Retour sur le livre «Togliatti, une ville neuve en URSS»

C’est en 2015 que l’historien Fabien Bellat termine le livre « Togliatti, une ville neuve en URSS », mais une rencontre récente et une discussion des plus intéressantes avec le personnage me poussent à écrire ces quelques lignes.

La Russie, c’est plusieurs siècles d’histoires mais aussi une ambition architecturale en permanente renouvellement. Dans son livre, Fabien Bellat se penche sur une ville neuve qui se trouve sur les rives de la Volga, au cœur même de ce vaste pays. Mais pourquoi « Togliatti » ?

Dans son explication, l’auteur revient sur l’intérêt à la fois urbain, architectural mais aussi social de la ville. Passionné par l’architecture, Fabien m’explique avec précision en mêlant parfois une pointe d’humour son parcours, du moment où il a pris la décision d’écrire le livre jusqu’à sa publication en passant par les diverses aventures qui ont accompagnées sa démarche. Avec une grande résolution, l’historien raconte ce chantier d’architecture hors-norme qui mérite la découverte.

Certes, il ne s’agit pas de Bagdad, cité arabe modèle édifiée sur les rives du Tigre il y a bien longtemps, ni de Chandigarh ou de Brasilia, les deux villes iconiques des années soixante-dix, ni des villes nouvelles françaises dont le but était la création de pôles de développement éloignés autour de la capitale française mais d’un territoire vierge devenu grâce à une grande volonté un nouveau site industriel digne des laboratoires architecturales des temps modernes.

Togliatti est donc avant tout, la construction sur le site d’une ancienne église, d’un colossal barrage hydroélectrique par les prisonniers du Goulag, puis l’installation de l’usine automobile Avtovaz en coopération avec les ingénieurs de l’enseigne Fiat, le tout accompagné par la création d’un nouveau centre urbain entièrement préfabriqué.

Ce projet colossal est signé par Boris Roubanenko qui a reçu en 1973 le prix d’état de l’URSS pour son travail sur la ville de Togliatti. Le livre nous apprend entre autres que l’architecte a fait plusieurs voyages en France et a découvert les œuvres de Bernard Zehrfuss, de Goerges Candilis ou encore d’Emile Aillaud. L’intérêt de l’homme de l’art pour la production française s’exprime également par sa participation à travers un projet futuriste au concours du centre Pompidou en 1971.

Retour en Russie et à Togliatti qui devait changer le destin d’un bon nombre de ses habitants. La cité aussi audacieuse soit-elle a subi depuis les revers de l’histoire mais malgré tout elle représente aujourd’hui selon Fabien Bellat l’un des derniers succès soviétiques en matière de création urbaine.

« Togliatti, une ville neuve en URSS » est une analyse profonde d’une époque mais aussi un voyage au cœur d’une Russie mouvementée que l’historien a réussi à mettre en avant se référant à diverses biographies d’architectes et d’ingénieurs dont le destin est souvent marqué par les changements des dirigeants. Les recherches poussées de Fabien Bellat montrent ainsi une épopée moderne ponctuée par l’impact du pouvoir sur l’urbanisme mais aussi sur l’architecture et tout ce qui en découle.

Le livre « Togliatti, une ville neuve en URSS » est toujours en vente: ici.