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Katinka Bock, Tumulte à Higienópolis, c’est à Lafayette Anticipations!

Les photos : © Pierre Antoine / Lafayette Anticipations, Paris

Recyclage ou mutation? Réutilisation ou régénération? L’exposition de Katinka Bock à Lafayette Anticipations fait suggérer, réfléchir mais aussi réagir. Plusieurs œuvres de petites tailles, gravitent autour d’une installation majeure qui trace une intéressante histoire.

Mémoire

A la fois touchante et suggestive, la pièce maîtresse qui habite l’espace de la tour d’exposition de Lafayette Anticipations est une sculpture monumentale qui mesure 9 mètres de haut. intitulée Rauschen il s’agit d’une installation recouverte de feuilles de cuivre récupérées à Hanovre. Cependant, il ne s’agit pas de simples matériaux de réutilisation mais des plaques de cuivre du dôme de l’Anzeiger-Hochhaus, le seul gratte-ciel d’époque, un monstre de briques recouvert d’un impressionnant dôme en cuivre de 12 mètres de diamètre, considéré comme un haut-lieu de la presse allemande et qui a vu naître des journaux de renom comme Stern ou Der Spiegel.

Les plaques de cuivre conservent les stigmates du temps, ainsi le visiteur peut y découvrir les impacts des bombes mais aussi l’effet de la pollution, des griffures des oiseaux. L’installation, rappelle dans sa forme les autres sculptures en céramique de l’artiste, qui, à la fois creuses et asymétriques, définissent des formes fluides, dynamiques ou en mouvement. Cependant, restent quelques imperfections évoquées par l’artiste avec la plus grande philosophie et un sourire discret: « J’aime quand les œuvres sont parfois fragiles et pas toujours parfaites ».

Richesse

Plusieurs autres sculptures de tailles beaucoup plus modestes, agrémentent les espaces intérieurs et extérieurs de la Fondation, par ici, un semblant d’un porc-épic, par là un noyau de cerise, ailleurs, d’autres plaques pliées du dôme en cuivre ou encore quelques cactus en bronze moulés directement sur la plante vivante ou morte, bref, entre silhouettes humaines, êtres en mutation, objets en équilibre, l’exposition de Lafayette Anticipations démontre une grande richesse d’esprit dont l’ensemble consiste aux diverses recherches actuelles de Katinka Bock portant sur les textures et les matériaux, dont le cuivre, l’argile, et les différentes techniques d’impression.

Du 7 mars au 17 mai 2020, l’exposition est à voir au Kestner Gesellschaft de Hanovre qui occupe depuis 1997 le bâtiment mitoyen du Anzeiger-Hochhaus, les anciens bains Goseriede. La sculpture Rauschen y sera présentée, à l’emplacement du bassin des hommes mais en position couchée. De quoi engendrer d’autres sensations!

Les photos : © Pierre Antoine / Lafayette Anticipations, Paris
Les photos : © Pierre Antoine / Lafayette Anticipations, Paris
Les photos : © Pierre Antoine / Lafayette Anticipations, Paris
Les photos : © Pierre Antoine / Lafayette Anticipations, Paris

Tumulte à Higienópolis est à découvrir jusqu’au 5 Janvier 2020 à Lafayette Anticipations.

Pour plus d’informations, voir le site de Lafayette Anticipations.

Hella Jongerius à Lafayette Anticipations

© Roel van Tour / Lafayette Anticipations, Paris

Depuis Vendredi le 7 Juin 2019, les visiteurs de Lafayette Anticipations peuvent découvrir les œuvres de la créatrice néerlandaise Hella Jongerius, qui s’est fait connaître pour son art qui marie à merveille les diverses techniques industrielles et l’artisanat, les technologies de pointe et l’expérimentation, le tout dans une approche qui croise le traditionnel et le contemporain.

 Entrelacs, une recherche tissée

Baptisée « Entrelacs, une recherche tissée », l’exposition tend avant tout à montrer le processus complet de la création textile pour encourager dans cette voie, revaloriser ce métier tout en révélant ses diverses qualités. Pour la première fois dès son ouverture, Lafayette Anticipations qui s’est dotée par une architecture mécanique signée Rem Koolhaas, rend hommage à d’autres outils et matériaux utilisés cette fois-ci dans la fabrication du textile. Le contenu et le contenant dialogue ainsi dans une ambiance particulière pour le plus grand bonheur des visiteurs.

Hella Jongerius montre au public la phase cachée d’un processus lent que parfois le consommateur ignore même le fonctionnement. De même, à partir de ses recherches poussée, la créatrice néerlandaise interroge sur l’attitude des gens vis-à-vis au textile. En effet, depuis quelques décennies, une certaine méconnaissance de la manière s’est installée, les consommateurs ignorent parfois comment sont confectionnés les tissus qui nous entourent pourtant il s’agit d’une matière présente partout et dont la fabrication exige un véritable savoir-faire. Nous pouvons dire que l’industrialisation et la mécanisation ont brouillé notre conception du textile c’est pourquoi, l’exposition Entrelacs, reprend les choses à leur origine et les présente d’une manière didactique et ludique. C’est ainsi que, tout au long de l’exposition qui va durer trois mois, le visiteur assistera au tissage de nouvelles pièces. Ces dernières seront présentées au fur et à mesure de leur confection pour enrichir les divers espaces de la Fondation.

le Jongeriuslab

Le premier niveau de l’équipement culturel abrite quelques exemples du « Jongeriuslab » le laboratoire de recherche basé à Berlin où la créatrice parachève ses travaux. Ces derniers, aujourd’hui connu dans la monde entier font leur passage à Paris le temps d’un été. Le travail est assez extraordinaire, il va du simple textile au tissage 3D. Au deuxième étage, le public partira à la découverte du Jacquard numérique, la machine high-tech dotée des mêmes possibilités techniques qu’un dispositif industriel avec la liberté du tissage manuel.

En marge de l’exposition, lors de rencontres publiques conçues avec le Jongeriuslab seront abordés différents thèmes comme les techniques de tissage, la possibilité de leur développement technologiques ainsi que les enjeux sociaux de la production textile. Un carnet et un catalogue, tous les deux imprimés sur place, accompagnent l’exposition. Cette dernière changera d’aspect petit à petit d’ici Septembre.

© Roel van Tour / Lafayette Anticipations, Paris
© Roel van Tour / Lafayette Anticipations, Paris
© Roel van Tour / Lafayette Anticipations, Paris
© Roel van Tour / Lafayette Anticipations, Paris
© Roel van Tour / Lafayette Anticipations, Paris

Pour plus d’informations sur l’évènement voir : ici.

Pour connaître Hella Jongerius : ici.

Deux expositions en une à Lafayette Anticipations

© Pierre Antoine / Lafayette Anticipations, Paris

Après avoir présenté Simon Fujiwara, l’artiste en solo qui s’est approprié les trois étages de Lafayette Anticipations, nous voilà devant une autre formule. Un combiné de trois artistes qui occupent les espaces de l’établissement. Deux expositions en une qu’il faut impérativement aller voir jusqu’au 28 avril 2019.

Passer-by 

Les deux premiers étages de la Fondation d’entreprise Lafayette sont occupés par la designer Beca Lipscombe et l’artiste Lucy McKenzie qui forment ensemble l’Atelier E.B et présentent l’exposition « Passer-by » qui  vient d’ouvrir ses portes le 21 février 2019. 

L’exposition propose aux visiteurs un doux plongeon dans le milieu de la mode et de l’art contemporain. En effet, les deux artistes écossaises ont associé leur intérêt pour l’ornement et l’histoire du motif pour créer il y a douze ans un label de mode intitulé Atelier E.B.. Certains connaisseurs reconnaitront des créations que le duo a déjà présenté en 2018à la Serpentine Galleries de Londres. L’exposition de Lafayette Anticipations devient ainsi comme la suite de celle de la capitale anglaise sauf qu’à Paris le contenu a été repensé et le public aura le plaisir de découvrir de nouvelles productions.

Commençons par le titre de l’exposition, « Passer-by », qui selon les instigatrices du projet, « fait référence à une vision élargie des consommateurs de mode, ne se réduisant pas aux particuliers qui achètent des vêtements mais évoquant tous ceux et celles qui pratiquent le lèche-vitrine et s’intéressent à la mode à travers les livres, les magazines, les expositions et autres supports. » Une nouvelle manière d’aborder la mode ? Probablement parceque le résultat est assez élogieux. En effet, le visiteur se balade au sein de l’établissement comme s’il se baladait en ville, parfois il s’arrête devant une vitrine où il découvre des nouveautés mais aussi s’imprègne du lieu. Ce dernier a été organisé d’une manière atypique, il s’agit d’une configuration spéciale de l’espace central qui reprenant des éléments originaux de l’escalier monumental Art Nouveau des Galeries Lafayette. Cet escalier a été retiré des fameux magasins pour des raisons spatiales. Avec cette exposition parisienne, c’est un bout de l’histoire qui ressurgit.

La première exposition française de Beca Lipscombe et de Lucy McKenzie croise malicieusement la création contemporaine, l’histoire de la mode et la muséographie. Le visiteur découvre en premier lieu un vrai showroom réalisé sur mesure pour exposer leur dernière collection « Jasperwear » qui comprend entre autres des pulls, des manteaux, des bijoux, pour présenter ensuite un impressionnant ensemble d’archives appuyé par des recherches poussées sur le rôle du mannequin de la sculpture antique jusqu’aux vitrines des grands magasins. On retrouve parmi diverses photographies d’époque, les plans de l’Exposition internationale des arts et techniques de 1937 édités par les Galeries Lafayette, La visite se termine avec une série de compositions artistiques d’artistes contemporains qui ont travaillé sur les mêmes sujets abordés.

Réunissant les œuvres d’une multitude de créateurs, l’exposition « Passer-by » non seulement met en scène la démarche d’Atelier E.B en matière de recherche, de collaboration ou de production, mais elle constitue une belle vitrine qui régalera les nostalgiques mais aussi tous les autres visiteurs.

Fortune 

Le dernier étage de Lafayette Anticipations présente, quant à lui, une œuvre unique, celle de l’artiste Camille Blatrix. Intitulée « Fortune », l’installation qui vient d’ouvrir au public en même temps que « Passer-by » reste jusqu’au 28 avril 2019.

A mi-chemin entre sculpture et objet manufacturé, le travail de Camille Blatrix interroge le visiteur. Ce dernier découvre une œuvre unique qui malgré sa taille remplit l’espace. L’objet sculpté par Camille Blatrix dans les ateliers de Lafayette Anticipations croise astucieusement le bois, le métal et le plastique. « J’ai toujours aimé travaillé avec le bois de poirier, il a quelque chose d’intemporel » Souligne l’artiste. A la fois poétique et abstraite, l’installation hétéroclite qui oppose certains éléments de facture industrielle à d’autres réalisés manuellement, confère à l’ensemble une caractéristique unique.

Au centre du troisième étage de la Fondation se place ainsi une sculpture énigmatique qui selon l’artiste « perturbe l’espace et le dérange ». Dans cet univers conçu de métal et de verre, la présence d’un élément étranger qui peut rassembler en un même lieu une succession d’éléments fondamentaux de la vie comme l’eau, le feu ou encore l’air donne l’indice d’une possible présence. Mais ce qui sort de l’ordinaire c’est l’emplacement choisi par l’artiste pour son œuvre. Tandis que le visiteur attend à une œuvre unique mise en exergue au milieu de cette pièce ouverte sur le ciel, Camille Blatrix pose son œuvre à même la vitre donnant sur la cour intérieure voisine, un moyen qui incite à imaginer  au-delà de l’œuvre? Probablement. Toujours est-il que les avis sont partagés, certains voient cette disposition comme une intéressante ouverture vers le futur tandis que d’autres peuvent évoquer un possible déclin. D’ailleurs l’artiste, affiche une certaine satisfaction aux divers propos envisagés.

Pour sa première exposition institutionnelle parisienne, Camille Blatrix, qui a été invité à occuper le « ciel » de Lafayette Anticipations, conçu par Rem Koolhaas, propose une œuvre singulière qui incite à la réflexion. Une installation à voir pour tous !  

© Pierre Antoine / Lafayette Anticipations, Paris
© Pierre Antoine / Lafayette Anticipations, Paris
© Pierre Antoine / Lafayette Anticipations, Paris

A noter que l’entrée à toutes les expositions de Lafayette Anticipations est gratuite.

Simon Fujiwara à Lafayette Anticipations

 

Simon Fujiwara, Revolution, Lafayette Anticipations, Paris, 2018. © Andrea Rossetti

Baptisée « Revolution », il s’agit de la première exposition monographique de Simon Fujiwara en France. En adéquation avec le contexte, un lieu atypique comme Lafayette Anticipations, l’artiste nous livre un condensé artistique unique qui ne cesse d’interpeller les visiteurs.

« Revolution » rassemble des œuvres et installations à grande échelle dont la majorité produite par Lafayette Anticipations. L’invitation de l’artiste consiste en une prolongation d’un dialogue entamé en 2014 lors du développement de son projet New Pompidou dans le cadre du programme de préfiguration de la Fondation.

Médias et réseaux sociaux

À travers plusieurs créations qui investissent l’ensemble des espaces d’exposition, le travail de Simon Fujiwara aborde, à sa manière, l’importance que la société actuelle accorde aux médias de masse et les réseaux sociaux. L’omniprésence de la représentation de soi devient un moyen efficace pour l’artiste qui critique les réactions actuelles.

L’exposition se divise en quatre grandes parties. Le visiteur découvre en premier lieu « Empathy I », la simulation immersive qui prend ses sources dans les attractions touristiques comme Disneyland ou le château de Neuschwanstein, pour se décliner en un vrai phénomène sensoriel. Ici, les images deviennent réelles et procurent divers sentiments aux visiteurs. Comme une boîte de Pandor des temps modernes, les vidéos pris sur Youtube surprennent, interpellent mais aussi critiquent. Selon Fujiwara, face à cet étalage, chaque être nourrit divers sentiments, il n’y a pas de « sensation unique » dit-il tout sourire. En collaboration avec une société concevant des attractions pour les parcs de loisirs, Simon Fujiwara a créé son propre simulateur. Ce dernier a été minutieusement introduit dans le décor de Lafayette Anticipations pour devenir la pièce maîtresse de l’exposition. Dans le contexte socio-technologique actuel, où l’individu prend de plus en plus d’importance, « Empathy I » porte un regard sur un monde imité, à la fois bouleversant et provocant.

Le parcours se poursuit avec « The Happy Museum ». Conçu en collaboration avec le frère de l’artiste, Daniel, l’installation, en perpétuelle évolution,qui a été produite à l’occasion de la 9e Biennale de Berlin, est constituée de plusieurs objets et artefacts qui témoignent des contradictions profondes de notre société. Fujiwara assimile cette œuvre à un fil d’actualités où certains objets sont amenés à changer en fonction des lieux où ils sont exposés.

Le poids de l’image

La série « Joanne » s’articule autour de plusieurs photographies grand format ainsi qu’un film. Le visiteur découvre Joanne Salley, l’ancienne professeure d’arts plastiques de Simon Fujiwara, qui, en 2011, a été contrainte de démissionner suite à la circulation sur Internet d’images d’elle non autorisées. Ce projet non seulement révèle le pouvoir dévastateur des tabloïds mais va au-delà pour questionner sur l’image des femmes dans les médias grand public.

Finalement, au dernier étage de la Fondation, se trouve « Likeness » qui prolonge l’exposition « Hope House » que l’artiste a montré début 2018 à la Kunsthaus de Bregenz. Cette dernière présentait une reconstitution grandeur nature d’une maquette en carton de la maison d’Anne Frank. Sauf qu’ici, produite spécialement pour l’exposition, l’installation se résume en une impressionnante reproduction de cire de la figure d’Anne Frank.  On y voit la jeune fille, assise à son bureau, écrivant son journal et regardant le public avec un petit sourire. Poussant à l’extrême le besoin à tout prix de faire des images, à l’heure des selfies dans les musées, Simon Fujiwara filme le personnage de cire avec un Bolt, une caméra équipée d’un bras et d’un dispositif entièrement robotisé. Tel un contrepoint au bâtiment-machine conçu par l’agence néerlandaise OMA, « Likeness » apparait comme le présage d’un monde automatisé où la mémoire collective se confronte à l’indifférence des gestes autrefois réalisés pas des êtres humains.

Vous avez encore jusqu’au 6 Janvier 2019 pour visiter « Revolution », la surprenante exposition de Simon Fujiwara.

Simon Fujiwara, Revolution, Lafayette Anticipations, Paris, 2018. © Andrea Rossetti
Simon Fujiwara, Revolution, Lafayette Anticipations, Paris, 2018. © Andrea Rossetti

Simon Fujiwara, Revolution, Lafayette Anticipations, Paris, 2018. © Andrea Rossetti
Simon Fujiwara, Revolution, Lafayette Anticipations, Paris, 2018. © Andrea Rossetti

Simon Fujiwara, Revolution, Lafayette Anticipations, Paris, 2018. © Andrea Rossetti
Simon Fujiwara, Revolution, Lafayette Anticipations, Paris, 2018. © Andrea Rossetti

Pour plus d’informations, voir : ici.

Simon Fujiwara, Revolution, Lafayette Anticipations, Paris, 2018. © Andrea Rossetti