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A Paris, ITAR architectures signe un projet éloquent

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A Paris, au 88, boulevard Ney, ITAR architectures vient de livrer un programme à la fière allure, aux lignes pures et aux traits distingués. Il s’agit de 72 logements sociaux, une crèche ainsi que deux commerces, un ensemble cohérent qui adopte la parcelle tout en apportant une touche de nouveauté.

Taillé pour le lieu

Le projet, manipulé avec tact par l’agence ITAR, ne laisse pas indifférent. Tandis que certains vont lui trouver quelques traits arrondis qui se rapprochent de quelques immeubles parisiens des années trente, d’autres diront que les espaces généreux et la luminosité des lieux font un clin d’oeil apprécié aux habitations accueillantes des années soixante-dix alors que d’autres iront encore plus loin en trouvant une véritable ressemblance avec l’architecture Bauhaus. Finalement, il s’avère que le projet du 88, boulevard Ney constitue, non seulement, une réalisation raisonnée qui répond favorablement aux diverses exigences du programme mais c’est une construction aussi fonctionnelle que plastique qui met le bien être des usagers en avant. Ingrid Tallandier a, comme à son habitude, encore une fois cousu une architecture taillée pour le lieu tout en lui insufflant diverses qualités.  

Allons donc à la rencontre de la réalisation qui a fait tant réagir positivement les adeptes du modernisme. Le projet comprend deux entités élevés sur un socle commun occupé par la crèche. L’architecte nous apprend que son idée de scission fait écho aux tours environnantes tout en dotant l’ensemble des logements d’une grande luminosité. Ainsi, les arrondis qui interpellent le promeneur viennent adoucir les deux silhouettes des immeubles tout en contrastant avec les angles droits des tours environnantes. Ingrid Tallandier a joué adroitement avec les volumes, les formes mais aussi les textures pour un résultat enchanteur.

Évolutif et généreux

Situé au nord du 18ème arrondissement parisien, le site jouit de plusieurs qualités, il bénéficie entre autres, d’une bonne desserte routière mais aussi de la proximité immédiate des transports en commun. Ainsi, située à l’entrée de la ville, la parcelle propose de nouveaux logements, des commerces ainsi qu’un équipement. L’architecte, en adéquation avec le projet existant qui porte la signature de l’architecte Dubuisson et après avoir analysé les diverses entités du programme demandé, a proposé un projet capable de durer mais aussi d’évoluer.

L’évolution future faisant partie des préoccupations de l’agence ITAR, cette dernière a proposé des intérieurs modulables et flexibles qui peuvent être adaptés, grâce à une structure réfléchie, aux différents changements de la vie du bâtiments. De même, nous remarquons que chaque logement possède un espace extérieur. Ingrid Tallandier n’a pas attendu le confinement pour mettre en avant cette stratégie, elle se débat, depuis bien longtemps, pour proposer aux utilisateurs des lieux emplis de confort et de bien être. Des propriétés appréciés de tous, probablement non visibles de l’extérieur mais qui font la différence de son architecture.

Matières et textures

Aux espaces généreux s’ajoutent la maîtrise des matériaux. Le choix de l’architecte s’est porté sur la brique pleine qui favorise le dialogue avec les tours existantes. Cependant toute la hauteur de la façade n’est pas traitée d’une manière uniforme. L’architecte a remanié l’utilisation de la brique selon son emplacement. Par exemple, les angles des façades et les garde-corps des terrasses et des loggias sont constitués d’un assemblage de briques ajourées qui, à l’image des moucharabieh, proposent des espaces intimes aux habitants. Un petit coup de coeur pour les quelques trumeaux, remplis par un assemblage géométrique de briques, qui donnent l’impression d’une façade dynamique où l’on distingue un indéniable jeu d’ombre et de lumière. Un travail recherché de la matière qui démontre le soucis des détails. Des détails soignés qui participent à rehausser l’architecture d’Ingrid Tallandier vers un niveau incontestable de maîtrise et d’élégance.

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Le site de l’agence ITAR architectures : ici.

Les photos : © 11h : 45

A Formetera, d’accueillants logements sociaux signés Carles Oliver

© José Hevia

Dans le but de fournir des données diverses à la commission européenne pour la rédaction des futures réglementations environnementales, la proposition de l’architecte Carles Oliver comprend la construction d’un prototype de bâtiment à usage social qui vérifie le bon fonctionnement des solutions adoptées. Sobriété et simplicité sont au rendez-vous.

Réduction de l’empreinte écologique

Le suivi du projet est également assuré par l’Université des Îles Baléares. Il s’agit d’un prototype qui comprend quatorze logements sociaux situés dans l’île espagnole de Formentera. L’opération vise à démontrer la faisabilité d’un immeuble résidentiel réduisant l’empreinte écologique dans les diverses phases. En effet, une réduction de consommation de 50% au cours de la construction a été envisagé. De même, une réduction de 75% de consommation d’énergie pendant la durée de vie de l’édifice. Quant à la consommation de l’eau serait de 60% et la production des déchets dans l’ordre de 50%.

Le durable à portée de tous

Le principal aspect innovant du projet consiste dans la réduction de 50% des émissions de CO2 lors de l’exécution des travaux. Pour ce faire, les architectes proposent une sélection appropriée de matériaux, de préférence des matériaux à faible énergie, en récupérant, dans la mesure du possible, des techniques d’architecture vernaculaire.

Selon les architectes, le modèle d’architecture locale montre que, loin des grandes villes, les systèmes les plus durables sont à portée de main. Cette approche relie les problèmes environnementaux à la tradition culturelle de chaque région, non seulement en améliorant la qualité de l’air prévenant le réchauffement climatique, mais aussi par son impact sur la qualité du paysage urbain. Un projet respectueux de son environnement, à la fois utile, fonctionnel et charmant.

© José Hevia
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© José Hevia
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© José Hevia
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Le site de l’architecte Carles Oliver: ici.

Les photos: © José Hevia

Alejandro Aravena bouscule l’architecture avec la Quinta Monroy

© Cristobal Palma pour Elemental
© Cristobal Palma pour Elemental

Un jour, le gouvernement chilien a demandé à l’agence d’architecture Elemental dirigée par Alejandro Aravena de résoudre le problème de cent familles qui occupent illégalement depuis trente ans la Quinta Monroy qui se trouve dans le désert chilien. La réponse était tout simplement surprenante !

Considérant les valeurs de l’poque concernant l’industrie du bâtiment au Chili et tout en se basant sur une dotation de 75000 $, l’agence d’architecture a pris la décision de construire sur le même terrain des logements sociaux qui vont accueillir les cent familles au lieu de les déloger pour les déplacer en périphérie de ville.

Optimiser pour construire

Selon les données qu’elles soient budgétaires ou autres, le projet était viable pour trente familles et non pas cent tout en supposant qu’il fallait octroyer une maison à chaque famille. Un problème récurrent qui démontre encore une fois la difficulté de jongler entre terrain exigu et maison familiale. D’où l’une des raisons essentielles de l’éloignement du logement social des villes (surtout quand il s’agit de maisons individuelles).

Pour essayer d’utiliser efficacement la parcelle dont il est question, l’architecte a travaillé sur des maisons groupée disposées en rangers, même si cela réduit considérablement la largeur du lot qui devient la même que celle de chaque résidence. Avec cette solution, soixante-six familles peuvent être logés mais la promiscuité pose problème.

Selon l’architecte qui déclare que le logement social devrait être considéré comme un investissement et non pas comme une dépense, il a fallu donc ajouter la valeur des maisonnées au fil du temps ce qui ne s’applique pas toujours à ce type de constructions.

Construire pour agrandir

D’où la mise en place d’un ensemble de critères qui font la réussite de cette opération. Parmi ces derniers, la création d’un lieu commun entre privé et public qui sera l’une des nouveautés apportées. Cet espace collectif sera à accès restreint pour les familles en très grande difficulté.

Citons également l’idée où la construction d’origine ne se terminera pas pour garder la possibilité à chaque famille de continuer (via l’autoconstruction) les espaces dont elle a besoin. Le bâtiment initial devient donc un support pour lancer l’opération qui se terminera au fil du temps et selon les moyens financiers de chaque habitant.

Ici, l’idée d’Aravena est très loin des idées défendues par ses confrères, c’est une manière très personnelle qui essaye de surmonter la pauvreté. L’architecture n’étant que le moyen d’appliquer ses opinions.

Alejandro Aravena est le commissaire de la Biennale d’Architecture de Venise cette année. Il vient de décrocher le Pritzker Price 2016 !

© Cristobal Palma pour Elemental
© Cristobal Palma pour Elemental

Le site de l’agence d’architecture d’Alejandro Aravena : ici.

Les photos : © Cristobal Palma