane Chalmeau travaille avec l’agence d’architecture nantaise TETRARC pour laquelle il a commencé son premier reportage en 2000. Depuis, une relation de confiance s’est installée entre les deux parties et elles ne se sont plus quittées. Stéphane photographie à la fois les locaux, les chantiers de l’agence, les prototypes ainsi que leurs différentes réalisations. Un peu comme s’il faisait parti de l’agence Tetrarc.

Stéphane Chalmeau aimerait travailler avec des architectes talentueux, il a du mal à nommer quelques uns quand je lui pose la question. Trois noms se détachent de sa longue liste malgré tout : Peter Zunthor, Herzog & de Meuron et SANAA.

Stéphane aime photographier en couleurs sans triche ni retouche, il ne cache pas le contexte qui lui apporte cette attention singulière que l’on découvre dans chacune de ses photos. Lucide, il reconnaît les quelques difficultés de la profession mais comme il aime ce qu’il fait, il n’est pas prêt de s’en passer.

Passionné d’architecture et de son métier, Stéphane est un personnage réservé qui non seulement aime ce qu’il fait mais sait bien le faire aimer…

Le site de Stéphane Chalmeau: ici.

La photo:  Autoportrait sur un pont de l’agence TETRARC

« L’abeille et l’architecte »

Qui est derrière le blog « L’abeille et l’architecte » ?

Pas une abeille mais un architecte qui a construit l’idée des « Gérard de l’architecture » dans sa tête avant de la publier sur le web. Une pensée humoristique et caustique qui a accaparé pas loin d’un mois le petit monde de l’architecture. Mieux qu’un bilan de fin d’année pour travaux réalisés ou d’un calendrier de nouvel an qui cherche des sponsors sans arrêt, un seul papier a eu plus que 20000 votes et près de 200000 visiteurs, des architectes en majorité.

Architecture | France

Parlons de notre architecte qui, en vérité, ne s’appelle pas Gérard mais Jérôme.

L’architecture passe-t-elle de père en fils ? Il faut le croire…

Le grand-père de Jérôme était architecte (il a travaillé entre-autres sur cinq tours à La Défense), son père est aussi architecte. En conséquent, Jérôme a suivi le chemin et a eu à son tour une activité intense dans les milieux estudiantines. Plus tard il a  co-écrit la réforme LIMADO.

Jérôme a mis dix ans pour obtenir son HMONP. Pendant ce temps, l’architecte n’a pas fait que travailler dans le domaine de l’architecture mais il a fait aussi de la politique. Politique et architecture est-ce compatible se demande-t-on alors ?

Avant Jérôme, Andrew Todd et d’autres ont soutenu cette déclaration : « L’architecture est politique ». Donc, il doit y avoir une relation…

Durant ces dix années, de l’architecture éphémère jusqu’aux projets les plus luxueux, en passant par la phase de chantier, Jérôme a acquis une conséquente expérience dans tout ce qui touche de près ou de loin à l’architecture.

Et puis le travail de Jérôme dans l’agence de Catherine Dormoy (Mention à l’Equerre d’argent 1998) dont il garde ses meilleurs souvenirs. Et enfin l’agence où il travaille aujourd’hui où il suit à la fois des études et des chantiers (32 logements dans les Yvelines et 12 logements à Paris). Une activité couplée d’un boulot de communication et de préparation de notices, bref, une nouvelle expérience qui répond à ses attentes. C’est dans cette agence qu’il trouve la vraie signification de ce que c’est l’architecture et c’est là où notre architecte aimerait progresser.

Quand on demande à Jérôme pourquoi un blog ? Il part dans une explication tout d’abord assez comique en disant que les 140 signes de twitter ne suffiront plus à dire ce qu’il avait envie de raconter et puis, une autre explication plus sérieuse suit cette dernière, un énoncé qui prend pour exemple certains  paroles de George Orwell, le romancier britannique. Et là, des mots comme « décence » et « valeurs » agrémentent ses phrases pour revenir à l’idée que la décence devrait être l’une des qualités majeures des architectes.

On comprend donc d’où vient la parodie des Gérard. Et on apprend que cette dernière serait donc la manière de Jérôme de pointer vers une discipline où l’humour n’existe pas ou plus. La preuve selon ses dires que certaines agences d’architecture mondialement reconnues et citées ont diffusé massivement cette cérémonie mordante et virtuelle. On apprend aussi que les parpaings d’or reprendront l’année prochaine, le rendez-vous est donc lancé.

A part ça, une petite pensée architecturale pour ce qui se construit aujourd’hui ? Oui, Jérôme aimerait voir le devenir des « trucs » vert-pomme. Là aussi rendez-vous dans dix ans.

Et pour conclure ?

Jérôme est un personnage souriant et idéaliste, un architecte haut en couleurs qui prend comme exemple la citation de Vignole : « L’architecture, cette tentative toujours un peu présomptueuse, de vouloir organiser le désordre du monde »

En tout cas avec les Gérard, Jérôme n’a pas organisé le désordre du petit monde de l’architecture mais il l’a probablement rendu un peu plus « humain »…

Le site de « l’abeille et l’architecte »: ici.