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Vers une (r)évolution appelée vi(ll)e en container

Container City 2

‘Ecologiques, économiques, recyclables et modulables’, selon leurs concepteurs, ces récipients à bas coûts (par essence), facilement transportables et assemblables, résistants aux intempéries, font leur chemin dans la conception même de nos villes. Un nouveau type d’habitat efficient et avantageux ou un effet de mode séducteur et branché ?

Monde

Tout a commencé un jour à l’initiative d’Eric Raynolds, qui se trouve être à la tête de l’entreprise anglaise Urban Space Management (USM), connue depuis 1971 pour ses interventions sur les quartiers en mutation. USM investit, conseille et gère, travaillant soit avec l’Etat soit avec de nombreuses entreprises spécialisées dans le bâtiment. L’agence est notamment connue pour l’aménagement et le développement du Camden Lock Market, l’un des sites touristiques les plus connus et visités de Londres.

C’est en 2000 qu’USM, spécialisée dans les équipements collectifs, gagne dans le quartier des docks à Londres le concours d’aménagement d’un centre dédié aux artistes. Le concept ‘Container City 1’ est né.

L’idée était le recyclage et la récupération de containers maritimes et leur réutilisation sous forme d’unités d’habitation. Les aspects techniques déterminés, de l’isolation aux fenêtres en passant par la structure d’accueil et les réseaux, n’étaient pas insurmontables. Eric Raynolds a imaginé, puis construit, un quartier entier fabriqué de containers empilés selon plusieurs modes d’agencements.

Un succès inattendu ! Ce projet novateur a attiré l’attention et devint bientôt, tel le quartier BedZed*, l’un des exemples écologiques du pays. A tel point qu’une année plus tard, l’extension ‘Container City 2’ voyait le jour. Présentée comme une évolution de la première phase, ‘Container City 2’ disposait d’équipements supplémentaires permettant une meilleure accessibilité. Avec ses couleurs brillantes et son côté inédit, elle a fait l’unanimité. Un triomphe pour la société commerciale et un énorme privilège pour la ville.

Ce qui au départ était destiné à être des ateliers pour des artistes londoniens, avec la hausse des prix du loyer et la crise, rendant l’accessibilité encore plus difficile aux logements de coût modéré, est devenu un immeuble d’habitation adulé et un lieu branché de la capitale anglaise. Il y fait si bon vivre qu’une longue liste d’attente attend ceux qui souhaitent un jour y travailler, voire y vivre.

L’intérêt pour ce concept a bientôt dépassé les frontières. Depuis leur utilisation dans quelques projets dans les années 60, les containers revenaient sur le devant de la scène architecturale. Aujourd’hui, les containers participent à la pensée même du futur de l’habitat dans la ville. A l’exemple de nouveaux investisseurs.

Ailleurs en Europe 

Container City 1

En Hollande, la société néerlandaise Tempohousing a entreprit la construction d’un mini-village en containers dans le quartier de Bijlmermeer, au sud d’Amsterdam, afin de répondre aux nombreux problèmes de logements rencontrés par les étudiants.

Des immeubles de cinq étages abritent désormais 1.500 étudiants. Sur place, un supermarché, un café, un local à vélo le tout, bien sûr, issus du même métal, assurent le bonheur des habitants.

En 2004, la société hollandaise Holland Composites Industrials a pour sa part créé des logements, nommés ‘Spaceboxes’, à partir d’unités en matériaux composites selon un principe semblable à celui des containers. La ville de Delft en a installé 132 pour les étudiants étrangers, imitée peu après par l’université d’Utrecht qui en a monté 234. Malgré ses qualités économiques, sa facilité de transport et un temps de montage record, ce concept n’a pas eu l’écho planétaire de ‘Container-City’.

Dans le monde

Aux Etats-Unis, l’agence d’architecture LOT-EK, connue depuis sa création pour ses projets basés sur la récupération, a trouvé avec les containers un marché florissant et recherché. En écho à la crise, elle propose aujourd’hui des logements individuels qui répondent aux normes de confort trouvé dans n’importe quelle maison traditionnelle. L’agence a commercialisé le ‘Mobile Dwelling Unit (MDU), lointain cousin du ‘Silver Bullet’, qui permet d’avoir une maison facilement transférable et ceci n’importe où dans le monde.

A l’image économique et écologique s’ajoute ainsi celle de la mobilité de la ‘maison’, un atout peut-être non négligeable aujourd’hui.

Au Nigeria encore, un maître d’ouvrage a eu l’idée d’ajouter plusieurs étages en containers sur un socle d’un étage en béton ; un maillage mixte et pari réussi pour cet hôtel trois étoiles.

Logements étudiants Le Havre.

En France

En France, où demeure l’aspect patrimonial de la pierre, le développement de la maison Container est timide. Cela écrit, l’effet ‘Container City’ a réussi à percer sur le marché des logements étudiants. Bien qu’initialement conçu comme une réplique à des contraintes économiques d’urgence et malgré les polémiques afférentes, le programme de la ville du Havre, conçu par l’architecte Alberto Cattani, semble avoir séduit les étudiants, premiers bénéficiaires de ces programmes neufs. Le coût raisonnable et la taille – mieux les m² d’un container que ceux d’une chambre de bonne – ainsi sans doute que le confort et la fonctionnalité, n’y sont pas étrangers.

A tel point que d’autres villes en région parisienne pensent sérieusement à saisir l’occasion de construire ce type d’habitat. A Dunkerque, l’architecte Jérôme Soissons a même érigé une chapelle en containers. Idée incroyable soutenue par quelques fidèles sauf qu’elle a coûté 60.000 euros, une somme qui commence à s’éloigner de l’idée économique de l’utilisation des containers. Même si une chapelle à 60.000 euros…

L’abri temporaire d’artistes du début est devenu un concept architectural captivant. Aujourd’hui, ‘Container City’ offre une nouvelle image radieuse de l’habitat collectif. Récipients multicolores, solides et transportables ont fait leur preuve. Au moins ont-ils changé – Pour le meilleur ? Pour le Pire ? – le regard des gens.

Sipane Hoh

Les photos 1 et 2 :© cmglee

La photo 3 © Christophe Durand

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 30 mars 2011.

Tour Eiffel des mers, du pétrole et des idées

Concrete architectural associates

Immortelle, l’architecture ? A l’heure où de nombreuses villes choisissent de réhabiliter leurs friches sinon décident de densifier les quelques terrains vacants qui leur restent, d’autres imaginent de réutiliser d’improbables structures, des plates-formes pétrolières notamment. Appétence pour l’inusuel ou conviction ?

Monde |

Les plates-formes pétrolières sont une typologie propre au paysage maritime du XXe siècle. Construites en nombre, ces géants des mers n’ont plus raison d’être après plusieurs décennies d’exploitation. Leur démantèlement est non seulement coûteux mais il implique aussi de graves conséquences sur les milieux ambiants. Face à leur démontage obligatoire*, quelques architectes se sont penchés sur le bien-fondé d’une éventuelle réutilisation.

Des propositions fictives

Le concours d’architecture international Evolo témoigne de l’intérêt que suscitent ces imposantes structures. Les architectes malais Ku Yee Kee et Hor Sue-Wern ont, à ce sujet, présenté une vision, lauréate du premier prix du jury. Le projet propose de réhabiliter ces tours Eiffel des mers pour une utilisation profitable à l’homme.

Revitaliser ces plates-formes, les transformer en îlot d’habitations doté d’une capacité de résistance au changement climatique serait une solution non négligeable. Suivant ces études, la partie émergée devrait être consacrée à divers logements alors que la partie immergée serait dévolue à un centre d’études aquatiques abritant biologistes et scientifiques.

Une zone intermédiaire pourrait être consacrée à diverses activités. Les panneaux photovoltaïques positionnés sur le toit fourniraient l’énergie nécessaire. En somme, une île délaissée, rapidement colonisée pour une durée indéterminée.

Ailleurs, mais tout aussi fictif – et en réaction au nombre important de plateformes construites dans les années 70 dans le golfe du Mexique – l’agence américaine Morris Architects, basée à Houston, propose de spectaculaires transformations soit en gigantesque attraction touristique, soit en hôtel de luxe.

L’alimentation en énergie d’un tel projet serait rendue possible par une éolienne centrale et des panneaux photovoltaïques qui viendraient soutenir un système complètement autonome. La luxueuse résidence hôtelière utiliserait même les vagues via des générateurs. L’architecture, quant à elle, serait matérialisée par de nombreux containers empilés et acheminés jusqu’à la plate-forme.

Ces petites îles artificielles seraient capables d’amarrer des bateaux de croisière et d’accueillir des hommes d’affaires souhaitant donner un nouveau cadre à leurs réunions. Une proposition osée qui vise avant tout à changer le regard des hommes vis-à-vis de ces dinosaures métalliques qui incarnent à merveille l’industrie des énergies fossiles.

Concrete architectural associates

De la fiction à la réalité

En parallèle à ces utopies et à ces projets rêvés, qui trouveront peut-être un jour preneur, il existe aujourd’hui une solution réaliste contribuant à la requalification de tout un quartier.

Voilà la palpitante histoire d’une plate-forme à Amsterdam : construite en mer du Nord en 1964 dans les eaux internationales, cette imposante structure était destinée à accueillir une ‘radio pirate’. Pouvant émettre sans le contrôle des gouvernements voisins, elle est restée telle quelle jusqu’à l’adoption d’une nouvelle loi révisant les limites territoriales. Les Pays-Bas ont ainsi hérité de la plate-forme, devenue en 1975 l’île de REM. Utilisée à des fins scientifiques pour la compagnie nationale de l’eau, d’aucuns pouvaient y mesurer la température de la mer, la salinité de l’eau. D’autres fonctions sont venues s’ajouter les vingt années qui ont suivi.

Depuis, le promoteur Nick van Loon, en collaboration avec la société ‘De Principaal’, a acheté la structure et l’a faite parvenir jusqu’à Amsterdam. C’est dans les eaux de la rivière Ij – et à proximité immédiate d’un quartier en pleine expansion – que cette immense plate-forme a trouvé sa place.

Concrete architectural associates

Construite entièrement en acier, elle présente une très grande ressemblance avec les plates-formes pétrolières. Sa reconversion s’avère être un minutieux travail de démantèlement et de ré-assemblage, une opération qui a nécessité un formidable travail couplé à une abondante imagination.

L’ensemble comprend un restaurant de deux étages perché sur un niveau de bureaux. Au sommet, à 25 mètres de hauteur, une terrasse avec vue panoramique est ouverte au public. Une passerelle en acier a été rajoutée pour pouvoir rejoindre le bâtiment et des sorties de secours ont été aménagées dans la structure. Rouge et blanche, cette ile artificielle est devenue le symbole d’une réincarnation.

Alors que certains ne jurent qu’au nom de l’architecture éphémère, les Néerlandais apportent la preuve que, même caduque, une structure peut être pérenne.

Sipane Hoh

* Le démantèlement total des plates-formes pétrolières est une obligation internationale depuis la Convention de Genève de 1958 relative aux droits de la haute mer.

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Les photos: © Ewout Huibers for Concrete Architectural Associates

N.B. Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 11 avril 2012.

Villes flottantes, villes émergentes ?

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Due au réchauffement climatique, l’augmentation du niveau des océans risque de chambouler, entre autres, les modes urbanistiques et architecturaux de nos villes. Comment l’architecture peut-elle faire face à ce fléau ? L’émergence des villes flottantes est-elle une réponse pertinente apte à faire évoluer l’urbanisme du XXIe siècle ?

Monde |

Les scientifiques sont presque tous d’accord, le risque climatique est sérieux ; selon les estimations les moins inquiétantes, d’ici 2050, le niveau des mers aura monté de 20 à 90cm et certaines grandes villes seront plus touchées que d’autres.

Depuis toujours, l’architecture fait face aux problématiques urbaines, qu’elles soient sociales, environnementales ou écologiques. Cette fois pourtant, il lui faudra trouver de nouvelles formes qui non seulement vont épargner à la population un exode climatique mais continueront à préserver l’équilibre fragile de plusieurs villes.

Des gouvernements se préoccupent de ce phénomène plus que d’autres, peut-être parce qu’ils sont sous une menace plus directe. Ainsi en est-il des Pays-Bas, un pays plat qui a déjà asséché une grande superficie aux alentours des grandes villes pour répondre aux besoins de sa population.

Le cas d’Amsterdam est un cas d’espèce. En 1965, Johannes Hendrik van den Broek et Jacob Bakema, deux architectes néerlandais, ont tenté de mettre en oeuvre leurs théories urbaines en proposant un plan d’aménagement pour l’extension de la ville. Le projet baptisé ‘Plan Pampus’ proposait d’assécher une partie des terres qui se trouvent autour de l’île de Pampus et d’y installer une ville nouvelle linéaire de 330.000 habitants assurant ainsi la continuité de la capitale vers l’est.

Trente ans plus tard, en 1997, l’idée oubliée depuis longtemps de ces deux architectes est relancée, cette fois-ci sous forme d’une ville aujourd’hui encore en construction. Ijburg – qui tire son nom du lac Ij – est composée de six îles artificielles élevées dans le lac et reliées entre elles. Certaines comportent des bâtiments hauts, d’autres non ; il y a des jardins et des promenades. Il s’agit en l’occurrence de la première phase d’une opération qui a vu sa deuxième phase refusée par le conseil d’Etat et ceci pour des questions environnementales.

En conséquence, l’extension de la ville en deuxième phase devra répondre à des principes jugés plus adéquats en terme de développement durable.

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A ce jour, la finalisation de la première phase est prévue en 2012, cette ville étant destinée alors à accueillir quelques 45.000 habitants tandis qu’elle devrait, d’ici 2020, compter quelques 18.000 logements dont certains seront flottants.

En effet, quand habituellement un acquéreur achète un terrain à Ijburg, le futur propriétaire prend possession d’une parcelle sur l’eau où il pourra ériger, c’est-à-dire en ce cas faire flotter, sa maison. Une nouvelle manière d’habiter dont les adeptes sont de plus en plus nombreux.

Mis à part les problèmes environnementaux envisagés pour les décennies à venir, ce mode de vie rencontre l’approbation d’une grande partie de la population et la curiosité ne se dément pas.

Prise de conscience ou effet de mode ? Difficile à dire, d’autant plus que les prix de ces logements flottants avoisinent peu ou prou ceux des logements situés dans les quartiers ‘en dur’ des alentours.

La différence ici est que la prouesse technique se mêle à l’originalité de la forme pour un résultat jugé écologique et durable. Ainsi, les maisons flottantes – un logement neuf et contemporain avec tout le confort actuel – rencontrent-elles un marché florissant.

Si ces villes flottantes conçues en périphérie, voire même en ville, sont l’un des aspects du nouvel urbanisme du XXIe siècle, il existe cependant d’autres projets, pour le moment expérimentaux qui, selon leurs concepteurs, pourraient constituer en cas de changement climatique une alternative à la ville traditionnelle.

La firme japonaise Shimizu Corporation a notamment développé un prototype unique au monde qui pourrait voir le jour à partir de 2025. Baptisée ‘Green Float’, cette ville – dont chaque module pourrait héberger jusqu’à 50.000 habitants – évoluerait sur l’océan de manière autonome. Les modules sont constitués d’un socle de deux kilomètres de diamètre et d’une tour appelée ‘City in the sky’.

Ce gratte-ciel, conçu à partir d’un métal léger dérivé du magnésium déjà présent dans les eaux salées, serait ceinturé en son socle de terres cultivables propres à garantir à ses habitants, grâce à l’agriculture, une autosuffisance totale. Même le recyclage de l’eau salée environnante a été envisagé. Cette tour pourrait atteindre jusqu’à 1.000 mètres au-dessus du niveau de la mer et l’île utiliserait tous les éléments naturels pour devenir autonome. La firme précise pouvoir bientôt mettre en oeuvre une technologie résistante aux vagues et autres catastrophes naturelles qui, à ce jour, constituent la seule entrave au développement de ce genre de projet.

lilypad

Ailleurs, en Europe, l’architecte Vincent Callebaut adresse également, parmi d’autres, la problématique des réfugiés climatiques* dans le cadre de son projet ‘Lilypad’, un nénuphar géant pouvant abriter 50.000 habitants. Cette île écologique serait non seulement autonome mais aussi mobile grâce à une technologie de pointe qui lui procurerait la capacité de suivre les courants marins.

Son ‘Ecopolis’, un prototype qui reprend la plastique de la fleur du nénuphar, est composé de trois montagnes qui entourent trois marinas autour desquelles s’articule la vie. Sa double coque est constituée de fibres de polyester recouvertes d’une couche de titane sous forme anatase* qui réagit aux rayons de soleil et capte la pollution atmosphérique. Cette ville flottante répond non seulement aux problèmes de l’immigration climatique mais serait, selon Vincent Callebaut, l’exemple même de la ville du futur qui produirait plus d’énergie qu’elle n’en consomme.

Alors que dans des pays d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Asie du sud-est des populations pratiquent les villes flottantes d’une manière ancestrale, une nouvelle forme de villes flottantes, auto-suffisantes et durables, mobiles et à énergie positive, peut-elle émerger et transformer notre perception de la ville ?

L’avenir nous le dira.

Sipane Hoh

*L’anatase est une espèce minérale formée d’oxyde de titane de formule TiO2 avec des traces de fer, d’antimoine, de vanadium et de niobium.

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Toutes les photos de l’album: © Luuk Kramer

Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 19 octobre 2011.

Mon beau gratte-ciel, que j’aime ta parure !

Gratte-ciel-LAVA

En ce qui concerne les gratte-ciel, notamment, réhabiliter pour relooker un esthétisme jugé démodé, mettre des bâtiments anciens aux normes actuelles et éviter une démolition coûteuse et juridiquement compliquée est l’un des axes de réflexion d’édiles de nombreuses villes. Ecrire le futur à partir des éléments du passé : nouveau marché ou substitut de construction ?

Monde | Gratte-ciel |

L’histoire en est témoin, l’homme a toujours voulu construire de plus en plus haut des ouvrages toujours plus imposants. S’il sut construire des pyramides – population 1 – diverses contraintes (poids des matériaux, modèles empiriques, etc.) ne lui ont pas permis d’aller au bout de toutes ses aspirations. Jusqu’aux nouvelles technologies de la seconde moitié du 19e siècle qui ont permis la conception des prémices des gratte-ciel d’aujourd’hui.

Au fur et à mesure de l’audace que permettaient de nouveaux matériaux, des gratte-ciel toujours plus nombreux ont vu le jour aux quatre coins de la planète. La «spécificité américaine» a envahi, insidieusement ou non, toutes les villes du monde désireuses de transmettre un message universel de grandeur.

Le premier ‘sky-scraper’ (10 étages, 42 mètres) – le Home Insurance Building – a été construit à Chicago en 1885. Cinq ans plus tard, lui fut ajouté deux étages. Il fut finalement démoli en 1931 car plus aux normes (déjà à l’époque !) pour être remplacé par un autre, le Field Building, classé monument historique en 1994.

Il demeure que, dans de nombreux pays, la durée de vie des gratte-ciel semble être limitée sinon compromise. Ces bâtiments qui, au départ, avaient vocation à démontrer toute la puissance économique, sociale ou politique de telle ou telle communauté, ont mal vieilli et sont devenus une problématique incontournable de la ville du futur.

C’est en 2010 que l’agence d’architecture LAVA (Laboratory for Visionary Architecture) eut l’idée de ‘rhabiller’ ou ‘refaçader’ (recladding) les gratte-ciel. Quel que soit le projet architectural, un changement de revêtement. Pour ces architectes inspirés par la mode, les bâtiments usés, même les gratte-ciel has-been, peuvent et se doivent de générer une image plus actuelle et plus accueillante au sein des villes contemporaines.

Au nom de l’héritage architectural et d’un patrimoine à préserver, LAVA s’interdit toute démolition. Les architectes envisagent alors une ‘double peau’ (Tower Skin) qui, non seulement donne une image rajeunie de l’immeuble, mais représente encore un condensé des dernières technologies énergétiques et durables. Le gratte-ciel qui en résulte véhicule ainsi un modèle architectural unique, issu de l’association d’un recyclage urbain, d’une créativité innovatrice et de nouvelles normes.

Gratte-ciel-LAVA

Les architectes de LAVA ont notamment étudié les gratte-ciel de Sydney (Australie), des constructions datant des années 60-70, défraîchies, gourmandes en énergie et ne répondant plus aux canons esthétiques du jour. Et si ces bâtisses se paraient d’une nouvelle peau, le regard d’autrui changerait-il ? LAVA, avec le Goulburn Street parking et la tour UTS notamment, en propose une démonstration.

En France, l’agence parisienne Barué-Boutet a livré en 2010, dans le cadre du concours Evolo, une étude minutieuse pour doter à Paris la tour Montparnasse d’une seconde peau, une proposition baptisée ‘Eco-Skin’ ; ou comment recycler un emblème des gratte-ciel parisiens parmi les plus décriés. Les architectes Vincent Barué et Nicolas Boutet, en collaboration avec Olivier Brouard, proposaient d’envelopper la Tour Montparnasse d’une peau transparente et légère apte à préserver l’image du bâtiment tout en améliorant sa consommation énergétique.

Si ces concepts demeurent encore aujourd’hui, pour l’essentiel, au stade de la recherche théorique, des exemples de réalisations sont néanmoins autant de prémices. En France, citons notamment quelques ‘liftings’ notés par les experts dont celui de la tour Franklin de Montreuil-sous-Bois (93), réhabilitée par Hubert et Roy et celui de la tour Zamansky sur le campus de Jussieu (Paris V), réalisé par Thierry Van de Wyngaert. La tour Bois-Le-Prêtre (Paris XVIIe), ‘relookée’ par Lacaton-Vassal, a par ailleurs reçu l’Equerre d’argent 2011. La tour First à La Défense (92), grâce à un ingénieux procédé de recyclage imaginé par Kohn Pedersen Fox Associates et SRA architectes, est devenue la tour de bureaux la plus haute de France.

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Il convient de souligner que si les gratte-ciel parisiens venaient à être démolis, la réglementation interdit aujourd’hui une reconstruction à même hauteur, imposant ainsi une réduction considérable du nombre d’étages exploitables. Il en résulte que, ‘Eco-skin’ ou ‘recladding’, de telles réhabilitation ne sont pas seulement esthétiques et soucieuses d’économie d’énergie mais également une affaire financière rentable.

Donc : réhabiliter à la mode ou reconstruire ?

Pendant que Renzo Piano érige à Londres la plus haute tour d’Europe et Zaha Hadid achève à Marseille l’édification de l’une des plus hautes tours neuves de France, le Grand-Paris oscille entre crise et protestations.

En attendant que des tours tels Phare et Triangle, entre autres, voient le jour à Paris, le recyclage ‘fashion’ des gratte-ciel offre une opportunité pour ‘garder de la hauteur’.

Sipane Hoh

Cet article est paru en première publication dans le courrier de l’architecte le 4 janvier 2012.

Les photos 1 et 2: © LAVA

La photo 3: ©thbz

« 1001 nuits »

Baptisée « La maison des 1001 nuits » , cette maison sculpturale conçue par les architectes de l’agence d’architecture A-Cero se trouve en Espagne et plus précisément dans la banlieue de Madrid. Sur un terrain vaste de 7000m², les lignes courbes du granite noir utilisé pour habiller la façade se mêlent aux gravillons qui parsèment le sol. Les palmiers qui ornent le jardin ainsi que la piscine qui s’y trouvent agrémentent l’ensemble et le rendent plus extravagant. Une villa originale à découvrir : ici.

Le site des architectes : ici.
La photo: © Luis H. Segovia

Les tours…

Une voix s’élève à Dubaï, la ville qui, actuellement accumule les tours…

Je réagis à ce dialogue entre les architectes pro et contre tours. Les habitants de la ville qui ne supportent pas de voir des tours dans leur ville, les trouvent moches et vilaines et ceux qui par leur culture sont amenés à apprécier ces tours. La tour objet de discorde aujourd’hui pour certains et porteuse d’une solution de demain pour d’autres.

Pourquoi pas finalement une tour, des tours ?

Oui, une tour, celle qui aurait une hauteur raisonnable, comprendrait plusieurs fonctions, une tour ouverte et accessible se trouvant dans un quartier pensé pour elle. Une tour qui ne serait pas parachutée dans un lieu étranger où elle se sentirait seule et délaissée. Un regard du genre nouveau qui l’intègrerait à un programme vaste et qui lui donnerait un rôle primordial dans l’ensemble.

On veut faire des villes nouvelles ? Et pourquoi pas avec des tours ? Des villes entières pensées et vues autrement. Des quartiers entiers où il ne s’agit pas de faire la course de la tour la plus belle, la plus haute ou la plus puissante ni d’évaluer et noter le meilleur architecte qui l’a réussie mais des quartiers mixtes où on pourrait trouver aussi bien des tours d’habitation que des bureaux. Des espaces verts, des vides et des pleins, en un mot un morceau de ville.

Revenons un peu en arrière, les tours ont toujours existé dans l’histoire et à travers le monde. Du Yémen qui a vu naître les premiers gratte-ciel de l’histoire jusqu’à Dubaï aujourd’hui l’exemple d’une verticalité nouvelle montrée par le monde, en passant par Chicago ou Singapour. Certaines les ont construit par besoin comme c’était le cas dans les pays du sud-est asiatiques où l’on trouve des villes entières en verticale. D’autres aujourd’hui prennent l’exemple d’une réussite chimérique vers une course qui les différencie de leur voisin.

Et la France dans tout ça ?

Une France qui a vu défiler les tours par besoin aussi, juste après la guerre. Des tours et des barres pas toujours esthétiques mais qui avaient une seule vocation loger le plus de monde. Aujourd’hui quand on parle de tours, les regards se dirigent vers ces tours témoins d’une époque pas toujours appréciée. Pourtant, la France du XXIème siècle commence à penser autrement. Avec les projets de tours de Marseille jusqu’à La Défense, les concours et les architectes internationaux se croisent. Mais pour quel genre de tours ?

Cet article est une réaction à l’article suivant publié sur plusieurs sites d’architecture.
Une réaction a déjà été publiée par Jean-Philippe Hugron: ici.

Cet article a été publié sur lemoniteur.fr et vous pouvez le trouver: ici.

Sipane Hoh