Le chai des Hauts de Talmont, un petit exploit signé Christian Biecher

© Luc Boegly

Un exploit! Oui, car l’ensemble de la commune est classé « site patrimonial remarquable », le lieu est exceptionnel et les recours ont duré plusieurs années. Malgré tout, l’histoire est belle, l’aventure est inhabituelle et le résultat prometteur. Le chai des Hauts de Talmont réalisé par l’architecte Christian Biecher écrit le nouveau chapitre d’une nouvelle entreprise.

Le vignoble Les Hauts de Talmont est situé à Talmont-sur-Gironde sur les falaises de l’estuaire de la Gironde. Un lieu stratégique avec une vue splendide vers le large. Sur ces terres aux diverses vertus, les trois fondateurs du domaine ont souhaité la création d’un vignoble pour y planter le cépage blanc local ainsi que le colombard, dont la première vendange remonte à 2005.

L’idée séduit, la plantation trouve du succès et de fil en aiguille, d’autres acquisitions se succèdent. Ainsi, le vignoble s’agrandit. Il accueille la plantation d’un cépage rouge, le merlot, qui couvre aujourd’hui la moitié du vignoble de six hectares. C’est dans cet environnement authentique que l’architecte Christian Biecher a été mandaté pour construire un chai. Mais comment faire pour ne pas écorcher ne serait-ce qu’un peu ce lieu splendide? Une question à laquelle l’homme de l’art a répondu avec brio. Et pour cause, le projet architectural a été traité dans sa globalité en gardant une certaine harmonie entre l’idée d’une production qui se déroule selon les règles de la biodynamie et une construction qui vient s’immiscer délicatement pour n’en faire qu’un avec la nature environnante.

Fort de cette conviction, Christian Biecher a choisi de conserver la maison charentaise du XIXe siècle, présente sur la parcelle, de la rénover et d’y loger une partie du programme tout en dotant le site d’un nouveau bâtiment. Ce dernier, devrait selon l’architecte, prendre en compte toutes les caractéristiques du terrain mais aussi les différentes attentes des propriétaires des lieux pour pouvoir s’implanter avec tact dans cet environnement complexe.

Dans sa quête de lieu idéal, l’architecte s’est basé sur diverses mesures effectuées par un géobiologue. Ce dernier, a rendu son verdict, après l’observation des végétaux, la recherche de failles ou de ruptures géologiques ou encore l’identification des veines d’eau souterraines et les champs magnétiques qui en découlent, nous raconte Christian Biecher. Grâce à cette minutieuse étude, l’implantation du bâtiment a été réalisée de sorte qu’il règne une belle harmonie sur le site.  

Le programme est pourtant simple, il s’agit de faire cohabiter une salle de réception et de pressage du raisin, une cuverie constituée de cuves de vinification en inox de 100 hl et 2 gardes vin de 45 hl, un laboratoire et un espace de dégustation. N’oublions pas la cave et ses 80 fûts en chêne, que l’architecte a implantée au sous-sol. Quant aux différents espaces dédiés au stockage, les bureaux et le chai à cognac, ils sont regroupés dans la maison charentaise voisine, restaurée et mise en valeur. Une rénovation minutieuse qui respecte l’ancien en lui ajoutant quelques touches de nouveauté. Donnons l’exemple de la teinte bleue utilisée pour les portes et fenêtres, qui se rapproche de la couleur d’origine sans être la même. Des détails qui mettent en avant l’édifice historique tout en gardant son âme.

La nouvelle construction est constituée d’un long volume, à plusieurs facette, merveilleusement implanté sur la parcelle. Pour coiffer son édifice, l’architecte a choisi une toiture qui change de forme selon l’angle de vue. Et même si à première vue le toit paraît complexe, sa lecture dans son ensemble explique une extrême cohérence. Et en conséquence, le chai paraît suivant notre regard, tantôt compact, tantôt allongé.

Le matériau privilégié est le bois, propice, suivant l’architecte à la culture du vin. L’ensemble est revêtu d’un bardage en acier laqué et posé sur une infrastructure en maçonnerie. Dans cet environnement complexe et très réglementé, le nouvel édifice, aux traits aussi sobres qu’atypiques non seulement rend hommage au contexte mais aide à perpétuer une ancienne culture ancrée dans sa région.

«C’est un édifice ouvert aux autres, conçu pour accueillir toutes celles et ceux qui le souhaitent, dans un esprit de partage autour du travail du vin, dans l’espace prévu à cet effet.» Conclue Christian Biecher.

© Luc Boegly
© Luc Boegly
© Luc Boegly
© Luc Boegly

Le site de Christian Biecher: ici.

Les photos: © Luc Boegly