Dansez sur moi ! l’œuvre conceptuelle d’Arnaud Cohen

©Arnaud Cohen

C’est une histoire vraie qui se cache derrière la dernière œuvre conceptuelle d’Arnaud Cohen. Une histoire personnelle, collective, typique et universelle. A la fois touchante, émouvante, bouleversante mais tout aussi révoltante, la conception allégorique qui se matérialise sous un remarquable ouvrage porte bien son nom : Dansez sur moi !  

On danse sur l’œuvre comme on danse sur la dalle, parce qu’il s’agit d’une pièce horizontale qui épouse le sol. Pourtant cette installation « sans grande épaisseur » sur laquelle le visiteur se promène avec fluidité révèle un passé lourd de plusieurs décennies. Pour le découvrir, il faudra d’une part écouter les paroles de l’artiste et d’autre part faire un plongeon dans les livres de l’histoire. C’est donc sur les pas de cette épopée que je me suis trouvée au Mémorial de la Shoah à Paris.

Une œuvre inédite

Arnaud Cohen est un artiste reconnu, j’ai maintes fois parlé sur Détails d’architecture de ses diverses expositions. Ces dernières sont assez variées dans leur expression qui va du collage jusqu’à la sculpture en passant par la performance. Cette fois-ci, l’artiste présente une œuvre inédite, singulière et caractéristique qui sous son air minimaliste et son style qui fait un joli clin d’œil à Carle Andre, raconte bien des histoires.

 « Dansez sur moi puise son inspiration dans le passé collaborationniste de mon atelier. Quand j’ai acheté cette friche industrielle recouverte de lierre et livrée aux pilleurs, je ne savais rien de l’histoire contemporaine de ce lieu… » Raconte Arnaud Cohen qui se base sur l’histoire de l’endroit où il vit pour constituer son œuvre. Dès la première vue, l’œuvre en question reste assez intrigante, elle présente des fausses plaques qui s’apparentent à des tombes où le visiteur peut lire des noms de trois personnalités qui ont non seulement vraiment existé mais qui ont eu une grande influence dans le passé.

Quand l’art s’approprie l’histoire

« Ces « fausses » tombes sont en effet celles de personnages historiques : Maurice Rocher l’ingénieux et cupide propriétaire de nombreuses usines dans l’Ouest de la France dont celle qui est devenue l’atelier de l’artiste en 2003, Jean Bichelonne le brillant polytechnicien en charge avec Speer d’intégrer les usines françaises au complexe militaro-industriel du Reich, et Wernher Von Braun, le génial inventeur et client de Rocher pour son usine secrète de montage de fusées V1 etV2 où les prisonniers mourraient d’épuisement en quelques semaines. Ce fût le cas d’Armand Tuvache, un des membres de la famille maternelle d’Arnaud Cohen. » Mis à part cette pièce significatives lourde de sens, l’exposition propose un petit film pris récemment lors d’une fête qui s’est déroulée à l’atelier même de l’artiste où se trouve des répliques des mêmes « tombes fictives ». 

Cependant, malgré la situation glaçante, la vie continue, les gens passent, découvrent cette œuvre exposée et réagissent à leur gré. Dans cette salle où la mort et la vie se côtoient et où la mémoire nourrit le quotidien, l’art triomphe, il s’agit d’un morceau de l’histoire qu’Arnaud Cohen rend plus concret grâce à l’expression artistique. A la fois expérimentale mais aussi ludique, Dansez sur moi est une œuvre où il n’y a que les tombes qui sont fausses !

© Arnaud Cohen

A noter que cette exposition a déjà été présentée l’année dernière au Rosa Luxemburg Platz Kunstverein de Berlin

Pour plus d’information sur l’artiste, voir: ici.

Les photos: « Dansez sur moi » © Arnaud Cohen