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En Espagne, Anna & Eugeni Bach reconvertissent une ancienne chocolaterie

© Eugeni Bach

C’est à La Bisbal d’Empordà, une commune située dans la province de Gérone que se trouve le projet. Il s’agit d’une ancienne chocolaterie, d’une surface de 550m², que les architectes ont remanié avec tact pour obtenir une chaleureuse maison aux traits fin et lignes élégantes.

Une typologie curieuse et un espace unique

L’ensemble se trouve dans le centre urbain de la petite ville de La Bisbal, faisant partie d’un pâté de maisons datant de la fin du XIXe siècle qui suit deux des principales routes menant à la vieille ville. Le projet consiste en un petit entrepôt, une ancienne chocolaterie, avec une typologie très curieuse, qui propose un espace unique.

Les architectes nous racontent qu’il s’agit d’une structure à trois étages avec une façade en pierre, chaque étage étant réalisé selon une technique différente. Tandis que le rez-de-chaussée est composé de poutres métalliques supportant une voûte catalane, le premier étage est composé d’une structure principale de poutres métalliques avec une charpente en bois d’une grande beauté. Quant au toit, il est constitué de gros rondins supportant une mince dalle de briques finie avec un toit en tuiles de céramique. Un ensemble caractéristique que les architectes ont su minutieusement manié pour un résultat enchanteur.

Le projet convertit ce qui était initialement un espace industriel, en un studio et un logement pour une famille qui valorise le caractère du bâtiment d’origine. « Le projet propose donc une solution qui permet de profiter des espaces diaphanes d’origine, tout en introduisant de petites modifications et des solutions qui permettent de voir les trois plafonds, malgré la nouvelle répartition spatiale qui nécessite des espaces plus petits. » Déclarent les architectes.

Des utilisations multiples et flexibles

L’escalier d’origine est conservé et un nouvel escalier est ajouté à l’extrémité opposée du bâtiment, ce qui permet des utilisations multiples et flexibles des espaces communs et des différentes pièces. De cette façon, les membres de la famille peuvent profiter de la maison avec un bon niveau d’intimité et d’autonomie.

Compte tenu du fantastique climat méditerranéen de l’Ampurdà, les espaces extérieurs sont adaptés à la nouvelle utilisation, avec une petite piscine au centre du patio entourée par le salon du rez-de-chaussée, le nouveau porche, la cuisine, la salle à manger mais aussi le premier étage terrasse. Un nouvel escalier extérieur est placé sur le porche permettant de faire écho à la flexibilité trouvée à l’intérieur dans l’utilisation des espaces extérieurs.

Avec l’intervention d’Anna & Eugeni Bach, l’ancienne chocolaterie continue à vivre et change de destination pour faire le bonheur de toute une famille ! Une réalisation remarquable que les architectes ont réalisé avec une grande habileté.

© Eugeni Bach
© Eugeni Bach
© Eugeni Bach
© Eugeni Bach

Le site de l’agence Anna & Eugeni Bach  : ici.

Instagram: @eugenibach et @anna_k_bach

Twitter: @AnnaEugeniBach

Les photos : © Eugeni Bach

En Espagne, Zooco Estudio réalise un projet aux lignes pures

© Zooco Estudio
© Zooco Estudio

En Espagne, à l’est de Santander, dans la commune de Güemes, l’agence d’architecture Zooco Estudio basée à Madrid et à Santander, vient de terminer une charmante réhabilitation. Il s’agit d’un ancien étable que les architectes ont reconverti en une maison familiale élégante et aux lignes pures.

Simple et sans prétention

Les architectes nous racontent que le bâtiment existant reproduisait fidèlement le système de construction local. A la fois simple et sans prétention, il était composé de murs en pierre soutenant un toit à pignon en bois avec des tuiles. « La nature de cette intervention architecturale est basée sur un respect absolu envers ce qui existe déjà; respect non seulement envers les matériaux traditionnels utilisés mais aussi envers le type d’espace créé à l’intérieur. » Déclare ainsi les architectes.

Les espaces principaux de la maison sont développés comme une seule unité dans le grand espace central comprenant l’ancienne étable. La nouvelle disposition garde le même cadre neutre et global . Les architectes nous apprennent que seule la chambre principale, cachée derrière une étagère, est séparée de l’espace général. Une deuxième chambre, accessible par l’escalier extérieur du passage d’origine à l’entrée du bâtiment, est située au-dessus de la principale, afin de compléter la hauteur du bâtiment annexe. Pour renforcer cette idée d’un plan d’étage ouvert, une pièce de stockage est intégrée dans le périmètre de l’espace, libérant de l’espace intérieur et mettant en valeur le toit en bois traditionnel.

Les seules modifications partielles de l’architecture existante sont celles apportées aux façades. Les ouvertures existantes ont été agrandies sur les façades orientées à l’est et à l’ouest, avec l’idée d’incorporer la nature et les vues sur les montagnes cantabriques, à l’intérieur de la réalisation. Quant aux façades orientées nord et sud, elles étaient en mauvais état et ont été complètement ouvertes.

Bois, pierre et béton

Une autre caractéristique notable de la maison est son système d’intimité composé de persiennes coulissantes sur la façade orientée sud, donnant aux utilisateurs des lieux une totale liberté de communiquer avec l’extérieur. L’extension a été conçue dans une perspective plus rationnelle. Sa forme en L et sa position sur le site, presque en contact avec le bâtiment existant mais sans le toucher, ont facilité la création d’un espace ouvert entre les bâtiments. C’est là que se trouve la piscine où les meilleures vues du site peuvent être admirées.

Le nouveau volume comprend l’hébergement pour les invités, une salle de réunion, un sauna et un porche de transition placé à côté de la piscine. En ce qui concerne les matériaux, l’intervention a adopté le style existant. Les bois locaux, la pierre de la région, les façades blanches et les carreaux forment ensemble l’esthétique de l’unité. Le béton et la structure métallique offrent un contrepoint contemporain à cet exemple exceptionnel d’architecture traditionnelle cantabrique. Les architectes de Zooco Estudio ont accompli un travail exemplaire qui a donné un résultat enchanteur !

© Zooco Estudio
© Zooco Estudio
© Zooco Estudio
© Zooco Estudio
© Zooco Estudio
© Zooco Estudio
© Zooco Estudio
© Zooco Estudio

Le site de Zooco Estudio : ici.

Les photos : © Zooco Estudio 

A Bahreïn, un édifice épuré qui abrite les archives architecturales

© Dylan Perrenoud
© Dylan Perrenoud

La maison du patrimoine architectural (House of Architectural Heritage) est un centre qui abrite la collection d’archives de croquis et de dessins de l’architecte John Yarwood, ainsi qu’un espace d’exposition dédié à l’architecture. L’ensemble, réalisé avec tact par les architectes Noura Al Sayeh et Leopold Banchini affiche une belle allure.

Un riche patrimoine architectural

Les architectes nous racontent que John Yarwood a résidé dans la ville de Muharraq entre 1983 et 1985, alors qu’il était à la tête du département de rénovation urbaine au ministère du logement et il est tombé amoureux de la ville. Son affection pour l’exploration et la documentation a trouvé une excellente opportunité dans le riche patrimoine architectural qu’il a côtoyé. Aujourd’hui, ses croquis et dessins ainsi que ses photographies restent l’une des sources les plus importantes de documentation sur le patrimoine architectural de Muharraq dont malheureusement beaucoup a été détruit depuis les années 1980.

Le projet est conçu comme une structure de poutres qui vient encadrer les murs existants des deux bâtiments voisins servant de vitrine au patrimoine architectural de la ville. Les façades intérieures en verre peuvent être complètement s’ouvrir vers le voisinage.

Les architectes soulignent que les documents d’archives de John Yarwood sont exposés et stockés sur une mezzanine à côté d’une petite bibliothèque d’architecture, à la hauteur de la poutre en béton protégée de la lumière directe du soleil. Les deux façades principales contiennent deux portes coulissantes qui peuvent être levées à la hauteur de la poutre, ouvrant complètement l’espace d’exposition aux rues et transformant le bâtiment en passage public.

Le projet a été commandé par le Shaikh Ebrahim Center for Culture & Research, une ONG créée en 2002 à Muharraq Bahreïn par la Shaikha Mai bint Mohammed Al Khalifa. Le centre a été à l’avant-garde de la conservation des maisons traditionnelles à Muharraq en particulier et à Bahreïn en général, et a rénové, à ce jour et conservé plus de 15 bâtiments traditionnels.

Une bande de terre étroite et vide

Le projet est né du désir de construire une maison permanente pour les archives de John Yarwood, un architecte qui avait vécu à Muharraq dans les années 1980 et avait largement documenté et arpenté son patrimoine architectural. Le terrain identifié pour le projet était une bande de terre étroite et vide, adjacent à la maison Abdullah Al Zayed pour le patrimoine de la presse, un autre bâtiment qui avait été restauré auparavant.

Le centre avait initialement pensé reconstruire une maison de manière traditionnelle mais après une conversation fortuite avec les architectes (Noura Al Sayeh Holtrop et Leopold Banchini), il a été convenu que pour une maison qui devait montrer et représenter le patrimoine architectural de Muharraq, il serait mieux adapté de construire un projet qui le représenterait par son expression architecturale contemporaine et non par une reconstruction de l’ancien avec des matériaux modernes.

Néanmoins, le programme est simple, il s’agit d’héberger les archives de John Yarwood, d’y rajouter une petite bibliothèque qui présente l’architecture de Muharraq et de lui indexer un petit espace d’exposition. Le projet a été mis en œuvre conformément au premier croquis initial et aux dessins de développement ultérieurs, et est activement utilisé comme espace d’exposition pour l’architecture dans la ville. À ce jour, il a accueilli trois expositions différentes depuis son ouverture il y a plus d’un an. L’exposition inaugurale comportait des croquis de John Yarwood de maisons qui avaient depuis été démolies.

Le bâtiment est construit en béton armé, avec une poutre qui couvre la largeur de 26m reliant les deux côtés de la rue. Le béton armé est juxtaposé aux autres matériaux de construction de la ville, la pierre de corail, les gravats de pierre de corail, les blocs de construction qui sont également laissés à l’état brut. Les murs existants ont été peints dans une fine couche de chaux qui unit les différents murs existants des bâtiments adjacents dans une couleur similaire tout en conservant l’expression matérielle différente de chacun, créant un espace cohérent à l’intérieur du bâtiment.

Un intervalle silencieux ouvert sur la ville

La structure en béton est isolée thermiquement, tandis que l’espace interne est protégé de la lumière directe du soleil, ce qui réduit considérablement le besoin de refroidissement. Pendant les mois les plus chauds, les portes pliantes sont maintenues fermées et le bâtiment est isolé thermiquement du climat chaud. Pendant les mois les plus froids, les fenêtres restent ouvertes et le bâtiment peut donc être naturellement ventilé de manière transversale.

La façade intérieure en verre pliable du bâtiment a été réalisée localement par un petit atelier d’acier qui a soudé manuellement toute la charpente métallique. Le rythme de ces petites fenêtres pliables fait un clin d’œil aux divers bâtiments traditionnels en pierre de corail de la ville. Le projet aborde à travers sa conception architecturale les défis de la création d’espaces d’exposition et culturels qui détiennent une approche plus participative des communautés locales.

En proposant un espace totalement ouvert sur la rue, le projet tente de proposer une nouvelle typologie d’exposition plus inclusive. En s’insérant soigneusement dans un tissu urbain serré et en conservant l’existant, le projet crée un bel intervalle silencieux ouvert sur la ville. En tant que l’un des seuls espaces dédiés d’exposition et de débat autour de l’architecture, le projet a été très bien accueilli et visité à la fois par la communauté locale et les praticiens et étudiants en architecture locaux et régionaux. Les architectes ont également participé à la programmation des expositions et des conférences et ont été reconnaissants d’avoir eu la possibilité de programmer l’espace de la manière dont il devait être utilisé.

A Bahreïn, la maison du patrimoine architectural (House of Architectural Heritage) est un nouveau rendez-vous avec la culture !

© Dylan Perrenoud
© Dylan Perrenoud
© Dylan Perrenoud
© Dylan Perrenoud
© Dylan Perrenoud
© Dylan Perrenoud
© Dylan Perrenoud

Le site de Leopold Banchini Architects: ici. L’agence est également présente sur Instagram: leopoldbanchini

Les photos: © Dylan Perrenoud

A Paris, Vincent Eschalier redonne vie à un ancien hôtel particulier

© Axel Dahl

Situé dans XVIe arrondissement parisien, l’édifice vieillissant qui jouit d’un cadre privilégié, vient de subir un remaniement important. Grâce au Studio Vincent Eschalier, l’ensemble entame une nouvelle vie.

Une réhabilitation minutieuse

Après des travaux importants qui ont duré moins d’une année, l’agence d’architecture dirigée par Vincent Eschalier vient de livrer un élégant projet. Il s’agit d’un hôtel particulier de XVIe arrondissement de Paris, qui vient de subir une minutieuse réhabilitation. Le résultat est tout simplement charmant.

Avec le temps, l’édifice ancien était devenu délabré. Il fallait donc une intervention majeure surtout à l’intérieur du bâtiment dont l’état initial était dégradé. Fidèle à sa renommée, l’architecte procède à un important curage des lieux et retrouve ainsi la lisibilité des espaces. Des gestes devenus habituels pour l’homme de l’art qui manie l’ensemble avec adresse. Les nouveaux volumes sont désormais lumineux et adaptés aux divers aménagements des bureaux qu’ils vont accueillir.

L’architecte a opté pour le plafond brut qui laisse deviner les matières utilisées, où l’inox et le béton apportent un esprit industriel. Des matériaux qui contrastent sensiblement avec le parquet et les peintures blanches mais dont le croisement se passe sans heurt bien au contraire, l’ensemble crée un atmosphère élégant qui réinterprète le bureau contemporain. Afin de laisser une visibilité complète sur l’ensemble des plateaux, le cloisonnement se veut minimaliste et sans obstacle visuel. Par ailleurs, un doux jeu de lumière et de reflets se créé avec les vitres et l’inox.

De même, l’ensemble, résolument contemporain entame un dialogue d’un nouveau genre avec la façade historique du bâtiment. « Nichée dans le dôme visible depuis la façade, seule une pièce, la mieux conservée, est gardée en héritage de l’histoire du bâtiment. Le parquet y est restauré et les moulures valorisées par un éclairage intégré dans la corniche. » Nous raconte l’architecte.

L’évolutivité

Soucieux de tout ce qui touche de près ou de loin à la durabilité, l’architecte a fait le choix de l’évolutivité. Ainsi, le bâtiment, destiné à accueillir une société financière, peut être modulable en cloison ou en open-space. Même les éléments techniques sont pensés pour pouvoir suivre, à l’avenir, l’évolution des lieux. Par ailleurs, les circulations verticales sont repensées pour faciliter les divers flux au sein de l’édifice.

Les ouvertures sont refaites à l’identique et les ferronneries sont conservées. Concernant la création de plusieurs ouvertures sur l’une des façades historiques, un échange constructif a été établi avec les architectes des bâtiments de France. La cour privative a été aménagée par un paysagiste. Les intérieurs sont épurés, les différents détails sont soignés. Vincent Eschalier démontre encore une fois sa maîtrise pour de tels projets.

© Axel Dahl
© Axel Dahl
© Axel Dahl
© Axel Dahl

Le site de Vincent Eschalier: ici.

Les photos: © Axel Dahl

Du Musée des Beaux-Arts en bibliothèque

© Maxime Delvaux

A Dunkerque, les architectes de l’agence D’HOUNDT+BAJART architectes&associés viennent de terminer la réalisation d’un lieu culturel atypique qui vient prendre place dans l’ancien bâtiment du musée des beaux-Arts. Ce dernier ayant subi une restructuration complexe.

Un programme conséquent

Baptisée B!B, il s’agit d’un équipement culturel au programme conséquent où cohabitent une bibliothèque, un café, une boutique, un auditorium ainsi qu’une salle d’exposition, le tout savamment organise, minutieusement agencé et délicatement développé par l’agence d’architecture D’HOUNDT+BAJART.

A Dunkerque, l’ancien musée des Beaux-Arts est une institution. En effet, la volumétrie épurée et grandiose, les façades aveugles en marbre blanc, l’entrée, tout démontre d’un potentiel non-négligeable que les architectes ont manipulé avec tact.

« Notre première intervention a consisté à réactiver le potentiel important de ce bâtiment. » Racontent les architectes qui, ont démoli les constructions annexes, construites au fil du temps autour de l’édifice, pour libérer le volume principal. De même, ils ont définis de larges ouvertures, apportant la lumière naturelle dans la profondeur du bâtiment.

« Le programme de la nouvelle médiathèque correspond à la demande de la population de créer une bibliothèque qui ne ressemble pas à une bibliothèque. Il s’agissait de bousculer les codes, de faciliter l’accès, de faire de la bibliothèque un équipement du quotidien. » Soulignent les architectes. De ce fait, l’arrivée s’effectue par le café, rendant l’ensemble plus accessible et ouvert à tous. Dès l’entrée, le visiteur arrive dans un espace généreux et lumineux où un énorme gradin l’invite à traverser l’espace. Ce gradin ne correspond pas à une lubie decorative mais bien au contraire, il répond à plusieurs usages, les gens peuvent s’y poser pour lire, se détendre, contempler le parc, ou tout simplement rejoindre l’étage.

Une intervention délicate

Selon les architectes : « Héritée des 30 glorieuses, la structure originale du bâtiment résulte d’un geste à la fois radical et conquérant. Elle imposait une certaine exigence dans la mise en œuvre de son réaménagement, dont la qualité passait forcément par l’artisanat et des savoir-faire qui tendent à disparaître. Les plafonds en plâtre aux arrondis sensuels, les tablettes et bibliothèques en bois, le capitonnage des alcôves creusées dans les murs et d’une partie des parois de l’auditorium… » D’où, une intervention délicate aux solutions sur-mesure. Nous pouvons constater plusieurs clin d’œil aux divers éléments architecturaux encore présents dans le bâtiment d’origine. Citons entre autres les rayonnages des livres qui reprennent le motif de claustra de l’escalier extérieur. Un moyen de rapprocher l’histoire et le présent tout en innovant par petites touches et  respectant l’existant.

L’architecture d’intérieur a été conçue d’une manière subtile qui présente l’ensemble comme une multitude de destinations à découvrir. « Au sein d’un même paysage intérieur, nous avons disposé une diversité d’agencements destinés à encourager les différentes attitudes des visiteurs de médiathèque. »

Le sol est recouvert d’une moquette imprimée aux teintes douces rappelant des couleurs du paysage et apportant un peu de fraicheur à la blancheur immaculée qui y règne mais pas que, en effet, cette impression correspond à un dessin qui s’étend sur toute la surface du bâtiment, dans un improbable camaïeu vert et rose, une bizarrerie qui appartient à la nature et que l’on peut situer, selon les architectes, entre la Hollande et le Vietnam.

Dans leur geste, les architectes évoquent le voyage. Il s’agit, en effet, d’une excursion d’un autre genre qui guide le visiteur tout en lui garantissant un univers singulier agrémenté de belles découvertes. Avec l’intervention des architectes D’HOUNDT+BAJART, l’ancien bâtiment du musée des Beaux-Arts de Dunkerque a subi une belle mutation!  

© Maxime Delvaux
© Maxime Delvaux
© Maxime Delvaux
© Philippe Braquenier
© Philippe Braquenier

Le site de l’agence D’HOUNDT+BAJART: ici.

Les photos: © Maxime Delvaux – Philippe Braquenier

Sous la piste de ski, un incinérateur…

© Rasmus Hjortshoj

C’est la centrale de production de déchets en énergie la plus propre au monde. Elle se trouve à CopenHill, au Danemark et c’est l’agence d’architecture BIG (Bjarke Ingles Group) qui l’a réalisée. Le monolithe qui représente la nouvelle génération d’usines participe à l’objectif de Copenhague de devenir la première ville neutre en carbone du monde d’ici 2025.

Vers un monument architectural

CopenHill, également connue sous le nom d’Amager Bakke, est une usine de valorisation énergétique des déchets de 41 000 m² dotée d’un centre de loisirs urbain et d’un pôle d’éducation à l’environnement, transformant l’infrastructure sociale en un monument architectural.

« Il n’y a aucune colline ou montagne au Danemark, nous avons donc eu l’idée de créer une montagne artificielle pour le ski. » explique Bjarke Ingels, le 3 Octobre 2019 lors de la conférence de presse.

La station de ski de BIG, qui vient d’ouvrir ses portes, a remporté la compétition internationale en 2011. En tant que plus grande initiative de lutte contre les déchets au Danemark, le maire de Copenhague, Frank Jensen, a présidé la première course sur les pistes. CopenHill est inauguré avant le sommet des maires qui se déroulera à Copenhague cette année, il s’agit d’un rassemblement historique de 96 villes membres engagées dans diverses actions audacieuses contre le changement climatique.

« Nous sommes très fiers d’avoir construit l’usine de valorisation énergétique des déchets la plus éconergétique au monde. En même temps, l’usine offre les meilleures performances environnementales sans pratiquement aucune émission, ce qui nous permet d’avoir des voisins à seulement 200 mètres et d’être situés à moins de 2 km de la résidence Queen’s. Enfin, nous avons réussi à construire la centrale de valorisation énergétique des déchets la plus sûre, afin que les citoyens et les visiteurs du monde entier puissent skier sur le toit. » a déclaré Jacob Simonsen, le directeur général d’ARC (Amager Ressourcecenter).

Du fait de son emplacement sur le front de mer industriel d’Amager, les différentes installations industrielles brutes sont devenues le lieu de prédilection pour les sports extrêmes allant du wakeboard au karting. La nouvelle centrale électrique se dote d’une piste de ski, de la randonnée et de l’escalade , de quoi aiguiser la curiosité des amateurs de sensations fortes.

« CopenHill est une expression architecturale avérée de quelque chose qui, autrement, serait resté invisible: il s’agit de la centrale de valorisation énergétique des déchets la plus propre au monde. En tant que centrale électrique, CopenHill est tellement propre que nous avons pu transformer sa masse de bâtiment en un socle pour la vie sociale de la ville, ainsi, sa façade est grimpable, son toit est aménagé et ses pentes sont skiables. Un exemple clair de la durabilité hédoniste. Une ville durable est non seulement meilleur pour l’environnement, mais également plus agréable pour la vie de ses citoyens. » A souligné Bjarke Ingels, fondateur et directeur de la création de BIG.

La relation entre le bâtiment et la ville

Les volumes internes de la centrale sont déterminés par le positionnement et l’organisation de ses machines, ce qui crée un toit efficace et en pente, adapté à un terrain de ski de 9 000 m². Au sommet, les experts peuvent glisser sur la piste de ski artificielle, tester le parc de freestyle ou essayer le parcours de slalom chronométré, pendant que les débutants et les enfants s’entraînent sur les pentes les plus basses. Les skieurs montent dans le parc depuis la plate-forme de levage, par des tapis ou des ascenseurs en verre pour avoir un aperçu permanent du fonctionnement de l’usine de traitement des déchets.

« Nous voulions faire plus qu’une simple création d’une belle peau autour de l’usine. Nous voulions ajouter des fonctionnalités! Au lieu de considérer l’Amager Ressourcecenter (ARC) comme un objet isolé, nous mobilisons l’architecture et nous intensifions la relation entre le bâtiment et la ville, en étendant les activités existantes dans la région en transformant le toit du nouvel ARC en piste de ski ouvert à tous. En proposant une nouvelle génération d’usines de valorisation énergétique des déchets, économiquement, écologiquement et socialement durable, l’installation devient une partie intégrante de la ville et redéfinit la relation entre la production et les loisirs, entre l’infrastructure énergétique et l’infrastructure sociale, entre l’usine et la ville. » A déclaré David Zahle, l’associé de BIG.

Dans le pays plat qu’est le Danemark, les amateurs de loisirs et les visiteurs flaireront la montagne. Quant au non-skieurs, ils peuvent profiter du bar sur le toit, de la zone de cross-fit, du mur d’escalade ou du plus haut plateau d’observation de la ville avant de descendre le sentier de randonnée et de course de 490 m bordé d’arbres dans un terrain montagneux luxuriant conçu par Danish Landscape Architects SLA. Pendant ce temps, le toit vert de 10 000 absorbe la chaleur, en éliminant les particules d’air et en minimisant le ruissellement des eaux pluviales.

Selon les spécialistes, sous les pentes, les générateurs d’air chaud, la vapeur et les turbines convertissent chaque année 440 000 tonnes de déchets en énergie propre et suffisante pour fournir de l’électricité et le chauffage urbain à 150 000 foyers. La nécessité pour la centrale de s’acquitter de cette tâche, des puits de ventilation aux prises d’air, contribue à créer la topographie variée d’une montagne. L’équipe de l’ARC occupe dix étages d’espaces administratifs, dont un centre de formation de 600 m2 pour des visites académiques, des ateliers et des conférences sur la durabilité.

Textures et records

Plutôt que de considérer l’ARC comme un objet architectural isolé, l’enveloppe du bâtiment est conçue comme une opportunité pour le contexte local tout en formant une destination et une réflexion sur la vision progressive de l’entreprise. La façade continue de Copenhill est composée de briques d’aluminium de 1,2 m de hauteur et de 3,3 m de largeur, superposées comme de gigantesques briques. Entre les deux, les fenêtres vitrées permettent à la lumière du jour de pénétrer à l’intérieur de l’installation, tandis que les grandes ouvertures de la façade sud-ouest éclairent les postes de travail des étages administratifs. Un mur d’escalade de 85 m est installé sur la plus longue façade verticale. Il s’agit du plus haut mur artificiel d’escalade au monde, permettant ainsi de battre de nouveaux records avec des vues à l’intérieur de l’usine.

« CopenHill est pour moi un parfait exemple de la puissance mondiale de l’architecture en mutation. Que nous ayons le pouvoir de donner forme à l’avenir dans lequel nous voulons vivre. Mon fils ne se souviendra plus jamais qu’il fut un temps où on ne pouvait pas skier sur le toit de la centrale ou escalader ses façades. Il prendra cela pour acquis et toute sa génération le sera aussi. L’énergie propre et les centrales électriques skiables vont devenir la base de leur imagination, la plate-forme à partir de laquelle ils vont sauter et proposer des idées nouvelles pour leur avenir. Me tenir au sommet de cette montagne créée par l’homme que nous avons passé à créer depuis une décennie, me rend curieux et excité de voir quelles idées ce sommet pourrait susciter dans l’esprit des générations futures. » Déclare Bjarke Ingels tout sourire.

Au bas de la piste de ski, un bar de 600 m² accueille les habitants et les visiteurs qui souhaitent se détendre une fois les chaussures enlevées. L’incinérateur d’autrefois est devenu aujourd’hui la nouvelle destination récréative destinée aux familles. Un projet économiquement, écologiquement et socialement exemplaire.

© Aldo Amoretti
© Soren Aagaard
© Dragoer Luftfoto

Le site de BIG : ici.