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L’équerre d’argent 2019, quoi de neuf?

Comme chaque année, la cérémonie de l’équerre d’argent vient d’avoir lieu et comme chaque année les mécontents sont nombreux. Sauf que cette fois-ci, au milieu des diverses déclarations, certaines critiques semblent être pertinentes.

Enfin, tout le monde sait que le Moniteur des travaux publics est un groupe privé qui a trouvé, depuis de nombreuses années, une grande renommée concernant tout ce qui touche à l’architecture. L’équerre d’argent est le prix annuel le plus attendu dans la profession, c’est pourquoi, il n’est pas étonnant qu’il soit largement critiqué.

Pour bien récompenser il faut être libre

Cette année, aucune critique en vue, les déclarations ont trouvé leur place surtout sur les réseaux sociaux, étonnant? Pas tellement quand on sait que certains journaux d’architecture délaissent la critique et se consacrent à la promotion architecturale beaucoup plus gratifiante par ailleurs.

Chaque année Détails d’architecture publie une sélection des projets de l’année, j’oublie certainement quelques projets et j’en délaisse d’autres. N’étant pas partie prenante sous aucune forme avec l’équerre d’argent, je peux donc me permettre quelques suggestions.

Pourquoi l’équerre d’argent ne met jamais en avant les maisons individuelles ou familiales? Une petite distinction serait la bienvenue. Surtout quand on sait que l’architecture est tout aussi créative voire indispensable quand il s’agit de loger une famille. Dans certaines régions comme la Bretagne, l’Alsace, la Haute Savoie, la Corse ou ailleurs, la réalisation de la maison individuelle est un vrai savoir-faire, un véritable défi pour la profession. Une petite place ne serait-ce qu’une distinction serait donc la bienvenue dans ce large panel de diverses constructions récompensées chaque année.

Pourquoi l’équerre d’argent ne récompense pas les innovations en matière d’architecture? Cette année, la récompense du projet de logements de Sophie Delhaye est mise en avant comme une véritable réflexion en matière de logement, faisons alors une catégorie à part entière qui récompense non pas les logements mais l’innovation tout court. Donnons quelques exemples : L’agence MFR a réalisé en 2019 à Toulouse un projet mixte innovant premier de son genre en France, combien de journaux ont parlé de ce projet? Bien que la réalisation a reçu plusieurs prix. Par le passé, l’agence Pietri architectes (Jean-Baptiste Pietri) a eu également une belle réflexion concernant les logements, ces derniers une fois réalisés, qui en a parlé? L’agence ITAR (Ingrid Tallandier) est connue par ses réflexions sur les espaces partagés dans les logements, des idées réalisées mais, toutefois, restées assez discrètes. Une vraie catégorie serait peut être plus apte de faire la part des choses en matière d’innovation.

Sortir de toutes les contraintes pour voir clair

Parlons matériaux de construction. Cette année, plusieurs voix se sont levées en pointant le béton qui a été mis trop en avant par les diverses récompenses et surtout l’équerre d’argent. Quelques architectes dénoncent le manque d’attention vis à vis de certains matériaux. A l’heure du développement durable et le retour vers les matériaux moins polluants, l’équerre d’argent récompense de nombreuses constructions en béton. Où sont passés les projets en béton de chanvre, en bois, en pierre? L’année dernière l’agence Barrault Pressacco a été nommée pour son projet parisien de logements en pierre, mais cette nomination reste l’une des rares exceptions. De nombreuses agences d’architecture comme X-Tu, Hessamfar-Verons ou Guinée*Potin travaillent ces matériaux bien avant que la frugalité heureuse soit revendiquée par la plupart des architectes, des projets réalisés aux quatre coins de la France, existent bel et bien, il suffit de les considérer.  

Et pourquoi pas une nouvelle catégorie “Après quelques années” ? L’architecture neuve est toujours attirante voire très séduisante surtout quand il s’agit de jauger à travers quelques photos et un discours bien préparé. Peu de journaux évoquent les bâtiments construits des années plus tard pourtant il s’agit de l’essence même de l’architecture, un édifice qui a vécu aux aléas du temps peu importe les couleurs de se façade, est toujours le résultat d’une bonne architecture. Cette catégorie peut être ouverte à la proposition de tous, le meilleur moyen d’avoir de vraies surprises.

D’ailleurs en terme de surprise, l’équerre d’argent ne surprend plus grand monde sauf pour sa première œuvre. Tous les projets choisis ou primés ont déjà fait le tour des couvertures des quelques plus grands journaux d’architecture comme AMC, AA’, etc…Pourtant, d’autres projets, beaucoup plus discrets et tout aussi méritants existent, il suffit parfois d’aller à leur rencontre.

Le RIBA Stirling Prize 2017 pour «Hastnigs Pier»

© Alex de Rijke

L’agence d’architecture londonienne dRRM dirigée par les architectes Alex de Rijke, Philip Marsh et Sadie Morgan vient de remporter le prestigieux prix de l’architecture britannique le RIBA Stirling Prize 2017, pour son projet de la transformation de le jetée de la ville balnéaire de Hastings. Une nouvelle attraction prend ainsi la place d’une construction emblématique tombée en désuétude depuis plusieurs années.

Une histoire glorieuse

« Hastings Pier » a été construit en 1872. Le lieu a connu un grand succès dans les années 1930, mais négligé par la suite, il a été définitivement fermé en 2008. Deux ans plus tard, il a été ravagé par un incendie dévastateur.

J’avais visité l’ancien Pier il y a quelques années juste avant l’incendie qui l’a ravagé. Malgré le fait qu’il était très typique des quais d’autrefois, il présentait néanmoins de sérieuses failles. La question qui se pose aujourd’hui, au lieu de proposer un nouveau projet, ne fallait-il pas mieux de réhabiliter l’ancien ? Surtout que des sommes colossales ont été dépensé pour les travaux de transformation.

La réponse est malgré tout complexe. D’une part quelques idées conservatrices et une structure très gravement endommagée et de l’autre la volonté de recréer une nouvelle attraction pour la ville balnéaire. Pour cela, il a fallu une collaboration qui a réuni des ingénieurs des architectes mais aussi tout une communauté. Et une durée de sept ans pour transformer un quai délabré en un espace public dynamique au caractère singulier. Les architectes de l’agence dRMM, après de longues consultations avec les parties prenantes, ont opté pour un projet pouvant accueillir de nombreux scénarios.

Un avenir radieux

Après les consultations, la transformation était une évidence. Un projet structurellement et socialement viable était donc nécessaire. La démarche des architectes consistait à concevoir une plate-forme dirigée par la communauté qui pourrait accueillir de nombreuses possibilité d’utilisation et pourquoi pas des concerts de musique ou des marchés internationaux ?

Néanmoins la décision de ne placer aucun bâtiment au bout de la jetée, constitue une rupture avec le Pier d’autrefois endommagé par l’incendie. Un genre de manifeste qui donne la priorité à l’esplanade. Et même si une partie de la structure a recyclé le bois qui a été récupéré à la jetée d’origine, le geste des architectes devrait être qualifiée d’osée.

Un prix mérité

Le président et président du jury du RIBA, Ben Derbyshire, a décrit le projet comme un «chef-d’œuvre de régénération et d’inspiration».

En effet, une fois adopté par les utilisateurs des lieux, le belvédère surélevé pourra devenir un charmant lieu évènementiel. Un prix mérité.

© Alex de Rijke
© Alex de Rijke

© Alex de Rijke
© Alex de Rijke

© Alex de Rijke
© Alex de Rijke

Le site de dRMM : ici.

les photos : © Alex de Rijke

Équerre d’argent 2016, le jury presque parfait !

©Sipane Hoh
©Sipane Hoh

Au sein du XVIème arrondissement parisien, dans l’un des temples de l’architecture signé Auguste Perret, le 21 novembre 2016, a eu lieu la cérémonie annuelle du prix de l’équerre d’argent. Comme d’habitude, plusieurs prix ont fait un nombre conséquent d’heureux.

Parmi les sept finalistes seulement deux n’ont reçu aucun prix, il s’agit de programmes de logements l’un conçu par AAVP et l’autre par Tact architectes. J’avais déjà parlé du premier et j’espérais entendre parler du second, mais les deux aussi intéressants soient-ils ont disparus des écrans lors des délibérations.

Revenons aux distinctions, à part le prix spécial du jury qui sort de l’ordinaire que ce soit dans son programme ou sa réalisation, cette année plusieurs idées semblent lier les quelques projets primés comme par exemple « la réussite technique et typologique » des 49 logements sociaux Saulx-les-Chartreux (Jean & Aline Harari) est mise en avant ainsi que les « challenges techniques » du projet de la maison de recherche et de l’imagination de Caen (Bruther architectes) est salué.

Par ailleurs, les détails soignés sont loués aussi bien pour le prix de la première œuvre que pour celui qui représente la catégorie « Habitat ». Il reste le projet de Centre national des arts du cirque à Châlons-en-Champagne (Marne) Matthieu Poitevin architecture Caractère spécial § associé à NP2F, où le jury a souligné la « cohérence » et la « bienveillance » , une réalisation sur laquelle j’aimerais m’attarder un peu plus que les autres. Ce dernier de mon point de vue est un projet raffiné qui tout en se basant sur l’existant a accompli une véritable métamorphose. Il est inutile de dire que j’approuve le parti pris de ses architectes.

Quant à l’équerre d’argent 2016, cette année tranche avec les précédentes, simplicité et sobriété sont au rendez-vous avec une équipe jeune qui a su manier les différentes contraintes.

Et finalement, pour la première œuvre, j’attendais que la maison des pêcheurs de Bonifacio (Buzzo-Spinelli) décroche la distinction mais le choix du jury constitue pour moi une vraie surprise. Des surprises il en faut surtout quand il s’agit de point de vue. Contempler une architecture reste un exercice très différent que celui de la visiter ou de la vivre.

Une séduisante maison baptisée « The Pierre »

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Elle vient de recevoir l’honorable prix de l’architecture 2014 de la part de l’AIA (American Institute of Architects). Il s’agit de la remarquable résidence de vacances griffée Olson Kundig Architects. Découverte d’une charmante retraite nichée dans la roche.

Bien que l’appellation soit à consonance française, la maison se trouve aux Etats-Unis. Conçue dans un environnement idyllique, la construction s’accroche au site et en tire le meilleur. Suivant son architecte, Olson Kunding : « Putting the house in the rock follows a tradition of building on the least productive part of a site, leaving the best parts free for cultivation. »

Dès le départ, la griffe n’étant pas facile, quelques portions rocheuses ont été creusées nécessitant de grands travaux. Les gravats ont été réutilisés que ce soit pour renforcer la structure ou sous forme d’agrégats dans la construction de certains blocs de pierre.

Les murs restés brut présentent un curieux accord avec la grande porte en verre et en acier qui s’ouvre sur la terrasse d’une part et la rare présence du bois d’autre part. L’intérieur a été aménagé par l’architecte selon les demandes de son propriétaire. Une atmosphère singulière dégage de l’ensemble qui, resté brut, est mis en valeur par les éléments décoratifs qui s’y trouvent.

Dans cet archipel du nord-ouest des Etats-Unis connu par ses côtes sauvages la maison réalisée par Olson Kundig est un fin exercice d’intégration qui a bien mérité son prix.

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Le site d’Olson Kundig Architscts: ici.

Les photos : © Benjamin Benschneider pour Olson Kundig Architscts

A mi-chemin entre deux écritures, la « Wanaka Lodge »

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En 2010, le prix « New Zealand Architecture Medal » a été décerné à l’une des réalisations de l’agence Pattersons Associates. Il s’agit d’une maison qui s’inspire des anciennes demeures italiennes et se projette vers le futur. Découverte.

En Italie, la maceria est une appellation qui date de l’époque romaine. Les architectes de l’agence Patterson Associates ont utilisé le terme masseria pour la maison qu’ils ont construit en pierre de taille effectuant ainsi un joli clin d’œil au passé.

La demeure est composée de deux entités qui se croisent pour engendrer un patio autour duquel s’articulent les autres pièces. Deux portes électriques en polycarbonate ondulé complètent les murs en pierre et donnent une note atypique à l’ensemble. Le patio qui en résulte devient un lieu caché qui préserve l’intimité des habitants surtout par rapport à la route principale qui mène au lac.

Nous trouvons un plan d’eau ainsi qu’un arbre meublant le patio, qui est l’un des points les plus importants de la maison. C’est autour de ce lieu que s’articulent les autres fonctions.

L’intérieur est à l’inverse de l’extérieur, certaines pièces sont sombres et dotées d’un mobilier contemporain brillant comme la cuisine qui a été aménagée dans un style industriel tranchant ainsi avec le reste.

Tout en se trouvant en Nouvelle-Zélande, la « Wanaka Lodge » rappelle les maisons méditerranéennes. C’est une architecture à mi-chemin entre deux écritures, aux détails soignés et au charme intemporel…

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Les photos: © Pattersons Associates

Pour plus d’informations, voir: le site de Pattersons Associates

A Londres, le « Peace Pavilion » suscite la curiosité

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Organisé par ArchTriumph, le premier prix du concours du pavillon d’été a été décerné aux architectes parisiens Grégoire Zündel et Irina Cristea pour leur projet « Peace Pavilion ». Une conception qui incite, via le thème de la paix, à porter un regard différent sur la ville et les espaces publiques qui s’y trouvent.

C’est l’idée imaginée par l’atelier Zündel Cristea qui a été choisie parmi des centaines de projets soumis au jury du Triumph Pavilion. Baptisée « Peace Pavilion », la structure gonflable espère mettre en évidence l’importance de la paix dans le monde et créer un lieu de vie autour d’un pôle créatif.

Ainsi, une structure pneumatique autoportante de 4 mètres de haut s’est vue érigée au Bethnal Green Gardens au sein de la capitale britannique. Pour un volume d’air de 47 m3, un poids  de 141,6 kg avec 30 kg de couverture, la membrane qui présente une surface au sol de 62 m² a été montée dans les plus brefs délais.

Le pavillon est réalisé entièrement avec des matériaux légers. Plastiquement attrayant sa géométrie équilibrée et symétrique ainsi que sa couleur renforcent le sentiment de sérénité qui s’en dégage. Le visiteur perd toute notion d’intérieur et d’extérieur et part à la découverte d’un lieu unique qui éveille sa curiosité.

Il ne reste qu’une semaine pour pouvoir contempler et même profiter de cette originale installation qui nous invite à une découverte ludique capable d’interroger sans cesse la relation entre les habitants de la ville et les espaces qui les entourent…

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A découvrir les autres photos du pavillon dans l’album ci-contre:

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Le site des architectes Zündel Cristea: ici.

Les photos : © Sergio Grazia.

A lire également à ce sujet, l’article du Moniteur: ici.