A Paris, la création artistique sur une page blanche

© Luc Boegly

Le 3 juin 2015, lors d’une visite, les architectes Anne Feldmann et Aghis Pangalos m’ont fait découvrir les coulisses du centre d’animation Ken Saro Wiwa. Un voyage des plus inattendus et à la fois agréable au cœur d’un bâtiment vitrine de la culture artistique en devenir.

Une parcelle vide au 63 Rue Buzenval ? C’est l’occasion rêvée pour la ville de Paris d’y implanter un centre d’animation ouvert à tous. Au départ il ne s’agissait pas d’une parcelle vide comme il ne s’agit pas d’un édifice ordinaire. L’emplacement était occupé jadis par un bâtiment technique EDF en pierre devenu obsolète au fil du temps. Et l’originalité du nouvel arrivant est due à l’audacieuse proposition des architectes pour un lieu à la fois ludique et expressif.

Le tableau dans la rue

C’est un bâtiment qui prend place à l’angle de la rue Buzenval et de la rue des Haies. Niché en plein cœur du XXème arrondissement, dans un lieu vivant et animé, le nouveau centre d’animation vient d’ouvrir une nouvelle ère dans l’expression artistique. Alors qu’au sein de l’établissement vont se dérouler des activités manuelles, musicales, corporelles ou sportives, une fraction de la façade sera dédiée à l’expression artistique, l’art avec un grand A défilera sous-forme d’un tableau signé de personnalités reconnues. Une friche vivante qui changera de ton et de style avec chaque proposition. Nous sommes loin des écrans en couleur qui mettent en avant telle ou telle scène ou bien de la pub comme dans certains pays, dans la rue Buzenval, nous sommes en présence d’une toile éphémère qui déroule de multiples œuvres d’art.

Bien que l’idée de cette friche soit intrigante, allons faire un tour cette fois-ci à l’intérieur du bâtiment. Ce dernier s’avère être un condensé d’idées tout aussi novatrices. L’édifice affiche à son intérieur une sobriété assumée, indispensable pour la quête à laquelle elle est destinée. Le béton dans toute sa brutalité fait office d’une page blanche où la patine du temps viendra profiter et les couleurs parviendront à égayer.

Le graffiti à l’honneur

C’est toute la subtilité d’une telle démarche de parvenir à son but tout en composant une architecture forte que ce soit dans la pensée même de sa structure ou dans sa spatialité. Tandis que la salle de représentation creusée dans la masse du sous-sol occupe le terrain sur sa plus grande longueur et affiche un damier coloré, le reste du bâtiment garde des tons grisâtres prêts à se métamorphoser. Mention spéciale à l’acoustique des lieux dotée d’une insonorisation exemplaire surtout quand on sait qu’il s’agit des pièces où la musique battra son plein et pas toujours sans fautes.

Le programme qui se déploie sur trois étages est à la fois riche et complexe. Faire cohabiter plusieurs entités au sein d’un même édifice tout en gardant l’autonomie de chacune d’elle n’est point une mince affaire. Les architectes Anne Feldmann et Aghis Pangalos ont accompli un travail d’orfèvre où ils ont savamment composé entre volume et cahier de charges.

Pour le moment, le but n’est pas encore atteint, laissons aux habitants du quartier le temps de s’approprier les lieux. Ici, l’architecture aussi élégante soit-elle ne matérialise que le corps brut que l’ornement saura mettre en valeur.

© Luc Boegly

© Luc Boegly

© Luc Boegly

© Luc Boegly

Le site des architectes Anne Feldmann et Aghis Pangalos: ici.

Les photos : © Luc Boegly

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