Pour une grande diversité de lieux à habiter

Pour une grande diversité de lieux à habiter

Pour une grande diversité de lieux à habiter

© Ryota Atarashi
© Ryota Atarashi

« Au-delà du système Dom-ino, je me demande depuis quelque temps s’il serait possible de créer un système architectural dépourvu de tracé fixe ou prédéterminé — un système qui resterait ouvert et flexible, tant dans l’espace que dans le temps. » C’est par ces mots que Ryota Atarashi, le fondateur de l’agence d’architecture japonaise Mont Fuji Architects décrit le projet situé à Toyama.

Certes, le système Dom-ino est bien établi, il s’agit d’un concept structurel reproductible quasi à l’infini, ancré non seulement dans l’architecture mais aussi dans la sphère de la production industrielle. Pourtant, malgré la liberté qu’il est censé offrir, il repose en fin de compte sur l’unité absolue du module de trame, lequel semble fondé sur l’idée d’une homogénéité fondamentale des individus. Selon les architectes, le sentiment qui en découle – celui d’être contraint d’évoluer dans un cadre préétabli – les a toujours mis mal à l’aise. Ainsi, divers questionnements voient le jour. Existe-t-il une alternative au système Dom-ino ? Un système spatial et structurel qui ne soit ni régi par un tracé fixe ni dépendant du module de trame ? Les premiers signes d’une telle possibilité sont apparus avec la « House in Tateyama », la résidence du représentant de STROOG, et son évolution ultérieure, le projet LIAMFUJI. Ces deux réalisations utilisent des éléments en bois lamellé-collé de dimensions suffisantes pour former un mur entier d’une seule pièce. Ces parois massives, qui font également office de poutres, offrent une grande résistance à la flexion, tandis que leurs larges zones de connexion assurent une grande rigidité verticale des assemblages. Cette conception libère la disposition structurelle des étages successifs des contraintes de la trame conventionnelle, permettant aux espaces de communiquer grâce à de nouvelles relations en coupe. Toutefois, à ce stade du développement du système, le plan suivait encore la trame et l’organisation spatiale restait entièrement prédéterminée. L’étape suivante a donc consisté à assouplir cet ordre pour tendre vers un système sans tracé prédéterminé, capable de demeurer ouvert et évolutif dans l’espace et au fil du temps. La solution mise au point pour le siège social de STROOG a consisté à préparer une série de panneaux en bois lamellé-croisé (CLT), tous d’une largeur de 3 000 mm mais de longueurs variables, à y pratiquer des encoches aux endroits requis et à les assembler en une structure en treillis par emboîtement, selon un procédé de montage démontable. Grâce à la résistance du CLT selon deux axes perpendiculaires, chaque élément peut fonctionner aussi bien comme un poteau reprenant des charges verticales que comme une poutre résistant à des forces horizontales. De plus, la composition du matériau en lamelles de bois massif permet de réaliser des entailles à n’importe quel endroit, au millimètre près. La profondeur de ces entailles détermine simultanément la portée structurelle de l’assemblage, permettant ainsi l’émergence de cadres rigides selon une logique structurelle intrinsèquement rationnelle. Il en résulte un système tridimensionnel affranchi des contraintes de la trame modulaire. Qui plus est, ce système n’est jamais considéré comme achevé, loin de se limiter à un contour figé, ses bordures sont libres de générer de nouvelles possibilités spatiales et temporelles. Tel un organisme vivant, il peut continuer à croître et à évoluer, s’adaptant aux besoins changeants et aux environnements en mutation. L’espace architectural qui en découle est assemblé selon un principe analogue à celui des lamelles de bois lamellé-croisé (CLT) qui le constituent : des espaces aux qualités directionnelles distinctes s’y croisent à angle droit. Ces espaces aux orientations variées sont ensuite reliés par des connexions diagonales qui les traversent, donnant naissance à une spatialité inédite. Une identité propre au lieu émerge de la superposition de deux facteurs : les relations non uniformes entre ces espaces et l’atmosphère créée autour de la masse physique du CLT lui-même. Ensemble, ils engendrent une spatialité fondamentalement différente de l’environnement homogène propre au système Dom-ino. Ainsi émerge un nouveau système, rendu possible par un matériau bois innovant : une structure qui hérite de l’universalité du modèle Dom-ino tout en évoluant vers un système vivant, capable de générer une plus grande diversité de lieux à habiter.

© Ryota Atarashi
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Le site de MOUNT FUJI ARCHITECTS STUDIO : ici.

Les photos : © Ryota Atarashi

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