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A Paris, Remingtonstyle réalise un projet sobre et généreux

© Clément Guillaume

L’agence d’architecture Remingtonstyle cogérée par Pierre Frinault et David Jouquand vient de terminer la réalisation d’un programme de vingt logements sociaux. Situés dans le 20ème arrondissement parisien, le projet possède une très belle allure.

Un exemple à part entière

Répartis sur sept niveaux, les vingt logements et commerce que l’agence d’architecture Remingtonstyle vient de terminer pour la Régie Immobilière de la Ville de Paris (RIVP) attirent l’attention. Tout d’abord, c’est la typologie même qui surprend. L’ensemble ne ressemble pas aux édifices voisins mais s’insère parfaitement dans son environnement composite. De même, le projet interpelle par sa façade sur rue et sa surface vitrée qui apporte une grande luminosité aux intérieurs. Sans oublier la durabilité qui répond favorablement au plan climat de Paris. De multiples critères qui font de ce projet un exemple à part entière.

L’immeuble est situé au sein d’un quartier hétéroclite, il est entouré de deux édifices de logements de styles différents. L’ensemble occupe une parcelle exiguë et irrégulière. La façade sur rue d’environ 18 mètres, orientée plein sud, est rythmée par des plateaux en béton visibles de l’extérieur. Vue la situation particulière de l’immeuble, les deux façades mitoyennes n’ont pas pu disposer de l’attention des architectes. Ces derniers ont donc peaufiné les deux façades visibles en leur octroyant toutes les caractéristiques possibles pour chauffer et éclairer généreusement les divers logements. Cependant pour atténuer la luminosité mais aussi la chaleur, les architectes ont eu recours à des stores extérieurs et des rideaux intérieurs. Un procédés qui donne à l’ensemble une allure particulière. La façade vit et devient dynamique selon les saisons mais aussi les heures de la journée.

Concernant les matériaux utilisés, le choix est simple, il est guidé par le bon sens et certains principes environnementaux répondant avantageusement aux diverses normes actuelles. Le béton et le verre sont donc les seuls matières utilisées. Les architectes nous informent que le béton a été choisi pour « ses diverses qualités structurelles et sa capacité à générer un déphasage thermique optimal tandis que les larges baies coulissantes sans seuil saillant autorisent une modulation des ouvertures qui favorisent l’utilisation des espaces intérieurs et extérieurs suivant les saisons et les envies, en les additionnant aisément. »

De petits éléments qui font la différence

Un bon nombre de logements parisiens ne comportent pas de terrasses. La réalisation de Remingtonstyle propose un immeuble de logements où tous les appartements disposent d’espaces extérieurs. Tandis que certaines habitations possèdent des balcons, d’autres sont agrémentées de jolies terrasses effectuant un doux dialogue entre intérieur et extérieur. Dans la ville dense, tout espace extérieur devient vital et apporte une vraie qualité de vie à chaque réalisation. Les derniers évènements comme les confinements ont rendu la population de plus en plus sensible à ce genre de détail, ainsi la terrasse ou le balcon absents de certains édifices deviennent une nécessité qui fait la différence. Revenons à nos architectes, ils ont conçu un projet qui comporte plusieurs spécificités comme par exemple ces appartements qui donnent sur la cour intérieure et dont l’enfilade du bacon devient une circulation d’été en complément du couloir intérieur. Nous remarquons que malgré l’allure simple de l’immeuble, le projet regorge de petits éléments qui font la différence.

Parlons du jardin en plein pied qui se trouve à l’arrière de la propriété et qui est en continuité avec celui de la résidence voisine. Selon les architectes, cet espace vert, accessible de la part des habitants, permet un rafraichissement naturel de la parcelle. Finalement, la toiture est conçue comme une terrasse où un aménagement futur ainsi qu’un escalier permettra aux usagers d’ accéder et d’en profiter.

Les intérieurs sont sobres, très lumineux et généreux. La couleur blanche y domine et le parquet rajoute un côté chaleureux. Un petit coup de cœur aux garde-corps transparents qui se deviennent à peine de loin dirigeant l’œil sur la réalisation tout entière. Nous pouvons dire qu’à Paris, les architectes de Remingtonstyle ont conçu un ensemble à la fois subtil et agréable à vivre.

© Clément Guillaume
© Clément Guillaume
© Clément Guillaume
© Clément Guillaume
© Clément Guillaume

Le site de Remingtonstyle : ici.

Les photos : © Clément Guillaume

A Paris, l’Ancienne Comédie entame sa mue

© Gregory Copitet

C’est un programme complexe mené avec une grande parcimonie que les architectes de l’agence Raf Listowski Atelier d’architecture viennent de livrer. Un lieu mythique qui a fait l’objet de plusieurs mutations avant de trouver sa dernière vocation. Il s’agit d’abriter quatre logements et deux bureaux, un ensemble qui respecte le contexte et porte la fine signature de son architecte.

Un travail minutieux

La réhabilitation complète de l’édifice situé dans la cour d’un immeuble au 14, rue de l’Ancienne-Comédie dans le 6ème arrondissement parisien se concentre avant tout, selon les architectes, sur l’ancienne cage de scène. Un important élément architectural signé de François II d’Orbay. Intervenir sur un bâtiment historique n’est pas une chose facile surtout quand il faut à la fois réhabiliter pour la mise aux normes, repenser l’espace mais aussi redonner une nouvelle vie aux différentes superficies. Un travail minutieux que Raf Listowski Atelier d’architecture a mené avec brio.  

Nous savons par ailleurs, qu’au fil des années, l’édifice a fait l’objet de nombreuses transformations qu’elles soient fonctionnelles et formelles. Il y a eu la démolition de la salle qui occupait l’actuel volume de la cour, la modification en immeuble des parties sur rue contenant les distributions et le foyer,la  transformation du volume de la scène en ateliers de décors, ateliers de stockage ainsi qu’à la fin du XXe siècle la métamorphose en immeuble de bureaux. Divers changements, différentes destinations pour un emplacement de qualité.

Le projet consiste en un remaniement complet. Notons que l’ensemble des éléments présentant une valeur historique ou artistique ont nécessité une étude historique et scientifique menée à la demande de la ville de Paris et de la direction du patrimoine du ministère de la culture et de la communication. La recherche des architectes était méticuleuse, elle s’est portée vers une expression architecturale qui s’adapte à un immeuble de bureaux sans négliger la question de la promiscuité entre les différentes entités donnant sur la cour. La nouvelle façade, en retrait par rapport à l’alignement actuel, était donc le résultat de la typologie des logements.

Polyvalence et simplicité

Chacun des quatre logements occupe un étage entier, tandis que le rez-de-chaussée, le premier étage ainsi que l’entresol sont réaménagés en locaux professionnels. Les architectes ont conçu une entrée commune qui mène à la fois aux locaux professionnels et aux logements.  Par ailleurs, l’ensemble de la distribution verticale de l’immeuble a été repensé. Afin de dégager la façade sur cour, les deux escaliers préexistants ont été remplacés par un seul ouvrage installé au fond de l’édifice. Les architectes ont veillé également à garder entre autres les ossatures de la toiture et du dessous de scène ainsi que la couverture existante, en témoignage à l’histoire du bâtiment. Un petit coup de cœur pour le dernier étage où l’ancienne charpente se dévoile dans toute sa splendeur.

Polyvalence et simplicité sont les mots d’ordre de l’intervention. Les architectes ont privilégié le même traitement aux squelettes des locaux professionnels ainsi que ceux des logements. Les espaces intérieurs sont lumineux grâce à un interstice découpée avec tact à l’arrière du bâtiment. Quant au pied de l’immeuble, il a été entièrement rénové, la cour anglaise également. L’immeuble étant désormais en plain-pied, les escaliers et la bordure de trottoir ont été dégagés. Des interventions chirurgicales qui ont participé à la transformation radicale de l’édifice. Ce dernier, métamorphosé grâce à Raf Listowski Atelier d’architecture, entame ainsi une nouvelle vie.

© Gregory Copitet
© Gregory Copitet
© Gregory Copitet
© Gregory Copitet
© Gregory Copitet

Le site de Raf Listowski Atelier d’architecture : ici.

Les photos : © Gregory Copitet

A Paris, Snøhetta et SRA Architectes mettent Le Monde dans un monolithe

© Jared Chulski

C’est un gigantesque monolithe en forme de pont qui s’est érigé, à Paris, non loin de la gare Austerlitz, il abrite le nouveau siège du journal Le Monde. Cette immense machine constituée de 23000m² résulte de l’étroite collaboration de deux agences d’architecture  Snøhetta et SRA Architectes.

Une peau pixelisée

Nous sommes à Paris, dans le quartier Rive Gauche, en face de la Seine. Le nouvel édifice du siège Le Monde est incontestablement présent dans notre champs de vision. Nul passant ne peut l’ignorer. C’est un parallélépipède colossal qui mêle adroitement différentes figures. Qu’elles soient concaves, coniques ou sphériques, les entités qui en découlent forment un ensemble homogène qui se caractérise par une arche d’une portée de 80 mètres surplombant un parvis accessible au public.

Certains diront que ce nouvel élément architectural qui s’est érigé dans le ciel parisien est iconique, tandis que d’autres cherchent assidument les conséquences de ce paquebot sur l’espace urbain qui l’entoure. Entre étonnement et surprise, une chose est sûre, l’ensemble attire les différentes critiques.

Le projet est complexe, il s’agit avant tout d’un ouvrage en charpente métallique mais sans un noyau en béton, construit sur une dalle au-dessus des voies de la gare d’Austerlitz. La réalisation accueille aujourd’hui les 1600 collaborateurs des rédactions du groupe Le Monde, un exploit pour les architectes qui ont pu tirer le meilleur du contexte. Néanmoins, mis à part la complexité de la structure, c’est vers la façade que l’attention est attirée. En effet, l’enveloppe tout en verre, se caractérisant par ses différents degrés de transparence, devait être conforme à l’image initiale proposée lors du concours et validée par la ville de Paris comme par l’aménageur et tous les autres acteurs du projet. L’idée d’une peau pixelisée à la fois rutilante et dynamique pourrait faire même un joli clin d’œil à l’énergie des équipes qui travaillent derrière cette façade brillante. Par ailleurs, les architectes nous apprennent que plusieurs prototypes de maquettes ont été réalisés pour permettre la mise au point des différents détails.

Mais pourquoi un bâtiment-pont ?  

L’édifice qui enjambe un charmant espace ouvert semble faire l’unanimité. En effet, nous apprenons que la parcelle devait accueillir, dès le départ, deux bâtiments séparés par un espace public d’environ 80 mètres. Afin de respecter cette contrainte, les deux agences ont proposé un concept de « bâtiment-pont » qui tout en permettant d’obtenir des surfaces bâties sur l’ensemble de la parcelle, laisse une place prépondérante à l’espace public. Une forme d’optimisation qui a dû finir par séduire le jury.

Malgré cela, une autre problématique se posait. Comment faire pour réduire au minimum le poids du bâtiment ? A savoir que le contexte s’annonçait complexe et les diverses exigences du site ne facilitaient pas cette approche. Les architectes, après avoir étudié les différentes possibilités, ont fini par opter pour la structure métallique qui sied à merveille aux quelques difficultés rencontrées. Beaucoup plus légère dans son ensemble, la construction répond favorablement aux différentes contingences du site. Notons que le bâtiment a obtenu les certifications environnementales «NF Bâtiments tertiaires –Démarche HQE®, Bureaux 2011», niveau Excellent et le label Effinergie + . Un nouveau chapitre s’ouvre pour Le Monde ?

© Jared Chulski
© Jared Chulski
© Jared Chulski

Le site de Snøhetta : ici.

Le site de SRA Architectes : ici.

Les photos : © Jared Chulski

A Paris, l’agence Engasser + associés réalise le 360° Paris Music Factory

© Luc Boegly photographe / Agence Engasser architecture

C’est un programme complexe d’un bâtiment de cinq étages baptisé Studio 360° qui se trouve à Paris. Réalisé par l’agence Engasser + associés, l’ensemble comprend une multitude d’activités qui gravitent autour d’une salle de spectacle dédiée aux Musiques du Monde.

Un véritable lieu de vie et de création artistique

Les architectes nous racontent que l’idée du projet découle de la vision d’un acteur majeur et d’une personnalité, Saïd Assadi, qui s’engage, depuis  plus de 20 ans, pour une production musicale basée sur la transculturalité et la diversité. Petit à petit l’idée a fait son chemin et la nécessité d’accomplir un tel projet s’est révélée. Ainsi, le 360° Paris Music Factory ne peut pas s’apparenter à une simple salle de spectacle, mais bien au-delà. Il s’agit d’un véritable lieu de vie et de création artistique.

Le projet est situé à la Goutte d’or, un quartier parisien cosmopolite et prioritaire, facilement accessible et à proximité des  métros  Barbès-Rochechouart et Château Rouge. Le bâtiment prend place à l’angle de la rue tout en s’insérant délicatement dans le contexte urbain alentour. Il s’agit avant tout d’un lieu stratégique, assumé par son créateur et ayant pour un seul but, la propagation de la culture musicale en créant un modèle économique optimale pour les artistes.

La réalisation présente par ailleurs des dimensions cohérentes pensées pour répondre favorablement aux divers besoins du quartier tout en faisant écho aux différents espaces culturels présents dans le voisinage. Le programme comprend entre autres un espace d’accueil, une zone de restauration, une partie dédiée à l’hébergement, une autre à l’enregistrement et les répétitions. En gros, le projet regroupe tout ce qui permet à un projet artistique et culturel d’éclore et d’aboutir selon le rythme des artistes en résidence. Notons également que le lieu est doté d’une pépinière d’entreprises offrant aux jeunes entrepreneurs des espaces de coworking.

Une implantation exemplaire dans le quartier

Malgré sa sobriété et son implantation exemplaire dans le quartier, le bâtiment se distingue des autres constructions alentours par son enveloppe constituée de panneaux en acier, perforés et laqués. Cette peau métallique se prolonge en toiture  jusqu’à la terrasse située au dernier étage et continue même à l’intérieur du bâtiment. Quant à la bande vertical qui comprend l’escalier de service situé contre un bâtiment mitoyen situé rue Myrha, elle est réalisée à la  fois en béton peint dans les étages inférieurs et en bardage de zinc aux derniers niveaux. Selon les architectes, ce traitement se différencie du volume principal de couleur blanche afin de marquer une certaine transition vis-à-vis au voisinage. Nous pouvons trouver la même tôle sombre sur la toiture au-dessus des lucarnes.

Quelques agencements rendent la réalisation beaucoup plus accessible voire pratique. Par exemple, le restaurant et le hall d’accueil de la salle de spectacle qui donnent directement sur l’extérieur ou encore l’escalier d’honneur situé dans le hall à triple hauteur qui sonne sur les deux rues Myrha et Léon. Sur le même palier, se trouve également le restaurant qui utilise des produits de circuit court. Un petit coup de cœur pour la terrasse du deuxième étage, qui, traitée en creux, révèle aux passants les différentes activités du lieu. Tout a été minutieusement étudié pour offrir un confort optimal aux divers utilisateurs des lieux. A Paris, les architectes de l’agence Engasser + associés ont accompli un projet utile, fonctionnel et créatif et c’est à découvrir sans tarder.

© Luc Boegly photographe / Agence Engasser architecture
© Luc Boegly photographe / Agence Engasser architecture
© Luc Boegly photographe / Agence Engasser architecture
© Luc Boegly photographe / Agence Engasser architecture

Le site de l’agence Engasser: ici.

Les photos : © Luc Boegly photographe / Agence Engasser architecture

«Histoire naturelle de l’architecture», l’exposition passionnante du Pavillon de l’Arsenal

A Paris, au Pavillon de l’Arsenal, le public découvrira dès demain, le 24 octobre 2020, la passionnante exposition conçue par l’architecte et le docteur en architecture Philippe Rahm. A la fois riche en références, didactique mais surtout instructive, l’exposition plonge le visiteur dans l’épopée même de l’architecture, très chère à nos cœur.

Regarder autrement

Bousculer et bouleverser certaines convictions figées concernant quelques grands classiques de l’architecture n’est pas une chose facile, mais regarder les mêmes données autrement n’est pas donné à tout le monde. Après des années de recherches et de documentations poussées, Philippe Rahm arrive à nous surprendre. Non, il ne remet pas en cause ni les travaux de Vitruve ni ceux de Palladio, ni du Bauhaus et encore moins les préceptes de Le Corbusier mais il les regarde d’un point de vue scientifique. Un regard qui mène à une intéressante relecture, jusque là absente des tabloïds de l’histoire de l’architecture.

Quand plusieurs personnes contemplent une même œuvre d’art, c’est rare qu’ils voient la même chose. Ce principe s’applique-t-il à l’histoire de l’architecture ? Peu de monde se sont jusqu’à nos jours aventurés sur ces sentiers délicats. C’est grâce à une curiosité poussée, avec une maîtrise complète, une conviction absolue épaulée d’une argumentation sans faille que Philippe Rahm arrive à forger un nouveau regard vers une réalité reconnue de tous. Le but de l’architecte étant d’expliquer scientifiquement certains phénomènes lointains pourtant si proches.

Tandis que d’habitude ce sont les données sociales, culturelles ou encore politiques qui dirigent notre pensée vis-à-vis à une réalisation architecturale, l’exposition se focalise sur les données scientifiques pour expliquer l’acte de bâtir. Parle-t-on d’architecture quand nous évoquons les maladies ou les épidémies ? Probablement pas ou trop peu mais avec cette exposition nous allons apprendre à le faire. Aussi surprenant qu’il soit, une fois plongés dans cet univers, nous allons prendre goût à ce délicieux jeu de décortication pour essayer de mieux comprendre certains actes historiques pourtant si clairs.

Un triple parcours

L’exposition est tout aussi vaste que complète, nous pouvons aussi bien découvrir comment certaines maladies ou des croyances physiques, chimiques ou scientifiques ont influencé le quotidien et surtout l’architecture de chaque époque. Nous ne pouvons pas s’empêcher de se poser la question : Pendant nos études d’architecture, on nous auraient menti ? La réponse est pourtant très claire, non, tout simplement on n’avaient pas ou peu évoqués cet aspect des choses, d’où l’intérêt de l’exposition.

« L’architecture naît de la nécessité de créer un climat pour maintenir notre température corporelle à 37 °C élevant des toits et des murs pour se mettre à l’abri du froid ou de la chaleur du soleil. » Dit ou lu comme ça, l’idée est évidente mais ce n’est pas toujours la première chose à laquelle nous pensons quand nous parlons d’architecture. « L’épidémie mondiale de choléra qui débute en 1816 engage les grandes transformations urbaines du XIXe siècle. » Quand nous parlons souvent de grands changements urbains, nous évoquons très peu les maladies. « Les antibiotiques ont permis le retour à la ville » Franchement quand nous parlons d’antibiotiques, qui à part Pasteur peut nous traverser l’esprit ? Penser à la médecine oui mais à l’architecture ?

« L’usage de la chaux blanche qui parcourt toute la modernité est avant tout hygiéniste. » Nous avons tous connu au moins uns réalisation de couleur blanche et couverte de chaux mais mis à part le côté épuré avons-nous posé la question de l’hygiène ? Probablement pas ! « La peur de l’air stagnant engendre les grands dômes de la Renaissance pour ventiler les miasmes. » Tout le mythe des grands dômes est en train de tomber mais l’explication est pertinente et le regard différent. Les exemples sont nombreux et les interprétations tout aussi passionnantes. C’est ainsi que nous dégustons, petit à petit,  tous les chapitres de l’exposition. En effet, cette dernière propose un triple parcours chronologique qui va de la découverte de l’histoire de l’architecture fondée sur les causes naturelles, énergétiques ou encore sanitaires, jusqu’à la découverte de certains objets des techniques d’éclairage en passant par l’évolution des matériaux de construction.

Par ailleurs, en nourrissant ses propos par divers exemples et travaux de chimistes, écrivains, théoriciens, ingénieurs, physiciens entre autres, Philippe Rahm, engage, à travers cette exposition, un dialogue qui dépasse largement l’analyse de la discipline de l’architecture mais va au-delà vers la formation même des villes . Ainsi, les découvertes scientifiques, les innovations techniques ou encore les relectures phénoménologiques permettent d’appréhender l’architecture et les villes non pas comme des événements culturels, mais comme les conséquences directes des exigences humaines.

A Paris, au Pavillon de l’Arsenal, l’exposition «Histoire naturelle de l’architecture» propose un parcours intelligent qui nous mène jusqu’aux tréfonds de l’architecture. Une exposition à découvrir sans tarder à partir de demain et ce jusqu’au 28 février 2021.

A Paris, SML et NEXT réalisent une charmante résidence privée

© Hervé Abbadie

C’est l’histoire d’un habitat privé qui se trouve dans l’environnement dense du 15ème arrondissement parisien, que les architectes SML et NEXT ont réalisé avec tact. Un ensemble cohérent qui vient adopter malicieusement la parcelle où il se trouve tout en proposant de généreux espaces de vie à ses habitants.

Un programme complexe

Paris est-elle encore prête à accueillir des habitations privées qui viennent enrichir encore plus son tissus dense? La réponse vient de la part la résidence conçue par SML et NEXT. Une réponse concise, claire et sans ambiguïté. En effet, situé au 92, rue des Entrepreneurs, le projet semble s’accommoder parfaitement au quartier. Ce dernier, à la fois dense et animé, construit au début du XIXe siècle par des entrepreneurs locaux, offre le cadre idéal qui a su agréablement évoluer au fil des ans.  

La parcelle profite d’une surface de 900m², à la fois étroite et profonde, elle est entourée d’autres constructions qui viennent dessiner ses limites. Nous pouvons trouver sur le terrain trois bâtiments construits autour de 1900 dont un immeuble de logements et commerces, un bâtiment sur cour contenant des combles à destination de bureaux ainsi qu’un autre immeuble de logements.

La programme est complexe, il s’agit de la transformation d’un édifice composé d’un rez-de-chaussée et d’un étage avec des combles, situé en cœur d’îlot et abritant des bureaux, ce qui a permis la réalisation de deux logements individuels sur quatre niveaux dans la cour, le tout dans le respect des diverses normes ainsi que dans le but d’offrir le meilleur aux utilisateurs des lieux. Vu les différentes échelles d’intervention, les architectes ont proposé la reconversion de l’ensemble en deux maisons individuelles et adjacentes, ce qui a permis la création d’un logement en duplex doté de larges terrasses, ainsi que l’aménagement paysager de la cour.

La typologie de construction en coeur d’îlot n’étant jamais un exercice facile, les architectes ont accompli un petit prodige. L’intervention a été aussi délicate que sensible, aussi concise que radicale pour un résultat enchanteur. Nous pouvons même parler d’un travail minutieux à la fois architecturale et paysager qui s’exprime par les différentes formes mais aussi par les jeux de masses où le bois joue un rôle important mettant en avant les légers surplombs successifs qui donnent du relief à l’ensemble.

Une gestion intelligente de l’espace

« Afin de minimiser l’impact sur l’espace environnant, l’implantation de la construction existante est conservée. Il en résulte un bâtiment en longueur et élancé, couronne par une toiture à double pente asymétrique creusée par des loggias. Le projet s’inspire de la mémoire du lieu ou «genius loci» en conservant la trame régulière «industrielle» qui caractérisait l’ordonnancement de la façade originelle, et en retrouvant la toiture en pente, archétype de la construction de cœur d’îlot. » Nous racontent les architectes. En effet, ces derniers ne se sont pas arrêtés sur la forme de l’édifice mais ils ont décortiqué, analysé et trouvé les diverses solutions à la ventilation et à la luminosité des espaces habités. Il en résulte des logements lumineux, généreux et confortables.

Les deux entités qui sont indépendantes mais possèdent une cour commune, ont été conçues suivant la même configuration spatiale. Les espaces jour et nuit ainsi que privés et publics ont été minutieusement étudiées pour répondre aux diverses exigences des habitants. Tandis qu’au premier étage nous pouvons trouver un séjour vaste incluant un espace de travail, le 2ème et 3ème niveaux hébergent respectivement trois chambres à coucher, une salle d’eau, ainsi qu’une suite parentale agrémentée d’une loggia. Un petit coup de cœur pour le couloir du deuxième étage qui donne sur les chambres, c’est un joli espace en double hauteur sur un plancher en verre et sous une gracieuse verrière en toiture.

Par ailleurs, les architectes ont utilisé le bois de châtaignier, choisi surtout pour son côté durable qui vient couvrir délicatement la charpente en acier et les murs en ossature métallique. Et vues les diverses contraintes pour accéder au chantier mais aussi pour des raisons écologiques, les architectes ont choisi la filière sèche. L’enjeu du chantier étant de minimiser avant tout les nuisances tout en limitant le temps des travaux au strict minimum.

Les diverses manipulations intérieures montrent une gestion intelligente de l’espace. En effet, les architectes ont fait tout leur possible pour mettre en avant le volume général à travers des petites interventions intérieures qui mettent en avant les différentes vues extérieurs. Nous pouvons dire que les deux habitations foisonnent de belles surprises, les habitants seront comblés!

© Hervé Abbadie
© Hervé Abbadie
© Hervé Abbadie
© Hervé Abbadie
© Hervé Abbadie

Le site de l’agence SML : ici.

Le site de l’agence NEXT : ici.

Les photos: © Hervé Abbadie