Archives du mot-clé pritzker

« Sangath »

© VSF

« Sangath » qui signifie « bouger ensemble » est l’agence d’architecture de l’architecte Balkrishna Doshi qui a travaillé entre autres avec Le Corbusier et Louis Kahn. Retour sur l’une des œuvres les plus représentatives de l’architecte qui vient d’être nommé pour le prix Pritzker 2018.

Une œuvre représentative

Une multitude de terrasses, quelques étangs, des élévations et des voûtes incurvées se croisent, s’entrelacent et cohabitent pour former une harmonie complète autour d’une œuvre représentative de l’architecte indien. Il ne s’agit pas d’une simple agence d’architecture destinée à la pratique d’une discipline mais d’un lieu caractéristique qui concentre toutes les convictions de l’homme de l’art.

Le projet « Sangath », est destiné, dès le départ, à abriter le bureau professionnel de Doshi, il a été construit entre 1979 et 1981, il est devenu, avec le temps, un emblème personnel. Les espaces intérieurs présentent une variété ainsi qu’une richesse dues à la qualité de lumière et aux différentes formes et usages, le tout dans un squelette de béton. Le projet reflète toute la pensée de l’architecte vis-à-vis de la vie et des associations.

Un manifeste

L’architecte s’inspire du passé riche et dense de l’Inde, un mélange de cultures et de traditions. Pour lui, l’architecture de chaque moment doit transcender différentes influences stylistiques, qu’elles soient héritées ou contemporaines. « Sangath » présente un ensemble de terrasses et de plates-formes extérieurs donnant accès à une enceinte couverte de longues voûtes en berceau à moitié enterrées, de tuiles blanches et des murs de soutènement. Les axes linéaires de ces espaces voûtés ombragés sont disposés parallèlement aux limites rectangulaires de la parcelle. Le visiteur et l’utilisateur sont obligés de suivre un chemin d’accès diagonal à partir de l’entrée. Cette marche sert de préambule à l’imposante présence de végétation ainsi que les bruits de l’eau présente. Un petit amphithéâtre formé sur l’herbe constitue un agréable point de rencontre qui précède les intérieurs. Une structure labyrinthique et de petites enceintes qui contrastent avec la contemplation des grandes voûtes se révèlent ainsi au visiteur lui permettant la découverte d’un environnement parsemé d’ombre et de lumière naturelle.

L’agence d’architecture est pour Doshi comme un petit microcosme, c’est un rêve personnel qui, à l’image d’une petite ville réunit en un même lieu tous ceux qui ont les goûts communs. Ce sanctuaire de l’architecture, de l’art et du développement durable est un oasis qui manifeste à merveille toute la poésie de l’architecture.

RCR Arquitectes les nouveaux pritzker

© Eugeni Pons

Cette année c’est un pritzker pour trois architectes que le jury vient de décerner. Il s’agit de l’agence espagnole RCR Arquitectes du trio Rafael Aranda, Carme Pigem et Ramon Vilalta. Retour sur les projets de l’agence lauréate.

En France, les journaux ont raconté à plusieurs reprise l’excellence de l’œuvre du musée Soulage la réalisation de l’agence RCR (en collaboration avec Passelac & Roques architectes).  Niché à Rodez, respectueux de son environnement, l’édifice organisé en une succession de cubes ne laisse point indifférent. Mais est-ce une raison pour un prix Pritzker ?

Selon le jury : « Chaque bâtiment conçu par ces architectes est spécial et est intransigeant de son temps et lieu. Leurs œuvres sont toujours le fruit d’une véritable collaboration et au service de la communauté. Les architectes comprennent que l’architecture et ses environs sont intimement liés et savent que le choix des matériaux et l’artisanat de la construction sont des outils puissants pour créer des espaces durables et significatifs. »

En effet, il ne s’agit donc pas d’une œuvre aussi connue soit-elle en France mais d’un parcours continu que Rafael Aranda, Carme Pigem et Ramon Vilalta ont mené depuis 1988, la date de la fondation de leur agence.

Le projet dont j’aimerais parler est celui où les architectes utilisant des matériaux banals donnent un effet poétique que l’on peut situer entre art, architecture, paysage et sculpture. Il s’agit d’un séduisant minimalisme concrétisé par une extension stuée à l’arrière d’une enceinte appartenant au restaurant Les Cols de la petite ville d’Olo. A 40 kilomètres à l’ouest de Gérone, en bordure du parc volcanique de La Garrotxa dans les contreforts du Pyrénées, le projet réalisé par RCR arquitectes fusionne allégrement tradition et modernité.

En accord avec la sensibilité des bâtiments antérieurs, RCR a consacré une attention considérable à la texture granulaire des matériaux , non seulement au plancher de la vaste salle du restaurant mais aussi sur le sentier sinueux qui l’entoure. L’idée d’un toit en tiges est  également en phase avec leur intention de définir des éléments simples remplissant plusieurs fonctions et portant de nombreuses significations. L’utilisation surprenante de rideaux semi-transparents en plastique apporte une poésie à l’ensemble.

RCR arquitectes viennent d’être nommés pour le prix Pritzker 2017pour l’architecture.

« Shigeru Ban »

0

« Même les matériaux les plus fragiles peuvent faire des bâtiments solides. »

C’est l’une des citations phares de l’architecte qui depuis 1994 est devenu architecte-conseil auprès du haut comité aux réfugiés de l’ONU pendant la guerre au Rwanda.

En 1995, après le séisme de Kobe ou le tremblement de terre d’Istanbul, c’est encore une fois le nom de Shigeru Ban qui surgit pour réaliser des abris dignes aux déplacés.

Construire dans un contexte économique affaibli tout en réduisant les stigmates sur l’environnement est un gage difficile qui a besoin à la fois d’une ingéniosité, d’un pragmatisme et d’une volonté qui vont au-delà de la simple conception architecturale.

Shigeru Ban est le lauréat du prix Pritzker 2014 annoncé le 24 Mars 2014.

Le site de Shigeru Ban: ici.

(A découvrir également le film-documentaire « Shigeru Ban, architecte de l’urgence »
de Marc Petitjean.)

Zaha Hadid, Lady Gaga de l’architecture ?

@MatteoStaltari

La disparition progressive de l’instinct humain serait-elle comparable à l’ascension sur la scène musicale d’une Lady Gaga ? Dans une chronique parue le 31 juillet 2012 dans le journal de langue arabe Arch-News, l’architecte Marwa Alsabouni estime que le succès rencontré par l’architecture de Zaha Hadid n’est pas le fruit d’un simple engouement mais un phénomène contemporain.

Emirats Arabes Unis | Zaha Hadid

Contexte
Figure du mouvement déconstructiviste et première femme à obtenir le Pritzker, Zaha Hadid est une architecte reconnue sur la scène internationale. Quel rapport avec la chanteuse Lady Gaga ?
Selon l’architecte Marwa Alsabouni, deux univers radicalement différents peuvent pourtant générer de semblables réactions chez l’être humain.
De nous plonger dans les fondamentaux du déconstructivisme entraînant des conceptions architecturales en rupture avec l’histoire, le site, les traditions et la société.
L’architecture de Zaha Hadid serait-elle thérapeutique ?
SH

LA LADY GAGA DE L’ARCHITECTURE DU XXIE SIECLE
Marwa Alsabouni | Arch-News

ABU DHABI – Si nous allions faire un tour le long de l’avenue principale d’une capitale mondiale, nous y assisterions à un spectacle culturel à nul autre pareil. Nous y verrions sans doute des visages et des corps recouverts de tatouages, de couleurs et de vêtements de toutes sortes. Des voitures à l’allure d’engins spatiaux circuleraient autour de nous et différents écrans électroniques s’allumeraient entre les mains et dans les sacs des passants. Par ailleurs, les vitrines des boutiques ajouteraient aux millions d’images emplissant la rue.

Nous remarquerions sans doute des posters de la célèbre chanteuse Lady Gaga, la plus excentrique d’entre toutes avec ses vêtements, sa coiffure et son maquillage affriolants.

In fine, peut-être croiserions-nous un édifice conçu par l’architecte Zaha Hadid, clou de notre visite, que nous confondrions avec un bâtiment du film ‘Avatar’, de James Cameron.

Tout comme les autres arts, l’architecture a toujours été l’expression de la culture, qui n’est autre que le reflet de la connaissance et de l’instinct humains. Mais qu’en est-il de cette connaissance et de cet instinct aujourd’hui ?

Concernant la connaissance, je pense qu’il n’existe aujourd’hui que des extrêmes. D’un côté, les penseurs les plus sages et les plus grands créateurs, de l’autre, les esprits les plus ignorants.

@Richard Wasenegger

Mais qu’en est-il de l’instinct ? Qu’est-ce que l’instinct et comment l’identifier ? Je pense qu’il fait, de tous temps, partie inhérente de la nature humaine. A l’instar du ‘pilote automatique’ des avions, il assure notre survie.

Depuis son existence sur terre, l’homme se tient à distance de ce qui le met en danger ou provoque sa mort, se rapprochant de la vie. A ce titre, il y a des formes architecturales jugées ‘hostiles’ alors que d’autres seraient, au contraire, ‘chaleureuses’.

Les êtres humains s’éloignent instinctivement de ce qu’ils anticipent comme étant dangereux – même si ce n’est pas le cas -. C’est en substance ce qu’évoque Roger Scruton (un philosophe anglais conservateur, nda) dans son livre The Aesthetics of Architecture (1979), où il explique que le fait de percevoir des formes comme ‘hostiles’ ou ‘cruelles’ n’est pas d’ordre visuel ; il s’agit là d’un phénomène commun qui n’est pas propre à l’architecture.

Roger Scruton ne précise pas clairement pourquoi une forme est perçue comme ‘douloureuse’ par l’esprit humain. Qu’est-ce qui provoque cette appréhension ?

Il s’agit d’expériences instinctives, propres à tous les êtres humains. Ceci expliquerait pourquoi les angles pointus ne sont pas légion dans les espaces publics et notamment les jardins d’enfants. Même s’ils étaient conçus de manière à éviter les accidents, ils provoqueraient ‘automatiquement’ notre méfiance.

@Alfred Essa

Cependant, qu’en est-il de l’instinct aujourd’hui ?

A l’ère des technologies les plus avancées, l’étrangeté – c’est-à-dire le détachement de notre instinct – fait partie de notre quotidien.

Ce phénomène explique-t-il le rayonnement de l’architecture de Zaha Hadid au XXIe siècle ? La privation d’instinct et la recherche de sensations fortes expliquent-elles l’engouement pour ses bâtiments ?

Il est normal pour l’être humain, à l’heure où l’instinct se perd et où le progrès représente un défi quotidien, d’être à la recherche d’aventures telles le saut en parachute, le saut à l’élastique et autres expériences dont les clones de Lady Gaga se font les chantres.

Mais voulons-nous réellement sauter tous les jours d’un avion ? Les jeunes hommes veulent-ils voir leur épouse ressembler à Lady Gaga ?

Si la réponse est ‘oui’, alors les bâtiments de Zaha Hadid rempliraient nos villes.

Cela écrit, si d’instinct nous avons besoin d’entendre le bruit des courants et du vent dans les arbres, comme nous avons besoin de contempler l’ordre de l’univers qui se manifeste dans les feuilles des arbres comme aux pieds des montagnes, de la même façon, nous avons besoin de sauter de temps à autre d’un avion ou de sentir l’orage gronder.

Nous en appelons à Lady Gaga et à l’architecture excentrique de Zaha Hadid pour secouer la monotonie de nos vies et de nos villes.

Arch-News | Marwa Alsabouni | Emirats Arabes unis
31-07-2012
Adapté par : Sipane Hoh

Photo 1 : © Matteo Staltari

Photo 2 : © Richard Wasenegger

Photo 3 : © Alfred Essa

N.B. Cet article est paru en première publication sur le courrier de l’architecte le 12 septembre 2012.

"Toyo Ito"

Tower of Winds, Yokohama-shi, Kanagawa, Japan, 1986 
C’est un château d’eau en béton datant des années soixante qui se trouve à Yokohama, au Japon. Un jour, la ville a pris la décision de lancer un concours d’architecture ayant pour but l’amélioration de la première impression des visiteurs qui y débarquent en bus.
La proposition de l’architecte Toyo Ito a été de couvrir la structure anonyme de miroirs en acrylique. Une deuxième peau en aluminium a été installée autour de la tour reflétant ainsi le ciel pendant la journée. La nuit, des anneaux lumineux offrent aux passants un impressionnant spectacle lumineux. De même, un système électronique qui capte et interprète les bruits avoisinants et les transforme en couleurs y a été installé. En conséquence, la ville a gagné un nouveau repère, résultat d’une intelligente reconversion…
Toyo Ito est le lauréat du prix Pritzker 2013 annoncé aujourd’hui même le 17 Mars 2013.
Le site de Toyo Ito: ici.
Le site du Pritzker: ici.
La photo : © Tomio Ohashi

Jean Nouvel…

La première photo est une petite maison se trouvant dans la ville française de Troyes, la seconde sera la construction qui abritera le Louvre de Abou-Dhabi aux Emirats Arabes Unis. Entre les deux, une multitude de projets au quatre coins du monde, trente ans de différence et le même architecte: Jean Nouvel qui vient de s’ajouter sur la liste des gagnants du prestigieux prix Pritzker…D’autres blogs qui ont parlé de cette nouvelle: Détours d’architecture.
La première photo vient du site: Archiguide.
Le site de l’architecte: ici.