De ruine en refuge

Située à Ourém, la maison réalisée par Filipe Saraiva est née de la transformation d’une ruine qui marquait le paysage depuis des décennies. Son nom évoque les merles qui ont donné l’identité à l’ancien village, une référence qui se retrouve dans des détails tels que la sculpture au-dessus de l’entrée et les peintures décoratives qui rendent hommage à ces oiseaux.
Construite sur une structure préexistante, la « Casinha da Melroeira », reprend le même langage volumétrique que la « Casa da Melroeira », implantée sur la parcelle voisine. Les deux maisons sont liées par leur forme pentagonale, toutefois, leur échelle et leur rapport au contexte est diffèrent, du fait de leur interaction avec l’environnement immédiat. La conception de cette habitation fut unique grâce à la connaissance approfondie du lieu et à l’image persistante de la ruine qui faisait partie intégrante du paysage de la Casa da Melroeira, la maison de l’architecte. La charge symbolique de la ruine était toujours associée à l’ancienneté de la construction, mais surtout à l’aire de battage qui se trouvait autrefois devant la maison, près de la voie publique. C’est cet élément qui a défini le point de départ de la conception de la Casinha : une maison qui se développe autour de ce centre, vers lequel s’orientent les espaces principaux – chambres et séjour.
Sur le plan volumétrique, les limites de la structure préexistante ont été respectées. Compte tenu de la superficie réduite du terrain, des vides creusés dans le volume ont permis la création d’espaces extérieurs variés, en harmonie avec les espaces intérieurs. Ces vides n’ont pas été délibérément découpés perpendiculairement aux murs extérieurs. Leur orientation a été déterminée par la recherche de différents angles de lumière naturelle, permettant ainsi aux espaces intérieurs de bénéficier d’atmosphères variées au fil de la journée. De plus, le positionnement de certaines ouvertures, notamment dans le bureau et la salle de bains du deuxième étage, est stratégiquement orienté vers le château d’Ourém, offrant une vue encadrée aux observateurs situés à l’intérieur. Puisqu’il n’y avait pas de client final pour lequel la maison avait été conçue, le défi s’est porté sur l’objet lui-même : préserver la mémoire et la présence de la maison dans son contexte, tout en explorant le rapport entre le corps et la vie familiale dans un espace compact, sans compromettre la qualité des circulations spatiales ni le confort de chaque espace. Les circonstances ont permis au projet de devenir un exercice expérimental, non seulement en termes de conception, avec des détails exprimés dans la ferronnerie extérieure (boîte aux lettres, balustrades, gargouilles, cheminée, voire le bûcher), mais aussi dans les solutions techniques et de construction qui ont permis d’assurer la continuité du volume entre les murs et le toit.
« Quand on pense à la maison, on l’associe inévitablement à un sentiment de refuge et à un espace qui contribue émotionnellement à notre bien-être. » Souligne l’architecte. Dès l’entrée dans la maisonnée, la présence immédiate d’un plafond à double hauteur – tirant parti de la forme pentagonale du volume – crée une expérience spatiale qui procure une grande sensation d’ouverture, accentuée par la profondeur et la hauteur. Cet espace mène ensuite à d’autres interstices qui adoptent une échelle plus intime, enveloppant ses habitants. À l’intérieur, la maison s’épanouit grâce à cette diversité spatiale, cependant, les objets qui la composent jouent un rôle important. L’architecte nous raconte que plusieurs meubles ont été chinés, des éléments naturels ont été utilisés comme éléments décoratifs et des objets artisanaux ont été créés par l’architecte lui-même. Parmi ces éléments figurent la sculpture de merle noir placée dans la niche au-dessus de l’entrée – un clin d’œil au village de Melroeira, ainsi nommé en raison de l’abondance de merles noirs dans la région –, les différentes peintures représentant des merles noirs ou des vues de la maison, la lampe artisanale de la mezzanine et le luminaire de salle à manger recyclé. Ces éléments coexistent harmonieusement avec des objets décoratifs simples, disponibles dans le commerce, et même avec la chaise Shell de Hans Wegner, également chinée. Cet équilibre entre mémoire, solutions techniques innovantes, recyclage et réutilisation de certains éléments confère à la maison non seulement une atmosphère chaleureuse et accueillante, mais aussi un fort sentiment de durabilité.







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